Ses critiques Théâtre contemporain: Le journal -Machiavel au théâtre 10/10 Vue pour les dernières, la pièce d'Antoine Beauquier au Théâtre de Paris, rue Blanche, m'a semblé dépasser en âpreté Le Prix de l'ascension, pourtant d'un cynisme politique achevé. Ces deux spectacles démontrent et l'acuité du regard du librettiste, qu'il fait nôtre en nous liberant de toute illusion, et le dégoût qu'inspire une certaine façon de faire de la politique, à la papa dit-on souvent, mais si persistante, si presque indispensable. Ici, les allusions sont limpides, tout évoque les pressions sur les lanceurs d'alerte que sont les journalistes d'investigation de type Mediapart ou Canard. On pense quasi inévitablement à l'éviction de Polony de Marianne, ou à l'implication des services de renseignements français dans l'affaire qui opposa Ruffin à un Bernard Arnaud terrorisé et prêt à employer tous les moyens illicites , etc. Le scénario est éminemment crédible (sauf le fait de n'avoir pas senti l'embrouille venir), Valls semble dans le collimateur, les acteurs sont excellents, l'intrigue étincelante qui, cerise sur le gâteau, ne verse pas dans un moralisme angélique en laissant comme un théorème d'incertitude sur l'épaisseur humaine, les arrangements quelquefois inevitables, les relations douteuses, les amis d'hier devenus les ennemis d'aujourd'hui, ou encore le petage de plomb émotionnel, comme celui d'un père qui craque pour sa fille. Sans aucune innocence non plus, le double discours d'un ministre, infâme en off mais aux grandes envolées de présidentiable quand il est à l' antenne, étant une géniale démonstration sans appel de l'arrivisme sans vergogne. Bravo aux acteurs ! # écrit le 10/05/25
| -Beau, mais limité dans le propos 8/10 Performance émouvante de Marie Bô dans un style stand-up, pas encore vu au Théâtre Lepic . C'est très cash, original, fait fort bien ressentir la douleur de trouver sa voie, mais m'a laissé perplexe, sinon pantois, sur son souhait étrange de normaliser et faire rentrer dans le rang une homosexualité qui n'aurait plus à être visible oub pittoresque (circulez, il n'y a plus rien à voir). L'argument est plutôt rapide, et se moquer, même gentiment, des bars gay du Marais pour lieux de reclusion ou taxer d'exhibitionnisme les Gay Pride est faire fi de la longue, compliquée et constamment évolutive histoire des homosexualités. Le concept libertaire de queer s'en veut, me semble-t-il un nouveau paradigme et travaille plus l'interrogation des normes que la sage classification adaptative. L'homosexualité y est pensée comme une rebellion sociale . Il ne faut tout de même pas oublier que les espaces parisiens de sociabilité gay ont été et sont des soupapes de sécurité uniques et des lieux de vie, voire de (re)-construction identitaire. La cohabitation d'attitudes et de présentation de soi aussi différentes et variées que les folles, les gay macho (clones), les tendres bears portant nounours, l'androgyne bi, etc, etc, est une multiplicité à respecter pour l'appréciation des questions de nos genres et de nos sexualités, couche après couche, dont le côté festif des Pride est une incroyable incarnation et communion collective. On sera d'accord ou pas, c'est tant mieux, mais célébrons le pluriel. # écrit le 12/05/25
| -Une bouffée de poésie lancinante 10/10 Changer l'eau des fleurs, dont le succès moliérisé ne cesse pas entre Renaissance et Lepic, est une exquise histoire de mensonges pour survivre. Le spectateur haletant va de surprise en surprise entre six personnages en quête de paix, trois vivants et trois défunts. De cette pièce drôle se dégage une douleur indicible que n'assourdit pas une fin plus heureuse. L'orage du deni, ou du mensonge, ou des mots couverts, ou du désert d'une vie étriquée et stérile est passé par là, mettant à jour le "j'ai fait comme j'ai pu, même si c'était insensé". Il est difficile d'en vouloir à ces comportements les plus étranges qui sont des manoeuvres de détournement et de survie. Une histoire d'amour improbable sort de ce champ de ronces et d'orties, mais rien n'est vraiment improbable dans les" choses de la vie". Les acteurs sont formidables dans cette tragédie du quotidien, servie par une poétique mise en scène # écrit le 13/05/25
| -Bien joué, mais argument bien court 8/10 Performance très intéressante et convaincue de Mikaël Chirinian sur la disparition et la cavale d'un célèbre tortionnaire nazi, mais la pièce m'a paru plutôt à courte vue et manquer d'horizon par bien étrange myopie. Les méchants prolifèrent de tout temps, d'autres génocides ont eu et ont lieu, les salauds dormiront le plus souvent heureux et tranquilles. Comble du comble de l'incroyable, la destruction actuelle de Gaza a eu pour effet pervers, non moins destructeur, de désanctuariser, désanctifier la Shoah et il va être malheureusement de plus en plus douloureux et inaudible (et le spectacle n'a pas l'air de ressentir ces secousses du monde actuel ) d'honnir du vilain nazi alors que l'armée "la plus éthique du monde" bombarde des convois humanitaires et réduit à néant une bande de terre surpeuplée, même si les deux ordres de causalité n'ont rien à voir . Alors, qu'apprend-on vraiment de cette representation à la Pépinière ? Que Mengele était un pauvre type, une ordure, un salaud ordinaire ? Ce ne sera pas le dernier du genre, bourreau se croyant doté de super pouvoirs grâce à un flingue ou un permis social de tuer. Qu'il y ait été protégé dans sa fuite par l'amicale des nazis en fuite ou par la bienveillance des USA trop heureux d'avoir des cadres du Troisième Reich pour contrer l'URSS ? Monnaie courante de cyniques arrangements politiciens. Que Mengele était un raciste convaincu du bienfait d'éradiquer les races inférieures? Les Hutus l'ont fait avec les Tutsis, les Hans avec les Tibétains ou les Ouïgours, les "Pionniers" avec les Amérindiens, etc... Cette longue focalisation d'une heure trente sur la vie double d'une crapule dans le courant agité des remous politiques croit stigmatiser et montrer du doigt définitivement un méchant individu, un "monstre" sanguinaire, et faire un rappel salutaire des horreurs du national-socialisme, mais oublie, non sans lourdeur à mesure que le temps passe, que le Mal est susceptible de revenir partout _ si loin ? Non, il est si près _ que les drames de masse, hélas, se reïtèrent à l'abri d'Etats ayant perdu la mesure et s'affranchissant des droits élémentaires , que personne n'est à l'abri de l'innommable, ou, pire du pire, de commettre l'innommable, de l'absoudre en ne protestant que mentalement. Le salaud ordinaire dort déjà dans la collectivité qui se tait. En se concentrant sur un homme, fort cruel mais pas vraiment le plus important du système d'extermination, la pièce rate toute le problème de la banalité du mal, suivant la célèbre formule d'Arendt, témoin abasourdie du procès d'Eichmann. Ce qui importe le plus n'est pas tant la vie de menteur de Megele et ses anecdotes que de comprendre pourquoi on en arrive à chaque fois là, devant l'insoutenable , et sans grande ressource pour combattre. Pourquoi le monde a sombré en 1933, pourquoi continue-t-il de faillir dans des conflits atroces dont certains sont à proximité comme le sont les crimes de guerre des guerres des Balkans, ou de l'Etat Islamique dont un recent procès à Paris renvoit aux mêmes personnages effrayants, sans remords. Ces derniers mois, Néanderthal (conflits des Balkans et israelo-palestinien) au Théâtre du Rond-Point ou Majola (camp de la mort de la liste de Schindler) à l'Essaïon ont été beaucoup plus suffocants sur les répercussions inouies de l'abolition du sens d'appartenir à une humanité commune. Non, les monstres ne sont pas des cas, mais des hommes devenus monstres dont il est primordial de comprendre la fabrication de nuisance criminelle et de sadisme. # écrit le 16/05/25
| -Que vive l'imagination ! 9/10 Hepta, qui n'est malheureusement pas resté longtemps à l'affiche à l'Essaïon et a été annulé une fois, est un joli conte initiatique, un peu dans l'esprit de L'Histoire sans fin où les événements et péripéties sont à double-sens, à la fois extérieurs et intérieurs (arrivée du Néant dans le royaume de Phantasia). Adrien Biry-Vicente excelle en narrateur proteïforme puisqu'il assume tous les rôles. L'épopée, comprenants de nombreux avatars, est complexe et fait appel à l'imagination. Elle ravira alors les grands pour une ode à l'espérance, même et surtout en temps de perte de sens, et accrochera les plus jeunes ou les plus distraits par de chansons inattendues très bien exprimées. # écrit le 17/05/25
| -Le flot impétueux impudique 9/10 Hélène Arié nous délecte à l'Essaïon d'une interprétation du célèbre dernier chapitre d'Ulysse, monologue en flux continu, véritable geyser non sans lubricité dionysiaque. La version est, ici, très chaud-bouillante et la comédienne piquante, espiègle, cash dans cet enfilé d'apartés qui donnent envie de relire ce morceau de bravoure sans ponctuation et sans bride qui clôture le roman, seul espace, voulu comme sans plus aucun filtre, où parle une femme (... mais rédigée par un homme). C'est, en tout cas, jouissif d'impertinence et de vie intérieure comme si briser les codes de syntaxe aidait à révéler une personnalité. # écrit le 19/05/25
| -L'Art et l'art de vendre 9/10 Marinella est une ravissante comédie sans complexe. Victoria Abril, au Théâtre de la Madeleine, est entourée d'un plateau d'acteurs très homogène. On ne se prend pas au sérieux dans cette loufoquerie qui voit s'affronter Art pour l'Art et besoin prosaique de pépettes. Et si la réponse était une sorte de Pop Art ? Excellente soirée pleine de coups de théâtre et dont on ressort avec la frite. # écrit le 24/05/25
| -Aria di bravura 9/10 Fabrice Chikhaoui est excellent dans ce seul-en-scène enlevé où l'on nous parle avec humour des affres d'appartenir à une dynastie de musiciens et d'avoir une mère écrasante. On n'en a pas moins sa petite opinion personnelle irrévérencieuce. Réparties et imitations impertinentes sont à l'avenant, et je suis sorti du spectacle de très bonne humeur et, surtout, plein de musique. Ne boudez pas cet opéra de poche au Guichet Montparnasse pour un tour de piste virtuoso résolument sans couacs. # écrit le 24/05/25
| Théâtre contemporain: Nuisibles -Le meutre de l'enfance 9/10 Bonne pièce très bien jouée sur un événement à Belle-Île qui fit scandale à l'époque en 1934 et inspira un poème à Prevert alors sur place. L'argument met bien en valeur la solitude des enfants bagnards et la despérance de leurs conditions de vie. Leur amertune se boit jusqu'à la lie. Par contre, rien ne situe vraiment Belle-Île, aucun lieu-dit n'y est évoqué et la pièce est plus une parabole sur l'enfance maltraitée, n'importe où. Il n'est pas question non plus de l'ignoble chasse à l'homme avec rétribution qui s'ensuivit de l'evasion du bagne, chasse à laquelle participèrent locaux comme touristes, scandale qui révèla au monde l'immonde de la situation, d'où ce fameux poème " Chasse à l'enfant" de Prevert, mis en musique par Kosma ainsi que le film, helas perdu, de Carne/Prevert, la Fleur de l'âge avec Anouk Aimé et Serge Reggiani. Bravo toutefois pour ce rappel des faits et d'une autre Belle-Île qui fut maintes fois lieu d'emprisonnement et que rappellent sur l'ile de monumentales photos sauvées du film de Carné de 1947, les bâtiments restaurés de Haute Boulogne. # écrit le 17/06/25
| -La honte de l'Occident 10/10 Sans faute à la Camillienne de la Porte de Charenton pour cette pièce sans concession sur l'afflux de migrants. Tout y passe, l'ignominie des passeurs (l'esclavage, la traite sexuelle, la traite d'organes), la sous-traitance par l'appel aux pays tiers pour endiguer le flux et contourner les regles humanitaires, le discours sécuritaire et xénophobe xénophobe pour être sûr de gagner les élections en agitant le spectre des envahisseurs. Les morts sont sous la mer, à quoi bon en parler ? Mise à mort en toute discrétion donc, et mise en scène très inventive par une jeune troupe survoltée. Certains de mes amis ont trouvé cela trop long, pas moi, et il fallait bien cela pour supporter cette salle en sous-sol si peu engageante, finalement véritable décor approprié de fond de cale où s'entasse une humanité désespérée cherchant une issue. Bravo ! # écrit le 28/06/25
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