Spectatif

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Théâtre contemporain: Le Quai des Brumes

-Un spectacle audacieux et réussi qui oscille entre réalisme et onirisme.
8/10

Quand Jacques Prévert raconte une histoire et que le théâtre s'en empare, la poésie court sur les paroles et les scènes, le réalisme romantique les colorent et le miracle survient. Temps suspendus, moments crus ou intimes, rebondissements dramatiques. La tension se répand, notre écoute veille et nos yeux guettent les personnages immobiles, les regards qui s'échangent, les mots qui transpercent le brouillard des situations. La peur, la colère ou la violence surgissent et s'installent. L'amour plane, se pose et s'en va. Jean et Nelly se rencontrent, tous deux fuyant leurs vies, tous deux espérant leur part de bonheur. Le milieu où ils se retrouvent, les gens qui les entourent et sans doute une bonne dose de malchance vont dessiner leur destin. L'intensité des moments heureux passés ensemble suffiront-ils à déjouer leur malheur ? L'adaptation de Philippe Nicaud respecte le tissage et l'esprit du scénario original de Prévert, les répliques douces et lascives des amoureux comme celles cocasses, cinglantes ou cruels des autres personnages bien trempés. Les accessoires et les lumières font le décor. La musique de l'accordéon joué en direct, un peu trop fort au risque de surpasser l'attention sur les jeux, participe de l'atmosphère dramatique à la manière des chansons réalistes populaires des années 1930. La mise en scène centre l'attention sur les émotions et favorise un climat trouble, tout en retenue. Les comédiens sont vifs et engagés dans leur interprétation. Ils racontent cette histoire avec la crédibilité qui convient à leurs personnages. Elle et ils font ressortir toute la croustillance âpre et le velouté éphémère de ces âmes perdues, amoureuses ou désireuses d'amour, déçues ou éperdues de vie. Vaincues par le drame. Un spectacle audacieux et réussi qui oscille entre réalisme et onirisme.
# écrit Lundi


Comédie romantique: La Perruche

-Boulevard bien ficelé, intelligent et plaisant. Très bien joué. Pour le plaisir d’un rire qui pense
9/10

Voilà une savoureuse comédie grinçante sur un couple qui va devoir se confronter à un bilan d'étape de leur vie commune au risque de verser dans le fossé. Écarts, dérapages, menteries, mensonges, cachoteries, cachot, les pierres qui jonchent vingt années passées ensemble risquent–elles de faire trébucher sans se faire mal ou faire tomber vraiment ? Quadragénaires jeunes et pimpants, Elle et Lui vivent sans se voir, ou si peu. Ils attendent pour dîner des amis qui ne viendront pas. L'occasion rêvée de se parler tendrement et de se regarder enfin au travers du miroir de l'autre. Mais non, que nenni, ils se disputent les bougres ! Ils échangent à propos de leurs amis des observations acides et franchement cyniques qui viennent percuter peu à peu leur propre réalité. La pièce d'Audrey Schebat dessine adroitement un couple d'aujourd'hui portant les problématiques de toujours. Moult questions pour moult réflexions. Un couple marié ou pas, est-ce deux êtres qui conjuguent leurs vies pour en faire une ou est-ce une convention sociale pour paraître ensemble, fidèles aux normes apprises, aux préceptes familiaux, aux archétypes ? Vivre à deux, est-ce un désir d'amour ou de conformité ? Les petits arrangements avec la norme, l'habitude et la vérité, une fois passés au tamis de la révélation et au filtre de la découverte, que reste-t-il de la sincérité de sentiments, de la condition féminine et du machisme ordinaire ? L'adultère est-il une erreur chez l'homme et une faute chez la femme ? Une femme ou un homme, au nom de l'amour scellé par le mariage, peuvent-ils se résoudre à subir et souffrir en silence ? La dénonciation de l'une ou de l'autre, la rébellion, peuvent-elles être des portes ouvertes vers la liberté ? Une revanche pour les autres ? Répliques saillantes et situations piquantes, le texte titille notre pensée et nos souvenirs, notre sensibilité et nos émotions. Alors bien sûr, les interpellations affluent derrière les rires (jaunes parfois) et les sourires (grimaçants souvent). Le jeu des deux comédien·nes est complémentaire et savoureusement juste. Arié Elmaleh joue avec candeur et crédibilité le goujat macho droit dans ses bottes et dans ses habitus. Barbara Schulz, remarquable et ravageuse, illumine les scènes avec délicatesse ou férocité dans une époustouflante interprétation toute en finesse. Une pièce de boulevard bien ficelée, intelligente et plaisante. Très bien jouée. Pour le plaisir d'un rire qui pense.
# écrit Vendredi


Spectacle Musical: The Pianist : Circo Aereo

-Un étonnant et hilarant pianiste gentleman.
8/10

Surprenant et lumineux, THE PIANIST est un beau spectacle où la poésie du casse-cou se mêle aux rires qu'il déclenche dans une série d'imbroglios burlesques truffés de contorsions, d'acrobaties, de musiques et d'effets spéciaux. Nous sommes pris par la magie du cirque où le clown au corps burlesque tombe et se redresse sans cesse dans des postures impossibles et désopilantes, essaye et échoue plus souvent qu'à son tour, réussissant ce qu'il entreprend par un hasard rempli d'astuces et de contournements incroyables. Tout ça pour un concert de piano qu'un pianiste totalement foldingue et merveilleusement adroit tente et retente de jouer pour notre plus grand plaisir devant tous ses malheurs époustouflants d'audace et chaleureux de complicité. Thomas Monckton est un virtuose, maître en dextérité, en souplesse et en bouffonnerie. Il communique aux spectateurs une bonne dose d'euphorie. Les références revendiquées à Charles Chaplin et Buster Keaton sont de bon aloi. Comme par exemple et entre autres, la danse des doigts sur le tabouret du piano, savoureuse et délicate, qui fait un joli clin d'oeil à la danse des petits pains de Charlot dans " La Ruée Vers L'Or ". Ou encore, les chutes aussi improbables que spectaculaires en marchant sur le plateau ou en tombant depuis le couvercle du piano, qui ne sont pas sans rappeler celles fameuses de Keaton dans " Cadet d'eau douce " ou " Cameraman ". Son corps est burlesque et sa pêche communicative, un étonnant et hilarant pianiste gentleman. Un spectacle où l'on rit à cent à l'heure, on fou rit pour se reposer et on admire le bel ouvrage. À recommander sans retenue aux petits et aux grands, et même aux autres.
# écrit Jeudi


Comédie dramatique: La putain du dessus

-Beau moment de théâtre. Le texte est percutant et la comédienne convaincante.
9/10

Une narration incarnée avec vigueur et engagement par Émilie Chevrillon, éblouissante de vérité dans cette histoire percutante d'une femme éduquée pour subir, mariée pour s'enfuir en espérant courir vers une libération, finalement soumise dans un couple reproduisant les usages ancestraux où la femme survit et l'homme vit. L'une servant l'autre sans rémission. Jusqu'à ce que le hasard, un nouveau dieu de la Grèce moderne peut-être, se jouant de la détermination inéluctable d'une vie tracée d'avance, vienne taquiner le destin à Athènes et poser là, dans la vie d'Erato, une fenêtre vers l'échappée. Erato raconte son parcours jusqu'à sa renaissance. Sur fond d'Athènes en crise, elle dit ses souffrances depuis l'enfance, conjuguées à celles de l'épouse dupée, humiliée et sacrifiée au machisme dominant de son mari Leftéris. Son bourreau. Flic corrompu et homme indigne, il meurt accidentellement, libérant enfin Erato. Retraçant son passé gâché de jeune femme, elle laisse deviner sa revanche à venir sur ses plaisirs empêchés, sur sa condition de femme meurtrie et frustrée. Elle crie sa joie de revivre malgré les horreurs traversées qu'il lui faudra apaiser avec du temps, de nouvelles rencontres et ce nouveau courage qui semble désormais l'habiter. Ce magnifique monologue théâtral d'Antonis Tsipianitis nous émeut, nous trouble autant qu'il nous fait rire. Plein d'humour et de regards acerbes et affutés sur la société moderne qui n'a d'Égalité et de Liberté que le discours, le texte dénonce, lucide et intransigeant, les valeurs brillantes et les réalités sombres de la condition féminine aujourd'hui, le poids des traditions familiales et des archétypes sociaux. La mise en scène au cordeau de Christophe Bourseiller dessine le personnage dans ses affres et dans son ressourcement avec la simplicité d'un face à face avec le public, réservant à la comédienne le soin de le rendre intense et proche, traversant le quatrième mur pour mieux nous rapprocher du propos et nous convaincre de la force de son message. Émilie Chevrillon nous cueille et nous touche. Des déceptions de la jeune mariée, aux portes de la mort de la future mère, jusqu'aux frontières de la liberté qui se présente à la femme, la comédienne montre toutes les émotions qu'Érato ressent avec une précision époustouflante. Un spectacle aux sensations multiples, où le malheur et le bonheur se croisent, où l'empathie pour cette femme nous fait craindre et espérer, où nous oublions plus d'une fois qu'il s'agit d'une fiction tant le texte est vrai et la comédienne convaincante. Un beau moment de théâtre.
# écrit Il y a 1 semaine


Mimes, Marionnettes pour Adultes: Rien : solo pour un clown

-Un spectacle délicieux, rare et mémorable
9/10

Voir un spectacle de clowns, c'est comme ouvrir un livre d'images que l'on sait là, pas loin, posé sur la table du présent ou rangé dans la bibliothèque de nos souvenirs. On pense deviner à l'avance ce que l'on va voir et on se fait surprendre parfois, pas toujours. Cette fois-ci est un jour heureux, un moment faste, un temps suspendu. Une bonne et belle rencontre. Nous entrons dans la salle et déjà sur le plateau, Michelle la clowne marche de long en large, un tabouret à la main. De toute évidence, elle cherche un endroit où le poser. Nous partons aussitôt à ses côtés, interrogatifs mais confiants et impatients, pour une ballade poétique et fantaisiste, parsemée d'incongruités drôles et d'émotions diverses devant la crédulité fragile et naïve que nous allons découvrir. Qu'éclaire-t-elle avec cette lumière qu'elle découvre par hasard et avec laquelle elle jouera de ses doutes ? Que veut-elle nous montrer ? Elle commente ses découvertes par gromelot ou mots-phrases dans une sorte de pantomime gaguesque faite de postures mêlant essais et erreurs, rentrant dans des colères hilarantes et touchantes, vivant ses dépits en les contournant et ses joies avec une fougue quasi enfantine. Tout un jeu savant et délicieux avec ces petits riens qu'elle croise sans cesse et qui lui feront rencontrer les autres et parmi eux, elle-même. Il y a de la tendresse dans son regard, de la maladresse dans ses attitudes. Ce voyage en clownerie est doux et joyeux, prégnant et surprenant. Et toujours, derrière la tristesse devant la résistance des objets ou de son propre corps, un voyage délibérément gai. La Clowne Michèle s'inscrit dans la mouvance des clowns contemporains qui se construit en rupture mais également dans la lignée des clowns de cirque traditionnel, alternant le vrai et le faux, le véritable et le possible. Et ajoutant une dimension poétique marquée, des silences chargés, des suggestions sans traits qui, s'ajoutant à la vulnérabilité humaine qu'elle expose, nous conduit à réfléchir aussi, comme la clowne le fait sans le souligner. Ces apports aux allures philosophiques, conjugués à la poésie des images jouées, et traversés par la quête du rire, emportent le public, jeune et vieux, dans une rêverie éveillée et bienfaisante. D'une technicité redoutable de précision, Estelle Bordaçarre, la Clowne Michelle, nous offre un spectacle délicieux, rare et mémorable. Nous en sortons, la tête dans les nuages, le sourire dans les pensées, baignés de frissons de plaisir. Je recommande vivement.
# écrit Il y a 1 semaine


Cirque Contemporain: Le Cirque Eloize dans Cirkopolis

-De très belles performances dans une ambiance visuelle et sonore outrée
6/10

Le Cirque Éloïze se situe sans conteste parmi les fers de lance les plus fameux du cirque contemporain. Il ne manque pas d'intégrer dans son dernier spectacle CIRKOPOLIS de nouveaux préceptes esthétiques à ce nouvel art du cirque. La scénographie spectaculaire ne lésine pas sur les effets visuels et sonores jusqu'à les rendre si puissants qu'ils deviennent les aspects prédominants du spectacle. Quatorze artistes sur scène. Les numéros se succèdent au rythme effréné de déplacements gymniques ou marchés au pas cadencé, à la façon menaçante de groupes agités qui se déplacent comme pour impressionner. Et ils y arrivent les bougres ! On se demande ce qui se passe, ce qui les énervent ainsi pour les rendre agressifs et peut-être violents. Projections vidéo permanentes en fond de scène, musiques ultra bruyantes et numéros qui s'enchainent dans un univers suggérant un monde du travail fantasmagorique en référence au film de science-fiction Métropolis. Plusieurs disciplines donnent lieu et place à des performances étonnantes dans des numéros parfois longs où la répétition réduit l'effet de surprise. L'acrobatie (portés, cascades, pyramides et roulades) est principale. À laquelle se lient souvent en se combinant, les jeux aériens (tremplin, trapèze, mât et corde), la jonglerie (massues et un fabuleux numéro de diabolo) et l'équilibre sur objets (mobiliers en mouvements, roue cyr et roue allemande). De très belles performances dans une ambiance visuelle et sonore outrée. L'ensemble dans une mise en place impeccable. Un spectacle impressionnant même si la stupéfaction devant les effets techniques et les prouesses corporelles prévaut à la grâce et la magie des corps en action. Un spectacle familial où chacun·e pourra y trouver son plaisir.
# écrit Il y a 1 semaine


Opéra, Opérette: La Vie Parisienne ou presque

-Une pochade musicale pimpante et totalement barrée au burlesque appuyé
9/10

Une " Vie Parisienne " revisitée de fonds en combles, portes et fenêtres ouvertes comme pour un jour de grand ménage, au cas où une bonne idée de gag, un clin d'oeil complice ou un chouette instant musical seraient oubliés et nous priveraient. Une " Vie Parisienne " détournée, il faut voir comme. Une " Vie Parisienne " retournée pour sourire de plaisir. Mais une " Vie Parisienne " tout de même... ou presque !!! C'est bien vu et c'est pêchu. Une pochade musicale pimpante et totalement barrée au burlesque appuyé, tout en ruptures et en sursauts. Une sorte de pot-pourri des airs fameux de la célèbre pièce du " petit Mozart des Champs Élysées ", qui fleure bon le divertissement dans un ensemble drôle et déjanté aux allures décousues, parsemé de gags, de dérives musicales bien fichues et de propos hors sujet. Il convient de se laisser faire et surprendre par cet univers inattendu où cinq joyeux drilles jouent " dedans-dehors " avec malice, tâtant du non-sens et se vautrant délibérément dans un absurde rieur. Tous dotés d'une technique musicale au point et réussissant des jeux de comédie bien calés. Deux chanteuses, deux chanteurs et un pianiste, foldingues à souhait et bons musiciens, conjuguent musiques et jeux avec une candeur cynique et une gaité féroce. Ils arpègent, ils sautillent, ils s'époumonent, ils s'invectivent à flux continu sans paraître se fier à un fil conducteur qui ne serait pas aisé de décrire. Un spectacle pour le plaisir, qui nous laisse le sourire aux lèvres, la tête à nos rires et aux mélodies qui résonnent. Et qui vaut le détour !
# écrit Il y a 1 semaine


Comédie romantique: La Leçon de danse

-Théâtre-plaisir où le romantisme et l’humour s’allient pour un spectacle résolument sympathique.
8/10

L'émotion au bord des yeux, les frissons dans les sourires, cette comédie au charme agréable d'un romantisme plein d'humour, nous berce et nous bouscule. Un voyage aux allures de bluette mais qui n'est rien moins qu'une jolie histoire d'amour impossible (ou pas). Senda ne peut plus danser. Un accident, une blessure et sa vie est désormais bouleversée. Elle danse comme elle respire, elle danse pour vivre. Ne plus danser c'est... Adémar est enseignant-chercheur et autiste aussi. Il est atteint de Troubles Envahissant du Développement, en fait un TED aux tics et TOC bien ancrés. Il va bientôt recevoir une distinction pour ses travaux de recherche. Il se prépare à surmonter les épreuves que représente cette cérémonie où il devra danser, lui qui n'est pas vraiment à l'aise avec son corps jusqu'à ne pouvoir être touché par quiconque. Ils habitent tous les deux le même immeuble. Alors, surmontant son effroi, Adémar va chez Senda sa voisine, pour lui demander non pas un petit morceau de mouche ou de vermisseau mais tout simplement de lui apprendre à danser. Et là commence le début de la fin !... Ces deux handicapés de la vie vont se confronter et tenter de surmonter ce qui leur semblait insurmontable. Y arriveront-ils ? Attachants comme les personnages d'un conte, Senda et Adémar vont nous faire rire et sourire, drôles et émouvants. Nous remplir d'espoir et nous faire craindre le pire jusqu'au bout. Les répliques fusent et les situations nous surprennent par une poésie tendre et un burlesque doux. L'empathie est prégnante, des sensations simples de bonheur nous traversent. Andréa Bescond joue une Senga sensible, charmante et pêchue. Saisissante dans l'intensité qu'elle apporte aux émotions, caustique à souhait dans les réparties, elle enflamme son personnage d'un bouillonnant désir de vie. Éric Métayer est un savoureux Adémar, jouant avec une finesse très adroite les postures de l'autisme jusqu'au bout des doigts, dans les regards et dans les intonations. Il porte en lui la vis comica que nous lui connaissons et éclaire les scènes d'une furieuse et drôlissime joie de vivre. Un bon moment de théâtre-plaisir où le romantisme et l'humour s'allient pour un spectacle résolument sympathique.
# écrit Il y a 1 semaine


Théâtre classique: La Danse de mort

-Texte effroyable et implacable servi par un spectacle tout en tension, admirablement joué
9/10

Huis-clos ou presque, dans cette pièce écrite en 1900, August Strindberg enferme à nouveau ses personnages dans leurs propres univers, dans leurs intimités et leurs solitudes. Théâtre de l'intérieur, de l'intime, à forte résonance psychologique, LA DANSE DE MORT est celle des espérances empêchées et des frustrations, des rancoeurs et des renoncements. Danse à laquelle chacun dans ce couple morbide semble vouloir échapper mais s'y résout irrémédiablement. Bousculés tout le long de leur vie commune par les erreurs vécues, jugées comme des échecs, les deux époux Edgar et Alice s'affrontent comme toujours depuis 25 ans. Les sujets ne manquent pas. Ils dévoilent avec intensité la violence des relations, la cruauté des sentiments, le machisme autoritaire, la famille échouée, la rédemption des actes, l'espoir d'une autre vie et la crainte de la mort. Sujets prédominants chez Strindberg, symbolisant la recherche permanente d'un amour attendu et inassouvi, comme une impossible quête du bonheur. Une ile. Une garnison. Un capitaine vieillissant et malade, Egdar. Une épouse impuissante et révoltée, Alice. Le cousin Kurt vient les visiter. Catalyseur des révélations, il écoute et tente des remédiations. Les humiliations et les mensonges qu'il découvre, les actes de démence et les machinations qu'il observe le troublent, le font douter, jusqu'à le conduire à la fuite. La mise en scène de Stuart Seide montre les personnages au plus près de leurs sombres aspects, crument, dévoilant l'abject de leur férocité, le grotesque de leur prétention vaine et la médiocrité de leur puissance. Nous percevons le balancement entre amour et haine, entre compassion et répulsion, qui taraude ce trio familial qui n'en est pas. Jean Alibert (Edgar), Pierre Baux (Kurt) et Hélène Theunissen (Alice) jouent habilement ce trio. Ils nous présentent avec aisance et conviction ces êtres massacrés par eux-mêmes. Enfermés dans leur déni et privés d'espoir, prisonniers de leurs vacuités du désir de vie. Ils nous touchent et nous surprennent. Karin Palmieri (Jenny), dans le rôle court et ingrat de la domestique, réussit la gageure d'illustrer le mépris qu'ils inspirent aux autres, à la réalité extérieure. Un beau Strindberg. Un texte effroyable et implacable servi par un spectacle tout en tension, admirablement joué.
# écrit Il y a 1 semaine


Théâtre contemporain: Sallinger

-Très beau texte. Spectacle âpre et exigeant.
6/10

Adaptation libre du célèbre roman de J.D. Salinger " L'Attrape-Coeurs ", cette pièce de Bernard-Marie Koltès est écrite en 1977. Comme souvent chez Koltès, l'humour et l'autodérision côtoient la violence et les larmes. La comédie côtoie la tragédie. Une pièce qui se compose d'équilibres permanents de jeux entre distances et engagements, entre propos impudiques ou hallucinés et situations criardes ou abattues. Le Rouquin vient de se suicider. C'était ça ou son départ à la guerre du Viêt-Nam. Enfant prodige d'une famille nord-américaine dans les normes, comme on en voit au cinéma dans les comédies dramatiques ou dans les magazines vantant " l'American way of life ", sa mort va déclencher des ruptures dans la vie de chacun. Sa veuve, sa mère, son père, sa soeur et son frère vont baisser la garde, laisser de côté les codes de la normalité, faire exploser de fureur leurs chagrins, leurs remords, leurs impossibles deuils. Comme si ce frère perdu était le liant entre eux, la bouée qui les maintenait tous à flot. Ils vont se disputer sa mémoire. Ils vont le revoir hanter leurs souvenirs. Ils vont chuter dans l'abime de leurs désespoirs. Avec emphase, avec démesure, sans répit de leurs violences, sans rémission de leurs souffrances. Fragments de textes ou texte fragmenté, une série de tableaux sans lien chronologique, comme des flashbacks qui surgissent ou des désirs de continuer à le voir par illusion. De longs monologues souvent. Pas toujours. Cris passionnels, émotions à fleur de peau, les personnages se ruent pour raconter, haletant souvent, libérant une tension manifeste. Un très beau texte, onirique, cru et cruel où l'intimité se dévoile, bousculée par les sentiments. Une formidable métaphore de la vie, remplie de doutes, de recherche d'équilibres même instables, au bord du pont, au bord du vide. Le parti-pris de la mise en scène semble privilégier l'émotion du texte à sa résonance. Les jeux appuyés lui laissent peu de place pour nous surprendre, pour nous parler. Au risque de nous perdre parfois et de nous laisser prendre par des moments d'ennui. Mais peut-être faut-il accepter de rentrer dans cette forme de labyrinthe pour ne pas réfléchir et être bousculés par ces scènes bruyantes et envahissantes d'émotions ? Le texte est beau, très beau. Koltès a fait du roman une pièce singulière. Il en a dit d'ailleurs : " Tenter de porter sur scène ce drôle d'air qui fait de cette histoire quelque chose de profondément poétique, c'est un beau sujet de spectacle ".
# écrit Il y a 2 semaines



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