Ses critiques
| 37 pages de résultats triés par | | -Un fabuleux éclair d'Andalousie 10/10 Je ne connais pas grand chose aux canons du flamenco, mais ce spectacle fut passionnant et les olé et bravo fusèrent. La danseuse Sara Jimenez et le guitariste Pablo Gimenez furent parfaits. Si on sent bien les écarts par rapport au flamenco avec quelques pas de coté vers la danse contemporaine ou le tanztheater, tout repose sur la personnalité de feu de Sara, gourmande de danser, impatiente et dont le panache et les roues de paon, au sens figuré, incendièrent la scène. Pablo Gimenez accompagna en virtuose, discrètement, puis fort quand cela s'imposait. Le tandem fonctionna à la perfection. Le répertoire de guitare espagnole avait des sonorités de ballades du XIXe ou XXe, mais se rappelait aussi fort bien des contrepoints complexes d'air qui semblaient venir de la Renaissance ou du Baroque et des ancêtres oud et luth (vihuela dans sa version ibère ). Quel feu d'artifice ! # écrit le 28/04/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -Je serai ce que voudrai 9/10 Très beau seule-en-scène hier soir à l'Essaïon avec Marie-Catherine Conti. Le sujet est grave, le "délire" apparent d'une internée dont tout l'horizon est un hypothétique époux, mais, chemin faisant, nous touche et concerne tout le monde. S'il perçoit quelques contradictions entre ses envies et la réalité, le personnage est toute force de vie, énergie décuplée et s'attelle à une tâche, vous verrez, de Pénélope qui attend son Ulysse. Qui oserait la contredire alors que les résultats sont magnifiques et que, surtout, toute l'humanité hésite, divague, entre fantasmes quelquefois, sinon périodiquement, à côté de la plaque et pulsions de vie qui font déménager les montagnes ? Marguerite, c'est la part de vérité criée dans une "folie" ordinaire et qui fait que, si proche de nous, elle ne peut que nous interpeller. Marie-Catherine Conti, qui participe également à mise en scène, est parfaite dans ce rôle de femme probablement laissée pour compte dans l'enfance, humiliée, rendue trop discrète et qui se bat pour être femme intégrale reconnue dans les yeux d'un homme. Elle est toute d'affirmation de soi malgré les doutes, les "voix ". En fin de spectacle, de précieuses informations nous sont données sur ce personnage réel dont Dubuffet acheta l'oeuvre. Un rendez-vous impératif m'empêcha, hélas, de discuter avec la troupe. Qu'elle m'en excuse, car le spectacle en est à ses premières . # écrit le 26/04/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -Faut xa recommence (sur l'air, évidemment, de "ah, tu verras, tu verras") 10/10 Soirée musicale aux petits oignons à l'Essaïon avec les acteurs-chanteurs Florence Andrieu, Flannan Obé et la pianiste Delphine Dussaux, elle-même aussi remarquable au clavier qu' à la voix. Les deux premiers se tirent dans pattes pour notre plus grand plaisir, avec force vannes et fausses sorties. Le répertoire est souvent de la belle époque de la comédie musicale américaine, ce qui n'empêche en rien d'autres reprises dont le si peu chanté Sans Toi de Michel Legrand que Corinne Marchand avait immortalisé dans Cléo de 5 à 7. Bref, festival de bonne humeur entre coups pas de compères et tours de piste délicieux. Vous avez une très bonne soirée en perspective. # écrit le 25/04/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -Le comique au sommet 10/10 Mondial placard au Théâtre Tristan Bernard est un chef-d'oeuvre de comique que je conseille de ne pas rater. C'est à juste raison que la pièce est nominée pour concourir aux Molières 2024. L'équipe des acteurs est parfaite et homogène avec des jeux très différents. Le sujet est truculent et piquant en ces temps quelquefois d'ayatolismes, même si c'est pour une bonne cause, c'est-à-dire les travers post metoo. Pour avoir, par pur opportunisme, fait semblant de s'intéresser aux quotas de femmes dans son entreprise, un patron parachute une donzelle à un poste de direction et déclenche une fronde inoubliable et irrésistiblement loufoque. Je n'irai pas plus loin pour éventer l'argument, mais dans cette guerre des sexes tous les coups sont permis, particulièrement en-dessous de la ceinture. Les coups de théâtre sont littéralement fabuleux et, finalement, Côme de Bellescize aborde frontalement des problèmes d'actualité. L'esprit boîte est évidemment mis en boîte entre ambition et perte de sens , le patriarcat et la déconstruction du genre sont subtilement convoqués sans lourdeur, et même la révolution et le péril IA s'invitent sur la scène. Tout est là pour faire exploser les acteurs dans des numéros hallucinants, et le torride sera aussi au rendez-vous. Merci pour cette heure de délire et cette nouvelle pièce de répertoire qui fait honneur au théâtre contemporain et au comique. Allez vite applaudir et bisser Eléonore Joncquez, Benjamin Wangermée, Jean Alibert, Clara Guipont, Coralie Russier, Gwenaëlle Couzigou, Ludovic Le Lez, David Talbot. # écrit le 23/04/24
| -Sonne ton Luth, divine Sucre ! 10/10 Sucre d'Orge fut divine à la Divine Comédie, entre complaintes Renaissance au Luth et propos plus que licencieux à faire rougir un pape (un travail pourtant difficile au vu des moeurs à Rome) . Elle a tenu l'auditoire en haleine pendant une bonne heure et demie avec ses vers salaces alambiqués et sans vulgarité aucune et nous faisant rire aux éclats . Ces tenues et apparitions furent superbes. Je reste stupéfait d'apprendre qu'une société savante française de luth, instrument que j'adore, l'a blacklistée pour propos dévergondés. On les plaint, les pauvres, incapables de réunir poésie torride et harmonies recherchées, ce que se seraient au contraire empressés de faire leurs collègues du XIVe au XVIIIe. C'est un honneur d'avoir pu être admis dans le collegium musicum et/ou salon lettré de Dame Sucre. On y parle le courge couramment, le vit aussi qui se vitupère, et le con qui rend heureux, se prêtant à nombres contrepèteries comme postures diverses et euphorisantes. C'est comme si mettant quelques cordes devant la noble cavité féminine et les pinçant, Sucre d'O nous ravissait l'âme. Quelle soirée tudieu ! J'en redemande, avec du De Visée, du Denys Gautier, du Jacques Gallot, du Weiss et j'en passe et j'en demande pas mieux ! Merci Madame pour ces heures sauvages et politiquement incorrectes. # écrit le 22/04/24
| -Premier tour de piste 8/10 Un bon stand-up au studio du Théâtre du Gymnase avec des saillies anti-conformistes sur les travers que peut prendre quelquefois des radicalisme post #METOO. C'est assez rare pour être souligné, courageux et pas ringard pour un clou. La salle n' était pas ce soir là très réceptive et Tess Derose un rien intimidée. Elle ne devrait pas. Elle a tout pour faire un bon spectacle. À titre personnel, j'ai trouvé que les standards repris en chanson étaient un peu trop archi connus, et que Tess gagnerait à conserver son originalité dans un choix moins consensuel, mais à elle de voir évidemment. # écrit le 21/04/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -Le couac 3/10 Déception ce dimanche en matinée au Théâtre de Paris. Je suis pourtant un inconditionnel des films de Nicole Garcia et c'était la première fois que j'avais la possibilité de la voir de visu et en tant qu'actrice. Je n'étais pourtant pas trop mal placé, au rang N. Hélas, la diction monocorde de Garcia, son jeu statique, l'absence de sonorisation pour une aussi grande salle ont eu raison de ma concentration, et l'ennui a été prépondérant. Je ne doute pas que le sujet fut poignant. Les premiers rangs applaudirent, et la rumeur couru que la personne du premier rang qui se leva pour une standing ovation était Anne Hidalgo. Il n'empêche que personne en régie n'ait eu l'idée de glisser un micro pour une telle arène d' un seul-en-scène où tout repose et se concentre sur l'acteur est une totale aberration. Mise en scène totalement inexistante. Quelque chose cloche, car j'ai été très mal placé, par exemple, pour voir Lapin avec Arditti et Robin au grand Édouard VII, ou Un Sentiment de vie avec Valérie Dréville aux non moins grandes Bouffes du Nord dont l'acoustique est déplorable, mes esgourdes émoustillées ont su contourner cet obstacle, survoltées par des acteurs qui cassaient la baraque. # écrit le 21/04/24
| -Atmosphère, atmosphère, est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ? 9/10 Encore une bonne pièce au Funambule, énième dérivation du Pygmalion de George Bernard Shaw (cf., entre autres avatars célèbres, la comédie musicale My Fair Lady avec Audrey Hepburn). Le face-à-face, ici, entre le lettré suffisant et la jolie poissarde prend là un autre tour. Shaw mettait l'accent sur l'insupportable mépris de classe du beau monde et laissait une jeune femme déboussolée sous le jeu manipulatoire cynique de "sachants" . Dans la variation de Russell, le prof anti-conformiste et un brin alcoolo est bien sympathique alors que la grande gueule dopée aux belles lettres est au risque de prendre le melon et de faire sa mijaurée snobarde de service . Tout notre plaisir est dans ces échanges où il est avant tout question d'indépendance d'esprit et de libre pensée. Mlle Maxime-Lior Windisch et Owen Doyle, le metteur en scène également, sont parfaits dans ces escarmouches à fleurets mouchetés. On navigue de surprise en surprise. Décors et mise en scène discrèts et efficaces. Bravo ! # écrit le 21/04/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| Théâtre classique: Cyrano -Ni oui ni nez, courez, courez-y, chef d'œuvre ! 10/10 Un Cyrano d'exception et de pure folie ce soir au théâtre Lepic. Foncez dare-dare, il ne reste que quelques représentations. Trois comédiennes, Iana-Serena De Freitas, Louisa Decq, Mathilde Guêtré-Rguieg, ont eu la gageure de monter la pièce à elles seules et le résultat est tout bonnement bluffant. On a tous en tête des fragments de Weber et Depardieu, mais, ici, l'art du théâtre dévaste tout et rend d'ailleurs bien plus justice à la pièce de Rostand, malgré la nécessaire condensation dans le temps. On s'y croit, on y est, on vibre, en amateurs de théâtre à Paris au Xviie ! Puisque l'histoire est avant tout celle d'une galante dissimulation désintéressé, la mise en scène géniale, le plus souvent masquée, décuple l'argument de Rostand. Acteurs grimés, contrefaits, ventriloques, multi-rôles épousent à merveille le dessein de l'auteur. Il règne une atmosphère de plateau, de pantalonnades et de saltimbanques qui dansent et virevoltent, et à l'Hôtel de Bourgogne, nous y sommes, badauds et émerveillés ! Dans la pâtisserie de Ragueneau avec les goinfres également. Le fait que Cyrano soit jouée par une femme qui travestit sa voix porte la pièce littéralement au carré et fait savourer encore plus pleinement l'amoureux qui se contrefait et cette contrainte d'être enflammé et dans l'ombre. Le texte explose. On se rappelle l'inversion des rôles en Chine et Japon où les hommes au théâtre peuvent représenter avec succès les femmes. Ici, le contraire est tout aussi euphorique. La mise en scène, parfaite, peut par moments et par beaucoup d'éléments, kimonos, masques grotesques frôlant l'art des marionnettes, mouvements épurés évoquer l'observation de l'art de la scène d'Extreme-Orient. Inutile de dire que les alexandrins d'une longueur gargantuesque passent comme une lettre à la poste, des comediennes à l'art consommé. Bravo ! Quel délice ! # écrit le 21/04/24
| Théâtre contemporain: La peur -Le gouffre 10/10 Bouleversant Sweig à la Scala dans une mise en scène d'Elodie Menant. La pièce est transposée avec succès de Vienne à quelque part, probablement aux States au son du rockabilly qui sort du transistor. Les acteurs sont parfaits pour cette histoire qui combine déchirement éthique, frôlement de la folie et, chut, vous verrez. Suite époustouflante qui renverse les attendus et qui est rien moins que la dague sûre de Sweig sur les valeurs respectables, ouvrant d'un coup sec d'entaille la vue sur le gouffre et le mal sournois. La pièce est d'une grande violence psychologique. Dans la distribution vue, Elodie Menant, Arnaud Denissel et Ophélie Marsaud sont remarquables dans leurs rôles respectifs. Je n'avais pas reconnu Elodie Menant qui joua, il y a quelques années, Arletty au Petit Montparnasse, une grosse machine très et même trop bien huilée qu'elle avait écrite , mais qui, Wiki me confirme , lui valu deux Molière. De fait, c'est en réalité son second Sweig. Je suis très heureux de découvrir son excellent jeu dramatique et son sens de la mise en scène est, ici, souverain. Le décor mobile et épuré est extrêmement séduisant et correspond à merveille à ce sujet en huis-clos avec quelques apartés glacés en extérieur. Bravo ! # écrit le 20/04/24
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