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Retrouvailles au sommet avec la Batsheva Dance Company et Ohad Naharin,
son directeur artistique.
Last Work, nouvel opus, est une chorégraphie d'émotions
et d'inventions, une oeuvre en prise avec son temps. Attendez-vous à l'inattendu. Il faut un talent fou pour surprendre son public à chaque nouvelle création : Ohad Naharin est de cette trempe d'artistes entiers et généreux qui composent avec l'impatience de leurs admirateurs. Le chorégraphe semble repousser une fois de plus les limites de sa danse avec la Batsheva Dance Company, troupe dont il assure la direction artistique.
Fidèle à Chaillot – où les spectateurs ont pu voir Sadeh 21, Decadance Paris et Naharin's Virus – la compagnie israélienne présente cette saison Last Work. Dans un décor réduit à sa plus simple expression, les interprètes émergent peu à peu, alternant mouvements au ralenti et gestuelle furieuse. On reconnaît sans mal la technique qu'Ohad Naharin a baptisée " gaga " : des corps comme disloqués, une agilité unique, une virtuosité maîtrisée. Last Work est énigmatique et tout à la fois engagée. Un drapeau ou un fusil en disent parfois plus qu'un long discours. Mais c'est encore et toujours sa gestuelle si particulière qui bouscule nos certitudes, qu'elle soit robotique ou sensuelle. Les danseurs, comme une tribu sans maître, déploient l'étendue de leurs capacités sans jamais sombrer dans la démonstration.
Last Work est à la fois un pur moment de chorégraphie et une ouverture sur le monde. Des figures quasi énigmatiques habitent cette création perturbant notre regard. Et c'est bien là toute la force d'Ohad Naharin : nous tenir en haleine soixante-cinq minutes durant tout en nous faisant réfléchir. Portée par les dix-huit danseurs de la Batsheva Dance Company, Last Work risque bien de vous laisser groggy : la beauté de l'écriture en mouvement d'Ohad Naharin est à ce prix. Philippe Noisette