Dessorties deslivresetmoi
Ses critiques -Olé ! 9/10 Il faut du rythme, lorsqu'on a le courage d'être seule en scène. Cela tombe bien, Bérénice Bejo en a, peut-être même à revendre. Animée par la mise en scène de Johanna Boyé et aidée d'un texte dynamique qui fait littéralement voyager, elle nous invite à alterner entre Espagne et France. Mais ce ne sont pas des vacances. Dans la peau de la narratrice, elle incarne aussi bien son père que sa mère et, entre bon nombre de rôles, nous emmène avec elle dans le passage d'une époque à une autre. De l'Histoire, pendant la période franquiste, aux fragments de vie d'une famille chahutée, la talentueuse comédienne accepte de partager avec le public toute sa palette de couleurs et d'émotions, passant par tous les styles, tous les tons, comme le ferait un peintre impressionniste, vivant l'instant présent. Là est son art, à elle. Les mots sortant de sa bouche sonnent si juste que les spectateurs ne peuvent que boire ses paroles. Alors pas besoin d'encombrer les planches d'autres de ses pairs : elle est captivante, Bérénice Bejo, et fait l'unanimité, même en solo. # écrit le 11/02/25
| -Ma che bella ! 9/10 Sur l'immense plateau du Théâtre de la Porte Saint-Martin, se dresse un décor permettant de reconstituer rue pavée et habitations ; on se doute, dès lors, qu'il va y avoir du mouvement. Et en effet, il y a quelque chose de la commedia dell'arte, à la fois dans le texte et la mise en scène de la talentueuse Catherine Hiegel. Le rythme, l'humour, la gestuelle, les exagérations de forme et de fond, tout s'y rapporte. C'est un délice pour les mirettes, d'autant plus que l'intrigue s'articule autour de l'exceptionnelle Isabelle Carré, décidément trop rare mais qui se distingue toujours dans des rôles très variés. En tant que servante espiègle, calculatrice et, disons-le, manipulatrice, La serva amorosa nous offre un extrait on ne peut plus divertissant du théâtre classique, faisant barrage à la seconde femme de son maître qui souhaite faire déshériter le fils de ce dernier au profit du sien. De ces expériences qui pourraient affirmer qu'il demeure une certaine modernité dans les propos, et en tout cas une intemporalité à ce que la pièce soit jouée. # écrit le 06/03/25
| Spectacle Musical: Trash! -Ca percute ! 9/10 Si vous n'aimez pas le bruit, ce spectacle pourrait bien vous taper sur le système. Et justement, tous les systèmes passent entre les mains de ces musiciens qui en dégagent des sons uniques, qu'ils rendent encore plus insolites en les associant à d'autres originalités, comme on pourrait les imaginer dans un cabinet de curiosités musicales. Le concept n'est pas nouveau, et avait été si non initié, en tout cas médiatisé par le fameux groupe Stomp, rendu célèbre il y a déjà quelques décennies, grâce à une publicité mondiale pour Coca-Cola. Ici, Trash (nom percutant, lui aussi) reprend certes l'idée, mais rebondit sur d'autres objets. Bouteilles en verre ou en plastique, sacs-poubelle, enjoliveurs, parapluies ou caisses à outils, la créativité semble sans limites et laisse toujours imaginer un possible renouvellement par la suite. Sans dire un mot ou presque, avec une pseudo-langue à eux faite d'espèces d'onomatopées, la joyeuse troupe rivalise d'humour et d'espièglerie, tout en nous faisant vibrer, au son de leurs envies. Et permet aussi de donner un éclairage sur le recyclage : que l'on croie ou non à la réincarnation, tout consommable a droit à une seconde vie. # écrit le 05/04/25
| -L'enquête à suivre à la loupe 10/10 Elémentaire ? Pas tant que ça ! Outre un scénario qui tend à résoudre une "sale affaire" policière comme il peut en exister des tas, impliquant un "fils de" presque intouchable défendu par une avocate aux moeurs douteuses, face à deux flics que tout oppose mais qui restent guidés par une même morale, c'est surtout l'écriture du texte, qu'il faut souligner. Après No limit, qui avait légitimement été nommée en tant que meilleure comédie aux Molières 2023, Robin Goupil dégoupille de nouveau avec The Loop et une mise en scène tout aussi hilarante. Tout repose sur les épaules de quatre comédiens hors du commun (Aurélie Boquien, Juliette Damy, Tristan Cottin, Stanislas Perrin), qui ont dû apprendre des tirades par coeur pendant des heures, car le texte est non seulement rapide mais surtout semé d'embûches. Pourtant, pas de bafouilles ni d'éclats de rire (sur scène), ce sont de vrais professionnels, pour ne pas dire des voltigeurs de haut vol. Du côté du public, en revanche, après les quelques minutes nécessaires pour se mettre dans l'ambiance avant que tout dérape, il n'y a plus rien à faire, rien ne va plus, tout se dégrade à la perfection, de façon millimétrée. Vivement les prochaines nominations, pour que les représentants du milieu théâtral confirment qu'il s'agissait vraiment d'un spectacle à ne pas... looper ! # écrit le 06/04/25
| -Psychocondriaque 9/10 C'est grave, docteur ? Il est assez connu que tout psychiatre se fait couramment suivre par l'un de ses confrères, ce qui s'appelle la supervision mais revient, en somme, à l'équivalent de la simple révision dans le milieu mécanique. En l'occurrence, lorsqu'un psy se retrouve interné, ce n'est plus un innocent stage de terrain mais la preuve qu'il a défailli dans le passage du contrôle technique. C'est précisément dans cette position étrange et inconfortable que l'on retrouve François Cluzet, livré à lui-même dans un seul-en-scène qui donne l'occasion au comédien de livrer toute sa palette de jeu. Bien loin d'être monotone ou ne serait-ce que linéaire, sa santé mentale le confronte à des sautes d'humeur qui le contraignent à jouer les voltigeurs. Tel un corps médical, le public se retrouve en observation, scrutant ses actes et ses paroles, le plaisir des yeux en plus. Un exercice de style pour incarner l'arroseur arrosé, sans prendre l'eau pour autant, mais en nous éclaboussant de tout son talent ! Et, à moins d'être vraiment intouchables, préparez vos petits mouchoirs, ou bien prévoyez une séance pour vous confier à quelqu'un. # écrit le 28/04/25
| -Royal 7/10 Huitième livre le plus vendu au monde, Le Petit Prince est globalement connu de tous. Alors quand on le met en scène, on a le choix entre "juste" le raconter ; ou bien y ajouter quelque chose, d'original si possible. A La Scala, on peut s'attendre à une touche personnelle et en effet, dans ce dénommé seul-en-scène, la comédienne Hoël Le Corre peut en réalité compter sur un partenaire de premier ordre, à savoir l'écran. Un peu de technique, donc, qui ne vient pas dénaturer le texte mais au contraire procéder, en réalité augmentée, à quelques illustrations animées rendant grâce à l'oeuvre de Saint-Exupéry, elle qui repose justement sur de belles images que l'on a tous conservées en tête. L'univers pictural joue ainsi pleinement son rôle, en donnant, en quelque sorte, sa réplique à lui. Dès lors, rien de plus simple que de dessiner un mouton, une rose ou tout autre chose. Les pensées oniriques valent bien mieux que d'aller se faire une toile, mais lorsqu'elles s'impriment dessus, on n'a plus qu'à se laisser porter sur un petit nuage, comme dans un rêve bleu. Et l'on comprend pourquoi l'auteur, aussi aviateur, aimait prendre son envol, même lorsqu'il écrivait... # écrit le 12/06/25
| Théâtre contemporain: 4211 km -Ca en fait, du chemin... 10/10 Il est impossible d'évoquer cette pièce sans commencer par en expliquer le titre, qui place immédiatement le cadre et l'ambiance à partir du moment où l'on sait que 4211 kilomètres, c'est la distance qui sépare Paris de Téhéran. Voulant relater à la fois une histoire familiale tout comme celle de son peuple, Aïla Navidi retrace un parcours exceptionnel et rend le plus bel hommage qui soit à ses parents, qui ont dû quitter leur patrie lorsque la situation devenait critique, que leur tête était mise à prix pour des raisons qui paraissent inacceptables, alors que leur projet était d'élever un enfant : trop d'incertitudes pour des étapes de leur vie qui devenaient inconciliables. Quitter une révolution pour rejoindre le pays de la Révolution ? Oui, c'est la France qui a été leur refuge, terre d'accueil, certes, mais bien éloignée en tous points de leurs racines. Dans ce récit qui aurait pu tout aussi bien s'intituler 4211 petits mouchoirs, l'émotion est à son comble. C'est toujours d'une intensité extrême, quand on fait le parallèle entre une époque censée être révolue et semblant pourtant si proche, voire actuelle... Le chemin parcouru, c'est aussi celui de la troupe, qui a décroché deux récompenses aux Molières 2024, pour le meilleur spectacle de théâtre privé ainsi que pour la révélation féminine : une consécration ne pouvant qu'augmenter la portée du récit, lui qui mérite d'être largement diffusé. Pour la mémoire. # écrit le 22/06/25
| -Un agréable supplice 10/10 Quelle prestation offerte par Clémentine Célarié, qui a elle-même adapté et mis en scène le texte tiré du roman de David Lelait-Helo. On le sait, un seul-en-scène n'est pas chose aisée et, en règle générale, heureusement d'ailleurs, ce sont surtout les virtuoses qui s'y essaient. L'actrice, qui en la matière n'est pas novice, le confirme tout à fait. Abordant un thème difficile quoique trop commun, elle va retranscrire l'amour inconditionnel d'une maman qui aime son fils, à en avoir de légitimes oeillères. Elle lui a tout donné, à commencer par la vie. Mais lorsque la vérité éclate, son coeur en fait autant. Et c'est là qu'il faut qu'elle redouble de force, pour accomplir son devoir et faire le deuil du monstre qu'elle a enfanté. Tout est question de conception, en effet... Dans un décor épuré mettant l'attention sur la narration et la lumière sur la mère, la comédienne se pare de toute sa panoplie d'émotions et démontre une belle force de caractère, passant par la passion, l'admiration, la compassion, l'indignation. Une performance nette et complète, à laquelle viennent étonnamment s'ajouter une petite vingtaine de minutes, pratiquement de l'ordre du one-woman show, moment délicieux destiné à créer un petit "sas de décompression", dans lequel elle met ce qui lui reste d'énergie à faire redescendre la tension au moyen d'anecdotes savoureuses, brillamment comptées, débordant d'humour mais aussi d'amour. Un beau lien créé avec le public. Peut-être bien que les plus grands personnages sont portés par les plus belles personnes ? # écrit le 05/07/25
| Théâtre contemporain: Smile -Les temps modernes 9/10 Faire du neuf avec de l'ancien, c'est un concept qui n'est pas nouveau mais reste toujours aussi alléchant, non ? Poussons le curseur un peu plus loin. Et si l'on transposait le monde du cinéma au théâtre ? Déjà vu ? Alors poussons le curseur beaucoup plus loin. Et si l'on reconstituait, sur les planches, les débuts du septième art ? C'est dans ce pari fou que s'est lancé Nicolas Nebot, à la mise en scène, pour réaliser la première pièce intégralement en noir et blanc. Smile est une expérience originale et délicate, donnant à voir (à reconnaître, presque) un Charlie Chaplin plus vrai que nature, qui joue (mime ?), sans parole, la reconstitution d'un épisode savoureux : la rencontre avec la femme de sa vie... L'ambiance, silencieuse, laisse place à une poésie qui inonde la salle, rend le public songeur, en proie à des rêves, peut-être d'un autre temps, en tout cas hauts en couleurs ! Souriez, ça fait tellement de bien de ne pas être pris pour des charlots... # écrit le 10/07/25
| -Splendide ! 10/10 Nous en sommes en 1942, dans un atelier de confection de textiles. Si la pièce se passe en huis-clos, c'est peut-être pour symboliser l'occupation allemande. Les soldats contrôlent les va-et-vient, demandent des comptes, sanctionnent. Il y a des fois où il vaut mieux rester caché, que l'ont ait ou non des choses à dissimuler, et que ce soit par rapport à son activité ou, pire, sa confession. Le groupe de travailleurs, composé de membres d'une même famille et de quelques salariés, va passer par diverses émotions au cours d'une nuit interminable et bien sombre. Que Le Splendid porte bien son nom, en proposant cette sublime pièce. Ecrite par Anthony Michineau et mise en scène par Julien Alluguette, elle a su trouver son public en étant nominée quatre fois aux Molières, pour que la récompense tant convoitée soit finalement décernée au formidable Guillaume Bouchède, en tant que meilleur comédien du théâtre privé. Il faut dire qu'il endosse une sacrée responsabilité dans la dynamique du récit. Les marchands d'étoiles auront maintenant une autre portée symbolique : celle d'avoir vendu du rêve avec une constellation de talents. # écrit le 14/07/25
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