Un billet de loterie gagnant crée la zizanie entre deux vieux copains. Une démonstration très drôle sur les dégâts de l'argent.
La pièce est drôle et ludique. Il fallait donc l'enchâsser dans un dispositif qui permette aux personnages de s'y mouvoir tout en restant dans un lieu restreint. D'où l'idée de ce comptoir de bar.
Planté sur un socle, c'est un épi pointé vers le public, comme la proue d'un bateau sur laquelle les protagonistes sont isolés. Trois assises encastrées de chaque côté permettent aux deux " piliers de bar " de s'installer à différents niveaux, selon l'humeur du moment. Tranquillement installés à siroter leur prune. Tantôt blottis au pied du comptoir, quand ils ne doivent pas se faire entendre du serveur, tantôt perchés, assis les pieds dans le vide comme deux petits bonshommes qui flottent dans l'air entre ciel et terre quand ils sont fâchés l'un contre l'autre ; ou bien s'accrochant à la barrière du comptoir quand ils discutent ferme sur les origines de la richesse. Enfin l'un écrasant l'autre dans une position dominant/dominé quand la situation se corse. Tous les enjeux se dessinent à chaque fois dans la verticale.
Ces deux êtres isolés du monde aiment à se retrouver dans ce port d'attache. Ils l'aiment bien et en connaissent tous les codes. Il suffit, d'ailleurs de cogner sur le bar pour que surgisse de nulle part, comme une marionnette à gaine du théâtre guignol, le serveur (point d'équilibre entre John et Joe). C'est un personnage énigmatique, qui parle peu et qui prend possession de son lieu quand, la nuit tombée, il se retrouve seul dans un univers dans lequel les tasses et les verres colorés, qu'il aura fait apparaître au fur et à mesure des commandes glissent et dansent sur la musique lancinante qui accompagne tout le spectacle.
Auteur :AGOTA KRISTOF Artistes :
PATRICK DRAY, YVAN CHEVALIER, JULIEN LEONELLI Metteur en scène :
DIDIER MOINE