Ses critiques
| 37 pages de résultats triés par | | Théâtre contemporain: Neandertal -Souverain 10/10 David Geselson signe une très grande pièce au Rond-Point Renaud-Barrault comme on n'en voit pas très souvent, pour ma part de temps à autre dans les théâtres de la Cartoucherie. L'argument supposé, la disparition de Néanderthal, m'a paru plus un discours de surface, non sans puissance, pour laisser cours en réalité à des dialogues confondants d'humanité où il est bien plus question de trouver sa place, dans un monde de solitude, sa place, selon les cas, de père, vrai ou faux, de fils, de femme qui veut être mère à tout prix, de femme qui veut parler à sa fille avant sa disparition , de juif apatride éternellement errant. Derrière un discours pointu et frimeur de génétique, les conversations bouleversantes sont à lire dans des sublimes seconds degrés. On se frôle, on s'envoie des métaphores à peine voilées, on se crie à la gueule tant bien que mal, on se touche enfin. Cette architecture en bouffées explosives de parler-vrai est ahurissante et la mise en scène est remarquable, fabuleuse dans le sens d'aller dans le sens de la Fable qui est, ici, une immense parabole sur l'envie d'exister, de s'ancrer malgré le Déluge, un monde de massacres et/ou d'extinctions annoncées. J'ai apprécié à ce sujet que l'auteur évoque sans fard, mais sans lourdeur, le cauchemar et les cicatrices indélébiles et toujours si présentes de la guerre des Balkans ou du conflit Israeli-palestinien. Menacés d'extinction ? Et pourquoi diable Néanderthal a disparu ? Vous le saurez en regardant cette pièce qui mérite d'être vue et revue, mais son abolition est une question. Un personnage semble avoir le mot de la fin. Quelle que soit la destruction, ma place n'est-elle pas aussi et surtout la langue où j'habite ? Ces deux heures trente savoureuses auront alors fait feu de tout bois de tous les écarts de langage et de déclarations subliminales plutôt mal que bien voilées, effervescentes. Le tout est orchestré un peu comme les films complexes de Kusturica (je pense à Underground) où parfois le fil de la cohérence d'ensemble est ténu mais bien présent . Mentions spéciales à l'ouverture dans le noir, hystérique et déjà dans le lapsus, et à deux aveux amoureux magnifiques, magnifiés l'un dans un labo aussi propre et aussi sexy qu'une combinaison de décontamination, l'autre dans l'enfer d'une morgue de Zagreb où l'on parle morcellement et génocide . Quel chef-d'oeuvre ! Les comédiens sont parfaits de vérité. # écrit le 15/02/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -Tout pour "divertir" 9/10 Pour une première, c'était une première réussie dans les studios du Théâtre du Gymnase qui régulièrement nous livrent des pépites. La pièce de Damien Lecamp est très plaisante, avec un argument un peu snobard au depart (connaissez-vous la "bonne" musique) mais dont le déroulé devient de plus en plus extravagant, qui "divertit" de son cours, pour le plus grand bonheur des acteurs qui se lâchent complètement. Coups de théâtres et grosses surprises seront au menu. La présence de musiciens est un luxe incroyable, peut-être pourrait-il être exploité un peu plus, car la musique a un rôle central. # écrit le 07/02/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -Ça vous ennuirait définitivement si je vous cloue le bec dans le cercueil ? 10/10 Excellente et surprenante pièce de Sophie Tonneau à la Folie Théâtre. L'écriture m'a paru toute britannique dans ce face cinglant et humoristique entre deux êtres, dans une atmosphère quelquefois trouble rappelant pêle-mêle Losey, Pinter, ou le Limier de Mankiewicz. Le sujet est plutôt grave, la vie, la fin de vie, la mort, la solitude, un duel improbable entre deux personnages perdus qu'apparemment tout sépare, un argument de départ sordide et pourtant tout décolle rapidement dans des echanges savoureux, décalés, presque oniriques. C'est un véritable hymne à l'envie de vivre accompagné de tirades d'humour noir faussement désolés et de petites vacheries entre amis . Le decor épuré fait que tout repose sur le jeu des comédiens, Sophie Tonneau et Yves Coméliau, qui excellent. Cyanure à consommer sans modération. Bravo ! # écrit le 05/02/25
| -Un délice d'outrecuidance 10/10 Un pur délice au Théâtre de l'Epée de Bois que cette mise en théâtre du célèbre dialogue de Diderot. La pièce a des échanges intellectuels soutenus et ne deborde pas d'action, ce qui peut mettre à rude épreuve la concentration, mais dans l'écrin de la Salle de Bois, la mise en scène avisée a prévu des intermèdes au clavecin (d'un rouge écarlate donnant la pamoison) sur la musique du divin Rameau, l'oncle donc. Nicolas Vaude, Gabriel Le Doze et, au clavecin, Alessio Zanfardino sont parfaits. Ce cocktail musique théâtre est particulièrement judicieux et les interventions du claveciniste comme tiers acteur donne beaucoup de marge théâtrale à cette relecture de ce chef-d'oeuvre d'impertinence. Les moments musicaux furent profonds, comme autant de pauses reflexives, et le dialogue, devenu triangulé, plus souple et encore plus diabolique pour son effet sur scène. Bravo ! # écrit le 03/02/25
| -Quel souffle ! 10/10 Solal Bouloudnine signe une grande performance au Théâtre Lepic dans une pièce équilibriste qui souffre de quelques temps morts ou d'incompréhensions absconces sur le déroulé de la pièce. Et pourtant, dès que l'acteur abandonne les explications pour jouer, quel régal de compositions ! Il suffirait de très très peu de chose pour que l'ensemble soit homogène. En attendant, on est dans du théâtre pour le théâtre dans une avalanche jubilatoire de fantasmagories. L'argument rappelle celui de la Jetée de Cris Marker, repris et popularisé par Terry Gillian (plus en phase avec la démesure de Bouloudnine) dans l'Armée des douze singes, celui de la relecture totale en fin de course d'une seule action entre geste fatal et moment, au contraire, inaugural. L'hommage à Michel Berger, avec qui Bouloudnine partage une proximité que vous découvrirez, est subtil et délicat. Dépêchez-vous de voir ces savoureux numéros de théâtre, une totale éruption poétique qui fait honneur à la scène du Lepic. # écrit le 15/01/25
| -Le prix de l'Art 8/10 Pièce assez intriguante au Théâtre Clavel. Si la convocation des Grands Hommes pour parler des sacrifices dans l'Art m'a parut un sujet un peu réchauffé et confit dans la panthéonisation, l'autrice Maryse Rivière reprend, consciemment ou inconsciemment, le canevas de Huis-clos de Sartre où, dans les limbes, les défunts sont confrontés à leurs saloperies, non sans l'aide généreuse de leurs partenaires de captivité qui leur dessillent les yeux. L'enfer, c'est définitivement les autres sauf qu'ici les victimes viendront sur scène pour des rendez-vous à brûle-pourpoint qui font tout l'intérêt et le contenu émotionnel de la pièce où égocentrisme et sacerdoce de l'art s'affrontent le plus souvent . Si la vie de Rodin est connue, on apprend des détails sur Carrière et Gauguin. Les acteurs sont tous bons. Le choix d'un Gauguin attifé en mode Hawaï décontracté est un peu surprenant . Cette pièce a une petite lourdeur pédagogique qu'effacent ses très bons ressorts dramatiques. L'autrice est visiblement préoccupée de nous engager dans une vision où l'Art à un prix douloureux s'il se veut honnête, intransigeant, très loin des plus récentes controverses où il est de moins en moins admissible de separer l'homme de l'artiste (affaires Polanski, Haënel/Ruggia, Springora/Matzneff, Depardieu, etc). Fait est que les deux problématiques se chevauchent et ne sont pas inconciliables désormais. # écrit le 12/01/25
| -Amour, amour, emporte-moi 8/10 Spectacle très sympathique et punchy, vu au Théâtre Clavel de Paris pour une seule et unique représentation avant de revenir au Darius Milhaud . C'est un mélange de stand-up et de tours de chant. La comédienne a une très belle voix qui lui permet de reprendre nombre de standards récents avec succès (et même un indémodable ABBA). Le public se situe nettement entre 20 et 30 ans et tout est dans le titre. Il n'empêche, le jeune âge sait tout autant formuler des piques pertinentes sur les affres de l'amour dans un mélange de blagues salaces et de tendres émois. Mise en scène bien vue qui a galvanisé une salle complètement acquise dans une ambiance I will survive. De nombreux clins d'oeil générationnels ont dû m'échapper, mais, au théâtre, il toujours jouissif de fouiner partout et de voir que des spectacles sont marquants pour un certain nombre de personnes et forment un jalon identitaire. Dommage que ma fille de 18 ans n'ait pas été là. # écrit le 11/01/25
| -La très soutenable légèreté de l'être 9/10 Comédie délicieuse et fantaisiste au Grand Point Virgule sur l'éternel recommencement d'une partie. L'auteur, Stéphane Murat, cartonne encore et les acteurs Aurélie Vigent et Emmanuel Gasne s'amusent visiblement sur scène avec une bonne touche d'improvisation. Le jeu de l'oie qu'est le scenario est très efficace. Une pièce pour se détendre et se sentir léger, loin de toutes conjectures sur le destin. # écrit le 05/01/25
| -Une rage à écrire 8/10 Seul-en-scène très bien fait, portant sur les planches les Mémoires de Mesrine. L'acteur Olivier Van Den Hende est très bon dans le rôle, et la scénographie est impeccable pour un si petit espace que la petite salle .de la Comédie Saint-Michel. La relation des faits est donc vue, d'une manière très intéressante, complètement côté Mesrine, avec une insistance sur son dégoût des quartiers de haute-sécurité qui fait explication de sa violence, guerre contre la violence d'État. L'avis de ses victimes, des services de police lançés à ses trousses, n'est pas forcément le même on l' imagine, sans parler des journalistes, car Mesrine fit couler beaucoup d'encre par ses nombreux coups spectaculaires, donna volontiers beaucoup d'interviews et était un personnage médiatique. Peut-être cet aspect controversé manque au spectacle, ainsi que les crises de nerfs et les coups de pression internes à la police par la difficulté à arrêter un évadé multi-récidiviste si renommé. # écrit le 03/01/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| Comédie dramatique: Gourou -Intox toute 9/10 Pièce géniale et la plupart du temps loufoque que je recommande chaudement pour ces temps de fêtes. J'ai eu la chance de la voir deux fois au Studio du Théâtre du Gymnase, la dernière à la St-Sylvestre dans une salle comble et aux anges. Sujet bouffon, grinçant, abracabrantesque, noir et parfaitement crédible, enlevé par une troupe de jeunes acteurs pêchus et multi-rôles emmenés par François Aubagnac et Suzanne Gardeux. Certains des numéros sont irrésistibles. J'ai particulièrement apprécié le présentateur TV. Vite, courez, dernière ce dimanche. La critique des médias ou de l'enrôlement sectaire se savoure. # écrit le 02/01/25
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