Ses critiques
| 37 pages de résultats triés par | | -Échos des vies cassées et du viol des âmes 9/10 Mirbeau est souvent noir et n'a pas dérogé dans ce classique au vitriol qu'Eliane Kherris a condensé en un seule-en-scène, au théâtre Darius Milhaud, où elle est brillante dans la mélancolie et le regard désabusé sur les inégalités sociales d'une gouvernante qui traverse la France pour des prises de poste intermittentes. Assez pour voir l'imbecilité des riches et la servitude volontaire des pauvres et des domestiques. Dans ce texte explosif où perce comme une révolte révolutionnaire ou pré-révolutionnaire, l'atmosphère oscille entre affrontement de classes et échappée solitaire, écoeurement et remarques espiègles, envie de rouler dans la farine les richous et sursauts d'intégrité et d'honneur devant ce monde horrible, avec une croyance fragile en une possibilité de bonheur comme une flamme de bougie dans une chambre de soubrette . Eliane Kherris a été parfaite dans ce compte-rendu d'une boniche qui compile méticuleusement et avec sagacité l'aliénation, la perversion et les rares moments de paradis possibles. # écrit le 26/05/24
| -Imaginons que... 10/10 Magnifique moment de pur théâtre pur à l'ABC entre deux acteurs dont le tandem ne se lasse pas de nous surprendre par ses aplombs délirants, ses divagations, ses scenars oniriques, ses moments d'improvisation, sa charge de douleur humaine. Framboise Sirot et Philippe Bataille ont été étincelants, et dans cette salle de poche ont donné toutes leurs lettres de noblesse à l'art de la composition en trois secs et filée. Bravo ! # écrit le 26/05/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -London Bridge is falling down, falling down (my dear lady) 10/10 Magnifique seule-en-scène, ou plutôt deux-en-scène au Théâtre de Belleville. Iman Kerroua arrache les tripes dans ce récit poignant qui part du portrait d'une femme refroidissante, une trader sans pitié de la City, pour remonter la bobine du fil, ou la bobine du film, de son passé. Pour tout dire, la boursico-jem'lajouewinneuse pète les plombs sur le plateau, et le spectacle est son hallali, son burn-out, son auto-dissolution en mode glouglous d'un Titanic qui sombre. On est accroché et ému par le retour, par à-coups, par hoquetements visceraux, à l'evocation de l'enfance où est côtoyée la pauvreté, mais surtout le déséquilibre mental d'adultes, d'où un vertige du vide, la perte de sérénité, la tentation du gain +++. Je n'en dis pas plus. Ce spectacle est vraiment particulier par sa mise en oeuvre de théâtre musical car le percussionniste y tient un grand rôle et orchestre une savante résonance des propos exprimés, les amplifiant. On n'est plus très loin d'une forme opératique savante. Dogan Poyraz est merveilleux de discrétion et d'implication dans ses transpositions subtilement recherchées qui évoque une rhétorique de musique contemporaine. Une éblouissante soirée dans cette salle qui a vu passer un grand nombre d'excellentes pièces . La résurrection est au rendez-vous. # écrit le 18/05/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| Théâtre contemporain: Madame M. -Scènes d'une vie dédiée à la scène 10/10 Excellent ! J'y étais allé un peu dubitatif, Maillan n'étant ma tasse de thé, mais toujours curieux de la programmation de la Scala et ne sachant pas grand chose à vrai dire sur cette reine du boulevard. Allons donc pour ne pas mourir idiot ! Divine surprise, la vie de Maillan est passionnante, le personnage truculent, et l'hommage qu'en fait Mathilde Charbonneaux dans un très astucieux jeu de miroir et son double (elle qui joue Maillan qui se réincarne pour ainsi dire en elle jeune comédienne et les deux qui dialoguent) est une savoureuse performance théâtrale. Allez voir ce spectacle sans hésitation. D'ailleurs, on y parle réunification, non des Corées comme chez Pommerat, mais de tous les courants théâtraux dans une incroyable rencontre Maillan-Chereau-Koltès . Mathilde/Maillan sont impayables ! # écrit le 11/05/24
| -De belles reprises et une actrice-chanteuse à soutenir 9/10 Spectacle très sympathique et punchy au Théâtre Clavel de Paris pour une seule et unique représentation. C'est un mélange de stand-up et de tours de chant. La comédienne a une très belle voix qui lui permet de reprendre nombre de standards récents avec succès (et même un indémodable ABBA). Le public se situe nettement entre 20 et 30 ans et tout est dans le titre. Il n'empêche, le jeune âge sait tout autant formuler des piques pertinentes sur les affres de l'amour dans un mélange de blagues salaces et de tendres émois. Mise en scène bien vue qui a galvanisé une salle complètement acquise dans une ambiance I will survive. De nombreux clins d'oeil générationels ont dû m'échapper, mais, au théâtre, il toujours jouissif de fouiner partout et de voir que des spectacles sont marquants pour un certain nombre de personnes et forment un jaon identitaire. Dommage que ma fille de 18 ans n'ait pas été là. # écrit le 09/05/24
| -À consommer sans modération 10/10 On s'emballe devant ce concentré! Savoureuse soirée cabaret aux Enfants du Paradis avec les Caroline. De l'entrain, de l'humour, des rengaines de toutes les époques, et plutôt des bien épicées d'autrefois (comme quoi on savait parler de ça sans détour et de façon cocasse), un pianiste-chanteur au poil, et vous avez une matinée gouailleuse du tonnerre de Brest. Ou de Pigalle. Ces dames qui ne sont pas des débutantes se contrefoutent des années qui passent et passeront et nous ont donné une fière leçon de vie. Chanter, toujours chanter, rire de tout, et quel répertoire choisi et étonnant. Je suis sorti avec le peps. Merci les rossignols et le pianiste de caveau jazz. C'était une synthèse de l'esprit Paris. # écrit le 06/05/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -Partir 9/10 Buenos Aires 1920 Partir Après des débuts hésitants, et un peu grandiloquents, peut-être dus au trac des premières, l'histoire quitte l'aspect convenu du polar et réglements de compte dans les bas-fonds de Buenos Aires pour devenir une poignante fresque des douleurs de l'émigration économique, ici espagnole et italienne. On comprend alors la superposition de grossièretés et d'envolées lyriques qui d'apparemment ampoulées deviennent significatives et laissent sourdre un bel canto. C'est un opéra social de la douleur qui se joue. Les affres de l'exil, le changement d'identité, la vie parfois sans papier ou ne tenant qu'à un seul fragile laissez-passer, le mépris affiché par le pays d'accueil, les conditions infernales du transfert, les boulots ingrats sont très bien rendus. Eldorado et perte des illusions, soif de réussite et vies fracassées rappellent un climat comparable aux Raisins de la Colère tout en maintenant, et la pièce se dirige de plus en plus vers cette veine, le tonus de cette folle énergie de vivre sa vie, de partir pour un monde meilleur et l'offrir à ses enfants. Des dégâts des illusions surnage surtout la volonté de reconnaissance et l'amour inconditionnel des siens pour qui l'on est prêt à tout, partir et se défigurer s'il le faut, se balafrer. Cette fresque est très réaliste est émouvante en ces temps de migrations désastreuses et nous éclaire sur des drames d'autrefois. Venez soutenir cette pièce qui fait réfléchir avec les très convainquants Anne Hardel, Michaël Msihid, Mathias Kellermann, Sébastien Rajon et Raffaele Salis. # écrit le 02/05/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -Seul contre tous et l'avoir dans le cocu 9/10 Belle dernière ce soir au Théâtre La Bruyère avec des acteurs heureux et une salle qui affiche complet. L'argument est plutôt romancé puisque la vraie Montespan était d'une ambition effrénée, reine à Versailles où elle a fait la pluie et le beau temps, et que le mari dut subir jusqu'à la fin de ses jours la relégation en terre lointaine par un monarque sans scrupules aucun, claquant des doigts et tout au rapt de sa femme, selon son bon plaisir. Abstraction faite de ces broderies et écarts , la pièce se regarde comme une belle histoire d'amour qui résiste à tous les revers. Le marquis de Montespan y est bien sympathique dans ses sentiments foulés au pied. On rit de ses broncas, de ses vaines tentatives pour s'en sortir avec de la fierté , de ses facéties pour échapper aux dettes, de sa stupéfaction devant la mécanique de la Cour. C'est presque du Molière. Sauf qu'on pleure quand ses proches sont au plus mal et que la situation empire. Un bon divertissement mi-comique mi-amer et trois comédiens excellents qui font tous les rôles dans une mise en scène très bien pensée qui sait exploiter le théâtre dans le théâtre, les voix dans les coulisses, les jeux de rideaux, les ombres chinoises. Il en reste un Roi Soleil qui en prend pour son grade et une critique de la verticalité, du système du harem et des favorites, "privilèges" décrits comme un argent qui rend fou. # écrit le 28/04/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -On la fait au feeling 8/10 Spectacle très décalé et intéressant. Aude intègre le foirage en dérapage contrôlé et l'improvisation dans son stand-up, ce qui nous change des mécaniques bien huilées. Aude parle de tout, passe du coq-à-l'âne, change de sujets prévus, brode, commente, rit aux éclats, disparaît, revient, parle des personnages qu'elle croise au supermarché et généralise, parle de son poids, de ses complexes (dépassés) , de son je-m'en-foutisme-zen donc devant le quant-dira-t-on (un dur combat au fait) et nous entraîne de plus en plus l'heure passant dans l'affirmation de soi et la tranche de rigolade. La soirée fut de plus en plus plaisante et je lui souhaite du succès car Aude est originale. L'hésitation et la boulimie de diversions peuvent être un mode d'approche très drôle. # écrit le 28/04/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -Comme un mauvais rêve éveillé 10/10 Si vous appréciez le Faulkner du Bruit et la Fureur, les campagnes reculées, les maltraitances, le sexe omniprésent, ce spectacle vous plaira. Il règne une lourdeur sudiste et dérangée dans ce huis-clos, mais qui magnifie les personnages qui circulent entre déni et aveu et en deviennent humains et si intéressants : la mère qui ne voit rien mais entrevoit tout, le frère violent mais refoulé du sentiment, l'amant apparemment normal mais qui endosse un destin mi-prédestiné mi-mauvais choix. Et une once de réalité sous un personnage qui vient probablement de Paris ou du monde urbain et qui est le dernier signal des antipodes et traité comme tel. Je vous laisse voir. Un engrenage implacable n'empêche pas, à cause des apartés, d'impayables remarques comiques. Je ne suis pas sorti le coeur léger, mais bravo à Léonard Barbier, Thomas Bernier, Vincent Marbeau, Agnès Vialleton, Milena Hernandez, Axelle Delisle. # écrit le 28/04/24
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