Ses critiques -Jacques, voie de l'inconstance ou le triomphe d'une certaine idée de la politique 8/10 Spectacle sympathique à la Contrescarpe, mais volontiers trop à charge (grand-guignolesque) et qui n'attirera pas le chaland de tout bord politique, et c'est dommage car la démonstration de la pièce est de salubrité publique. On y redécouvre au fond un de nos premiers Présidents sans conviction, ratissant large, opportuniste, prêt à tout pour assouvir l'ambition d'être au château pour ne plus rien y faire de notable pendant un double septennat. Trahisons politiques à la petite semaine, trafics et "affaires" à la Mairie de Paris, Françafrique, programme vide et inaction (qui se soldera par une cohabitation), voici un Jacquot, réélu une seconde fois Président à 80% grâce aux voix de gauche face à Le Pen, qui n'en tiendra aucunement compte et qui se sortira de démêlés judiciaires grâce à des pertes de mémoire opportunes. Jacquot, c'est une figure venue d'une France paternaliste qui élit un des siens sur la foi de campagnes qui se font en serrant des pognes sur les marchés , en étant habilement à la fois chez les culs-terreux et un pied à Paris, à promettre tout et son contraire avec un visage sympa et radieux, ça marche et ça passe crème, un gars bien de chez nous . Mais Jacquot n'est ni Pompidou, ni Giscard, ni Chaban, lesquels avaient leurs idées et sera dépassé par un Sarko encore plus retors que lui . La pièce re-situe bien toute cette débâcle présidentielle, bien plus flagrante pour nous après les années Sarko, Hollande, Macron et un affairisme décomplexé épouvantable. Que reste-t-il, cruel paradoxe, de son long double septennat sinon la coque vide d'une fonction présidentielle autant convoitée que démonétisée ? Il manque cependant à ce spectacle, excellemment joué, les quelques sympathiques foucades de Jacquot, auxquelles il ne croyait peut-être pas davantage que le coup de tête qui le conduisit à une dissolution désastreuse de l'Assemblée Nationale , comme, quand même, la magnifique condamnation de la Rafle du Vel d'Hiv (qui ne rattrape en rien ses infâmes propos sur "l'odeur" des immigrés) ou la condamnation de l'invasion de l'Irak (qui n'empêchera pas la participation des forces françaises). Jacquot le politicien magnifique et arrivé , cette pièce nous convie certainement à changer de modèle. # écrit le 19/12/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -Tu connais ? Pas forcément, mais chante voir, ça me dit finalement quelque chose 9/10 Foncez au Funambule, particulièrement par ces temps de Noël, voir Louis Caratini pour son long spectacle d'une heure trente de temps poétique généreusement donnée au public pour l'amour de la chanson francaise. Il n'arrête pas, dialogue avec le public, improvise et sort des pépites du tiroir, en faisant au passage travailler nos méninges et notre mémoire . C'est un périple sans frein ni fin du début XXe à nos jours. L' heure est joyeuse avec un musicien passionné dont vous sortirez comme moi revigoré et fredonnant. Qu'il est beau notre répertoire, merci à l'artiste, fil conducteur de cette circulation d'électricité, mise en communion même quand la chanson est méconnue ou moyennent appréciée ou un souvenir si lointain. Bravo ! On sort de notre boîte, et la musique remplit son rôle dévastateur. # écrit le 20/12/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -L'envers 9/10 Pièce formidable à l'Epee de Bois, relativement déséquilibrée (et là je rejoins le témoignage de jp plus bas) entre deux parties dont la première doit se lire rétroactivement après connaissance de la seconde, ce qui est une excellente trouvaille en soi, mais qui souffre d'un manque de cohésion ou d'indices d'une partie à l'autre. Un nouveau flash-back ou un rappel ultra condensé de la première partie pour la revisiter et jouir de tous ses détails sous une lumière nouvelle pourrait être une solution. Antonio Labati est confondant en avocat et met en perspective l'autre personnage qu'il joue lui-même dans l'autre partie, méconnaissable. Le texte de Xavier Jaillard est une philosophie sur un mal du siècle, mais je me tais. # écrit le 30/12/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -Une coupe de nectar 10/10 Un argument au parfum onirique et deux acteurs convaincus et pris au jeu font de cette pièce ( de Jean-Claude Carrière) un délicieux moment hors du temps, du très bon théâtre, authentiquement théâtral (si, si, j'en rajoute ma couche de plaisir ressenti) car sans apprêts, sans artifices sinon l'art et l'entrain, même avec des moyens du bord rudimentaires, Bravo à Ophélie Brette et Stéphane Vexler, amusants et médusants, amusés et médusés dans ce scénario de fantaisie pure mais si credible. Merci au théâtre Darius Milhaud pour cette programmation. # écrit le 31/12/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -Une rage à écrire 8/10 Seul-en-scène très bien fait, portant sur les planches les Mémoires de Mesrine. L'acteur Olivier Van Den Hende est très bon dans le rôle, et la scénographie est impeccable pour un si petit espace que la petite salle .de la Comédie Saint-Michel. La relation des faits est donc vue, d'une manière très intéressante, complètement côté Mesrine, avec une insistance sur son dégoût des quartiers de haute-sécurité qui fait explication de sa violence, guerre contre la violence d'État. L'avis de ses victimes, des services de police lançés à ses trousses, n'est pas forcément le même on l' imagine, sans parler des journalistes, car Mesrine fit couler beaucoup d'encre par ses nombreux coups spectaculaires, donna volontiers beaucoup d'interviews et était un personnage médiatique. Peut-être cet aspect controversé manque au spectacle, ainsi que les crises de nerfs et les coups de pression internes à la police par la difficulté à arrêter un évadé multi-récidiviste si renommé. # écrit le 03/01/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -Tout pour "divertir" 9/10 Pour une première, c'était une première réussie dans les studios du Théâtre du Gymnase qui régulièrement nous livrent des pépites. La pièce de Damien Lecamp est très plaisante, avec un argument un peu snobard au depart (connaissez-vous la "bonne" musique) mais dont le déroulé devient de plus en plus extravagant, qui "divertit" de son cours, pour le plus grand bonheur des acteurs qui se lâchent complètement. Coups de théâtres et grosses surprises seront au menu. La présence de musiciens est un luxe incroyable, peut-être pourrait-il être exploité un peu plus, car la musique a un rôle central. # écrit le 07/02/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| Théâtre contemporain: Neandertal -Souverain 10/10 David Geselson signe une très grande pièce au Rond-Point Renaud-Barrault comme on n'en voit pas très souvent, pour ma part de temps à autre dans les théâtres de la Cartoucherie. L'argument supposé, la disparition de Néanderthal, m'a paru plus un discours de surface, non sans puissance, pour laisser cours en réalité à des dialogues confondants d'humanité où il est bien plus question de trouver sa place, dans un monde de solitude, sa place, selon les cas, de père, vrai ou faux, de fils, de femme qui veut être mère à tout prix, de femme qui veut parler à sa fille avant sa disparition , de juif apatride éternellement errant. Derrière un discours pointu et frimeur de génétique, les conversations bouleversantes sont à lire dans des sublimes seconds degrés. On se frôle, on s'envoie des métaphores à peine voilées, on se crie à la gueule tant bien que mal, on se touche enfin. Cette architecture en bouffées explosives de parler-vrai est ahurissante et la mise en scène est remarquable, fabuleuse dans le sens d'aller dans le sens de la Fable qui est, ici, une immense parabole sur l'envie d'exister, de s'ancrer malgré le Déluge, un monde de massacres et/ou d'extinctions annoncées. J'ai apprécié à ce sujet que l'auteur évoque sans fard, mais sans lourdeur, le cauchemar et les cicatrices indélébiles et toujours si présentes de la guerre des Balkans ou du conflit Israeli-palestinien. Menacés d'extinction ? Et pourquoi diable Néanderthal a disparu ? Vous le saurez en regardant cette pièce qui mérite d'être vue et revue, mais son abolition est une question. Un personnage semble avoir le mot de la fin. Quelle que soit la destruction, ma place n'est-elle pas aussi et surtout la langue où j'habite ? Ces deux heures trente savoureuses auront alors fait feu de tout bois de tous les écarts de langage et de déclarations subliminales plutôt mal que bien voilées, effervescentes. Le tout est orchestré un peu comme les films complexes de Kusturica (je pense à Underground) où parfois le fil de la cohérence d'ensemble est ténu mais bien présent . Mentions spéciales à l'ouverture dans le noir, hystérique et déjà dans le lapsus, et à deux aveux amoureux magnifiques, magnifiés l'un dans un labo aussi propre et aussi sexy qu'une combinaison de décontamination, l'autre dans l'enfer d'une morgue de Zagreb où l'on parle morcellement et génocide . Quel chef-d'oeuvre ! Les comédiens sont parfaits de vérité. # écrit le 15/02/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -Une piece coup de poing pour en finir avec le tabou de la la violence 10/10 Cette pièce au théâtre de La Scène Libre est une surprise totale. Avec quasiment aucun moyen scénique et juste le jeu épuré et sobres des acteurs, l'argument nous plonge dans l'intimité de ce qu'on a vu ou endendu mille fois, la banalité des violences conjugales et son double déni, par l'auteur des coups, et par l'autre partenaire, amoureux, ou lié psychologiquement par d'autres raisons. Parce qu'elle aura eu la chance d'avoir eu un modèle parental généreux, la femme ici peut se montrer resiliente et reflechir, mais on pense inévitablement aux autres dont le chemin de croix sera encore plus compliqué. La pièce est d'autant plus excellente qu'elle décrit un couple lambda, "normal" depuis la figure des jeunes étourneaux éperdument amoureux, prêts sincèrement à tout l'un pour l'autre, jusqu'à l'apparition des premiers coups et de l'éléphant dans la pièce que constitue la violence, en raison de l' énormité qu'elle prend dans la vie quotidienne tout en étant invibilisée ou minorée, avec tout ce que cela implique de difficultés à la saisir, la verbaliser, la contenir, la fuir. Car si le violent est débordé par une violence dont il est responsable mais qu'il est incapable de canaliser, la violentée a, elle, affaire à la violence d'us sociaux qui lui intiment, plutôt plus que moins, de patienter, de faire le gros dos, de ravaler, de s'auto-critiquer, etc. Laëtitia Le Bars est magnifique de conviction, détruite par l'homme qu'elle aime, et Karim Kaï, l'auteur également sur la scène, est de la plus grande crédibilité dans la violence à répétition qui s'ignore, qui reproduit, qui pave la route à de futurs descendants également violents . Avec rien, "Dis-moi des maux d'amour" fait aussi fort, sinon mieux qu "Il y a encore demain", pourtant un film fort et subtil. Bravo! # écrit le 17/02/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -Un beaume sur le cœur 9/10 Célibataires de tous les pays, celibs au coeur battant en quête de l'âme soeur, cette pièce est faite pour vous ! Certes, son côté conte de fées vous fera peut-être sourire, mais précisément surprises et éclats de rires sont au rendez-vous d'un déchaînement de quiproquos et d'échanges spirituels facétieux et souvent polissons menés à rythme d'enfer. La situation est hautement crédible. Quiproquo, c'est-à-dire qui prend qui pour qui, c'est l'histoire d'une rencontre entre deux esseulés que rien ne rapproche. Mais sous le vernis des apparences, trompeur vous l'aurez vite compris, l'argument, à coups de bons mots à bout portant, n'en problématise pas moins une solitude contemporaine complètement perdue dans le labyrinthe de l'image de soi qu'on se croit obligé de donner aux autres dont on n'a d'ailleurs qu'une image, qu'un préjugé. Deux êtres se retrouvent alors malgré la glace, leurs filets de sécurité, leurs zones de confort, leurs camisoles . Ils se dévastent l'un l'autre pour notre plus grand plaisir dans ce très beau texte d'Alexandre Oppecini où les propos sont particulièrement crus, magnifiquement obscènes souvent, dits avec légèreté et art par Marie-Pierre Nouveau et Benjamin Wangermée, couple infernal et drôlatique. Tout y passe, répulsion, moquerie , surprise, premiers battements de coeur, engueulades, furie érotique, dans une grande délicatesse de ton. Un très beau poème parlera même sans fard, mais infinis et délicats apprêts, de leur premier ébat, concuspiscent et totalement romantique. La Scala nous autorise encore une cure de bonne humeur. Dépêchez-vous et bravo aux trois artistes. # écrit le 26/02/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| Comédie dramatique: L'Île -À la frontière de soi et des autres 9/10 Très prenante pièce au Théâtre de Nesle d'un auteur inconnu et dans la mise en scène de la jeune russe petersbourgeoise Daria Konstantinova, au français parfait. On tombe dans un monde à oxygène raréfié qui rappelle sans équivoques les effets de la censure, celle d'une police de la pensée, police politique , russe ou autre chape de plomb de l'autre côté du rideau de fer, et où on ne peut parler des problèmes que métaphoriquement. Totalement coincés de tout côté ? Dans un lieu sans nom, sans géographie, où une guerre civile fratricide a lieu, trois personnages essaient d'echapper coûte que coûte au chaos. Une seule solution évidemment, le fric. Or celle-ci tombe à l'eau et l'aventure humaine de la pièce prend son essor dans une très intéressante métamorphose des personnages dont le sens de la fraternité et la nature se développe dans le denuement. Le grincheux rigole, le rapiat est capable de la plus folle générosité, la jeune fille fuyante devient femme explosante d'amour, les convictions explosent. Y a-t-il du déshonneur à être finalement devenu aux antipodes de soi-même ? Dans un monde de folie, l'auteur prouve que non dans le fer rouge d'un théâtre de l'absurde empreint de la plus grande humanité de celui qui a connu et et fait partie des êtres poussés à bout. Les trois acteurs, dont la metteuse-en-scène, sont excellents dans tous leurs revirements. On sort avec leur panache de cette pièce qui dit non. # écrit le 27/02/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
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