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Ses critiques



37 pages de résultats
17 / 18 / 19 / 20 / 21 / 22

Théâtre contemporain: Femmes au bord du monde

-Quelle claque !
10/10

Femmes au bord du monde Quatre jeunes femmes signent, sans grands moyens techniques mais avec un génie théâtral confondant, un spectacle de douleur et d'humanité, racontant les affres des guerres, la destruction des repères , la fuite , la désorientation totale, la nostalgie, les lendemains sans horizon et, malgré cela, l'instinct de survie. Quatre jeunes femmes d'origine étrangère (Colombie, Comores, Inde, Russie) et au français parfait font honneur à la richesse de pouvoir accueillir les déshérités , de recevoir d'autres cultures, de prendre soin de personnes non grata, plus connues sous le vocable péjoratif de migrants. Avec la plus grande imagination et un efficace scénique saisissant, les consoeurs nous font vivre sensoriellement l'effroi de bombardements , la perdition dans des no man's lands, l'affront d'affronter des conditions d'asile données du bout des lèvres , l'espoir régulièrement fracturé de désespoir, et aussi la chance de rencontrer des survivant(e)s têtues, tenant tête et dressées contre le destin pour qu'il y ait un autre destin. Des chants et des coutumes qu'on se ressasse pour se booster sont, sur la scène du Funambule que les comédiennes auront neanmoins réussi à rendre quasi féerique de theâtralité, proprement déchirants. À ne pas manquer, pour ne pas passer à côté de nos frères humains, nos semblables derrière leurs sabirs.
# écrit le 03/03/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com


Théâtre contemporain: Dolorosa

-Au Rond-Point, Tchekhov est un grand vin Château Chasse-Spleen
Pièce bouleversante, fantastique au Théâtre du Rond-Point qui revisite totalement et réécrit les Trois Soeurs de Tchekhov. L'écriture acerbe de Rebekka Kricheldorf actualise le langage, qui devient celui de nos jours , émaillé de nos expressions, tout en conservant un dialogue avec la pièce originale, canevas connu de tous, qui reste omniprésente . Tchekhov résonne donc dans cette caisse de résonance, et le voici magnifié, et rendu complètement contemporain, le merdier d'exister dans un monde qui n'avance pas, n'avancera jamais, où les piques d'humour hilarantes côtoient des gouffres existentiels qui s'ouvrent au moindre instant , et s'ouvrent aussi avec evidence à la consommation d'alcool étourdissant. La vie et la pièce semblent une fête qui a foiré , en suspension, tous les ingrédients y sont décevants malgré la cohue fêtarde et la joie de se (re)trouver car les soeurs restent soeurs , les âmes soeurs restent se cherchent , les personnages se croisent, essaient de se prendre à défaut de s'éprendre, cognent des murs intérieurs, hyperboles si parlantes pour tous. Les acteurs sont d'un désespoir ironique achevé et volubiles d' humour intraitable . Franchement, courez voir cette version si originale de l'original. La mise en scène de Marcial Di Fonzo est parfaitement adéquate et porte au point de fusion le désarroi ivre.
# écrit le 07/03/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com


Comédie: Un amour artificiel

-Pour l'amour, appuyez sur la touche A, mais pas trop fort
9/10

Excellent divertissement d'Antonin Passavy à la Comédie Montorgueil où la soirée va divinement se passer autour de la question de savoir si une IA pourra faire office de partenaire parfait. Les trois comediens, dont l'auteur sur scène, endossent avec comique plusieurs rôles qui nous font passer des plateaux TV, hysterisés par la question à la chambre à coucher, plus en mode romantique et/ou interrogatif. L'IA ne vous laissera pas en disette de gags. Merci à Bérénice Bala, Antonin Passavy, Valérie Naouri pour ce théâtre rafraîchissant.
# écrit le 11/03/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com


Théâtre contemporain: Malwida

-Plutôt vague, mais en musique vénéneuse
7/10

J'adore en général les productions du Studio Hébertot, mais, là, j'ai calé un peu. La problématique est surannée, la rencontre entre grands esprits, laissant supposer que le reste de l'humanité doit n'être probablement qu'un grouillat de cafards. Sans doute cela vient d' une bonne intention "progressiste", dans l'idée que l'Art avec un grand A est un flambeau qui éclaire notre bas monde, mais rappelant trop les salons mondains qu'a raillés Musil dans l'Homme sans qualités (et dieu merci pour lui). Malwida a sans doute été une personnalité remarquable, mais le rôle semble trop taillé sur mesure pour Bérangere Dautun, et l'equilibre entre les acteurs, au demeurant tous bons, s'en ressent. L'atmosphère générale m'a semblée compassée, figée, posée et sans grande interaction entre les comédiens. Ouf, la musique a la part belle et Ilyès Bouyenzar s'avère un excellent pianiste. Son demi-queue Gaveau n'etait pas mal non plus, avec des registres de timbres phénomenaux, et je l'aurai bien chipé. Les intermèdes musicaux sauvent la piece et leurs profondeurs donnent le change à la relative pauvreté de l'argument. Il y a comme des silences musicaux où le verbiage se tait et où l'essentiel passe.
# écrit le 16/03/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com


Théâtre contemporain: Reflets Troubles

-Chants d'amour et de solitude
8/10

Une pièce sensible au Studio Hébertot à propos d'une liaison entre un homme d'âge mûr et un plus jeune, un sujet pas vraiment beaucoup traité, et dont on suit l'évolution entre complicités intellectuelles, différences soit-disant génerationnelles, homosexualité affirmée ou perplexe, ou perdue . Cette pièce est d'une certaine manière un éloge de la différence et de l'écoute de l'autre dont la rencontre a des effets incalculables, in-maitrisables. Les protagonistes se laissent aller à lâcher leur bride. Le plus, ici, est que la musique est omniprésente ( trait assez fréquent finalement au Studio Hébertot) et que beaucoup de moments sont chantés (une espèce e de bascule recitatifs/arie). C'est charmant. Pour cette première, la mise en place souffrait de défauts dans le déroulé, avec des trous, et une timidité encore dans l'incarnation. C'est dommage, car le potentiel est là et le spectacle, je gage, va se bonifier avec le rodage. À suivre, et vive la musique. Christophe Maniguet a eu une bonne inspiration.
# écrit le 22/03/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com


Comédie dramatique: Le Prix

-Superbe, mais à prendre avec des pincettes
8/10

Pierre Arditi, Ludmila Mikaël et, moins présente sur scène, Clara Borras sont excellents dans cette pièce desservie par une mise en scène poussiéreuse, c'est-à-dire un décor statique qui ne bougera pas d'un seul iota , affreusement théâtre tradi. Le déroulement se résume alors à un face à face verbal entre Arditti et Mikaël, brillant, romancé, tourné vers le conflit et le mot d'esprit. On y apprend plein de details sur la vie scientifique de Berlin, et l'argument général est une charge contre l'antisémitisme qui sevit sous le nazisme, pour ne pas dire la chasse aux juifs, comme le machisme présent même dans le milieu de la recherche avancée et dont l' une des protagonistes fera les frais. Vérification faite, si Wipedia signale bien que Lise Meitner était une nobelisable honteusement jamais primée, l'argument du librettiste qui avance l'idée de vol d'idée est à nuancer. Elle fut reconnue par ses pairs et collègues, eut des distinctions et partagea un prix avec Otto Hahn, savant au passage violemment pacifiste et anti bombe nucléaire, en 1949. Je n'en ai découvert pas moins que cette minimisation de l'apport des femmes s'appelle Effet Mathilda. Exception faite de cette dramatisation pour cause de théâtre et de clash à la Bergman, Arditi et Mikael sont très prenants.
# écrit le 12/04/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com


Théâtre contemporain: Premier amour

-Sous le soleil de Beckett
9/10

Je m'aperçois que j'ai oublié de commenter cette pièce vue pour sa dernière le 31 décembre 2023 au Petit St-Martin. Dominique Valadié y a été remarquable dans un emploi à contre-pied, en endossant un rôle masculin et avec un accend du Sud complètement étranger au monde du dramaturge qui n'en sort pas du tout dépareillé. Au contraire, ce travestissement donne un éclairage inhabituel au glauque existentiel radical plus ou moins attendu et fait se conjuguer avec poésie situations infâmes de vies étroites et ressenti que cela nous concerne universellement. On passe de l'infiniment petit aux grandes resonnances. La diction et l'immobilité de Valadié ont été parfaites, sans verser dans le statufié, offrant un moment étrange de noir et de lumière.
# écrit le 19/04/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com


Théâtre classique: Les fausses confidences

-Presque parfait, avec un goût de frustration
9/10

Un Marivaux très enlevé au Théâtre de la Porte St-Martin, la diction est parfaite et c'est une merveille de beau français. Les deux jeunes premiers tourtereaux sont un regal, soutenus par un plateau d'acteurs sans faille et capable de toutes les palettes. Las, la mise en scène est inexistante, statique, quasiment sans direction. On ne demande pas des virevoltes du décor ou de la grande machinerie, mais quelquefois un décor , même réduit à l'épure, et un jeu de lumière font une énorme différence et créent une dramaturgie. Le Minimalisme a fait surgir des chefs d'oeuvre. Ici, on n'est pas très loin du premier prix d'élocution ...dans une salle de classe. Très belle soirée, mais, ô dommage, le délicieux et flamboyant ramage n'alla pas avec le sec plumage. Il y a une contradiction théâtrale là-dessous et une incohérence qui frise l'absurdité . Marivaux peut et doit être foudroyant pour tous les sens.
# écrit le 26/04/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com


Théâtre contemporain: La marée

-La poésie contre le réel
9/10

Très sympathique pièce au Funambule. La tension monte lentement, mais sûrement dans un monde devenu un décor d'apocalypse. L'argument a le mérite de nous mettre en plein de ce que pensent les jeunes générations actuelles, ce qu'elles éprouvent, anticipent et portent comme un fardeau, c'est-à-dire la fin irréversible du monde et le désert d'espérances. Une jeunesse éprise d'avenir se fracasse le dents sur un univers détruit, méconnaissable, irradié. Tout en finesse, le jeu laisse passer la sève juvénile qui veut encore croire jusqu'à la camisole du fait réitéré de ne pouvoir pas envisager un quelconque avenir, une construction, des enfants. Le scénario est , hélas, très crédible. J'ai aimé la mise en scène dénudée dans laquelle l'imaginaire est constamment sollicité pour contrer un quotidien à la sauce Fukushima, climatique ou technologique. Dans ce jeu, Claire Choquet est particulièrement lumineuse, rêveuse, tendre, même conduite malgré tout au bord du gouffre par une asphyxie d'inaction tandis que son partenaire masculin se risque à perdre le sens des choses à force d'être raisonnable, rigoureux, " réaliste ". Une pièce émouvante qui laisse entendre que perdre le nord est parfois refuser une situation sordide et que la poésie est une boussole dans la mer démontée, dans la marée.
# écrit le 04/05/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com


Théâtre contemporain: Anna Karènina

-L'idée est bonne, mais à vraiment remettre sur le chevalet
8/10

Une pièce décevante aux Amandiers de Nanterre malgré sa belle mise en scène. Anna Karenina est un livre explosif, l'avoir adapté au théâtre est une très bonne idée, un livret d'opéra serait genial tellement les personnages crient de douleur. Malheureusement, la densité du roman se perd progressivement dans le bavardage stérile car les redites sont, ici dans cette réalisation catalane, trop nombreuses. Tout aurait pu être raccourci dramatiquement sur deux heures, ou alors trois avec un réel effort d'invention et de digression théâtrale. Les acteurs sont bons et le problème vient bien plus des choix dans la direction d'acteurs. La tension apocalytique de ce moderne Tristan et Yseult est gommée par de futiles bavardages et de temps subalternes , si bien qu'Anna ressort hystérique alors qu'elle pourrait être l' héroïne héroïque, ivre d'authenticité et victime épuisée de la pression sociale. De ce combat à mort, il ne reste que des fragments éparpillés sur trois heures, malgré d'indubitables grands moments théâtraux (Anna désespérée de la chute de cheval de son amant, enfin un moment où la fièvre qui parcourt le roman explose). Le personnage en forme de conscience qui s'exprime en anglais m'a semblé complètement hors-sol et du russe aurait été diablement plus efficace et la moindre politesse rendue au génie de Tolstoï, dont on n'est pas vraiment certain qu'il ait voulu cette interprétation, lui qui condamne l'adultere et brosse le portrait d'un autre couple simple , Kitty et Konstantin . Comme bien des chefs d'oeuvre, les autres sens possibles de ce roman polyphonique lui ont peut-être échappé, et l'avoir dénommé Anna Karenina était déjà une focale étrange pour une dénonciation en bonne et due forme. Beaucoup de lecteurs y ont vu au contraire l'ultimatum de la passion d'être soi-même et du besoin brûlant de se fondre avec l'être aimé. Anna et Vronski n'ont aucune marge de manoeuvre.
# écrit le 11/05/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com



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