Avis et critiques : Willy Protagoras enfermé dans les toilettes
3 avis
4/10
J’ai souvent admiré le travail de Wajdi Mouawad, mais pour la deuxième fois, je ressors de l’un de ses spectacles avec un goût d’amertume. Willy Protagoras enfermé dans les toilettes en fait partie. Le talent de mise en scène de Mouawad est, bien sûr, spectaculaire et parfaitement maîtrisé. En revanche, la pièce souffre cruellement d’un texte qui manque de maturité et de profondeur. Les deux heures trente paraissent interminables, et l’on ne tient que grâce à la puissance visuelle de la mise en scène et à l’engagement des artistes. Un spectacle qui, malgré ses qualités formelles, laisse surtout l’envie de l’oublier.
Voir plus2/10
Les WC étaient fermés de l’intérieur… Et pour cause. Le jeune Willy Protagoras s’y est retranché. Impossible donc pour sa famille d’utiliser ce lieu ô combien utile ! Un symbole : pour sa dernière mise en scène dans « sa » Colline, Mouawad-2026 monte Wajdi-1988, sa toute première pièce. Comme un mouvement spiralaire : revenir non pas au début, sur ses pas, mais bien là où tout a commencé, avec trente-huit ans d’expérience supplémentaires. Revenir à l’origine, mais en même temps ailleurs... Au fond, ici, il est question de rendre hommage à la jeunesse. La jeunesse en colère qui crie, qui se révolte, qui ne se résout pas à accepter le monde scérosé des adultes. Le jeunesse qui montre son dégoût d’un legs, et qui Et puis bien entendu, cet appartement avec cette famille Protagoras, envahie par une autre, les Philisti-Ralestine, c’est une toute première allégorie, de la part du jeune dramaturge de 19 ans à l’époque. La guerre civile libanaise.. Une société déchirée, profondément divisée. L’immeuble dans lequel vit la famille Protagoras en est la furieuse métaphore. Cet appartement partagé de force aussi : « Nous ne sommes pas chez nous, mais ici, on s’y plaît !» entendrons-nous dans la bouche du père Conrad Philisti-Ralestine. Au fond, la vraie réponse à la question « Pourquoi Willy est-il vraiment enfermé dans les toilettes ? » trouvera véritablement sa réponse dans les pièces à venir, Incendies, Forêt, Littoral et toutes les autres. Une réponse que nous aurons forgée nous autres inconditionnels du dramaturge dans ses productions ultérieures, tout au long de sa carrière. Ce texte d’un tout jeune homme relève de la farce burlesque et grotesque, parfois un peu maladroite, souvent grossière et scatologique. Ici, on ne fait pas dans la dentelle ! Pour autant, on sent l’urgence d’écrire du Wajdi Mouawad exilé au Canada, et qui ne peut qu’éructer sa vision d’un pays qu’il a dû quitter et qu’il ausculte à la loupe. On attendait évidemment énormément de cette dernière mise-en-scène du patron des lieux. On attendait trop ? Ce sera un univers de furie, de colère, de bruit, de fureur… Le curseur poussé au maximum durant deux heures et quarante cinq minutes, pour porter sur les planches un tout premier texte lui aussi survolté… A l’image de Gilles David qui ne fait pratiquement que hurler à chacune de ses interventions, durant ces deux heures et quarante cinq minutes, nous sommes dans un propos poussé à son paroxysme. C’est parfois éprouvant, long, et parfois répétitif. Et puis c’est en quelque sorte générateur d’une uniformisation du discours, où l’on peine à saisir la subtilité, la richesse des émotions… Trop de bruit tue le bruit ? Trop de volume sonore tue la musique ? (Si vous êtes dans les premiers rangs, munissez-vous de bouchons acoustiques…) Et puis était-ce une bonne idée de confier le rôle de Willy Protagoras à Micha Lescot ? Je n’ai pas trouvé dans son interprétation de ce Willy-Wajdi l’élan, la fougue, la colère de la jeunesse… Chacun jugera... Grosse production que cette dernière mise en scène. Dix-neuf interprètes, de gros moyens techniques, un happening différent à chaque soir lors de la scène des déménageurs. J’ai beaucoup aimé les costumes (surlignés façon BD) de Emmanuelle Thomas, et les épatants maquillages eux aussi outranciers de Cécile Kretschmar. (Je rappelle qu’« épatant maquillage » et Cécile Kretschmar relève du pléonasme...) Un musicien aussi, lui aussi porteur d’un beau symbole : avec la guitare électrique occidentale et l’oud oriental, M’hamed El Menjra nous montre un être humain aux prises avec deux cultures… J’ai pris beaucoup de plaisir à écouter ses très talentueuses interventions à l’oud, hélas reléguées à cour dans l’ombre… Au final, je suis sorti un peu sonné… Il faut cependant découvrir ou re-découvrir cette première pièce qui portait en elle tout ce qui allait faire de Wajdi Mouawad l’un des dramaturges les plus importants de son époque.
Voir plus4/10
Je suis un éNorme fan de Wajdi Mouawad dans l'éternel. Je sors tout juste de Willy Protagoras au théâtre de la Colline. Grosse déception. Cependant, j'y allais avec un enthousiasme qui m'est rare au théâtre. La pièce est longue, trèèsssss longue. Trop longue. Le sang des promesses (8h de mémoire) passait plus vite que Willy Protagoras. Le problème vient du texte. Un quasi huit-clos de 2h45 qui tourne en rond c'est difficile de garder le public. (A la différence du souffle épique du Sang des promesses). Ca s'étire, c'est longgggg. C'est... chiant? (Sans mauvais jeu de mots) La belle dynamique de jeu peut pas sauver un texte trop fragile et répétitif (Soi dit en passant très peu monté, et maintenant on sait pourquoi). Après peu importe les qualités de jeu, les trouvailles de mise en scène, les sons, les éclairages, la scéno audacieuse. Ca ne peut pas compenser un texte faible. Et j'adore Wajdi. J'ai vu (et adoré) les Trois Soeurs, le sang des Promesses, les mains d'Edwige, Ciel, même Don Quichotte (et ces fameux Moulins Hélicoptères) ou la création avortée "..." etc. Là ça rame. De plus, ca manquait... De ce qui fait que Mouawad est si spécial et rare dans ce milieux théâtral si "safe". Ca manquait De risques. De trippes (mis à part dans les exploits gutturaux des comédiens) D'images fortes qui restent toute une vie. De scènes qui pulvérisent les clichés que l'on voit tristement partout dans le monde théâtral. C'est pour ça qu'on va voir une pièce de Mouawad. Pour prendre une claque. Une grosse. Et bien là c'était plat. Tant de moyens. Tant d'argent. Dans de talents sur scène. Ca fait mal. C'est comme voir un avion qui roule, et qui ne décolle jamais. J'ai mal à mon théâtre. Wajdi si tu m'entends. Si tu me lis. Remonte le sang des Promesses à la Colline. Ou les Trois soeurs. Ou Don Quichotte!! C'est ça que l'on veut (re)voir. ***Mention spécial à la comédienne jouant la maman squatteuse. Là il y a eu un vrai moment. De théâtre. Comme on les aime. Elle up-stagait ses partenaires, et on s'en fichait fichtrement, on en voulait plus. Voilà... Dans tout les cas je souhaite à cette belle équipe de se battre pour les prochaines. Mon opinion ne regarde que moi. Et je serai heureux d'entendre que ça décolle.
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