Ses critiques
| 37 pages de résultats triés par | | -La délicatesse de parler à côté de la plaque 10/10 Cette pièce d'Adèle Royné et Vincent Bardet au Théâtre Lepic est remarquable et offre un lavage de linge sale en famille, un genre qui comporte nombre de réussites théâtrales, que je trouve particulièrement intéressant . Les dialogues sont incisifs, font mouche, font rire, mais sont loin de porter l'estocade et n'ebranlent que des certitudes finalement douteuses. Il règne dans cette pièce une atmosphère de suspension, d'irrealité par ces arriérés des non-dits qui découpe une nouvelle relation entre les personnages, pris entre torrida obscure avec taureaux fonçant têtes baissés et éclaircissement. Les coups pleuvent, portent, mais à côté, car ce qui est cru des protagonistes s'avère souvent faux, et alors s'ouvre à un second degré dans un match souvent nul où tel est pris qui croyait prendre. Cette pièce sur le mal-à-dire ce qu'il faut dire prend un virage vertigineux quand les idiots de service s'avèrent plus profonds et les finauds carapaçonnés. Le second degré devient un autre langage qui se comprend non plus dans la répartie, mais dans le silence de sa plus lente comprehension. Quand un des personnage dévoile sa poitrine à nu, la pièce atteint une acmé de renversement, les identités, les revendications des personnages chancellent, la vérité peut sortir de la bouche d'un jeu de mot ou d'une attitude débiles. Les acteurs sont brillants d'engagement et je remercie les auteurs pour cette finesse d'analyse. Le Lepic, comme d'habitude, continue sa programmation superlative. # écrit le 09/03/25
| -Clashs avec étincelles, étoiles Michelin et ronds de serviette 10/10 Le théâtre Darius Milhaud crève littéralement le plafond en délivrant cette pièce de Yoan Pousin tout en folie, superieurement jouée et aux répliques ciselées comme il faut . Bien dans la tradition du théâtre français d'engueulades entre amis ou en famille, façon Bacri-Jaoui, le scénario navigue de surprise en surprise, mais dans un cadre qui fera saliver pendant tout le spectacle, car il s'agit pas moins que d'un restaurant gastronomique. Assis sur votre banquette de théâtre , vous prendrez le risque de vous extasier devant les mets dégustés, et savamment décrits , tout en suivant des duels d' artillerie tirant sans ménagement avec des échanges de plus en plus coupants. L'atmosphère générale reste du plus grand comique avec une grande humanité des personnages, réalistes, typés, convaincants dans cette confrontation-déflagration générale, avec son lot de bonnes et mauvaises nouvelles entre dessert fameux et divers épisodes culinaire et para-culinaire . Cette pièce à péripéties est une perle de bonne humeur dont vous sortirez complètement rechargé après une grosse heure qui ne compte pas son mousseux d'altercations ni son pétillant de tirades le plus souvent assassines. Les acteurs Fiona Ackermann, Alexandre Geoffroy, Gabrielle Guinotte, Vincent Lagahe, Angélique Meyns, Lionel Thérond sont à applaudir pour cette loufoquerie qui peut être grave par moment et qui nous instruit de savourer le carpe diem. # écrit le 08/03/25
| Théâtre contemporain: Dolorosa -Au Rond-Point, Tchekhov est un grand vin Château Chasse-Spleen Pièce bouleversante, fantastique au Théâtre du Rond-Point qui revisite totalement et réécrit les Trois Soeurs de Tchekhov. L'écriture acerbe de Rebekka Kricheldorf actualise le langage, qui devient celui de nos jours , émaillé de nos expressions, tout en conservant un dialogue avec la pièce originale, canevas connu de tous, qui reste omniprésente . Tchekhov résonne donc dans cette caisse de résonance, et le voici magnifié, et rendu complètement contemporain, le merdier d'exister dans un monde qui n'avance pas, n'avancera jamais, où les piques d'humour hilarantes côtoient des gouffres existentiels qui s'ouvrent au moindre instant , et s'ouvrent aussi avec evidence à la consommation d'alcool étourdissant. La vie et la pièce semblent une fête qui a foiré , en suspension, tous les ingrédients y sont décevants malgré la cohue fêtarde et la joie de se (re)trouver car les soeurs restent soeurs , les âmes soeurs restent se cherchent , les personnages se croisent, essaient de se prendre à défaut de s'éprendre, cognent des murs intérieurs, hyperboles si parlantes pour tous. Les acteurs sont d'un désespoir ironique achevé et volubiles d' humour intraitable . Franchement, courez voir cette version si originale de l'original. La mise en scène de Marcial Di Fonzo est parfaitement adéquate et porte au point de fusion le désarroi ivre. # écrit le 07/03/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -Quelle claque ! 10/10 Femmes au bord du monde Quatre jeunes femmes signent, sans grands moyens techniques mais avec un génie théâtral confondant, un spectacle de douleur et d'humanité, racontant les affres des guerres, la destruction des repères , la fuite , la désorientation totale, la nostalgie, les lendemains sans horizon et, malgré cela, l'instinct de survie. Quatre jeunes femmes d'origine étrangère (Colombie, Comores, Inde, Russie) et au français parfait font honneur à la richesse de pouvoir accueillir les déshérités , de recevoir d'autres cultures, de prendre soin de personnes non grata, plus connues sous le vocable péjoratif de migrants. Avec la plus grande imagination et un efficace scénique saisissant, les consoeurs nous font vivre sensoriellement l'effroi de bombardements , la perdition dans des no man's lands, l'affront d'affronter des conditions d'asile données du bout des lèvres , l'espoir régulièrement fracturé de désespoir, et aussi la chance de rencontrer des survivant(e)s têtues, tenant tête et dressées contre le destin pour qu'il y ait un autre destin. Des chants et des coutumes qu'on se ressasse pour se booster sont, sur la scène du Funambule que les comédiennes auront neanmoins réussi à rendre quasi féerique de theâtralité, proprement déchirants. À ne pas manquer, pour ne pas passer à côté de nos frères humains, nos semblables derrière leurs sabirs. # écrit le 03/03/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -Toucher le fond, non, le fondamental 9/10 Remarquable seul-en-scène à la Divine Comédie où, dans une absence totale de décor, Bernard Jeanjean réussit à captiver avec un jeu très particulier faisant appel à notre imaginaire. Les gestes sont esquissés, mais suffisamment pour être compris à demi-mot, et les sous-entendus entendus. Dans cette esthétique du lacunaire, ou plutôt dans cette précise imprécision qu'est la suggestion, Bernard Jeanjean nous narre une longue histoire universelle, celle d'un homme perdu dans ses verrouillages et qui aspire à respirer tant la crise est ultime. Il passe alors par des stases initiatiques qui sont bouleversantes qui lui permettent de parler à ses morts pour mieux embrasser les vivants. L'émotion, dans le dédale des souvenirs et des événements où justement le héros s'est perdu, est au rendez-vous d'autant que la formule de jeu choisie est véritablement casse-gueule. Bravo ! # écrit le 01/03/25
| -Trifouilly Side Story 8/10 C'est une comédie musicale qui a son charme au Théâtre Darius Milhaud. Si la première partie peut surprendre en rappelant les soaps façon High School Musical et les émois des jeunes ados, la mise est scène est très bien faite et les actrices se donnent à fond. Surprise totale pour une seconde partie noirissime, des années plus tard, avec les ravages du temps. Chapeau alors pour la transformation des midinettes que je vous laisse découvrir. L'alliance musique-théâtre vaut toujours le détour. # écrit le 01/03/25
| Comédie dramatique: L'Île -À la frontière de soi et des autres 9/10 Très prenante pièce au Théâtre de Nesle d'un auteur inconnu et dans la mise en scène de la jeune russe petersbourgeoise Daria Konstantinova, au français parfait. On tombe dans un monde à oxygène raréfié qui rappelle sans équivoques les effets de la censure, celle d'une police de la pensée, police politique , russe ou autre chape de plomb de l'autre côté du rideau de fer, et où on ne peut parler des problèmes que métaphoriquement. Totalement coincés de tout côté ? Dans un lieu sans nom, sans géographie, où une guerre civile fratricide a lieu, trois personnages essaient d'echapper coûte que coûte au chaos. Une seule solution évidemment, le fric. Or celle-ci tombe à l'eau et l'aventure humaine de la pièce prend son essor dans une très intéressante métamorphose des personnages dont le sens de la fraternité et la nature se développe dans le denuement. Le grincheux rigole, le rapiat est capable de la plus folle générosité, la jeune fille fuyante devient femme explosante d'amour, les convictions explosent. Y a-t-il du déshonneur à être finalement devenu aux antipodes de soi-même ? Dans un monde de folie, l'auteur prouve que non dans le fer rouge d'un théâtre de l'absurde empreint de la plus grande humanité de celui qui a connu et et fait partie des êtres poussés à bout. Les trois acteurs, dont la metteuse-en-scène, sont excellents dans tous leurs revirements. On sort avec leur panache de cette pièce qui dit non. # écrit le 27/02/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -Chérie, je sors pour une course 9/10 Malgré du net surjeu par moments, vous n'echapperez pas à la mecanique implacable de Feydeau dont l'engrenage des adultères est impayable. Spectacle frais et roboratif dont on sort d'excellente humeur. Paris, capitale de la tromperie. Qui sera le dindon de la farce ? À vous d'aller le découvrir au Clavel. # écrit le 27/02/25
| -Un beaume sur le cœur 9/10 Célibataires de tous les pays, celibs au coeur battant en quête de l'âme soeur, cette pièce est faite pour vous ! Certes, son côté conte de fées vous fera peut-être sourire, mais précisément surprises et éclats de rires sont au rendez-vous d'un déchaînement de quiproquos et d'échanges spirituels facétieux et souvent polissons menés à rythme d'enfer. La situation est hautement crédible. Quiproquo, c'est-à-dire qui prend qui pour qui, c'est l'histoire d'une rencontre entre deux esseulés que rien ne rapproche. Mais sous le vernis des apparences, trompeur vous l'aurez vite compris, l'argument, à coups de bons mots à bout portant, n'en problématise pas moins une solitude contemporaine complètement perdue dans le labyrinthe de l'image de soi qu'on se croit obligé de donner aux autres dont on n'a d'ailleurs qu'une image, qu'un préjugé. Deux êtres se retrouvent alors malgré la glace, leurs filets de sécurité, leurs zones de confort, leurs camisoles . Ils se dévastent l'un l'autre pour notre plus grand plaisir dans ce très beau texte d'Alexandre Oppecini où les propos sont particulièrement crus, magnifiquement obscènes souvent, dits avec légèreté et art par Marie-Pierre Nouveau et Benjamin Wangermée, couple infernal et drôlatique. Tout y passe, répulsion, moquerie , surprise, premiers battements de coeur, engueulades, furie érotique, dans une grande délicatesse de ton. Un très beau poème parlera même sans fard, mais infinis et délicats apprêts, de leur premier ébat, concuspiscent et totalement romantique. La Scala nous autorise encore une cure de bonne humeur. Dépêchez-vous et bravo aux trois artistes. # écrit le 26/02/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -Une piece coup de poing pour en finir avec le tabou de la la violence 10/10 Cette pièce au théâtre de La Scène Libre est une surprise totale. Avec quasiment aucun moyen scénique et juste le jeu épuré et sobres des acteurs, l'argument nous plonge dans l'intimité de ce qu'on a vu ou endendu mille fois, la banalité des violences conjugales et son double déni, par l'auteur des coups, et par l'autre partenaire, amoureux, ou lié psychologiquement par d'autres raisons. Parce qu'elle aura eu la chance d'avoir eu un modèle parental généreux, la femme ici peut se montrer resiliente et reflechir, mais on pense inévitablement aux autres dont le chemin de croix sera encore plus compliqué. La pièce est d'autant plus excellente qu'elle décrit un couple lambda, "normal" depuis la figure des jeunes étourneaux éperdument amoureux, prêts sincèrement à tout l'un pour l'autre, jusqu'à l'apparition des premiers coups et de l'éléphant dans la pièce que constitue la violence, en raison de l' énormité qu'elle prend dans la vie quotidienne tout en étant invibilisée ou minorée, avec tout ce que cela implique de difficultés à la saisir, la verbaliser, la contenir, la fuir. Car si le violent est débordé par une violence dont il est responsable mais qu'il est incapable de canaliser, la violentée a, elle, affaire à la violence d'us sociaux qui lui intiment, plutôt plus que moins, de patienter, de faire le gros dos, de ravaler, de s'auto-critiquer, etc. Laëtitia Le Bars est magnifique de conviction, détruite par l'homme qu'elle aime, et Karim Kaï, l'auteur également sur la scène, est de la plus grande crédibilité dans la violence à répétition qui s'ignore, qui reproduit, qui pave la route à de futurs descendants également violents . Avec rien, "Dis-moi des maux d'amour" fait aussi fort, sinon mieux qu "Il y a encore demain", pourtant un film fort et subtil. Bravo! # écrit le 17/02/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
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