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Ses critiques



37 pages de résultats triés par
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Théâtre contemporain: Backlash

-Notre monde Léviathan mange ses enfants
10/10

Cette pièce fut un ravissement. Déjà de découvrir le monde si actuel de Pénélope Skinner, une jeune dramaturge britannique qui cartonne outre-Manche, puis de subir le rouleau compresseur de Philippe Bodet pour un phénoménal seul-en-scène sur un sujet plutôt scabreux d'apparence, la dérive d'un pauvre gars dans une secte/usine à gaz masculiniste après des déboires professionnels. Le portrait de la casse est terrifiant pour ce gars lambda qui sort d'un film Ken Loach et qui pourrait être n'importe qui d'entre nous de manipulable. Skinner interroge avec finesse et par à-côtés la perte des repères, la disqualification des rôles sociaux dans l 'économie de marché et leurs pendants que seront la solitude jusque dans le couple (ou dans la famille avec les enfants perdus de vue), la prison des réseaux sociaux comme famille de pensée alternative, la haine et la division qu'entrainent ces " communautés " virtuelles, l'incompréhension très intéressée et pervertie des revendications féministes ou de genre. Final terrifiant, mais logique, à valeur de parabole sur les clivages attisés par le feu. Quant à Philippe Bodet, tout bonnement incroyable, une heure trente à nous tenir en haleine ! Et par, très paradoxalement, les monologues futiles et paranoïdes d'une homme solitaire, mais qui se font l' écho évident de tant de problèmes actuels d'endoctrinement, de naufrages du vivre-ensemble, et d'attaques sur l'identité (chômage, travail sans sens, etc), d'où les débilités identitaires. Le face-à-face apocalyptique entre un père qui se croit persécuté par le beau sexe et le fils qui doute du sien est la démonstration éblouissante faite par Skinner de la faillite de la reconnaissance, et d'un univers en faillite tout court. Chapeau l'acteur comme l'autrice !
# écrit le 31/03/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com


Théâtre dramatique: Marcher tout droit est un combat

-Au Maître tu désobéiras
10/10

Pièce engagée cette fois à la Folie-Théâtre sur les bavures et/ou crimes d'Etat, sur fond de contestations écologiques, que ce soit les ZAC d'ici ou les saccages d'Amazonie d'ailleurs. Dans une mise en scène austère mais efficace, une récitante ,rappelant le coryphée de la tragédie grecque, accompagne les pas d'une militante revenue en France pour se précipiter au chevet de son frère dont elle découvre avec surprises les combats. Prise dans la nasse des intox à son propos, elle se met en quête et déclenche en elle un processus de prise de conscience. C'est une pièce, au fond, sur l'acception ou le refus de la violence légale. La mise en parallèle entre le routinier et désastreux peu de démocratie de certains coins d'Amérique latine et l'illébéralisme qui peut sévir de part chez nous est très bien vu, parlant, non caricatural, le malheur des uns faisant le bonheur des autres. Car la dimension planétaire d'une violence qui ne peut être vue comme lointaine, locale, exactement comme les ressorts de l'économie du profit à tout prix, est l'horizon douloureux qui se dévoile dans les foulées de cette soeur éperdue, cette Antigone au fond qui monte au front contre un moderne Créon de l'Ordre. Cette pièce, sur la résistance, prend toute sa force dans le contexte actuel d'aberrations écologiques et d'une jeunesse qui ne comprend vraiment plus l'inertie des politiques à en prendre compte. Elle est l'écho aussi des circuits opaques qui régentent et ravagent la planète au détriment du plus grand nombre. Spectacle utile et fort, à la Costa-Gavras, qui ne verse pas dans la pédagogie lourdingue. Les acteurs sont tous excellents et crédibles. Longue vie à cette pièce dont c'est la dernière, je crois, ce soir.
# écrit le 30/03/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com


Cabaret / revue: 8 hommes : Mais qui a tué le patriarcat ?

-Déluge de feu pour la chute du roi pénis.
10/10

Tout à fait du même bois que le Cabaret du Fruit Défendu, le Burlesk Club cartonne encore, à la Divine Comédie, dans cette revue qui moque gentiment, mais à l'acide, les masculinistes. ATTENTION , revue cabaret hors-pair, numéros éblouissants, du nul, du cul, du cru, du cocasse, du canaille, du salace, tout ce vous voulez , du tutti frutti qui ravit les yeux et l'âme , mais surtout de l'Art dans des séquences acrobatiques de performeuses-performeuses au top. Quelle joie de vivre dyonisiaque, quelle poésie ! Et quel hymne à la différence ! Mille merci à cette jeune troupe qui allie poison des sens, raillerie politique, revendications libertaires et libérées et grande finesse des danseurs. On rit, on savoure, on s'éclate devant les trouvailles et coming-out de ceux dont les noms météores sont les fulgurants Vesper Queen, Mata More, San Sebastian, Edel Weiss, Vicomte Arebourg, Lucie Phylis. Spectacle électrique !
# écrit le 30/03/24


Théâtre contemporain: Biographie : un jeu

-Choix ou destinée ?
10/10

Un chef d'oeuvre théâtral, je n'en attendais pas tant. Et mille fois hélas , c'était la dernière au Marigny. Isabelle Carré et José Garcia ont été stratosphériques, me surprenant totalement, servant un scénario de choix, de luxe, somptueux de paliers d'émotions allant crescendo, et où il est donné à un homme de pouvoir rejouer, voire modifier, mais à ses risques et périls, les moments cruciaux de sa vie. Implacable, la musique accompagne ces tournants virtuels completement vertigineux. Une pièce bouleversante sur être un homme, et affronter le temps passé révolu qui semble se dresser en destin marmoréen prétendant dessiner l'avenir, en juge du moment dernier. Or, la pièce le montre, nous en avons des biographie(s) possibles! Et (à) nous-mêmes pouvons rester un mystère. Merci à l'auteur et à toute la troupe si brillante, car incarnant tous les personnages des vies éventuelles. Quelle pièce humaine et si philosophique !
# écrit le 27/03/24


Théâtre contemporain: Second souffle

-Envers et contre tout
10/10

Très beau spectacle qui tient plus du seule en scène, ou du deux en scène, que de la pièce traditionnelle et qui est ouvertement autobiographique (comme quelques mètres plus haut l'actrice Mélanie Page, dans une autre salle de théâtre de la Butte, raconte sa vie post choc terrifiant ). Ici, au Funambule, ton très sobre et bouleversant sur le parcours incroyable de celle qui s'auto-narre en conte pour tous , pour aviser et partager, Morgane Raoux, accompagnée d'un partenaire caméléon qui endosse les autres personnages requis avec humour et grande vraisemblance. Malgré les accidents de la vie, Morgane entonne un hymne à celle-ci, envoûtant, et jalonné donc, immergé par l'amour de la musique. Défilent devant nous à toute vitesse , comme un livre ouvert sur un être humain, sa vie d'enfant, sa joie, ses désastres, son émerveillement devant l'Art , ses apprentissages, ses succès, ses coups du sorr. Comme par magie, nous pourrions être elle, et, magie encore, Morgane Raoux renaît sous nos yeux, phénix comme (ou telle) la musique, abattant les montagnes par la force qui la tient. Ce spectacle, si simple et si direct, vous mettra du baume en coeur et dissipera les nuages. Je salue sa conviction et, en pair, sa passion qui emporte tout (elle me reconnaîtra peut-être, musicien et affligé de syndrome similaire. J'ai dû abréger la conversation, étant mal fichu ce soir là ).
# écrit le 26/03/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com


Spectacle musical: Miss Badessa : La diva dragmatica

-Elle vous attend
10/10

Diva badessa Divertissement hilarant complètement roboratif, allez-y vous remettre en forme. La Diva est bonta divina et vous décochera trilles, anecdotes salées et conseils sur un ton amorosa. Beau répertoire musical , et pianiste succulent sur son Gaveau aux sons uniques qui nous entraîne de Purcell aux chansons de cabaret. Un très beau St-Saëns au passage et notre Dalila/Dalida survoltée. Alléluia.
# écrit le 23/03/24


Comédie dramatique: Kroum l'ectoplasme

-Toute vraie vie est ailleurs
8/10

Spectacle prometteur au Théâtre Darius Milhaud , des réminiscences tchekoviennes pour ces petites scènes quotidiennes où jaillit sans fard et par à-coups de geyser l'ennui de vivre et l'existence intolérable. On survit, on fait semblant de ne pas crever, on meurt de ne pas vivre. Des temps morts empiètent cependant le spectacle, le faisant verser vers un amateurisme non abouti. Le rodage devrait effacer ces défauts facilement. Le personnage principal en tenue débraillée n'est pas un plus, par exemple, parmi les autres plus typés et composés. C'est un peu nonchalant , ou alors il faudrait accentuer vraiment théâtralement son côté ectoplasmique à la Michaux. Je souhaite bonne chance à cette pièce existentialiste sur le problème d'être né, et au mauvais endroit.
# écrit le 21/03/24


Théâtre contemporain: Freud et la femme de chambre

-Broderies sur Freud en mode panique
9/10

Très bon divertissement qui reste fantasmagorique, la réalité de ces entretiens étant sujette à caution, mais finement mené et ouvrant souvent à des réflexions profondes. Après un début à rendre rétif opposant une soubrette trop greluche et une sommité Freud sortie du musée Grevin, les rôles s'affinent, les acteurs (Nassima Benchicou et François Berleand) se mettent à jouer vraiment, à inverser les rôles de manière drôlatique jusqu'à un final très étonnant. Bonne soirée existentielle au théâtre Montparnasse.
# écrit le 14/03/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com


Comédie romantique: Le Bar de l'Oriental

-L'arrachement
10/10

Très jolie pièce, finement jouée au théâtre Montparnasse. La problématique n'est pas toujours clairement visible (les illusions des personnages ?), mais le tableau général est de la fin d'un monde, l'Indochine coloniale (est-ce alors la dissection de l' illusion coloniale ?) Chaque personnage a sa logique, pataugeant et se débattant dans une sorte de torpeur d'expat' ("métropolitain" disait-on à l'époque) faite de l' acceptation tacite de l'apartheid social et de son confort aristo d'appartenir à la meilleure classe . La population locale y est au mieux indigène, en voie de " re-civilisation ", traitée paternellement, au pire fourbe ou ennemie de la Nation. Dans ce dernier carré de Blancs menacés d'être égorgés du jour au lendemain , chacun joue une partition, désuète à l'aune aujourd'hui et de la décolonisation, mais criante de vérité, douloureuse, et faisant appel à un nuancier de sentiments contradictoires. Par exemple, le militaire légitimiste, aux ordres de la Grande Muette, habitué à buter du Viet mais qui devine rapidement que la partie est perdue, galonné désabusé dont le monde s'obscurcit ; la jeune bourgeoise désoeuvrée qui veut vivre et s'ennuie ferme dans un univers qu'elle juge provincial et qui veut fuir ces antipodes sans avenir, mais pour aller où sans grande conviction sinon couchailler; sa soeur , femme fatale non sans ambiguïtés, qui aime le pays où elle est probablement née ou a vécu le plus clair de son existence, son mari, être lucide mais détruit , etc. Les personnages sont complexes, la pièce finalement trop courte, tout se prêterait à développement et saga (ou à série, car sexe sous les tropiques ! ) mais, théâtrale, elle finit brillamment en incendie. Bravo aux acteurs qui font vivre avec talent ces dernières minutes d'un monde devenu obsolète et qui fait naufrage mais qui n'en fut pas moins réel dans ses destins et qui porte déjà en lui les germes traumatisant d'un déracinement nécessairement très violent. Mise en scène mobile et efficace, on s'y croit.
# écrit le 12/03/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com


Comédie: Hold-up et bras cassés

-Une bonne comédie sans punch
7/10

Une pochade bon enfant et divertissante, des bons jeux de mots, de l'improvisation, bon scénario . Le rythme n'est pas, de loin, aussi soutenu qu'à la Comédie Oberkampf ou à la Comédie du XIe où les acteurs sont survoltés dans ce genre de comédies sans filet, volontiers salaces et triviales, un genre théâtral adorable. J'ai eu l'impression d'être quelque part dans un théâtre de campagne reculée. Du nerf, le scénar et les acteurs pourraient être si facilement au top !
# écrit le 09/03/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com



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