Fugaces L'étoile du  nord 3

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Fugaces
Précédemment : L'étoile du nord 3, Paris



Fiche événementCritiques

Une soirée d'été entre amis, un peu convenue, avec chacun ses soucis, et quelques signes d'inquiétude : premier acte.

Un homme, un médecin, quitte les convives et va rejoindre sa fille qui part en voyage le lendemain. C’est alors l’échange intense, jusqu’au-boutiste du deuxième acte, entre un homme et une femme, père et fille, qui s’aiment « au-delà des limites »…

Au troisième acte, nous retrouvons les convives après dîner, qui, dans une sorte d’harmonie, ignorant les évènements du deuxième acte, livrent chacun leur tour leur philosophie soulagée de la vie, leur recette du bonheur. L’étonnante construction dramatique de Benet i Jornet, à travers une écriture limpide, ne vise pas tant à faire de Fugaces* le lieu d’une transgression « acceptable » que celui d’une relation extrême, source de mystère, de réflexion plus que de répulsion. Une tragédie du quotidien sous les étoiles.

*Le titre Fugaces renvoie en catalan à la fois au sens de l’adjectif, comme en français, mais aussi à estrella fugaç, qui veut dire étoile filante.

Le théâtre est conflit, nous dit Benet. J’admire les grands conflits, les plus radicaux, les plus brutaux, ceux qui secouent le mieux la base de nos convictions. J’admire par exemple le parricide et incestueux Œdipe. Non pas parce qu’il est parricide et incestueux, mais parce qu’il nous oblige à regarder à l’intérieur de nous avec un regard plus nu.

Artistes : Jean-Claude Durand,Geneviève Esménard,Hervé Petit,Muriel Racine, Erica Rivolier,Antoine Roux,Camille de Sablet
Metteur en scène : : Hervé Petit

Quelques critiques de spectateurs :

avec 1 critique
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-Déchirant et tragique: une pure merveille - 7/10
Fugaces à l'Etoile du Nord. Un auteur catalan quasi inconnu en France, un petit théâtre au fin fond du dix huitième arrondissement, un lundi dans toute sa froideur, tout concourrait pour faire naître l'inquiétude dans un déplacement périlleux. Deux heures plus tard, le double sentiment de mal à l'aise, d'abord avec le thème de la pièce, et aussi, celui du retour sur l'a priori qui nous guète tous, un jour de générale de presse. L'auteur, Josep Maria Benet i Jornet, nous fait voyager si crûment dans un monde si étrange, d'une manière si réelle, qu'on ressort sonnés, abasourdis, inquiets, bref, tous ces états que seul le théâtre de qualité peut nous apporter en délayant notre personnalité et notre sens critique dans des images fortes qu'il nous renvoie avec toute la puissance des mots, des situations crées et surtout, la manière dont il nous les distille. Rarement je suis sorti aussi groggy d'une pièce. Elle est à inscrire en tête de liste des oeuvres contemporaines majeures, et n'ayons pas peur des mots, c'est un petit chef d'oeuvre auquel nous sommes conviés d'assister d'ici la mi-décembre. Cependant, coeurs sensibles, abstenez-vous d'oublier vos remontants et vos vitamines, vous ne ressortirez pas indemnes de cette version moderne du parricide, de l'inceste, et de l'euthanasie. Heureusement, deux actes entourent ce fameux deuxième où nous allons gentiment voyager à la limite du supportable : devant nous une étoile naît dans la Grande Famille du Théâtre, Camille de Sablet, bouleversante, tragique, éblouissante, les superlatifs sont faibles quant à la qualité de ce que nous transmet pendant une petite demi-heure cette jeune actrice, avant de s'endormir pour de bon grâce à la seringue magique de son papa-médecin qui l'envoie ad patres après un parcours incestueux qu'un premier acte ( dans la pièce, entendons-nous bien ), ne laissait pas imaginer dans la banalité de ses " tours de tables tournantes ". Puis, après avoir été assommés , déchirés par ce crime oedipien, on retourne dans une réalité bizarre de discussions familiales autour d'une matrone qui mène son monde à sa guise, sans plus parler de cet Esculape que l'on ne reverra avec sa fille qu'au salut final des acteurs, là aussi, un grand moment de connivence. Tout est si fort que votre serviteur a été incapable de classer ses mots pendant quelques jours. Y ai-je réussi maintenant ? Ce deuxième acte engendre tellement de chamboulements chez celui ( ou celle ) à qui il reste un iota de sensibilité, qu'il est difficile de remettre tout d'aplomb sans oublier quelques pierres qui laisseront par ci par là, une partie de l'édifice, bancal. Et de ce chaos qui vous est envoyé en pleine figure, une fois les images digérées, revient la lucidité qui permet de dire, écrire et transmettre ses émotions primaires, ce que j'ai essayé de faire en surnageant maladroitement dans le monde que Fugace nous a créé. Courez écouter ce texte ciselé, et si vous parlez catalan, achetez le livret : Fugaç est un monument, et cette langue se lit comme le Français du Sud pour un Espagnol du Nord. Simple, quoi ! Dionxu.
écrit le 22/11/2004 par : dionxu (178 critiques ) #

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