On pourrait résumer la pièce en ces termes : "Il sera bientôt trop
tard." Trop tard pour Vania, en mal de reconnaissance, trop tard pour
l'amour de la jeune Sonia...
... et pour l'humaniste Astrov, peu à peu gagné par le cynisme. Mais trop tard aussi pour les forêts que les hommes abattent avec inconscience, ou pour l'aristocratie terrienne qui ne voit pas venir l'imminence de sa chute...
Cependant, dans Oncle Vania, tout est encore possible. Le temps d'un été, chacun va laisser éclater un morceau de sa vérité, de sa déception, de son désir.
Accompagné d'Elena, sa seconde et jeune épouse, le professeur
Serebriakov, à court d'argent, veut se retirer à la campagne où sa fille
Sonia et l'oncle Vania exploitent le domaine familial. Oncle Vania
et le docteur Astrov sont subjugués par Elena.
Le drame, jusqu'alors latent, éclate lorsque le professeur propose de vendre la propriété.
Le travail d'Alain Françon avec Tchekhov ne tient pas de la " lecture " mais s'apparente au lire. Il ne se préoccupe pas d'actualisation mais traque tout ce qui fait acte. Il délaisse enfin l'interprétation pour s'appliquer à l'émergence des lois structurelles qui seules permettent aux questions d'être creusées en profondeur tout en exigeant d'elles qu'elles remontent à la surface, unique et vertueux domaine de la représentation.
Quant à l'utilisation, au cours du travail, du cahier de régie des mises en scènes de Stanislavski et de Dantchenko au Théâtre d'Art de Moscou, il faut y voir le contraire d'une vélléité conservatrice (et encore moins le souci d'une quelconque reproduction) mais le désir d'une fraicheur retrouvée, par delà - ou en deçà peut-être - des appels a tous les sous textes ou méta textes qui prétendent à la maitrise mais ne parviennent qu'à nous crever les yeux et nous casser, à l'occasion, les oreilles. Il nous faut bien l'avouer : jamais nous n'avons rencontré dans Tchekhov la très inexpliquée âme russe et n'y avons jamais perçu la nostalgie toute tchékhovienne du temps qui passe.
Durée : 2h30 avec entracte.
Texte français : Françoise Morvan et André Markowicz
Scénographie : Jacques Gabel
Dramaturgie : Guillaume Lévêque
Lumière : Joël Hourbeigt
Costumes : Patrice Cauchetier
Assistante costumes : Anne Autran
Musique : Marie-Jeanne Séréno
Son : Daniel Deshays
Auteur :Anton Tchekhov Artistes :
Éric Caruso, Catherine Ferran, Guillaume Lévêque,
Gilles Privat, André Marcon, Marie Vial Metteur en scène :
Alain Françon