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37 pages de résultats triés par
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Théâtre musical: Le Coeur au même endroit

-Que vive la chanson, plus forte que tout !
9/10

Une très belle histoire entre deux caractères que tout semble opposer hormis l'amour passionnel et immodéré de la musique. Avec un dénouement incroyable, la pièce est un superbe hommage aux artistes de variétés, connus ou obscurs, et qui font vivre, incarnent et contribuent à un répertoire incroyable et divers de chansons à texte . Des must égreneront le spectacle avec de très belles voix et un phrasé très personnel . J'ai adoré par exemple "Sans matière grasse" ou "Le coeur au même endroit". Bénédicte Pellerin et Christophe Peyroux, l'auteur donc sur scène, sont archi convaincants. Allez soutenir ce spectacle avant ses dernières.
# écrit le 23/02/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com


Cabaret / revue: Le Cabaret du Fruit Défendu

-Carton plein pour Saine et Sainte-Libido
10/10

Le Fruit Défendu est un cabaret comme on en rêve pour un Paris by night coquin, une sorte de synthèse entre Crazy, Moulin Rouge, ou, rive gauche, Paradis Latin et chansons à textes façon St-Germain des Prés. La surprise fut d'abord le lieu, la Divine Comédie, petite salle plus habituée aux stand-uppers et qui, là, devint, jouxtant les Folies Bergères, chapiteau d'un spectacle à haute température , puis la qualité, souveraine et onirique des numéros. Tout n'est pas rodé au millimètre comme dans les grandes Revues, mais tout respire la fraîcheur, l'invention et la réinvention avec peu de moyens. La soirée fut au top de l'esprit cabaret, des propos polissons et jamais vulgaires, cash mais spirituels, des lazzi politiques à tout va mais sans lourdeur. Les numéros et les chorés furent parfaits, érotiques en restant sobres, déchaînés mais esthètes. Les corps sont beaux, femmes comme hommes, mais ce qui ressort le plus est l'élaboration artistique, alliant provoc, allumage des sens et plaisir de l'art pour l'art, de la performance de performers habités quoi ! J'ai été transporté par beaucoup de tableaux finalement très poétiques et, vous le verrez, qui sont très variés. La troupe est jeune avec des personnalités bien trempées qu'il faut absolument aller soutenir. Le dialogue n'est pas en reste et vous rirez des nombreuses incartades et persiflages coquins d'un M et Mme Loyal meneurs qui s'adressent et bousculent un public adulte qui en redemande, du direct comme au second degré . Une pièce qui, pour moi, relève noblement de l' art du théâtre et de l'estrade spectaculaire.
# écrit le 18/02/24


Comédie: Eva Rami dans Va Aimer !

-Bis repetita brillant
10/10

J'avais déjà admiré Eva au Petit Montparnasse il y a un an et demi , à tel point que j'avais ramené ma fille pour un second tour. C'était incroyablement frais, espiègle et Eva y montrait déjà ses talents de ventriloquie dans ce one woman's show trépidant où elle campait pas moins d' une bonne petite dizaine de personnages. Ce second spectacle, violemment intime, je n'en dirais pas plus, est tout aussi inventif et prend la suite du précédent dans une espèce de flash-back introspectif sous couleur d'une sortie pour enfants. Précisément, Eva nous entraîne loin, loin dans la fantaisie de l'Arlequin qu'elle est, et loin dans la généalogie des dysfonctionnements familiaux. Dans ce tableau, qui n'est pas sans une touche d'effroi, couches et vernis comique et tragique se succèdent, à tour de rôle, c'est le cas de le dire . Bravo.
# écrit le 14/02/24


Comédie: Michetonneuse

-La chevauchée des 4 fantastiques
10/10

Apollo est un théâtre où dénicher des stand-uppeurs prometteurs, mais je ne m'attendais pas à une telle pièce qui casse autant la baraque. Foncez, c'est parfait. Quatre divines salopes vous mettront en vrac par leur art de séduire les richous et de soustraire leurs pépettes, mais, attention, comme vendre son cul est aussi douloureux, la trame sociale se révèle complètement poignante. On bosse et remue des fesses aussi pour que papa aille mieux ou réaliser les rêves de maman. C'est toute l'iniquité sociale, les boulots sous-payés et l'asymétrie entre les genres femme/homme qui sautent à la gueule. Les numéros de danse, de chant et de tchatche impayables (bravo les réparties) alternent sans relâche. Vous rirez, sifflerez les sirènes et pleurerez quand l'une d'entre elles chante avec émotion pour sa mère. C'est fort, fort de café, tout en restant drôle. Bravo les filles !
# écrit le 12/02/24


Théâtre contemporain: Le Misanthrope

-Belle version modernisée
9/10

Très bon spectacle qui se regarde avec grand plaisir. Comme on pouvait s'y attendre à la Cartoucherie, Moliere y est dépoussiéré, revisité, mis au goût du jour et la mise en scène montre à quel point son potentiel est intact, sujet à de Trouble reinterpretations et donc promis à un grand avenir . Les nombreuses touches comiques et actualisées en feraient une sortie incontournable et géniale pour des scolaires pour les faire sortir de l'idée du classique engoncé dans les limbes. De plus, la langue y est très difficile et sublime et c'est un miracle de voir autant de tirades ciselées et mémorables passer comme une lettre à la poste. L'aubaine est sans prix pour tous les amateurs. Reste après les choix de fond. Le Misanthrope est-il un exalté qui exagère, vante son purisme, et est incapable de composer avec autrui, un rigide comme Moliere sait beaucoup en depeindre à leurs dépens ? Ou pose-t-il de manière clinique et radicale le problème de l'hypocrisie des relations humaines ? Dans la version proposée et enlevée de Thomas le Douarec, Alceste se ridiculise plus que Celimene qui veut le bon sens de vouloir vivre en société - et les actrices s'en sortent très bien - alors que le texte peut avoir un contenu existentiel noirissime, désespéré qui n'affleure pas le jeu des acteurs masculins, tous excellents au demeurant, mais, pour ma part, ne laissant pas assez passer trouble, malaise et cri de l' exigence morale (après tout, se retirer, fonder un ordre, ou vivre pour soi avaient été des choix déjà faits les siècles précédents) . À vous de voir. Régal à aller savourer de toute façon.
# écrit le 02/02/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com


Théâtre contemporain: Don Juan

-Le mystère Don Juan
9/10

Il a été très divertissant de retrouver Don Juan et d'essayer de comprendre pourquoi le personnage reste si fascinant et quels problèmes il pose de fait. L'envie-t-on parce qu'il tombe toutes les femmes en traversant le monde en pacha polygame ? Est-il le libertin, le libre-esprit, le frondeur affranchi de toute notion de morale et de religiosité ? Est-il celui qui vit pour lui, rien que pour lui, en se défaisant des obligations sociales ? Ou le salaud absolu dont on attend le trépas inévitable pour toutes ses infamies ? Un peu de tout cela, et en attendant Don Juan est un test des limites en nous promenant aux bords des précipices, menteur, séducteur, provocateur, se jouant de l'honneur pour l'honneur de défier (car s'il parjure souvent, Don Juan tient son serment de dîner avec le Commandeur), tête brûlée en roue libre quasi suicidaire. Le spectacle proposé rend justice à Tirso de Molina, à une langue châtiée difficile à parler et dont se sortent avec brio les actrices particulièrement convaincantes, brillantes (blessées, éplorées, revendicatrices), moins les hommes car la charge théâtrale des personnages est très difficile et lourde à négocier (séducteur odieux et si plaisant /honnêtes gens un brin lisses et lambda/serviteur de Don Juan à cheval entre le bon sens et la perfidie). Peut-être cela viendra-t-il avec le rodage. Les intermèdes musicaux sont bons, mais surajoutés à mon goût . Une bonne pièce à aller soutenir.
# écrit le 29/01/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com


Théâtre contemporain: Prima facie

-Le vent de la révolte
10/10

Pièce magnifique (titre légitime mais ésotérique) sur un sujet très actuel, la libération de la parole féminine face au viol et à la difficulté de le faire reconnaître, ou même de l'enoncer dans des usages sociaux qui le minimisent, voire l'excusent. Tout le sujet est là, parfaitement incarné par Elodie Navarre qui joue le rôle d'une avocate plus habituée à pourfendre les témoignages des femmes pour ses riches clients jusqu'à ce qu'elle soit abusée elle-même. Le monde des femmes (et aussi bassement du fric et de la justice à deux vitesses car n'importe qui ne peut pas se payer un ténor du barreau) s'ouvre alors à nous, de celles qui osent à peine porter plainte, celles qui s'écroulent nerveusement dans les procédures, celles qui perdent confiance en leurs ressentis par peur de blesser l'autre, celles qui culpabilisent, celles dont la vie est foutue par un mal(e) interieur. J'en dis presque déjà trop, allez voir ce spectacle frappé du sceau de l'urgence et qui rappelle ô combien l'appareil judiciaire et policier est trop empreints de réflexes masculins. La femme ment, c'est évidence, et l'homme est plutôt une quasi victime de ses charmes. Quant au viol, il est à l'insu du plein gré du violeur. Pff. Texte fort de Suzie Miller.
# écrit le 29/01/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com


Comédie: Le temps d'une vie

-Du bon vaudeville à la sauce remember me
8/10

Jolie enfilade perlée de scènes à teneur comique, comme des éclairs dans le temps . Le rapport entre elles peut paraître un peu décousu parfois, mais colle parfaitement au thème d'une mémoire qui s'effiloche et tient à se rappeler "le temps d'une vie", un titre grisâtre alors que le spectacle est pêchu. Les comédiens se tirent fort bien d'affaire, dont particulièrement le truculent Valentin Berthier, aux traits par ailleurs si fins que je l'ai pris pour une fille.
# écrit le 26/01/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com


Comédie romantique: Bungalow 21

-Joli chassé-croisé qui mène au nulle part
10/10

Très jolie pièce que j'ai vue deux fois. L'argument pouvait sembler people et j'ai eu quelques craintes, mais les relations croisées et compliquées du quatuor Montand, Signoret, Marilyn et Arthur Miller sont traitées ici de façon intéressante, avec des échanges souvent piquants et gratinés, c'est-à-dire qu'on s'y égratigne copieusement . On échappe au papier glacé, au sucre candi et au souffre. Marilyn est présentée en nymphomane au cas désespéré, mais remplie d'audérision dans sa chronique de son suicide annoncé. Montand est un latin nerveux, frimeur (l'acteur est excellent dans le rôle) , au bon fond et complètement dépassé par le poulpe Marilyn qui baise tout ce qui bouge, cause inevitable de la totale lassitude et défection de Miller qui file à l'anglaise (enfin, à l'irlandaise, vous verrez ). Le cas de Signoret est finalement la face sombre du spectacle. Pourquoi coule-t-elle, "pourquoi picoles-tu ? " lui demande même à la fin de la pièce Marilyn, les mettant toutes les deux sur un pied d'égalité dans l'autodestruction alors qu'a priori Simone semblait la plus solaire. À cette question, la pièce semble répondre par 4 personnages qui font ce qui peuvent sans trouver de réelle solution, dans une couleur de solitude quasi existentialiste : on ne s'est pas trouvés. On reste alors très sensible à ces drames qui n'affectent pas que des vedettes défrayant les manchettes, mais qui sont comme le miroir de vies contractées par des maux insidieux. À la réflexion, les deux mâles sont assez absents, même si tout tourne de savoir comment les retenir vraiment . Il y a là comme une critique de la femme condamnée à être séductrice ou ne pas être, mais le spectacle n'insiste pas trop sur cette corde potentielle. Il reste deux femmes ruinées et un festival de traits d'esprit, et Bungalow 21 nous offre un bel instantané sur l'orage.
# écrit le 13/01/24


Théâtre contemporain: Un sentiment de vie

-Un sommet
10/10

Du grand théâtre. Sur la scène nue et épurée des Bouffes, Valérie Deville s'avance, menue, et déroule. Le pari n'est pas gagné, sa posture est statique, le corps n'est pas athlétique, presque avachi, l'acteur n'apparaît pas tout de suite. Et pourtant..., comme une Pythie se contorsionnant au milieu de fumées ou de mystères entourant l'oracle, sa voix prend, captive, monte en puissance, fascine, mord le public. Car tout le monde s'entend soi-même ou résonne. Elle, c'est voix ventriloque de plusieurs histoires, de plusieurs personnages, pas lointains loin de là , la voix du père, de la mère, de la fille, et, au-delà, de pays respectifs. Le coup de force de ce texte, de cette oraison polyphonique fondamentalement pacificatrice (un flot de mémoire à la Duras , mais avec un solide appétit de vivre) est de faire joindre les histoires à l'Histoire, et de relever nos histoires, très banales dit-on, au même degré de dignité que la grande Histoire. Tous nos gestes deviennent la Geste sous une telle diction, et Valérie Dréville magnifie ce qu'écrit Claudine Galéa, quintessence de ce portrait de soi à la française, de Sarraute à Ernaux, sur le mode propulsant et provocateur de la représentation théâtrale. Petit à petit, le puzzle prend corps, bribes après anecdotes, bout d'airs de Sinatra après flashs à l'hosto, et c'est notre monde qui apparaît, ce " je" fait de nous traversé, et en constant dialogue avec des générations d'histoires. Le "je" est provisoirement et jovialement dépassé dans une rencontre de la fourmilière généalogique, des faits et gestes à double ou triple sens, aux destins en tiroirs, ici ouverts dans une émancipation réparatrice. Mais sans psychanalyste, juste dans la virtuosité d'un texte à l'image de notre complexité et faisant remonter les scories, les césures, les syntaxes, tordues dans tous les sens, et par l'empoignade d'une actrice extraordinaire. Bluffant, bravo à ce brio viscéral.
# écrit le 13/01/24



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