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Ses critiques



37 pages de résultats triés par
7 / 8 / 9 / 10 / 11 / 12

Théâtre contemporain: Du charbon dans les veines

-Le feu coule dans les veines
10/10

Ma foi, Jean-Philippe Daguerre, présent d'ailleurs sur la scène du théâtre Saint-Georges , ne démériterait pas d'un Molière supplementaire pour cette pièce qui allie grande humanité et partage de la musique. On y retrouve un peu l'atmosphère populaire d'un petit commerce façon Le Petit Coiffeur (Les Gémeaux de Paris), mais, ici, la restitution des gueules noires des mines du nord est bluffante. Au salon du coiffeur succède maintenant le café où viennent se prendre les nouvelles dans un monde où la mortalité au travail est affolante. L'ambiance bistrot est sublime et alcoolisée, ambiance La Belle Équipe. Un concours d'accordéon permet aux non-dits, les doigts pianotants et les yeux dans les yeux, de s'exprimer dans ce désert d'horizons , que ce soit romance, colère, pauvreté, émulation du sport, amour des amis ou des enfants. Le plateau d'acteurs est remarquable d'homogénéité, tous bons, jeunes premiers comme routiers, avec une mention particulière à Jean-Jacques Vannier. Les décors roulants sont très inventifs et le propos, en général, cash. Bravo ! À ne pas rater et à aller "déguster" .
# écrit le 19/04/25


Théâtre contemporain: Premier amour

-Sous le soleil de Beckett
9/10

Je m'aperçois que j'ai oublié de commenter cette pièce vue pour sa dernière le 31 décembre 2023 au Petit St-Martin. Dominique Valadié y a été remarquable dans un emploi à contre-pied, en endossant un rôle masculin et avec un accend du Sud complètement étranger au monde du dramaturge qui n'en sort pas du tout dépareillé. Au contraire, ce travestissement donne un éclairage inhabituel au glauque existentiel radical plus ou moins attendu et fait se conjuguer avec poésie situations infâmes de vies étroites et ressenti que cela nous concerne universellement. On passe de l'infiniment petit aux grandes resonnances. La diction et l'immobilité de Valadié ont été parfaites, sans verser dans le statufié, offrant un moment étrange de noir et de lumière.
# écrit le 19/04/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com


Théâtre contemporain: Œdipe Roi

-Brasier du Tragique
9/10

Magnifique restitution d'un Tragique grec. L'ubris ne vous lâchera d'un poil à la Scala St-Martin et la démesure des dieux est à la mesure de celle des événements. Le plomb règne sur scène avec une mise à mort connue de tous, comme à une corrida rituelle au tempo ralenti. Tous les acteurs sont bons, particulièrement les "seconds" rôles. Jocaste ne m'a pas eue l'air dans le coup et savoir qu'on est drapé ici dans le marbre antique. Le bien plus convainquant Oedipe, qui donne beaucoup de sa personne , m'a semblé manquer aussi d'un peu de hauteur sous le fléau des calamités, mais le rôle est très difficile. Car curieuse pièce tout de même où le personnage principal n'est qu'un jouet sous les caprices du destin. On a l'impression que les Grecs y ont voulu se faire peur en mettant sur scène l' hyper hyper tabou de l'epoque, l'inceste, le parricide, la lignée créée endogène (demandez le programme, j'ai baisé ma mère, enfanté mes soeurs et tué mon père ).Donc pas grand chose à faire que s'en crèver les yeux. Un héros moderne pourrait sans doute dire qu'il n'y etait pour rien et être moins perméable à la souillure et à la culpabilité (position de Jocaste qui ne serait pas fâchée de continuer tel quel)? J'ai éprouvé plus de stupeur et tremblements dans les mises en scene impitoyables des Tragiques de Bernard Sobel. On y vient en consentant d'être tétanisés et voir les héros et les villes aplaties comme des merdes dans un cataclysme décrété par les dieux, moins pour y écouter de plus modernes fêlures de l' intime.
# écrit le 15/04/25


Comédie dramatique: Le Prix

-Superbe, mais à prendre avec des pincettes
8/10

Pierre Arditi, Ludmila Mikaël et, moins présente sur scène, Clara Borras sont excellents dans cette pièce desservie par une mise en scène poussiéreuse, c'est-à-dire un décor statique qui ne bougera pas d'un seul iota , affreusement théâtre tradi. Le déroulement se résume alors à un face à face verbal entre Arditti et Mikaël, brillant, romancé, tourné vers le conflit et le mot d'esprit. On y apprend plein de details sur la vie scientifique de Berlin, et l'argument général est une charge contre l'antisémitisme qui sevit sous le nazisme, pour ne pas dire la chasse aux juifs, comme le machisme présent même dans le milieu de la recherche avancée et dont l' une des protagonistes fera les frais. Vérification faite, si Wipedia signale bien que Lise Meitner était une nobelisable honteusement jamais primée, l'argument du librettiste qui avance l'idée de vol d'idée est à nuancer. Elle fut reconnue par ses pairs et collègues, eut des distinctions et partagea un prix avec Otto Hahn, savant au passage violemment pacifiste et anti bombe nucléaire, en 1949. Je n'en ai découvert pas moins que cette minimisation de l'apport des femmes s'appelle Effet Mathilda. Exception faite de cette dramatisation pour cause de théâtre et de clash à la Bergman, Arditi et Mikael sont très prenants.
# écrit le 12/04/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com


Théâtre dramatique: Les Midinettes

-Les femmes enfilent le pantalon, les joies et les souffrances
9/10

Très émouvante re-création par Marie-Noëlle Billard, dans un espace des faubourgs qui rappelle "L'Atelier" de Grimberg, de l'ambiance de la Grande Guerre dont la mémoire est encore là pour qui a écouté les souvenirs d'anciens ou de leurs enfants, ou contemplé la saignée hémorragique inouie qui traverse et balafre tous les cimetières de France . Les hommes sont au front pour la grande boucherie et reviendront traumatisés et/ou gueules cassées d'un conflit dont la cause s'est perdue avec les années et les camarades morts. Dans Paris vidé, les femmes, pour cause d'effort national, les remplacent, triment, reçoivent un maigre salaire mais gagnent en indépendance, c'est le début de temps modernes. Dans ce lieu clos de l'atelier de couture , les femmes parlent et les (r)-évolutions s'accélèrent. Droit de grève, droit de manifester, droit de vote, veuves de guerre au statut misérable, charge mentale, vie chère et machisme ambiant (syndicats compris) , on est bouleversé de retrouver ce contexte de misère sociale et de balbutiements énergiques des femmes à réclamer plus d'égalité, de considération et de droits. Elles ont déménagé nos arrière-grand-mères ! C'est l'époque aussi des premières championnes sportives sous l'oeil éberlué des passants . Maintenant que la lutte contre l'algorithme mental caché du patriarcat est une thematique courante, il est roboratif sous la plume de Billard et de ses excellent. e. s acteurs/trices, de relire encore une fois cette page d'histoire cataclysmique sous cet oeil nouveau et de voir que si des acquis sont là, le combat continue, ne date pas d'hier et est parti de si loin. Quant à la Grande Guerre, elle est, ici, toujours aussi infecte avec son cortège d'estropiés et d'orphelins, et de séquelles à n'en plus finir dont Martin du Gard fit, par exemple, le tissu des "Thibault" , tous décimés. Pour cette troupe de comédiens sans moyens, dont la dernière était hier soir à là Comédie Saint-Michel, le résultat fut grand avec du (petit) peu. Bravo !
# écrit le 05/04/25


Comédie: Et si la femme était l'avenir de l'homme ?

-Très décevant
5/10

Spectacle, vu sur Paris, aux contenus très datés avec une accumulation de clichés sur les genres sexués. Le monde a changé depuis, mais cet instantané Polaroïd suranné est finalement sociologiquement intéressant. Ce pourrait être un monde d'avant, mais bien des femmes de ce monde d'avant l'ont radicalement changé, sans même parler des fiertés LGBT+++, en maîtrisant leurs vies et accédant aux plus grandes responsabilités. Alors qui est le public visé, car il existe visiblement ? Il ne devait pas y avoir grand monde de moins de 45/50 ans dans la salle, les djeunes ne s'y retrouveraient pas. Bonne présence et énergie de l'acteur-chanteur, Fred Tanto, avec de la bonne humeur qu'il sait transmettre et une belle voix enjouée. Thématique très étonnante pour un théâtre de la trempe du Darius Milhaud.
# écrit le 30/03/25


Théâtre contemporain: Personne d'autre

-Époustouflante Saada, femme brisée et retrouvée
10/10

J'ai été soufflé par la présence d'Aurelie Saada qui n'en est pas à ses premières expériences théâtrales, loin de là, mais qui est plus connue comme chanteuse. Le texte de Botho Strauss était d'une difficulté dantesque, riche, dans l'argument intellectuel et pouvait présenter un risque énorme pour un.e seul.e-en-scène par une éventuelle monotonie. Peu d'actions, du discours. Eh bien non, Didon ou Medée trahie, Saada au Studio Marigny anime le texte de tout le registre des passions avec un regard moderne qui n'est pas celui de l'animosité, mais de la reconstruction. Fait assez rare, nous sommes du côté de la femme trompée, cocufiée, demonetisée par rapport à une plus jeune, qui, dans ce texte que la comédienne porte fabuleusement comme un air de bravoure, fait le bilan et travaille à sa reconstruction. Elle a tout donné et donc rien perdu, elle s'est donnée et s'est trouvée, ce chemin étonnant Aurélie Saada nous le fait comprendre avec une facilité et une maîtrise confondante d'actrice chevronnée dont on croirait qu'elle sort de décennies de pratiques et de plateaux théâtraux. Strauss via elle nous signe un classique de tragique moderne passant par tout l'éventail de la douleur, de l'auto-destruction, de la déraison, de la volonté de vivre et de renaître pour atteindre en acmé une sagesse confiante en la vie. On lui ecrirait presque un opéra à Saada ! Et cette similitude ici texte /musique n'est presque pas un hasard. La comédienne transpose.
# écrit le 22/03/25


Théâtre contemporain: Reflets Troubles

-Chants d'amour et de solitude
8/10

Une pièce sensible au Studio Hébertot à propos d'une liaison entre un homme d'âge mûr et un plus jeune, un sujet pas vraiment beaucoup traité, et dont on suit l'évolution entre complicités intellectuelles, différences soit-disant génerationnelles, homosexualité affirmée ou perplexe, ou perdue . Cette pièce est d'une certaine manière un éloge de la différence et de l'écoute de l'autre dont la rencontre a des effets incalculables, in-maitrisables. Les protagonistes se laissent aller à lâcher leur bride. Le plus, ici, est que la musique est omniprésente ( trait assez fréquent finalement au Studio Hébertot) et que beaucoup de moments sont chantés (une espèce e de bascule recitatifs/arie). C'est charmant. Pour cette première, la mise en place souffrait de défauts dans le déroulé, avec des trous, et une timidité encore dans l'incarnation. C'est dommage, car le potentiel est là et le spectacle, je gage, va se bonifier avec le rodage. À suivre, et vive la musique. Christophe Maniguet a eu une bonne inspiration.
# écrit le 22/03/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com


Théâtre contemporain: Malwida

-Plutôt vague, mais en musique vénéneuse
7/10

J'adore en général les productions du Studio Hébertot, mais, là, j'ai calé un peu. La problématique est surannée, la rencontre entre grands esprits, laissant supposer que le reste de l'humanité doit n'être probablement qu'un grouillat de cafards. Sans doute cela vient d' une bonne intention "progressiste", dans l'idée que l'Art avec un grand A est un flambeau qui éclaire notre bas monde, mais rappelant trop les salons mondains qu'a raillés Musil dans l'Homme sans qualités (et dieu merci pour lui). Malwida a sans doute été une personnalité remarquable, mais le rôle semble trop taillé sur mesure pour Bérangere Dautun, et l'equilibre entre les acteurs, au demeurant tous bons, s'en ressent. L'atmosphère générale m'a semblée compassée, figée, posée et sans grande interaction entre les comédiens. Ouf, la musique a la part belle et Ilyès Bouyenzar s'avère un excellent pianiste. Son demi-queue Gaveau n'etait pas mal non plus, avec des registres de timbres phénomenaux, et je l'aurai bien chipé. Les intermèdes musicaux sauvent la piece et leurs profondeurs donnent le change à la relative pauvreté de l'argument. Il y a comme des silences musicaux où le verbiage se tait et où l'essentiel passe.
# écrit le 16/03/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com


Comédie: Un amour artificiel

-Pour l'amour, appuyez sur la touche A, mais pas trop fort
9/10

Excellent divertissement d'Antonin Passavy à la Comédie Montorgueil où la soirée va divinement se passer autour de la question de savoir si une IA pourra faire office de partenaire parfait. Les trois comediens, dont l'auteur sur scène, endossent avec comique plusieurs rôles qui nous font passer des plateaux TV, hysterisés par la question à la chambre à coucher, plus en mode romantique et/ou interrogatif. L'IA ne vous laissera pas en disette de gags. Merci à Bérénice Bala, Antonin Passavy, Valérie Naouri pour ce théâtre rafraîchissant.
# écrit le 11/03/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com



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