Spectatif

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Théâtre contemporain: Le Bizarre Incident du Chien pendant la Nuit

-Un fichu et mémorable bon moment de théâtre soigneusement réalisé et remarquablement bien joué.
9/10

Une pièce insolite. Émouvant et drôle, intelligent et riche, voici un hymne à la différence digne et audacieux. Les récits de vie de Christopher, jeune autiste prodige, comme ceux de sa famille et de son entourage, nous questionnent, nous touchent et nous captivent. Tirée du roman éponyme de Mark Haddon, publié en 2003, cette histoire nous embarque dans un sorte d'épopée mystérieuse. La quête de vérité conduite par Christopher cherche à donner du sens à cette réalité étrange qui l'entoure, remplie de mensonges protecteurs et de révélations surprenantes. Une formidable quête de sens à la vie et à la notion de liberté. Le chien Wellington est mort. Madame Shears, la voisine, retrouve sa pauvre bête transpercée par une fourche de jardinage, Christopher à deux pas de la scène. Ah, il ne fait pas bon voir la haine vindicative de cette femme contre la peur farouche criant son innocence du jeune adolescent ! Son père le tire de là mais quand même... Commence alors la " Chanson " de Christopher, comme celle de Roland luttant naguère contre des armées. Avec sa logique implacable, son courage et sa conviction, notre jeune héros s'en va procéder aux investigations nécessaires, à la manière d'une enquête policière, pour découvrir le meurtrier de Wellington. Bon, son père lui demande bien d'arrêter ça mais non. Puis, il partira à Londres découvrir la ville, le métro et sa mère qu'on lui disait morte. Ensuite, il reviendra chez son père pour passer avec succès son examen de mathématiques. Entre des "puis encore"...et des "quand soudain"... des "alors mais" et des "donc il semble"... Que de péripéties et de découvertes l'attendent ! Un parcours aux allures initiatiques, parsemé de hasards, de ruses et de rencontres, nous montre Christopher comprenant un peu mieux les humains, touchant du bout du doigt un peu du bonheur de la liberté, dans sa différence enfin vue par les autres avec des regards moins troubles, presque égaux. Narrations et jeux, silences et musiques, tableaux vivants et mouvements s'entremêlent et se conjuguent. La mise en scène finement élaborée de Philippe Adrien raconte ce récit avec une adresse efficace et une inventivité impressionnante, le faisant traverser des univers réaliste, onirique et fabuleux. C'est un détonant Pierre Lefebvre Adrien qui joue l'adolescent, remarquable jeune comédien qui surprend, comme à l'habitude désormais, de sa fougue et de sa sincérité. La distribution toute entière est au diapason, brillante et précise. Les comédiens sont tous captivants, chaleureux et enthousiastes, nous cueillant souvent par des moments choraux joués ou dansés, aux sourires joyeux ou tristes, toujours à fleur d'émotions. Du bel ouvrage. Nous sortons de cette histoire prégnante où la joie se mêle aux souffrances, éblouis et émus, complices convaincus de son optimisme bienveillant. Un fichu et mémorable bon moment de théâtre soigneusement réalisé et remarquablement bien joué.
# écrit Dimanche


Théâtre contemporain: Biopigs

-Une expérience théâtrale qu'on aime ou pas. Un spectacle à ne pas conseiller aux spectateurs trop sages
7/10

Un spectacle sans fin où cent fins se succèdent mais qui n'est pas suffisamment fin pour qu'on le mange sans faim. Ah oui là, rien à voir avec le Klug de monsieur Preskovitch ou encore les Doubitchou de Sofia ! Non là, c'est crash, trash et comment dirais-je ? direct-live ! Oui c'est ça, sans ambages ni chichis. On joue dans la cour d'à côté, là où les petits ne viennent jamais et où les grands n'osent pas rentrer tellement c'est crash, trash et comment dirais-je ? direct-live !... Même Mémé, qui ne voit rien pourtant, aurait été choquée par ces seins à l'air, ces zigounettes sans pilou-pilou et surtout, surtout ! Cette énorme tête de monstre posée sur le plateau côté jardin, qui parle et dont les yeux articulés observent tout, même le public, et n'en perdent pas une de ces démonstrations grotesques jusqu'au rire et pathétiques jusqu'au grotesque. Sophie Perez et Xavier Boussiron nous concoctent un spectacle composé de tableaux où nous pouvons supputer, imaginer, sous-entendre, entrevoir, surprendre des clichés pris dans les horreurs d'images de fêtes, des stéréotypes drainés par les contes de fée, des poncifs poussifs et hilarants d'exagération sur la séduction, la beauté, le genre sexuel et le jeu d'acteur him-self ! Une sorte de mise en abyme des mises en abyme de comédiens se mettant en scène ou en abyme sans raisons apparentes. Pour le fun sans doute, pour le décalage grossier et la destruction des symboles et des codes certainement, pour rire de tout ça, assurément. Une sorte de revue de l'horrible, de l'outrage et de l'outrance où le foutraque, façon Dada, se conjugue avec des traits et des visuels désopilants. Les comédiens s'en sortent bien, se fatiguent pour nous plaire et nous provoquer de ces scènes aux allures d'" agit prop " de la bienpensance de leur bel art, délirants à souhait. Nous rions souvent, parfois sans savoir vraiment pourquoi. Nous ressentons comme une impression de déballages étranges mais qui ne nous sont pas étrangers, sans doute parce qu'ils sont proches de nos fantasmes, de nos envies de délires frustrés ou de nos rires d'enfants. Une expérience théâtrale qu'on aime ou pas. Un spectacle à ne pas conseiller aux spectateurs trop sages, ni à mémé d'ailleurs. Quant à Tatie, j'hésite, quoiqu'elle rirait volontiers, j'en suis sûr.
# écrit Samedi


Comédie dramatique: Le dernier chant

-Une splendide ode au théâtre que je recommande vivement.
9/10

Une interprétation de grande qualité pour ce spectacle réalisé à partir de textes d'Anton Tchekhov. Un audacieux patchwork composé d'une pièce courte (le Chant du Cygne), d'extraits de nouvelles (Elle et Lui, le Baron) et de passages de lettres échangées avec Olga, sa comédienne fidèle devenue son épouse après six années de relation épistolaire d'une grande richesse littéraire témoignant entre autres d'un même et bel amour du théâtre. Proche des comédiens et du théâtre en général, qu'il servit de plusieurs chefs-d'oeuvre, Anton Tchekhov voue une fascination évidente pour tout ce qui touche à l'art de la représentation et à ses alentours. Il décrit avec précision et humour les bruits et les saveurs de la gente théâtrale, le dévouement quasi mystique qui transcende souvent la vie de ces nombreux artistes, leur abnégation dans leurs doutes comme dans leurs gloires. Nous sommes plongés d'emblée dans la mise en abyme du théâtre par lui-même. Un plateau reconstitué sur le plateau où tout se joue, ou presque. Nous allons rencontrer tout le long d'un chemin surprenant et pathétique, des personnages de théâtre, troublants et touchants. Nous commençons par la beauté et la lumière que le spectacle sait faire briller de tous ses éclats. Une cantatrice vient saluer le public sous des ovations dignes de la Calas. Elle ne dit rien, soulagée, elle est heureuse et émue. C'est tout, juste cette scène. C'est beau et étonnant. Débuter un spectacle par une fin, cette fin, comme un hommage vibrant et chaleureux à l'espérance du succès, son aspiration majeure, son rêve renouvelé. Puis s'ensuivent les dévoilements plus secrets de ce qui se cache dans les coulisses ou dans les antres du théâtre et de ses antichambres. Un souffleur amoureux des textes nous entreprend, cocasse, rieur et drôle. Lui qui sait mieux que certains comédiens ce qu'il convient de faire et qui finira par craquer et leur montrer. Le secrétaire et mari de la cantatrice arrive. Il nous dit combien il ne peut voir son épouse que comme une muse brillante et talentueuse, nous la décrivant, comme s'il se parlait à lui-même, avec l'infamie de l'horreur du regard d'un homme déçu, jaloux et perdu dans son intimité. Nous allons ensuite dans les loges retrouver en pleine nuit, un comédien endormi par son ivresse, l'alcool remplaçant la compagne, l'ami, le confrère qui ne sont jamais là. Il décrit les affres des artistes vieillissants, cantonnés aux petits rôles ou oubliés des directeurs de théâtre. Pris dans son élan, interpellant le souffleur qu'il a réveillé, il déclamera pour nous et sans doute surtout pour lui, les tirades glorieuses de son chant de cygne. Le spectacle se referme par la venue d'une ancienne comédienne, passant caresser du regard et de mots troublés, échappés de sa mémoire incertaine, ce théâtre qu'elle semble tant aimer. Comme un au revoir ou un adieu, comme le dernier chant. L'adaptation d'Emmanuel Ray et la mise en scène de Mélanie Pichot servent avec adresse et précision le parti-pris de la mise en valeur des textes de Tchekhov, des couleurs variées avec lesquelles il dépeint son hommage au monde théâtral. Mêlant adroitement monologues, jeux et tableaux vivants. Du bel ouvrage. Avec le comédien Fabien Moiny (truculent), ils jouent tous les trois cette partition avec une fougue, une dignité et une sincérité saisissantes. C'est très réussi. Les doutes et les passions des artistes, leurs histoires faites de lumières et d'ombres, de joies et d'espoirs, de désillusions aussi, se trouvent magnifiés ici par un spectacle d'une beauté touchante. Une splendide ode au théâtre que je recommande vivement.
# écrit Il y a 1 semaine


Comédie: Fucking happy end

-Une belle expérience théâtrale surprenante, convaincante et agréable.
8/10

Tant pis et bien fait ! Non mais na !... Ce spectacle est un cauchemar pour les auteurs de contes de fée et les fabulistes, bien fait pour eux !... Ils nous ont tellement fait trembler ou rêver, jusqu'aux limites du trouble, tout ce qu'il nous a fallu enfouir ensuite parmi nos peurs pour ne pas se priver aujourd'hui d'une revanche ironique et rieuse voire déjantée. Les personnages se retrouvent ici dans un mélange explosif et burlesque où les rôles, les intrigues et les morales s'entremêlent et embrassent les stéréotypes d'aujourd'hui comme pour mieux faire ressortir que ce ne sont, comme naguère, que poussières de vérité, vents de croyances et filtres d'espérances. Là où il y avait illusions, mythes et légendes, Sarah Fuentes écrit une pièce aux allures foutraques mais bien pensée, dans laquelle l'imagination vient sans doute toujours autant remuer nos désirs ou nos fantasmes et contribuer à structurer ou interpeller notre compréhension du monde. Et c'est tant mieux ainsi, nous dit la psychanalyse, depuis Freud en passant par Bettelheim, La Génardière et Diatkine ! L'imaginaire peut y déloger ce que nos rêves enterrent. Un parti-pris audacieux, à contre-courant de la pensée sage, grâce auquel les textes et les situations se moquent, détournent et compressent pour rire jaune ou franchement du tragique des messages implicites ou des enfouissements inconscients qui nous pénétraient. Les mythes de notre enfance se trouvent enchevêtrés ainsi avec des textes et des situations que la culture fantastique ou fictionnelle contemporaine draine jusqu'à nos consciences et tente de trainer dans la lie de la soumission crédule. Si nous rions volontiers et souvent, notre pensée est chahutée et bouleverse le plein et le trop-plein que nous avons conservés de ces contes et de leurs héros, de nos rêves et de nos cauchemars. La mise en scène de Sarah Fuentes et Jan Oliver Schroeder crée une ambiance de contes à faire peur et rire en même temps. Épurée et centrée sur le texte, elle parvient à nous captiver en nous inquiétant de ce que nous voyons, avant de comprendre ce que nous avons vu. La distribution est inégale dans la justesse. C'est dommage mais n'empêche pas la crédibilité de l'ensemble. À noter toutefois la force comique de Sarah Fuentes comme la précision et la délicatesse de jeu de Maud Imbert. Il y a dans ce spectacle une forme de catharsis étrange et grotesque à la fois, dont la force détonne et dérange presque du plaisir de rire de nos effrois d'autrefois. Une belle expérience théâtrale surprenante, convaincante et agréable.
# écrit Il y a 1 semaine


Théâtre contemporain: Ensemble

-Un pépite théâtrale de la saison à voir absolument !
9/10

Un spectacle comme une gifle, une caresse et un câlin. Comme un cri de désespoir, de rage et de victoire. Celui " d'une mère courage " qui ne dénonce l'absurdité de la guerre comme chez Brecht mais l'absurdité de cette morale ignare et crasse qui juge anormal ce qui est différent. Une mère aimante et aimable jusqu'au respect, incarnée magnifiquement par une comédienne d'exception, Catherine Arditi, la sublime Isabella. Une mère qui s'occupe depuis toujours de son fils handicapé, devenu un jeune adulte lorsque nous venons les voir, cela n'a rien d'étonnant bien sûr. Mais un tel amour, une telle abnégation proche de la dévotion, cela n'est pas étonnant effectivement, c'est déchirant. C'est même dévastateur d'émotions rentrées qui ne peuvent se contenir longtemps et se rependent timidement pour finalement se relâcher tout à fait. Le public rit avidement des moments de cette vie qui se montre drôle et charmante mais s'émeut tout autant devant ce magnifique combat poignant et valeureux pour rester heureux malgré tout et surtout... ensemble. Nous savions combien l'amour maternel peut être beau, nous ne pouvions imaginer qu'il puisse devenir aussi vibrant de tendresse, d'affection, d'attentions de tous les instants, d'une telle énergie pour le protéger coute que coute ce fils pas comme les autres dont la déficience mentale et cognitive nécessite une présence constante à ses côtés. Fabio Marra a osé l'impossible et il a réussi : Écrire une pièce de théâtre sur le handicap mental en montrant sans démontrer, en nous laissant cheminer parmi les situations pour deviner, comprendre et se faire prendre par les sensations, les messages implicites et la beauté de cette histoire aux allures de fable. Isabella vit seule avec Miquélé, son fils porteur de handicap. Elle n'est plus toute jeune, lui est trentenaire. Leur vie se déroule bon gré mal gré, avec douceur et une attentive affection réciproque, dans leur petit logement du septième étage sans ascenseur. L'argent manque, la volonté de vivre dignement, non. Sandra, la fille cadette, réapparait dans leur vie après dix ans d'absence. Elle essaye de bousculer l'ordre des choses de cette existence établie dont elle voit bien l'impossible durabilité. Elle agit, elle transgresse le bonheur installé jusqu'à découvrir le secret de famille qui explique le combat d'Isabella. Réussira-telle à séparer Miquélé de sa mère pour qu'il vive en institution et soulager ainsi la vie d'Isabella ou resteront-ils " ensemble " ? Le texte comme la mise en scène de Fabio Marra créent l'intimité qui convient pour entrer dans cette histoire et la découvrir telle qu'elle est et telle qu'elle nous touche peu à peu, irrémédiablement. Le parti-pris est centré sur le récit. Rien ne nous échappe et nous est épargné. Les mots et les images nous racontent, les sentiments et les émotions nous submergent. Les comédiens, Catherine Arditi en inoubliable Isabella, Fabio Marra en merveilleux Miquélé, Sonia Palau en Sandra troublante et troublée et Floriane Vincent en candidate à l'emploi pêchue et en éducatrice adorable, jouent sur le velours de l'excellence. Ils sont vrais, justes et émouvants. Un spectacle incontournable pour ce qu'il porte comme combat et pour sa beauté. Un pépite théâtrale de la saison à voir absolument !
# écrit Il y a 1 semaine , a vu cet évènement avec BilletReduc.com


Théâtre contemporain: Le Cri des anges

-Je recommande vivement ce bel hommage à la vie.
9/10

Un spectacle profondément touchant. Le sujet nous interpelle par l'émotion qu'il fait surgir et les questions qu'il nous pose. Un texte fort et une interprétation impressionnante d'Amélie Cornu. Ally est une femme confrontée à la lente agonie liée au coma de l'homme qu'elle aime. Elle trouve la force pour tenir et accompagner cette fin de vie en puisant dans l'ironie la distance nécessaire pour garder le lien à la vie. Elle ne peut, toutefois, empêcher son être de sombrer par moments dans les affres de l'insoutenable douleur du doute, de l'incertitude et des révoltes contre le fait ou les gens qui l'entourent bien ou mal. La limite de la folie est proche. Ally dérape souvent et reprend la route. Sa raison ou sa déraison prennent le dessus sur l'émotion et la pousse à réagir, à agir et vaincre le vide qui l'attire jusqu'à lui donner le courage de mettre fin à l'insupportable situation. Les troubles puissants qui emprisonnent cette femme, la scellant dans une posture solitaire et une responsabilité vis-à-vis de la vie démesurément trop lourde à porter, nous sont contés un à un. La comédienne joue elle-même les différents personnages que cette femme rencontre. Son interprétation est précise, légère ou pesante selon les moments traversés par Ally. L'émotion à fleur de peau, sèche comme du bois flotté, vibrante comme un corps qui se bat contre un coeur qui pleure, elle nous montre le combat digne et épuisant de cette compagne, cette soeur, cette collègue, cette amie. Combat qui trouvera sa fin et dont elle sortira souriante mais sans doute pas indemne. La mise en scène de Jean Barlerin met en valeur le texte et ses images. Les tableaux particulièrement réussis qui reviennent après les noirs font respirer la pièce. Il y a là une adroite mise en valeur du parcours de cette histoire de fin de vie et de celle du début du reste d'une vie. La musique superbe de Nicolas Dessenne se fait complice, douce ou colorée pour accompagner Ally dans ses aléas, ses tourments et sa résilience. Comme une amie pourrait le faire. Un spectacle dont l'intimité se fait compagne pour ressentir ce qui se joue dans nos souvenirs ou dans nos peurs face à la mort et y réfléchir aussi. Oui, nous souhaitons voir dans cette narration magnifiquement jouée, un optimisme libérateur, une fureur de vivre malgré tout, malgré ça ! Je recommande vivement ce bel hommage à la vie.
# écrit Il y a 1 semaine


Comédie: Le jeu de l'amour et du hasard

-Très agréable spectacle à savourer sans modération
9/10

Un spectacle d'une fraicheur colorée et divertissante, dans une ambiance de jardin d'été où le marivaudage se fait cocasse, tendre et pêchu, à l'ombre des sourires et des émotions des couples d'amoureux transis ou fougueux, selon le côté de l'intrigue dévoilée. Écrite en 1730, cette pièce n'a de cesse de rencontrer son public tant qu'à ce JEU-là, tout semble fait pour nous plaire et nous laisser surprendre à chaque fois par la malice et la nique que Marivaux réserve aux bienséances des mariages arrangés, à la force du désir amoureux et à la sincérité des amants. Orgon veut marier sa fille Sylvia à Dorante. Dorante, gentilhomme avant tout mais pas bête pour un sou, veut se faire une idée de la promise sans qu'elle le sache. Il négocie avec son père d'aller se présenter dans la maison d'Orgon sous le déguisement de son valet qui prendra quant à lui sa place. Mais Marivaux ne se prive pas de donner aux femmes une exigence autre que domestique, aux prémices de l'émancipation qui commence son oeuvre ce siècle-là, annonçant Émilie du Châtelet et Olympe de Gouges. Il fait de Sylvia le double inversé de Dorante. Elle-aussi se déguise en Lisette, sa servante, qui a son tour se travestie. De truchements en découvertes, de sentiments rebondissants en frustrations rentrées, l'amour se confronte au hasard et le hasard à la sincérité. Qui triomphera, le hasard ou l'amour ? Salomé Villiers s'empare de cette pièce avec fougue et adresse. Elle nous offre une mise en scène pétillante à souhait, des jeux de comédie réglés à pleine puissance sur l'émotion, le trouble et l'ironie. La tendresse délicate des scènes d'amour ressort avec justesse. Elle joue elle-même une magnifique Sylvia, convaincue et convaincante et dont l'émoi se fond dans cet ensemble harmonieux et rieur. Des intermèdes vidéos nous montrent les personnages dans le contexte des scènes, illustrant leurs sentiments avec humour ou passion. C'est simple et bienvenu, savamment fait pour servir la légèreté de la pièce et soutenir les passages importants. Les comédiens Étienne Launay, Raphaëlle Lemann, Bertrand Mounier, François Nambot, Philippe Perrussel et Salomé Villiers, soudés à la manière d'une troupe, servent le texte de belle façon, avec précision, sans le tromper, le hacher ou le soumettre. Ils dégagent toutes et tous un enthousiasme plaisant. Du beau talent. Une version moderne réussie de cette pièce perfide et délicieuse de Marivaux. Un étonnant et très agréable spectacle à savourer sans modération. - Au festival d'Avignon 2017 au Théâtre du Roi René -
# écrit Il y a 2 semaines


Comédie: Le serment d'Hippocrate

- Un spectacle étonnant, inattendu et drôle. À savourer sans hésitation.
9/10

Drôle, aigre et grinçante, cette comédie qui sait se montrer sombre et inquiétante comme une farce sans arlequinades, nous amuse autant qu'elle nous subjugue. La banalité dérisoire du quotidien d'une famille vieillissante, pour ne pas dire vieille, se trouve perturbée par la syncope de Bon maman. Et là, tout à trac, ça ripe, ça ricoche, ça tourneboule, ça bringuebale, ça gigote, ça remue ! La maisonnée est victime d'une implosion majeure de niveau 5 suite à un dérapage d'habitudes. Madeleine et Lucien, quinquagénaires vieille France entourés de Bon maman et Papa, nonagénaires usés mais vaillants semblent vivre sans s'en apercevoir, dans la sérénité de leur routine que rien ne vient bousculer jusqu'à cette syncope. " À quelque chose, malheur est bon " ! Ils se liguent tous pour sauver Mémé, enfin Bon maman. Ils s'invectivent pour s'activer, s'houspillent, en profitent pour se reprocher les incidents récurrents, les mauvais gestes... comme s'ils s'intéressaient soudain à leurs vies. Mais une syncope, c'est une syncope, on ne rit pas avec la santé de Bon maman, on agit ! Des claques ? rien n'y fait et puis on ne frappe pas l'aïeule quand même ! Du vinaigre ? il n'y en a plus. Quoi alors ? " À l'impossible, nul n'est tenu ", " aux grands maux, les grands remèdes ", ils appellent le médecin ! Bon maman s'est réveillée entre temps mais qu'importe " un tiens vaut mieux que deux tu l'auras ". La médecine arrive ! Ce ne sera pas un mais deux médecins qui se relayeront. Leurs noms ? Voyons voyons : Knock, Macroton, Purgon, Diafoirus ? Non ! Blondeau père et fils. Inutile de dire qu' " au bout du fossé la culbute ", la parenté, Bon maman la première, se souviendra longtemps de ces visites !... La pièce de Louis Calaferte, écrivain prolixe du vingtième siècle, est écrite avec la bienveillance crue et parfois cruelle d'un subtil et implacable observateur des méandres de la famille. Ajoutant ici, une savoureuse diatribe sur les croyances, les doutes et les espérances populaires concernant les faits de médecine, il nous concocte une texte rieur et acerbe, cynique et grinçant, nous laissant entre deux chaises, entre rire franc et rire jaune. La mise en scène de Patick Pelloquet met l'accent sur l'ingrat quotidien de cette famille, choisissant un décor kitch et tristounet. La partition scénique, écrite avec précision, permet aux comédiens de nous offrir des effets de jeux parmi les répliques pince sans rire ou franchement drôles et les postures abracadabrantes. Le tout calé au cordeau. Nous sommes pris dans une mélancolie comique et finalement tragique de ce quatuor familial décadent. Nos rires sont salvateurs mais aussi réactifs. Les élucubrations de tous les personnages, notamment les contorsions grotesques et hilarantes de Bon maman (superbe Yvette Poirier), sont particulièrement réussies. Les comédiens jouent la comédie de cette vie ordinaire, un jour pas ordinaire et de ses troubles médicaux avec un enthousiasme et une percussion efficaces. Un spectacle étonnant, inattendu et drôle. Une découverte heureuse du théâtre de Louis Calaferte. À savourer sans hésitation.
# écrit Il y a 2 semaines


Théâtre de l'absurde: L'Opéra Panique

-Petite perle de drôlerie extravagante et intelligente, admirablement jouée.
9/10

Cette pièce est une d'originalité authentique et cruelle. De saccageurs remue-méninges et de fébriles retournements de ciboulots sont éparpillés parmi des plaisirs de drôlerie et nous exposent aux rires souvent les plus fous, comme on les aime. Combien de fois, pendant le spectacle, n'ai-je rêvé d'étrangler ma voisine de gauche et abattre de coups de poings sur la tête, celle de devant, tellement leurs fous-rires m'encombraient et empêchaient les miens d'assouvir leurs plaisirs ? Bon, la panique et l'urgence de ne rien perdre de ce qui se passait nous a bien contraints à entremêler nos réjouissances zygomanesques sans toutefois sombrer dans une folie orgiaque que je sens poindre dans vos yeux bavant de lubricité inconvenante et déplacée. Cette pièce est folle, quand bien même son intelligence perfide nous saisit. Ces comédiens sont fous, quand bien même leurs jeux relèvent de l'excellence. Dans quel état croyez-vous que nous sommes sortis ? Alejandro Jodorowsky écrit cette pièce en 2001, dans la lignée des travaux du mouvement Panique, initié en 1962 avec Roland Topor et Fernando Arrabal notamment. Il tord le cou et les cris de la bienveillante recherche de bon sens à ce que le monde a de plus absurde, c'est-à-dire lui-même, ses conventions, ses stéréotypes, ses devoirs de paraître comme il faut et non pas tel qu'on est ou désire. Une forme actionniste et radicale dont la pureté nihiliste n'est pas sans rappeler le dadaïsme et le surréalisme. La pièce est composée d'une vingtaine de tableaux, annoncés à chaque fois par une Diane chasseresse, malheureusement tout habillée mais belle encore ainsi, un rien autoritaire et un bon peu pince-sans-rire. Le texte de Jodorowsky rit de tout ce qui fait la vie, ses joies comme ses douleurs, jusqu'à nous faire douter que c'est vraiment drôle. Heureusement, le burlesque guette, des fois que le sérieux viendrait pointer le bout de son nez et gâcher la fête. La pièce pousse l'absurde dans ses extrêmes pour nous surprendre de l'étendue de nos craintes et de nos doutes, de nos désirs et de nos fantasmes, cherchant à les dissoudre dans le rire pour que le plaisir règne et vainc. Comme chez les clowns, les personnages ont peur de leurs propres mots, meurent ou ressuscitent d'une gifle ou d'un pied de nez à la véracité et nous touchent à chaque fois. La saveur du grotesque devient poésie, grâce à l'adroite et efficace mise en scène d'Ida Vincent (dont le deuxième prénom est peut-être Diane ? On enquête). L'ensemble est rythmé comme une partition musicale, avec une auguste précision et un calage délicat qui donnent aux effets la surprise d'inattendus joyeux ou cyniques et le régal des joutes drôlesses. Les comédiens Aline Barré, Tullio Cipriano, Cécile Feuillet et Johann Proust chantent, bruitent et jouent sur tous les registres (et ils sont nombreux) de cette satirique revue de détails de la gente humaine, avec légèreté, émotion et un enthousiasme fougueux. Du très beau travail. Petite perle de drôlerie extravagante et intelligente, admirablement jouée. Incontournable spectacle !
# écrit Il y a 2 semaines


Comédie: Un monde merveilleux

-le plaisir d’un sympathique moment de détente.
7/10

Une pochade potache pour le plaisir de rire. Dans la pure tradition du café-théâtre, Didier Caron et Éric Laborie nous concoctent une pièce sans chichi ni paillette avec la frondeuse envie d'amuser le public. Et ça fonctionne ! Le public pouffe de rires et suit, sourires en coin, les aventures improbables mais cocasses de jeunes animateurs déguisés d'un parc d'attraction où les jeux de comédie font aussi partie de la parade. Les personnages pris dans le ridicule des situations pastichent les comédiens aux tics toqués, aux jeux borderline et aux furieuses intentions de faire ou refaire carrière grâce à ces rôles minus aux effets minables. Une série d'imbroglios, de quiproquos et de sous-entendus parfois salaces et souvent drôles servent de prétextes à cette amusante comédie qui ne casse pas quatre pattes à un canard mais qui sait surfer sur les blagues et les gags certes conventionnels mais qui nous piègent aisément. La mise en scène d'Éric Laugérias est précise. Il le fallait pour cette aventure aux contours flous de réalité. Les effets, même attendus, sont bien amenés. La complicité avec le public est servie sur un plateau par le jeu enthousiaste des comédiens qui semblent s'amuser eux aussi de l'autodérision du texte. Du café-théâtre pour lâcher-prise et où le public peut se laisser prendre, sans message à rechercher, juste pour le plaisir d'un sympathique moment de détente.
# écrit Il y a 2 semaines



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