Cette idée taraude Michel Vinaver, né en 1927, comme Pauline Dubuisson, à qui il consacre son "Portrait d'une femme". Pauline Dubuisson tue son amant, étudiant en médecine comme elle, en 1951 et à l'issue d'un procès houleux, est condamnée aux travaux forcés à perpétuité en 1953. Jacques Vergès assiste d'ailleurs à ce procès qui lui donnera sa vocation. Libérée en 1959 pour bonne conduite, Pauline Dubuisson se suicidera en 1963. "Portrait d'une femme" relate le procès de Pauline Dubuisson, renommée Sophie Auzanneau dans la pièce. Le texte de Vinaver sort plus de 30 ans après le procès (en 1984) et ne sera jouée qu'en 1995 à Londres puis seulement montée en France en 2010, comme si les passions autour de cette affaire avaient eu besoin d'être complètement retombées. La pièce, mise en scène de manière sobre et efficace par Matthieu Marie, est portée par une troupe de jeunes acteurs issus du Studio de formation théâtrale de Vitry-sur-Seine. Tout au long de la pièce, le public est pris à parti, mis en position de jurés. Est-on face à un crime de droit commun ou à un crime passionnel ? Avant 1975, le caractère passionnel pouvait constituer une circonstance atténuante... pour les hommes ! Les acteurs servent à merveille ce texte exigeant et rythmé brossant le portrait en kaléidoscope de la meurtrière, avec moult flashbacks, rendant le contraste entre la mécanique implacable et glaciale de l'appareil judiciaire et les scènes de la vie quotidienne encore plus saisissant. Et malgré la gravité du sujet, les affres de l'amour pouvant conduire au crime, on sourit aussi beaucoup, face à ce réquisitoire empreint d'ironie. La dernière représentation a eu lieu le 18 février au théâtre de l'Epée de Bois, dans le charmant complexe de la Cartoucherie au coeur du bois de Vincennes, et j'espère que d'autres spectateurs pourront avoir bientôt la chance d'être interpelés et émus à leur tour par cette pièce, comme je l'ai été.
Un impossible procès, une femme insaisissable tous deux exposés à la lumière d'un langage théâtral rare.
Un fait divers qui avait frappé les esprits au début des années 50 : la jeune Pauline Dubuisson, jugée et condamnée pour le meurtre de son amant sans que quiconque et surtout pas l'appareil judiciaire, ne parvienne à décider d'un mobile réellement satisfaisant.
Michel Vinaver, comme il le fera tout au long de sa vie quand il s'intéresse à une "affaire", prélève et collecte dans la presse quotidienne ce qui s'y rapporte. Ici, les compte-rendus du procès dans le journal Le Monde.
À l'origine il y a la France de l'après-guerre, qui juge une femme, dont l'adolescence dans la guerre a fait qu'elle ne peut pas ne pas être coupable. N'en disons pas plus : ce serait risquer de trahir la nature de la pièce, qui ne fait pas le procès du procès mais donne une seconde vie à l'événement, et ressuscite avec lui la femme qui en est le coeur. Une femme en France en 1953. Son exigeante et fragile liberté.
Pas de "décor". Le texte, son titre nous l'indique, est une peinture. Et la mémoire comme le rêve joue, et se joue des lieux et des époques : il faut lui laisser le champ libre.
Rien qui arrête le flux. Et que les mots qui voulaient juger reprennent place, avec l'ironie de l'allégresse, dans le mouvement de la vie.
Pas d'autre musique, non plus, que celle des mots, des gestes et des pas.
Dans notre temps troublé et rendu plus indéchiffrable encore par le bruit assourdissant des fausses certitudes, puisse la parole exacte et paradoxale de ce poète des temps modernes nous éclairer et nous surprendre.
Quelques jours avant sa mort, Michel Vinaver avait assisté à une présentation de ce travail, il l'avait aimé, il avait souhaité qu'il puisse être vu encore.
Nous continuons...
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Pour tout public
à partir de 12 ans
Langue : français
Michel Vinaver, comme il le fera tout au long de sa vie quand il s'intéresse à une "affaire", prélève et collecte dans la presse quotidienne ce qui s'y rapporte. Ici, les compte-rendus du procès dans le journal Le Monde.
À l'origine il y a la France de l'après-guerre, qui juge une femme, dont l'adolescence dans la guerre a fait qu'elle ne peut pas ne pas être coupable. N'en disons pas plus : ce serait risquer de trahir la nature de la pièce, qui ne fait pas le procès du procès mais donne une seconde vie à l'événement, et ressuscite avec lui la femme qui en est le coeur. Une femme en France en 1953. Son exigeante et fragile liberté.
Pas de "décor". Le texte, son titre nous l'indique, est une peinture. Et la mémoire comme le rêve joue, et se joue des lieux et des époques : il faut lui laisser le champ libre.
Rien qui arrête le flux. Et que les mots qui voulaient juger reprennent place, avec l'ironie de l'allégresse, dans le mouvement de la vie.
Pas d'autre musique, non plus, que celle des mots, des gestes et des pas.
Dans notre temps troublé et rendu plus indéchiffrable encore par le bruit assourdissant des fausses certitudes, puisse la parole exacte et paradoxale de ce poète des temps modernes nous éclairer et nous surprendre.
Quelques jours avant sa mort, Michel Vinaver avait assisté à une présentation de ce travail, il l'avait aimé, il avait souhaité qu'il puisse être vu encore.
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La distribution du spectacle ✨
Auteur(s) :
Michel Vinaver
Artiste(s) :
Alexandre Bécourt, Arthur Boucheny, Lou Dubernat, Inès Fakhet, Grégory Gilles, Clémence Henry, Kessy Huebi-Martel, Matéo Nédellec, Julien Ottavi, Joana Rebelo, Emile Rigaud, MaLou Vezon
Mise en scène :
Matthieu Marie
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