Ses critiques -Chocolat à toute heure, même quand faut rester chocolat à tomber les filles 10/10 Un pur délice au théâtre Darius Milhaud que ce seul-en-scène subtil et déconnant de Paolo Aldo, quasi autobiographique à ses dires, et ponctué de récurrentes déclarations d'amour au chocolat. C'est en réalité la tranche d'humanité géniale d'un ours mal léché et de ses trois enfants à domicile, et qui blague à la Woody Allen sur sa vie sentimentale truculente. Aventures rocambolesques du coin de la rue, les vraies, les pures 100% (cacao) , réflexions universelles et fou-rire assurés dans la salle. Un moment de partage complètement inattendu à ne pas rater, ou à se goinfrer en addict solo comme une friandise géniale. Bravo à l'artiste. # écrit le 09/12/24
| -Les tumultes du si lointain 10/10 Bénénice Bejo est excellente dans cet seul(e) -en-scène à rebondissements à partir du roman de Maria Larrea. Je l'ai trouvée quelquefois un peu en apesanteur, un rien burlesque par rapport à la trame tragique et poignante qui est narrée, mais vous ne décrocherez pas de votre siège. La galerie de portraits des exilés et les aller retour entre Paris et Bilbao sont fascinants. La description des répercussions transgénerationnelles d'un événement étrange (chut) est non seulement bien amenée, mais prend à la gorge. Bravo Bejo. Ici, l'occulte rejoint l'occulté. La mise en scène au Studio Marigny est parfaite. # écrit le 18/12/24
| -Décevant 5/10 Habitué à la fantaisie de Mnouchkine et aux magnifiques rôles de composition de ses comédiens , j'ai fendu avec bonne humeur ma tirelire pour amener ma tribu à ce grand "spectacle populaire". J'ai dû admettre rapidement que la pièce était très pesante, son intention pédagogique, voire d'agit-prop, lourde et le jeu théâtral absent. La trop grande rareté d'interactions entre les acteurs, sous toile de fond d'une trame narrative absente sinon sous forme d'une procession de tableaux, dignes d'un cours d'histoire pour éduquer les masses (et fleurant le musée Grevin par ses acteurs grimés et figés souvent) , ont quasi maladivement transformé l'énergie créatrice en pantomime gênée aux entournures dans un story-telling dont la plupart des éléments sont connus de tous. Trois heures pour expliciter la prise de pouvoir brutale des Bolcheviques alors qu'essais, autobiographies, romans et films abondent déjà sur ce sujet est un choix de gros plan avançant à la vitesse du surplace, et donc épuisant pour le spectateur . La relation des événements restait intéressante pour mes jeunes, mais un docu Arte aurait fait aussi bien et plus vite, avec cette désagréable impression que ce chaudron du théâtre contemporain qu'est le Théâtre du Soleil était ce soir vide d' inspiration . On peut maintenant espérer que Mnouchkine nous présentait là des éléments de départ, des prolégomènes pour une suite plus incarnée par les acteurs, une Seconde Époque étant à venir. Si, petite-fille de russes de St-Petersbourg, exilés juifs en France et anéantis par les rafles de Vichy, créatrice elle-même d'une forme de soviet théâtral qu'est la coopérative Théâtre du Soleil, on peut comprendre la rage de Mnouchkine à avoir vu la révolution russe confisquée par des despotes sanguinaires en une année charnière, 1917, dont les retombées sont toujours actuelles puisque c'est la defunte ex-URSS, ou une fantomatique Grande Russie affichée par le nouveau Tsar Poutine , qui attaque aujourd'hui l'Ukraine à laquelle hommage appuyé est rendu dans Ici sont les dragons. Oui, effectivement, le monde est dans une spirale de folie meurtrière conséquente au premier conflit mondial (traité inégal avec l'Allemagne vaincue), mais la démarche entreprise rend, pour l'instant, tout confus et plutôt indigeste, et si les racines du mal sont décortiquées, la relation à notre actualité tragique est peu discernable dans cet enchevêtrement de tableaux dont certains sont de véritables apparitions (Nicolas II à cheval et complètement imbécile, arrivée de Lenine en train à St-Petersbourg). # écrit le 29/12/24
| Comédie dramatique: Gourou -Intox toute 9/10 Pièce géniale et la plupart du temps loufoque que je recommande chaudement pour ces temps de fêtes. J'ai eu la chance de la voir deux fois au Studio du Théâtre du Gymnase, la dernière à la St-Sylvestre dans une salle comble et aux anges. Sujet bouffon, grinçant, abracabrantesque, noir et parfaitement crédible, enlevé par une troupe de jeunes acteurs pêchus et multi-rôles emmenés par François Aubagnac et Suzanne Gardeux. Certains des numéros sont irrésistibles. J'ai particulièrement apprécié le présentateur TV. Vite, courez, dernière ce dimanche. La critique des médias ou de l'enrôlement sectaire se savoure. # écrit le 02/01/25
| -La très soutenable légèreté de l'être 9/10 Comédie délicieuse et fantaisiste au Grand Point Virgule sur l'éternel recommencement d'une partie. L'auteur, Stéphane Murat, cartonne encore et les acteurs Aurélie Vigent et Emmanuel Gasne s'amusent visiblement sur scène avec une bonne touche d'improvisation. Le jeu de l'oie qu'est le scenario est très efficace. Une pièce pour se détendre et se sentir léger, loin de toutes conjectures sur le destin. # écrit le 05/01/25
| -Amour, amour, emporte-moi 8/10 Spectacle très sympathique et punchy, vu au Théâtre Clavel de Paris pour une seule et unique représentation avant de revenir au Darius Milhaud . C'est un mélange de stand-up et de tours de chant. La comédienne a une très belle voix qui lui permet de reprendre nombre de standards récents avec succès (et même un indémodable ABBA). Le public se situe nettement entre 20 et 30 ans et tout est dans le titre. Il n'empêche, le jeune âge sait tout autant formuler des piques pertinentes sur les affres de l'amour dans un mélange de blagues salaces et de tendres émois. Mise en scène bien vue qui a galvanisé une salle complètement acquise dans une ambiance I will survive. De nombreux clins d'oeil générationnels ont dû m'échapper, mais, au théâtre, il toujours jouissif de fouiner partout et de voir que des spectacles sont marquants pour un certain nombre de personnes et forment un jalon identitaire. Dommage que ma fille de 18 ans n'ait pas été là. # écrit le 11/01/25
| -Le prix de l'Art 8/10 Pièce assez intriguante au Théâtre Clavel. Si la convocation des Grands Hommes pour parler des sacrifices dans l'Art m'a parut un sujet un peu réchauffé et confit dans la panthéonisation, l'autrice Maryse Rivière reprend, consciemment ou inconsciemment, le canevas de Huis-clos de Sartre où, dans les limbes, les défunts sont confrontés à leurs saloperies, non sans l'aide généreuse de leurs partenaires de captivité qui leur dessillent les yeux. L'enfer, c'est définitivement les autres sauf qu'ici les victimes viendront sur scène pour des rendez-vous à brûle-pourpoint qui font tout l'intérêt et le contenu émotionnel de la pièce où égocentrisme et sacerdoce de l'art s'affrontent le plus souvent . Si la vie de Rodin est connue, on apprend des détails sur Carrière et Gauguin. Les acteurs sont tous bons. Le choix d'un Gauguin attifé en mode Hawaï décontracté est un peu surprenant . Cette pièce a une petite lourdeur pédagogique qu'effacent ses très bons ressorts dramatiques. L'autrice est visiblement préoccupée de nous engager dans une vision où l'Art à un prix douloureux s'il se veut honnête, intransigeant, très loin des plus récentes controverses où il est de moins en moins admissible de separer l'homme de l'artiste (affaires Polanski, Haënel/Ruggia, Springora/Matzneff, Depardieu, etc). Fait est que les deux problématiques se chevauchent et ne sont pas inconciliables désormais. # écrit le 12/01/25
| -Quel souffle ! 10/10 Solal Bouloudnine signe une grande performance au Théâtre Lepic dans une pièce équilibriste qui souffre de quelques temps morts ou d'incompréhensions absconces sur le déroulé de la pièce. Et pourtant, dès que l'acteur abandonne les explications pour jouer, quel régal de compositions ! Il suffirait de très très peu de chose pour que l'ensemble soit homogène. En attendant, on est dans du théâtre pour le théâtre dans une avalanche jubilatoire de fantasmagories. L'argument rappelle celui de la Jetée de Cris Marker, repris et popularisé par Terry Gillian (plus en phase avec la démesure de Bouloudnine) dans l'Armée des douze singes, celui de la relecture totale en fin de course d'une seule action entre geste fatal et moment, au contraire, inaugural. L'hommage à Michel Berger, avec qui Bouloudnine partage une proximité que vous découvrirez, est subtil et délicat. Dépêchez-vous de voir ces savoureux numéros de théâtre, une totale éruption poétique qui fait honneur à la scène du Lepic. # écrit le 15/01/25
| -Un délice d'outrecuidance 10/10 Un pur délice au Théâtre de l'Epée de Bois que cette mise en théâtre du célèbre dialogue de Diderot. La pièce a des échanges intellectuels soutenus et ne deborde pas d'action, ce qui peut mettre à rude épreuve la concentration, mais dans l'écrin de la Salle de Bois, la mise en scène avisée a prévu des intermèdes au clavecin (d'un rouge écarlate donnant la pamoison) sur la musique du divin Rameau, l'oncle donc. Nicolas Vaude, Gabriel Le Doze et, au clavecin, Alessio Zanfardino sont parfaits. Ce cocktail musique théâtre est particulièrement judicieux et les interventions du claveciniste comme tiers acteur donne beaucoup de marge théâtrale à cette relecture de ce chef-d'oeuvre d'impertinence. Les moments musicaux furent profonds, comme autant de pauses reflexives, et le dialogue, devenu triangulé, plus souple et encore plus diabolique pour son effet sur scène. Bravo ! # écrit le 03/02/25
| -Ça vous ennuirait définitivement si je vous cloue le bec dans le cercueil ? 10/10 Excellente et surprenante pièce de Sophie Tonneau à la Folie Théâtre. L'écriture m'a paru toute britannique dans ce face cinglant et humoristique entre deux êtres, dans une atmosphère quelquefois trouble rappelant pêle-mêle Losey, Pinter, ou le Limier de Mankiewicz. Le sujet est plutôt grave, la vie, la fin de vie, la mort, la solitude, un duel improbable entre deux personnages perdus qu'apparemment tout sépare, un argument de départ sordide et pourtant tout décolle rapidement dans des echanges savoureux, décalés, presque oniriques. C'est un véritable hymne à l'envie de vivre accompagné de tirades d'humour noir faussement désolés et de petites vacheries entre amis . Le decor épuré fait que tout repose sur le jeu des comédiens, Sophie Tonneau et Yves Coméliau, qui excellent. Cyanure à consommer sans modération. Bravo ! # écrit le 05/02/25
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