Spectatif

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Théâtre contemporain: Je suis Voltaire

-JE SUIS VOLTAIRE est un spectacle qui nous rappelle que nous sommes Voltaire, comme nous sommes Paris ou Londres
9/10

Ce spectacle revêt une audace incroyable. Il convoque la philosophie de Voltaire pour interroger le fanatisme aujourd'hui et en faire une pièce de théâtre, ô combien réussie. Chapeau bas, madame Laurence Février ! Vous écrivez là et mettez en scène du théâtre politique digne de celui défendu par vos prédécesseurs Gémier, Vilar, Brecht ou autre Dario Fo... Le public s'installe. Almona est au fond, papier et crayon à la main, elle attend. Il y a cette femme aussi, assise au bord du plateau, qui attend aussi. Nous apprendrons plus tard qu'elle est Ézéchièle, une ange-femme. Les deux femmes attendent Voltaire. Une agitation anime le plateau, le début d'une conférence avec Émilie du Châtelet et Voltaire est prévue. Almona et François qui vient d'entrer et d'installer une caméra, se préparent à interroger les invités. La porte s'ouvre et Ninon entre, aussitôt admonestée d'invectives et de reproches par Ézéchièle, rudement, aux limites de l'agression. Elle ne mérite pas d'être là, qu'elle se taise et écoute. De force, Ézéchièle l'installe au premier rang du public. Voltaire ne vient toujours pas. Émilie du Châtelet entre à son tour. Une virago en fusion, hurlant des ordres, réclamant son matériel. Cette femme de sciences et de lettres du début du siècle des lumières nous fait découvrir son regard aiguisé et sa quête militante de progrès. Commence alors la conférence. Nous comprenons que Voltaire ne viendra pas. Émilie du Châtelet est interrogée et parle volontiers, brillante et intraitable. Elle situe sa relation avec Voltaire. La compagne, la muse et la complice du philosophe, explique le travail de l'illustre penseur, sa lutte acharnée et incessante contre l'injustice et le fanatisme religieux qu'il appelait " l'infâme ". Elle démontre avec maestria combien le combat contre l'intolérance et pour l'émancipation des peuples fut le leur. Situation forte, charge lourde contre le cléricalisme castrateur et liberticide. La conférence est terminée. Émilie du Châtelet sort. Entre alors Frédéric, ancien camionneur, devenu auditeur des cours de l'université de Vincennes en 1968, puis professeur d'histoire et aussi tuteur de détenus pour crime de terrorisme, chargé d'oeuvrer à leur réinsertion sociale. À ce titre, il s'occupe de Ninon dont nous devinons qu'elle est une jeune française fanatisée. Il vient la chercher et la conduit avec lui au centre du plateau. Une discussion s'engage. Les travaux sur l'intolérance et le fanatisme de Voltaire, les " plis de la compréhension " et la nécessité que " les gens pensent " défendus par Deleuze sont développés pour expliquer à Ninon son fourvoiement frénétique et l'emprise de son embrigadement. Le débat nous éclaire et apporte des clés de réflexion sur l'actualité. Entre la vacuité et la vanité vaine du combat terroriste, les réminiscences d'une nouvelle guerre de religions et d'une nouvelle inquisition, quelle place laissée à la liberté de penser par soi-même, au-delà des croyances imposées par l'éducation et la culture ? La mise en scène et la scénographie utilisent des procédés indirects de mise en vie, attractifs et surprenants. Elles réservent la relation frontale au public pour mieux l'interpeller, le surprendre et l'inviter à la réflexion qui ne peut que naitre ou renaitre devant lui. Audace, adresse et efficacité. La distribution crédible et enthousiaste comme sa volonté manifeste de partage nous touchent. C'est très bien joué. JE SUIS VOLTAIRE est un spectacle qui nous rappelle que nous sommes Voltaire, comme nous sommes Paris ou Londres. Indispensable moment de " théâtre de la cité ".
# écrit Samedi


Théâtre contemporain: Le déni d'Anna

-Un beau temps de théâtre
9/10

Ce chagrin causé par la mort d'Anna, en rire ou en pleurer ? Bien sûr, la question ne se pose pas ainsi mais le propos de cette pièce s'y frotte et nous pique tant elle est profondément humaine, au réalisme criant de vérité qui nous touche au coeur et encore. Comment ça " je ne veux pas le savoir ! tout va bien se passer ! la vie continue ! nous faisons comme si... " ? Anna est morte et vous continuez dans ce paraitre caricatural et vain vous faisant trébucher à chaque réminiscence, qui d'un lapsus, qui d'un acte manqué, qui de pleurs inexpliqués. Ah la belle-famille que voilà ! Non mais ce n'est pas si simple... Le spectacle nous fait balancer sans nous bercer. C'est cash et prenant, tendre et acerbe. L'auteure Isabelle Jeanbrau n'y va pas par quatre chemins pour dessiner cette histoire familiale qui bascule dans le refuge de l'évitement d'une évidence impossible à supporter. Entre l'aveu de la douleur de l'impossible deuil pourtant nécessaire et les conduites stratégiques empruntées par chacun pour se carapater dans le refus de la réalité, nous passons du rire grinçant et salvateur aux tensions émues et prégnantes. Dans le contexte dramatique d'une névrose familiale cristallisée ou révélée par la mort d'Anna, mère de deux enfants sages surprotégés, épouse d'un mari qui passe de psychomaniaque à psychorigide, d'une mère épouvantée par le manque mais l'enfouissant dans l'oubli et d'un frère qui a bugué sur play et ne supporte plus sa mère... Nous assistons à vingt ans de leurs vies au bout desquels les enfants devenus adultes décident d'enterrer l'urne funéraire de leur mère et d'entamer enfin leurs deuils, entraînant dans leur sillage toute la parenté. Cocasse ou ténu, le fil de l'amour traverse tous les personnages et transperce leurs carcans protecteurs pour nous montrer des situations grotesques de sincérité et prenantes du poids de leurs charges affectives. La mise en scène de l'auteure fait le choix de la simplicité et de la pudeur. Pas de soulignement par des effets inutiles mais une construction scénique et une direction de jeu sans concession, au service du récit et de ses émotions. Le chagrin présent sait se faire drôle pour cacher son déni mais ne se prive pas de passer la rampe pour devenir proche. La musique joue en direct les douleurs de l'agonie d'Anna, les rappels non-dits de son souvenir, créant une ambiance chaleureuse et colorée. Les comédiens interprètent avec harmonie et précision ce texte ravageur et caustique, ces situations poignantes de vérité et ces postures gênées que le rire sauve d'une compassion ridicule. Ils nous emportent dans le récit avec une adresse pêchue et efficace. Une belle distribution pour une belle histoire. Un spectacle drôle et bien ficelé. À voir pour rire et s'émouvoir du chagrin des autres mais où le souvenir des nôtres se cache sans déni. Un beau temps de théâtre.
# écrit Samedi


Spectacle Musical: L'écume des jours

-Une découverte réussie de « l’écume des jours » au théâtre. Un incontournable moment bonheur.
9/10

Cela devient une habitude ou bien ? Le théâtre nous offre à nouveau un petit bijou de spectacle musical comme il sait les serrer dans son écrin de velours et de plaisirs. Un superbe spectacle pour un superbe roman ! Le livre éponyme de Boris Vian parait en 1947. Reconnu aussitôt par Queneau, Sartre et autres libérateurs de la pensée, il ne deviendra que plus tard, victime de son insolente modernité et de sa nique à la bienpensance, une des effigies du mouvement de renouveau littéraire, contribuant à ouvrir la voie au " nouveau roman ". C'est une belle histoire d'amour. Un amour extraordinaire comme un soleil de neige glacée, comme une brise de chocolat chaud et brulant, comme une corbeille de fleurs rieuses et mortelles. Nous sommes au pays des merveilles belles et bancales, celui des contes mais dont la féérie crue, l'incongruité des situations et des propos transcendent le genre et nous transportent dans une échappée folle vers l'imaginaire. Le fantastique coloré d'absurde, mélangé au canular et bercé par la musique de jazz, nous fait voyager dans un récit aux allures de rêves ou de cauchemars, selon le coté du nénuphar que nous voyons en premier. Nous sommes plongés dans un précipité de surréalisme. Les murs bougent ou s'arrondissent, les souris pleurent de tristesse et les pianos font des cocktails. Joliment adapté par Paul Émond, cette histoire d'amour nous est jouée et chantée joyeusement, avec l'humour ironique et caustique de l'écriture acide et surnaturelle de Boris Vian. Le style de l'écrivain, tendre et sauvage, irréel et iconoclaste, aux limites du roman noir, est particulièrement bien rendu par le texte théâtral. La mise en scène de Sandrine Molaro et de Gilles-Vincent Kapps se révèle d'une adresse et d'une finesse délicate. Sobre, précise et d'une poésie marquée, elle laisse une agréable place à la musique comme un hommage évident à l'auteur. Les trois comédiens Roxane Bret (joli brin de voix), Maxime Boutéraon et Antoine Paulin, nous réjouissent de leurs lumineuses présences et du dynamisme enthousiaste qui les animent. Ils servent les personnages avec une légèreté amusée et une intensité prégnante. Les sensations passent la rampe, nous sommes conquis. Une découverte réussie de " l'écume des jours " au théâtre. Un spectacle musical drôle et charmant. Un incontournable moment bonheur.
# écrit Jeudi


Théâtre classique: Une saison en enfer

-Une expérience théâtrale poétique rare, aux délices illuminés de l’écriture d’Arthur Rimbaud
8/10

Un spectacle d'une force de tous les diables que ce long cri poétique et troublant d'Arthur Rimbaud. Dans une ambiance éthérée et prégnante d'un onirisme marqué, nous sommes enveloppés par les effluves envoutantes de ce texte. Les mots nous touchent à fleur de peau et les maux à cor et à cri. Ce recueil de poèmes en prose est publié à compte d'auteur en 1873, deux ans avant que cet illustre auteur décide de clore sa carrière de poète, à 21 ans. UNE SAISON EN ENFER renferme ses déceptions et ses rancoeurs sur l'activité artistique et le sentiment amoureux, sur la réalité et la vanité du monde occidental telles qu'il les observe alors, déçu et lassé. Il y a ici comme une quête mystique de pardon, de salut, de refuge au désespoir. Le spectacle est finement ciselé par la mise en scène d'Ulysse di Gregorio. Les lumières pour seuls effets et le rythme des scansions du comédien figé au centre d'un cratère, créent cette impression permanente d'un ailleurs sensuel, charnel et intense. Tourbillonnent autour de nous les couleurs de ses souffrances et les saveurs des errements que Rimbaud confesse au fil du texte. Comme autant d'hallucinations et de divagations qui façonnent un tableau oscillant entre l'enfer et la mort, le délire et la folie. Les textes denses, demandant une concentration soutenue pour ne rien perdre, sont magnifiés par le prodigieux Jean-Quentin Châtelain. Sa diction est poème. Ses respirations deviennent les nôtres. Les mots qu'ils nous livrent résonnent proches et profonds. Une expérience théâtrale poétique rare, aux délices illuminés de l'écriture d'Arthur Rimbaud, servie magnifiquement par Jean-Quentin Châtelain, magistral comédien, grand passeur de mots, d'images et de sensations.
# écrit Mercredi


Théâtre contemporain: Shaman et Shadoc ou l'imposture des rats

-Un très beau texte. Très bien joué. Un spectacle surprenant et envoutant. À voir sans hésiter.
9/10

Un spectacle délectable, étonnant et détonnant, brusque et rustre, où l'on se fait piéger par la fluidité du récit et l'âpreté des thèmes abordés. Un délice de cascades rebondissant sur les flots de notre raison. Le rire y est caustique et souvent libérateur dans ces nombreux noeuds de l'histoire, mis à plat peu à peu, surprenants et parfois cruels. Un conte philosophique sur le sens de la vie ? Une fable sur le devoir mortifère de répondre de ses actes ? Nous passons du poème épique au thriller noir par une roublardise d'écriture acidulée, savante et adroite. Pierre Margot semble avoir écrit et mis en scène cette pièce avec une évidente envie de partager des questions, de nous surprendre et de nous faire vivre un récit à tiroirs. Si telle est son envie, elle rencontre notre plaisir. Mais commençons par le début. Pourquoi donc Manhattan Shaman et Victor Shadoc se sont-ils rencontrés ainsi, sur le banc d'un square remplis d'enfants crieurs ? Sans y prendre garde ? Par un pur hasard ? Allons allons, nous savons depuis des lustres, de Platon à Voltaire jusqu'à Freud, que le hasard n'est qu'une alternative rationnelle à la métaphysique, une cause ignorée d'un effet connu ou une impression à laquelle met fin une accumulation de faits. Il n'y a pas plus de hasard dans tout ça que compote de pommes dans l'armoire de grand-mère !... Bon, ils se rencontrent. Ou plutôt, Shaman interpelle Shadoc. Mal aux pieds dit-il. Besoin d'aide ou d'autre chose ? On ne sait pas. Pas encore. Shadoc répond à ce SDF et lui propose de le soigner et lui donner de nouvelles chaussures. SDF, Shaman ? Oui pourquoi pas, mais remarquable par ses postures iconoclastes et agressives, magnant l'humour et les questions incongrues à résonance réflexive comme un vieux prof de philo à la retraite qui n'en a plus que faire de ces chiards pleureurs du square et de la gente humaine en général. Et puis, il vit avec des rats chez lui... De la fortuité de la rencontre, nait une relation épisodique puis soutenue. Ils s'irritent l'un l'autre Ils s'attirent toutefois. Ils se jaugent. Ils se reconnaissent. Ils... Non. Plus avant serait trop loin. Il faut voir la pièce pour comprendre la fin. Leurs fins ? Notre fin ? Deux hommes que tout semble opposer et que rien ne rassemble. Deux écorchés de la vie qui se rapprochent pour enfin donner du sens aux écarts de leurs histoires ? Un jeu de domination et de subordination s'établit entre eux jusqu'à échanger leurs places comme pour savourer les délices des limites du soutenable, des seuils de la tolérance et des frontières de la dignité. Une femme énigmatique vient entrecouper le récit par des logorrhées chantées à la manière des intermèdes du théâtre Antique. Elle scande la progression du mystère conté et le colore d'une poésie épique et complice. Elle deviendra peu à peu un personnage tout entier inscrit dans l'histoire. Les tiroirs sont vidés, nous comprenons ce qui s'est passé. Le jugement n'est pas lié au hasard. Nous partons avec l'incroyable sentence prononcée : condamné à mourir de vivre. Un très beau texte. Très bien joué. Un spectacle surprenant et envoutant. À voir sans hésiter.
# écrit Il y a 1 semaine


Théâtre classique: Intra Muros

-Une pièce captivante. Un spectacle réussi, ficelé et très bien joué
9/10

Cette dernière création d'Alexis Michalik démontre une nouvelle fois que ce tisserand d'histoires sait s'y prendre pour nous cueillir et nous maintenir en haleine jusqu'à la fin, nous laissant groggy, emplis de sensations et de questions sur les détours et les contours de ce que nous avons vu. Ce spectacle est un régal d'imaginaire, harmonieusement et chaleureusement concocté pour permettre la montée en tension, sans crier gare, des émotions tirées de ce que nous voyons vivre devant nous et celles plus intimes, sorties du secret de nos souvenirs. Nous sommes interpellés d'entrée. Un comédien commente son jeu de comédien en jouant, nous faisant franchir comme s'il nous tendait la main, le gué qui sépare le théâtre de la réalité, comme une invitation à rentrer dans l'histoire qui sera contée et jouée ensuite. Proximité de convenance ou complicité de jeu ? La représentation à laquelle nous allons assister est–elle une représentation de la vie ou un témoignage vécu ? Et voilà, ça y est. Nous sommes piégés. Nous avons passé la porte. Comme d'habitude, l'univers d'Alexis Michalik nous emporte dans un ailleurs composé, enfoui dans une histoire aux allures fantastiques et aux multiples possibles. Comme ces rêves étranges dont on se réveille hagard et dont on ne sait pas, à la réflexion, démêler le réel de l'oubli, de l'invention, du fantasme ou du désir. Peut-être qu'en rassemblant les propos et en tirant les ficelles des situations pourrons-nous reconstituer le puzzle dont certains morceaux semblent perdus ou cachés et qu'il nous faudra bien inventer pour obtenir un ensemble ? Kevin et Ange sont tous deux détenus en maison centrale. Ils se présentent à la première séance de l'atelier " théâtre entre prison ". Ils y rencontrent Alice, la jeune stagiaire assistante sociale accompagnée de Jeanne et Richard, les deux comédiens qui animent l'atelier. Qui sont-ils les uns pour les autres ? Quel est le vrai du faux dans ce qu'ils disent, dans ce que nous voyons et que nous comprenons ? Quelles sont ces blessures qu'ils cherchent à soigner ? C'est une histoire d'amours meurtris. Façonnés d'entrelacs compliqués mais beaux, parfois tristes, souvent émouvants. Le texte touche au coeur et à la raison en abordant les sujets de la quête de soi, du désir d'aimer et d'être aimé, du besoin de reconnaissance. La mise en scène de l'auteur est comme son texte, inventive, réaliste et symbolique à la fois. Précise et crédible, épurée et claire, elle permet le jeu superbe des cinq comédiens Jeanne Arenes, Bernard Blancan, Alice De Lencquesaing, Paul Jeanson et Faycal Safi. Avec un enthousiasme débordant et une intensité maîtrisée, ils jouent avec brio et talent. À noter les effets sonores efficaces et la partition musicale riche et agréable de Raphaël Charpentier qui joue sur scène. Une pièce captivante. Un spectacle réussi, ficelé et très bien joué. À voir sans hésitation.
# écrit Il y a 1 semaine


Théâtre contemporain: Honneur à notre élue

-Un spectacle étonnant par son originalité, dont l’intérêt s’effrite en allant. Admirablement mis en scène et bien joué.
8/10

Marie Ndiaye propose ici une pièce dont l'argument est original, iconoclaste et à la fois terriblement proche de nous par ses interrogations sur le pouvoir et la reconnaissance sociale, le charisme et la séduction, le don et le renoncement de soi. L'écriture théâtrale que développe cette auteure adroite, au langage plus écrit que parlé et dont le caractère littéraire apparait appuyé, nous conduit à nous demander quels sont, derrière les nombreux filtres obscurs ouvrant la voie à de multiples possibles, les messages portés par le texte. Il ne peut pas s'agir d'une simple campagne électorale qui révèle les sentiments passionnels, aux contours de la dévotion, des adhérents comme des opposants au programme de la future maire élue. Nous assistons toutefois avec délice à ces sempiternelles discussions de coulisse, conventionnelles et savoureuses de ridicule, rappelant celles des combats renouvelés toujours et encore entre candidats aux élections. Marie Ndiaye décrit avec une malice et un décalage permanents, une histoire qui nous apparait auréolée d'une mystique improbable et d'une amusante invraisemblance. À quoi donc rime tout cela ? À bien y regarder, la pièce revêt quelque peu les attributs esthétiques d'une " pastorale " moderne à la théâtralité crue et crédible. La campagne électorale y serait alors une sorte d'évangélisation ? Son parcours parsemé d'embuches (insultes, coups bas, trahisons) surmonté sans mot dire par " Notre Élue " (quelle formule coïncidente !) lors de la campagne qui la conduira à l'échec, un chemin de croix ?. Echec qu'elle vivra par ailleurs avec abnégation et culpabilité, disant que tout est de sa faute... Ah ça mais ! " Passion " et " Résurrection " ne se trouveraient-elles pas illustrées ici ? Métaphore métaphysique voulue ou pas, conte philosophique cruel ou tragi-comédie fantastique, les personnages et leurs relations nous paraissent plus captivants que les situations développées et nous surprennent à chercher ce qui les animent, pourquoi sont-ils ainsi, pourquoi disent-ils cela. Les personnages de l'opposant et de notre élue sont particulièrement troublants. La mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia offre une structure théâtrale riche et variée : Jeux de lumières et de décors, vidéos en direct se fondant dans une mise en abyme des situations, mélange de sons directs et sonorisés. Le tout, d'une richesse extrême et précise, est mis au service d'une interprétation toujours juste, entrainée par les compositions étonnantes de Patrick Chesnais et d'Isabelle Carré. Du très bel ouvrage. Un spectacle étonnant par son originalité, dont l'intérêt s'effrite en allant. Admirablement mis en scène et bien joué.
# écrit Il y a 2 semaines


Théâtre contemporain: Lili

-Voici une petite perle théâtrale à voir sans attendre
9/10

Tirée du roman de Clarisse Nicoïdski " Le désespoir tout blanc ", publié en 2000, LILI en est l'adaptation théâtrale de Daniel Mesguich. Une pièce qui saisit, intrigue et envoute. Nous sommes touchés dès le début par l'intensité crue et véritable de ce personnage d'abord étrange plus vite familier. Lili n'est pas comme tout le monde, Lili n'est pas normale. Une idiote de village, une simple d'esprit, une enfant pour toujours. Elle vit sa douce folie dans une quiétude béate et curieuse, parfois perturbée par des agitations fortes aux accents violents. Elle ne maitrise rien Lili, elle vit. Elle vit avec la simplicité de l'innocence et la résignation de la faiblesse dans ce monde qu'elle commente comme elle le voit. Un manège qui tourne sans fin où elle reconnait ses proches mais où elle n'a pas de place. Elle s'éblouit d'un rien qui bouge, d'un contact involontaire qu'elle ressent comme une caresse. Les coups lui font mal, les paroles du bien. Elle comprend tout au premier degré sans que la pensée l'aide à interpréter la réalité. Son handicap mental et moteur la prive. Son insuffisance cognitive réduit son rapport au réel à l'immédiat. Son ultra sensibilité sensorielle et affective imprime des souvenirs-réflexes et créé des attentes de plaisirs où frustrations et désirs se mélangent. Son inadaptation sociale est telle qu'elle devra poursuivre son histoire de vie dans un désespoir qui l'inonde de plus en plus et qui la conduira hors de la maison familiale, dans un ailleurs plus loin encore que le sien. Un magnifique personnage, riche de ses différences. La mise en scène de Daniel Mesguich, finement élaborée, rend Lili plus belle que sa souffrance. Illuminant de poésie ses hallucinations, ses joies et ses douleurs. Sur le plateau, le personnage de Lili n'est pas tout seul, un deuxième personnage l'accompagne et précède, double ou prolonge sa narration. Les propos dits ou joués, les murmures, les airs chantés, les cris et les crises de nerf, de pleurs ou de rires donnent au spectacle des reliefs lumineux et fantasmagoriques. L'envoutement est réussi, nous sommes pris. Quelle étonnante et belle rencontre avec cette grande petite fille, ne soyons pas surpris de nous prendre d'affection pour elle. Un très beau spectacle, une magistrale interprétation toute en nuances de Lili par Catherine Berriane et de son double par Flore Zanni. Voici une petite perle théâtrale à voir sans attendre.
# écrit Il y a 2 semaines


Comédie: C'est encore mieux l'après-midi

-Un des bons plaisirs théâtraux du moment. Drôle, bien ficelé et très bien joué.
9/10

Voici un vaudeville alerte et bigrement bien ficelé que ce spectacle. Le sourire est permanent, le rire fuse à tout-va et le fou-rire guette. Tous les ingrédients d'un vaudeville réussi semblent rassemblés ici. L'intrigue de la pièce de Ray Conney, écrite en 1984, est une des plus représentatives du vaudeville et ne prête qu'à rire. Elle fonctionne sur le traditionnel adultère mais le complique comme il faut pour nous embrouiller de quiproquos, de malentendus, de lapsus et d'actes manqués aux accents foldingues appuyés. Conney est reconnu comme un des maitres du genre. On comprend ! L'adaptation française de Jean Poiret est un régal de courtoisie caustique, de répliques vachardes et cinglantes où l'ironie est branchée en continu et se manifeste jusqu'à des effets burlesques qui illuminent tout à coup la pièce de feux brillants et hilarants. C'est drôle et piquant ! La mise en scène de José Paul est d'une époustouflante efficacité. Le rythme, les effets, les silences, les postures, les astuces du décor... Tout y est pour ne pas penser à autre chose qu'à rire, surpris par ce que nous voyons et que nous ne pouvons pas croire. Nous sommes cueillis du début à la fin ! Les comédiens sont brillants. Ils n'en font ni trop ni pas assez, vivant à cent à l'heure les situations, donnant aux répliques saveurs et drôleries. Ils semblent s'amuser autant qu'ils nous amusent. Un régal ! Ah que cela fait du bien de venir aussi au théâtre pour rire... tout simplement ! Le vaudeville est une des formes de la comédie qui fait partie du théâtre de plaisir, où les situations et les jeux d'acteurs prédominent aux messages du texte. Bien sûr, les comédies vaudevillesques ne cherchent rien d'autre que nous amuser, reprenant les portes qui claquent, les trios amoureux simples ou multiples, les répliques qui fusent et les situations qui trahissent. Sans jamais tomber dans la facilité de la vulgarité ou de la raillerie crasse et méchante d'une catégorie ou l'autre de la gente humaine (car là, c'est courage fuyons !), elles nous amusent avant tout. Elles nous permettent de jouer de nos fantasmes, de nos désirs ou de nos frustrations. Elles se moquent pour nous des interdits en les faisant transgresser par les personnages. Elles rendent fort le faible, ridicule le fort et sublime l'innocent. De bons moments de régulation cathartique qu'il nous faut renouveler régulièrement pour garder le sourire aux yeux et l'oreille en coin. Ce spectacle est un des bons plaisirs théâtraux du moment. Drôle, bien ficelé et très bien joué. Incontournable moment de rires.
# écrit Il y a 2 semaines


Comédie: Entretiens d'embauche et autres demandes excessives

-Un spectacle sympathiquement drôle, qui nous fait réfléchir aux relations humaines
8/10

Une série de tableaux drôles et réussis, aux saveurs douces amères où le rire nous échappe pour de pas grincer des dents par ce que le texte nous renvoie d'horrifiant dans la réalité du monde du travail. Qu'il s'agisse de souvenirs, d'écoutes ou d'observations, nous avons tous été ou sommes encore confrontés dans notre histoire vie à ce que peut représenter, peu ou prou, les souffrances au travail. Et ce, dès les entretiens d'embauche. Le texte d'Anne Bourgeois présente adroitement une palette de registres. Chaque tableau nous permet de nous confronter aux enjeux émotionnels véhiculés par des entretiens d'embauche différents, accompagnés volontairement ou involontairement d'autres demandes plus profondes et personnelles. Et nous sommes servis : Entre pertes de la confiance en soi et du sentiment de dignité, de l'estime de soi et de sa capacité à réussir jusqu'à la rupture de son self contrôle, le découragement et la révolte, tout y passe ! Stress négatif, soumission à la conformité attendue, jeux identitaires où se troublent le " moi " et le " soi ", l'espace privé et l'espace public, le devenir professionnel et le désir personnel... Combien d'efforts, d'abnégations et de renoncements faut-il faire pour répondre à la demande socio-professionnelle, s'y conformer, s'y soumettre pour exister encore ? Tenter de séduire sans plaisir des interlocuteurs par nécessité de leur plaire ; s'abandonner avec sincérité à l'espoir d'être choisi non pas pour ce qu'on est mais pour ce que l'on vaut ; fusionner la promesse d'un travail avec la promesse d'un avenir meilleur, d'un accès au bonheur... Est-ce ainsi que les gens vivent ? Que l'humanité doit être dans les relations sociales ? Le spectacle ne sombre pas, heureusement, dans une sorte de litanie de plaintes vaines de supplices vécus. Au contraire !... La mise en scène de l'auteure est alerte et enjouée, cherchant à montrer sans démontrer, laissant la place à l'ironie et au caustique pour cheminer et nous toucher de leurs effets. Pêchue et convaincante, la comédienne Laurence Fabre nous emporte dans ces tableaux dévastateurs et rieurs. Elle joue tous les personnages avec malice et brio, nous fait sourire et rire (plutôt jaune) des aléas, des tourmentes et des affres des entretiens d'embauche. Elle sait égratignée avec espièglerie ou puissance de feu, à chaque fois que c'est possible, les recruteurs abusant de leur pouvoir ou jouant avec leurs victimes comme des chats qu'il faudrait castrer, avec leur balle. Un spectacle sympathiquement drôle, qui nous fait réfléchir aux relations humaines dans le monde du travail et plus largement...
# écrit Il y a 3 semaines



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