Dieu en personne Fête du théâtre
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Théâtre Beaux Arts Tabard
Théâtre
Familial (à partir de 12 ans)
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Familial (à partir de 12 ans)

Avis et critiques : Dieu en personne | Fête du théâtre

Les avis spectateurs
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1 avis

10/10

Fantastique voyage

Florent Dupuis ! Quel talent merci 🙏 Je sors du Théâtre Beaux Arts Tabard dans un état étrange. Un état cosmique. Comme si l’on m’avait ouvert le crâne pour y faire entrer le vertige de l’univers, le bruit des chaînes d’information en continu, le Big Bang, l’intelligence artificielle, l’absurdité humaine et cette question éternelle que personne ne résoudra jamais : pourquoi y a-t-il Dieu et ici « Dieu en personne », la pièce portée par un Florent Dupuis est littéralement phénoménale et Florent est lui même phénoménal. Ce n’est pas un simple spectacle. C’est une tornade métaphysique. Le point de départ est déjà extraordinaire : Dieu revient sur Terre. Mais dans notre époque moderne, avant même de parler de création du monde, il faut remplir des formulaires, prouver son identité, donner sa date de naissance, répondre à l’administration, entrer dans les cases. Immédiatement, le sacré se retrouve coincé dans une bureaucratie absurde et délicieusement française. Puis tout explose. Le procès devient mondial. Un procès gigantesque où l’on juge Dieu lui-même. Des milliers d’avocats, des témoins, des journalistes, des débats télévisés, des experts, des interruptions publicitaires, des chaînes d’information qui commentent l’événement comme une finale de Coupe du monde ou une catastrophe planétaire. Et Florent Dupuis fait tout. Ce journaliste Thierry avec sa voix à la Jean-Michel Aphatie. Les magistrats. Les commentateurs. Les experts. Les voix. Les accents. Les ruptures. Les silences. Il devient même ventriloque avec ce Dieu minuscule dans ses mains. Il ne joue pas la pièce. Il la traverse comme une décharge électrique. Et ce tribunal ! Pour moi, un immense palais, la basilique Saint-Pierre de Rome peut-être À certains moments, j’avais des éclats de rire nerveux tant l’ironie était brillante. Et pourtant la salle restait souvent silencieuse, presque sidérée. Cette œuvre demande une immersion immédiate. Si l’on rate les premières minutes, la tornade ne nous emporte plus. Mais si on entre dedans, alors c’est sans retour possible. C’est explosif et fabuleux jusqu’à la fin. Car cette pièce va vite. Très vite. Comme le cosmos lui-même. Soudain, nous quittons le tribunal et nous voilà projetés dans l’espace. Dieu montre un grain de poussière posé sur un vieux livre. Ce grain, c’est la Terre. Un minuscule fragment perdu dans l’immensité cosmique. Une loupe est utilisée pour montrer à l’homme et Dieu qui explique que ce grain est la Terre. Cette image est fabuleuse. Ils sont dans le Big Bang. Ils voient déjà la Terre, tandis que nous, perdus sur ce grain de poussière, nous recherchons encore l’origine de tout. Puis la question du « sauvons la Terre » se mêle à la pièce. Alors apparaissent Mars, Ganymède, les mondes glacés, les rêves humains de colonisation spatiale et cette évidence terrible : nous n’avons probablement nulle part ailleurs où aller. Le théâtre devient alors cosmique, écologique, philosophique. Nous sommes tous embarqués dans un train sidéral lancé à une vitesse folle dans l’univers, tandis que la Voie lactée fonce déjà vers Andromède. Et malgré toute notre technologie, malgré nos connaissances, malgré l’intelligence artificielle qui parle sans arrêt dans la pièce comme un savoir devenu incontrôlable, une question demeure sans réponse. Qui sommes-nous ? Dieu existe-t-il ? Et s’il existe, d’où vient-il lui-même ? La pièce ne répond jamais. Et c’est précisément ce qui la rend immense. Elle parle aux croyants, aux athées, aux sceptiques, aux scientifiques, aux rêveurs. Elle ne cherche pas à convaincre. Elle place simplement l’humanité face à son propre vertige. L’un des moments les plus forts arrive lorsqu’une agence de communication tente de fabriquer des affiches pour défendre Dieu comme on vendrait un produit moderne. Après mille idées absurdes surgit cette phrase : « Et si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer. » Et soudain, tout le théâtre bascule. Parce qu’au fond, la pièce pose peut-être cette question-là : L’homme peut-il vivre sans mystère ? Je suis sorti de là profondément secoué et admiratif. Admiration totale pour Florent Dupuis, acteur volcanique, tornade humaine capable de porter seul un univers entier sur scène. Certaines pièces divertissent. D’autres interrogent. Et puis il y a celles, beaucoup plus rares, qui vous donnent l’impression d’avoir voyagé dans l’espace sans quitter votre fauteuil. Puis cette fin qui reste en suspens… Était-ce un rêve éveillé qui nous a embarqué dans cette épopée fantastique ? Vraiment. C’est une spirale infernale ce soir. Je suis dans mon lit et toujours avec Florent Dupuis dans un vaisseau cosmique qui m’emmène presque aux frontières du Big Bang. Un vaisseau qui reçoit de plein fouet des ondes gravitationnelles. Merci infiniment à Mathias Labelle et Florent Dupuis. 🙏🙏🙏

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