Ses critiques
| 37 pages de résultats triés par | | -Vous en reprendrez bien un pour la fine bouche ? 9/10 Un Christophe Delessart inspiré nous paye la tournée direction l'ivresse de textes littéraires déclamés . Le sujet de sa flamme, le XIXe, est si large que les candidats retenus et encensés relèvent forcément du choix amoureux et ne peuvent tout couvrir. Des classiques qu'on a toujours plaisir à retrouver bien dits, parfois trop entendus (Baudelaire, Rimbaud), et d'autres, rares, qui sont des pépites, parmi lesquelles un savoureux Louise Michel et un visionnaire Thoreau ( relativement peu lu chez nous, trivial du côté US). À ce compte, il manque évidemment beaucoup d'auteurs, et la notion de siècle est bien arbitraire, d'où ce titre de 19.5 bienvenu, mais qu'importe le flacon pourvu que... Merci à l'artiste et à l'Essaïon, toujours aussi bon fournisseur d'excellentes fantasmagories. # écrit le 12/10/24
| -Des lazzi à qui mieux mieux sur notre condition politique 9/10 Satire politique géniale à la Comédie Oberkampf dans un scénario qui n'a absolument rien d'invraisemblable tant tous les coups sont permis sans ce petit monde. Racisme, wokisme, audimat caressé dans le sens du poil, ambition carnassiere de l'entre-soi et grippage democratique, tout y passe dans cette pochade qui n'épargne personne (et pas les personnalités actuelles facilement reconnaissables), parle de sujets actuels dont l'exploitation du communautarisme à droite comme à gauche et la montée des périls , pièce courageuse qui n'a pas peur de sa vindicte et de ses mots à dire sous un aspect humoristique. Du théâtre politique grand public bien fait, ça ne court pas les rues ! Bravo aux auteurs et comédiens endiablés, quelle salubre bouffée d'air. # écrit le 10/10/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -Être à côté d'elle 9/10 Très belle pièce au Studio Hebertot sur un sujet qui nous fait basculer dans les souffrances de la folie. Si le doute peut exister au début, on comprend rapidement, à mesure que des éléments probants sont apportés (et il est assez facile de créer du suspense entre deux interprétations opposées, façon Vertigo de Hitchcock), le scénario m'a surtout plu par l'exploration non du diagnostic, mais de la douleur sous-jacente qui fait monter ce qui est invoqué à la puissance du réel. Le jeu des comédiens est délicat et une des dernières scènes avec une inconnue est bouleversante d'empathie. Surmonter ou ne pas surmonter est un problème pour tous, et qui peut savoir en quel état il va revenir ? # écrit le 08/10/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| Théâtre contemporain: Belvédère -Entre gouffre et comique 9/10 Dans un adorable théâtre de poche de cinq travées, le Guichet Montparnasse, Sébastien Bourbon, Catherine Mathieu et Aymeric Naudé font merveille dans cette pièce un peu nouveau roman où rien ne distingue vraiment la pièce de l'écriture de la pièce, la folie de la description de la folie. De cette ambiguïté qui jette le trouble, et où le personnage principal est ou patient aliéné ou dramaturge ou les deux, le poids des souvenirs ou des fantasmes, le poids de qui est enfoui en tout cas prend une présence incroyable, au bénéfice du doute même dans l'irréalité. Les acteurs sont convaincants, car si graves, sérieux, flottants, fantomatiques, et si plausiblement réalistes dans le sfumato des apparitions. Une pièce agréable pour le plaisir de la fondamentale (des)illusion théâtrale où revient en boucle un clin d'oeil à la Mouette de Tchekov, ce genre de théâtre où on parle de tout en parlant de rien, sur le fil ténu entre gouffre et comique. # écrit le 08/10/24
| -Je viens te dire que je m'en vais 10/10 Pièce d' apocalypse au théâtre Tristan Bernard en forme de règlement de compte et de lavage de linge sale en famille, fort bien jouée et allant de surprise en surprise. Sans trop éventer le sujet, la stigmatisation de la différence en rase campagne provinciale peut sembler rebattue et décrite mille fois, elle reste tristement d'actualité. Dialogues cash, humour grinçant au-dessus d'un machabée, portraits de M et Mme Tout le Monde, et des déchirements moraux évidents font que la tension extrême ne lâche pas une seconde. Une pièce giflante pour la rentrée théâtrale avec un dénouement que je n'ai pas vu venir et qui met le feu. # écrit le 08/10/24
| -Monts et merveilles + une note de dégueulasserie. 9/10 Piece fort bien jouée au Montmartre Galabru sur les débuts d'Hollywood avec nombre de détails historiques. L'excellent jeu des acteurs nous sauve du docu pointu et offre une tranche de vie sur les acteurs et les réalisateurs d'époque, dont un Éric von Stroheim ici assez ambigu, et des investisseurs qui veulent assurer une rentabilité, non sans un amour fou du cinéma (cartonner pour produire encore et encore) _ ce sera tout le personnage de Thalberg. Un très bon moment de théâtre en coup de chapeau aux aventuriers du septième art, non sans amertume quand le coup, il faut malheureusement le tirer en se retenant de vomir pour s'assurer un avenir d'actrice. # écrit le 07/10/24
| -Sous l'éclair qui foudroie, un monde des hommes déshumanisé 10/10 Marie Moriette est magnifique dans ce seule-en-scène au Théâtre L'Essaïon où elle porte une trente de pure apocalypse sans nous lasser le moins du monde d'un défilé d'avanies, récitées implacablement d'une voix de pierre comme du Eschyle, car tout y respire le vrai et le vécu, plongée en enfer sans fin dans un monde agricole digne d'une page noire de Zola. On remerciera l'auteur et la comédienne de nous ouvrir à un monde de sans-grades et surtout de développer d'une certaine manière une parabole, valable pour d'autres cieux et temps, autour du sujet peu abordé des gens floués jusqu'à la lie et la folie par l'arnaque, le bidonnage cynique, la manipulation, le miroir aux alouettes, et, dans ce cas de figure, du mensonge d'État, les calamités de tout genre ne créant des désastres que sur le lit torrentiel d'une iniquité sociale infâme et de brebis envoyées boire le bouillon . Emma Picard, qu'on imagine volontiers pauvre hère du Nord, n'aura même pas pu manger sous le soleil du Sud ses Raisins de la Colère. C'est avec Marie Mariette qu'on l'accompagne et savoure presque ses rares instants de bonheur, ses incartades, ses sursauts de vivant que, aliénation suprême, elle assume plus ou moins bien. Texte bouleversant, et nécessaire sur la vérité historique, qui peut vous en laisser sur l'estomac. Bravo ! # écrit le 28/09/24
| -Un Gould en cliché amusant 9/10 Pièce intéressante au théâtre Montparnasse, mettant en scène un Gould hypocondriaque, sous la coupe d'une mère incestueuse, et tout en difficulté avec une carrière de pianiste de concert, où on lui déroule tapis rouge, comme dans sa relation avec une femme, Jessie, une soupirante qui l'aurait suivi toute sa vie. Les excentricités de Gould sont présentées avec humour dans un jeu d'acteurs où les réparties font mouche. Vue sous cet angle, où l'on apprend beaucoup de choses, qui dépeint mi-figue mi-raisin un indécrottable misanthrope maniaco-depressif, la vie de Gould n'est pas vraiment du genre enviable et même effrayante. Le canevas de la pièce est toutefois un peu réducteur. Gould n'était pas qu'un pianiste fou de Bach, il a eu aussi une grosse activité radiophonique et a beaucoup écrit sur la musique, ce qui ne transpire aucunement de la pièce . Son répertoire était très éclectique, iconoclaste même puisqu'il n'a pas hésité en concert en concert à proposer des oeuvres d'époques les plus diverses, trait très novateur vers 1950. Il a participé, à sa manière à lui, au renouveau baroque, en jouant par exemple du répertoire élizabethain (Gibbons), mais il n'est pas non plus un ovni complètement tombé du ciel puisqu'il a pu bénéficier des interprétations de Bach par la pianiste américaine Rosalyn Turreck qu'il admirait. Il a surpris les auditeurs par un pianisme nouveau en rupture avec le toucher du piano romantique. Les acteurs sont bons, la mise en scène banale hormis un moment génial où Gould joue face au public sans piano et un autre simulant un interview à Québec. Le hic est que le vrai Gould est natif de Toronto anglophone. Reste un animateur truculent qui ne fait qu'une bouchée de la mère de Gould. Au final, on parle assez peu de musique dans ce biopic romancé, mais plaisant à voir. # écrit le 23/09/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -Quelle surprise! 10/10 Spectacle époustouflant au Funambule dans un hommage poignant entre surdité et musique. Pétillantes, survoltées, les danseuses, le plus souvent silencieuses, ont offert un régal de chorégraphies inventives et souvent comiques, accompagnées par la chanteuse Coco reprenant avec bagout nombre de tubes quand les pistes audio ne déversaient pas du superbe classique ou variétés. C'était bouleversant de jeunesse et de qualité. Nous étions assez peu ce soir pour ce spectacle qui mérite salle comble, claque, sifflements et bis. Courez, il ne reste plus qu'une semaine. Longue vie à la compagnie Les Reines du Silence. Je suis resté scotché à mon siège pour ce court défilé explosif qui m'a paru si long. # écrit le 21/09/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -Le vertige du vide 10/10 Très belle pièce à la Tempête dans une mise en scène de Joséphine Serré et une mise en sons très convainquante de Frédéric Minière. L'interprétation est soufflante et rend physiquement bien compte de la violence des affrontements entre militants ecolos et forces de "l'ordre". Rien ne saurait justifier un tir fatal de Lbd, triste banalité de la violence légale, hélas, depuis de sinistres préfets et autres ministres de l'Intérieur face aux Gilets Jaunes. Dans cette pièce, une soeur revenue de nulle part s'interroge devant la dépouille de son frère, mort dans les affrontements, et dont elle lève les voiles sur ses mobiles dont elle ignorait tout. Quelques rares moments un peu grandiloquents ne sauraient faire oublier tous les autres où, musique aidant, on assiste au cataclysme, la perte d'une vie, entre donneurs d'ordres, fonctionnaires qui se défaussent constamment, et un collectif bigarré qui tente de sauver un espace naturel contre toute logique comptable et raisonnements spécieux devenus force de loi et, ici, loi du plus fort. Dans cette autorisation maquillée de tuer pour le bien de tous, une acmé est atteinte, magnifique, quand, dans un discours qui rappelle les animés de Miyazaki, les animaux, les végétaux prennent la parole et se plaignent de l'unique espèce terrienne qui ravage tout. La vérité sort par la bouche des enfants de la forêt. Je n'en dis pas plus sur cette parabole poignante qui aurait fait les joies d'un Bruno Latour et aux propos urgents. Courez voir cette oeuvre forte et ses acteurs épatants avant son départ en tournée en province. Notez qu'une pièce au synopsis similaire "Marcher tout droit est un combat" de Simon Grangeat a été jouée superbement il y a quelques semaines à la Folie Théâtre. Hasard ou communauté d'intérêt , il semble que les attendus du procès sur la mort de Remy Fraisse aient inspiré plus d'un. # écrit le 21/06/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
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