Dessorties deslivresetmoi
Ses critiques -Quoi, ma gueule ? 10/10 Fin des années cinquante. Les gueules noires. Rien que de les nommer ainsi, c'est tout de suite émouvant. Même sans avoir connu cette période, même sans avoir connu cette région. Le Pas-de-Calais et, plus précisément, le bassin minier, ça laisse des traces. Notamment sur le visage, dans le coeur, et donc dans les veines. Du charbon, ce n'est pas seulement ce qui entoure, mais ce qui compose la vie des mineurs. A plusieurs centaines de mètres sous terre, ils creusent, c'est leur seul but. Des galeries. Mais aussi, petit à petit, leur tombeau. Jean-Philippe Daguerre, qui s'était déjà illustré avec Adieu Monsieur Haffman puis Le petit coiffeur, signe une nouvelle pièce à succès. En l'occurrence, celle-ci ne lui procure pas juste une récompense mais une véritable consécration. Aux Molières, cinq nominations, cinq trophées : le hold-up du siècle. Mais inutile de porter plainte, il est hautement mérité. La preuve : Molière de l'auteur francophone vivant, du théâtre privé, de la mise en scène dans un spectacle de théâtre privé, mais aussi de la comédienne dans un second rôle pour la poignante et drôle Raphaëlle Cambray et enfin de la révélation féminine pour l'irrésistible Juliette Béhar. Sans oublier Théo Dusoulié, Julien Ratel mais surtout Aladin Reibel et le formidable Jean-Jacques Vanier, de grands crus que l'expérience a bonifiés. Question liquide, des larmes peuvent venir, qu'elles soient provoquées par la tristesse ou la compassion. Au nord, il y avait les corons. Sur scène, il y a de l'émotion. Mais biloute, que c'est bon ! # écrit le 24/07/25
| -Chut chaudement 9/10 Pièce adaptée du film "Un peu, beaucoup, aveuglément", "Mur Mure" se passe (muraille) en huis clos ou presque, puisque deux lieux principaux sont mis à l'honneur, séparés par un mur peu épais. Séjour coquet avec lumière individuelle, (ré)chauffage collectif et bruit traversant garanti. Ne pouvant d'abord pas se supporter, nos héros, incarnés par le bougon mais délicieux Clovis Cornillac et Laurence Arné dans un rôle d'ingénue au grand coeur, ne vont avoir d'autre choix que d'apprendre à se connaître... et à s'apprécier autant que faire se peut. Surtout lorsqu'on n'a que le son et pas l'image. Aidée de trois complices dont la brillante Lilou Fogli, également auteure du texte, la comédie prend vie dans un décor tournoyant, sans un moment de répit, avec simplicité mais originalité, et surtout dans une modernité appréciable, qui trouve le juste dosage. Comme quoi, la vie est un théâtre dans lequel il faut toujours soigner ses relations de voisinage ! # écrit le 01/08/25
| -Classique ? 10/10 Orgueil et préjugés est probablement l'une des oeuvres les plus connues de la littérature anglaise, en l'occurrence écrite par Jane Austen. Impossible de savoir ce qu'elle penserait de cette adaptation mais le moindre que l'on puisse dire, c'est qu'elle a été modernisée. Et mise en musique ! Dans un esprit féministe qui tranche avec le texte initial, cinq comédiennes interprètent une ribambelle de rôles, allant évidemment du même nombre de soeurs à marier, mais aussi aux domestiques, à la mère, aux prétendants et à tout leur entourage. Le mariage les obsède tous autant qu'ils sont, mais c'est toujours plus simple sur le papier que de parvenir à le signer, devant le maire ou le curé... Accompagnées par une guitariste, elles chantent, dansent, nous offrent une magnifique version rock de cette histoire qu'elles rendent drôlissime, sans en dénaturer la teneur. Avec Johanna Boyé comme metteuse en scène, le succès était peut-être garanti, mais encore fallait-il s'entourer d'un bon casting : celui-ci est indéniablement de premier choix ! Et les Molières ne s'y sont d'ailleurs pas trompé, comme dans toutes leurs nominations 2025 : meilleur spectacle musical, oui, c'est bien légitime, et la récompense aurait été méritée. Mais laissons de côté notre orgueil et nos préjugés, l'important, c'est de... participer ? # écrit le 16/08/25
| -Ça swingue ! 10/10 Loin de la danse des canards, La valse des pingouins est comme une flottille de rebondissements qui, pour certains, prennent leur envol, pour d'autres, prennent la marée. C'est bon cygne ! À l'écriture comme à la mise en scène, et également dans le jeu, on retrouve le grand Patrick Haudecœur, qui s'en est donné à cœur joie, une nouvelle fois. À l'œuvre depuis des décennies, il sait exactement quand et comment agir sur les manettes du rire, en intégrant tous les ingrédients qui garantissent le succès : de très bons comédiens, un rythme haletant, de la musique (avec un orchestre live ce coup-ci), de l'absurdité... Une recette qu'il a essayée à toutes les sauces et qui parvient cependant à ne pas se laisser dépasser et à toujours afficher une touche de modernité. En tout cas, et là, il n'y a pas de doute permis, le public est absolument hilare. La preuve que sa nomination aux Molières pour la meilleure comédie était tout à fait légitime. Certains se noient dans un verre d'eau, Patrick Haudecœur marche dessus. On est content qu'il ne reste pas dans son coin coin et qu'il n'en ait pas mare car, il le prouve encore, il demeure le roi du boulevard, registre qu'il maîtrise et qui lui va tellement bien ! # écrit le 28/08/25
| -Libérer les maux, ça fait du bien ! 8/10 On ne sait jamais à quoi s'attendre. Rassurez-vous, eux non plus... Pour autant, ils ne sont pas débutants : Esteban Perroy est le directeur de l'Ecole Française d'Impro Théâtrale, David Garel enseigne l'improvisation au Cours Florent. Rien que ça ! Il n'y a plus qu'à les laisser enfiler leur costume imaginaire pour incarner des rôles bien concrets, ceux soumis par le public, sur des saynètes qui durent un bon quart d'heure à chaque fois. Au-delà de l'imagination, qui semble évidemment plutôt incontournable pour se lancer dans ce type d'aventure, c'est surtout le rythme, qui est effarant. Pour mélanger de nombreux personnages et parfois se les échanger entre eux, sans même s'en avertir, il faut une connivence à toute épreuve, établie depuis bien des années. Le résultat de leur spectacle, Pandore, est sidérant, au point même qu'on se demande parfois si tout est bien réel, mais pas de doutes, quand on se refait le film, on se rend compte qu'il n'y a pas de subterfuge possible. Allez, coupez, c'est dans la boîte ! # écrit le 18/09/25
| -Magique ? 8/10 S'il y a bien un moment où la magie a été à son comble dans la vie de Mathieu Stepson, c'est certainement ce soir de finale 2024 de La France a un incroyable talent, qu'il a remportée, au comble du bonheur. Depuis, il excelle dans sa discipline, avec un seul but en tête : offrir du rêve à son public. Heureusement que celui-ci (le rêve, pas le public ; quoique...) peut se téléporter, même jusqu'au Festival d'Avignon, qui n'est pas réservé qu'au théâtre, mais à l'art vivant en général. Au Petit Paris, le mentalisme opère. Vous pouvez penser ou dire ce que vous voulez, il le trouvera et vous le restituera, d'une façon ou d'une autre. De quoi rendre petits et grands pantois. Un truc ? Imaginez-vous réellement le contraire ? Quel truc ? Ah, ça, personne ne vous le dira. Conséquence : soit vous cherchez, quitte à sentir de la fumée sortir de vos orifices ; soit vous vous laissez porter par le cours du spectacle. L'un est plus agréable que l'autre, à vous de deviner lequel... Ou bien de demander l'avis de Mathieu Stepson, qui y verra peut-être plus clair que vous ? Mais en arriver là serait vraiment abracadabrantesque... # écrit le 23/09/25
| -C'est un cygne ? 10/10 Roi de l'humour, des jeux de mots et des calembours, Christophe Delort, qui ne peut plus cacher son petit faible pour Sherlock Holmes, s'attaque pour la troisième fois à l'un des textes d'Arthur Conan Doyle, qu'il adapte et assaisonne à sa sauce. Dans Le signe des quatre, voilà quatre signes d'une réussite certaine : 1. Les enquêtes, même d'un autre siècle, plaisent toujours autant. 2. Sherlock Holmes est l'un des plus grands héros de tous les temps, non clivant, pour petits et grands. 3. Le brillant auteur / metteur en scène / comédien sait s'entourer : il le prouve avec Bénédicte Bourel et Florian Maubert. 4. Ils jouent sans se jouer de nous, avec rythme, panache, modernité et anachronismes divers. Finalement, ces trois-là plus le public, ça fait quatre. Si ça, ce n'est pas un signe ?! Allez, affaire résolue, chère loque, comme dirait Watson à son acolyte, pas spécialement alcoolique mais souvent (sous*) stupéfiant, et dont on boit les paroles. * d'après la légende, qui ne l'a pas empêché d'en devenir une. # écrit le 02/10/25
| -Simple comme bonjour 10/10 Félicité est une servante exemplaire, fiable et dévouée à la famille qu'elle sert. Flaubert, dans une démarche révolutionnaire, s'est intéressé à ce qu'aucun n'osait faire. Quelle histoire formidable est ainsi racontée, sans tambours ni acrobaties. Non, seulement des tranches de vie d'une femme bien polie, et corvéable à merci. Elle n'a rien mais elle donne tout. On se demande quelle folie elle a à vouloir aimer des fous. La mise en scène particulièrement sobre de Xavier Lemaire laisse la part belle à l'impressionnant jeu d'Isabelle Andréani, sensible et poignante, irrésistible et puissante. C'est pourtant difficile de faire simple. Sauf quand c'est avec le cœur. Le seul en scène n'est pas du goût de tous, mais il faut goûter celui-ci, au risque d'y prendre goût. # écrit le 03/10/25
| -Déjà vu, mais pas vraiment 8/10 L'histoire et les combats de Gisèle Halimi, qui a œuvré pour la cause des femmes pendant des décennies, à différentes fonctions jusqu'aux plus hautes, on les connaît déjà presque tous, même si cela fait toujours du bien de les réentendre. Alors pour se lancer une nouvelle fois dans cette narration, il fallait quelque chose de plus. De novateur. C'est ce qu'a essayé de faire Léna Paugram, dans sa mise en scène très épurée, avec un unique mur de fond et sans accessoires, misant néanmoins sur le récit et le jeu. C'est là que l'idée est bien pensée : pour cela, il fallait miser non pas sur une Gisèle Halimi, mais sur deux ! Avec Marie-Christine Barrault à la barre, qui contraste avec la jeune Hinda Abdelaoui que l'on pourrait croire, à tort, inexpérimentée, c'est le choc des générations assuré. En réalité, cela permet surtout, outre un texte plus dynamique, de mettre une femme en opposition (ou à vrai dire, plutôt en complément) avec elle-même, afin d'entendre ses témoignages à différentes périodes de sa vie. Il est donc permis d'assister à une sorte de plaidoyer, ce qui n'a finalement rien d'étonnant pour une avocate... Afin que cette version des faits lui rende, de facto... justice. # écrit le 06/10/25
| -A la guerre comme à la guerre ? 10/10 La guerre, c'est un truc de bonhommes ! Aujourd'hui, plus personne n'oserait proférer de tels propos, mais tout le monde penserait secrètement que c'est pourtant vrai. Faux ! Les Rochambelles, c'est une histoire incroyable restée jusqu'à présent méconnue, de femmes exceptionnelles, idéalistes et courageuses, qui ne voulaient pas demeurer sur le bas-côté pendant la Seconde guerre mondiale, quand les hommes étaient régulièrement appelés sur le front. Leur idée : constituer une unité d'ambulancières, en première ligne pour porter secours à leurs frères d'armes. Encore fallait-il à la fois se former au métier et surtout se faire accepter par une hiérarchie qui ne les voyait pas forcément d'un bon œil. Sauf éventuellement ceux qui attendaient qu'elles leur fassent les yeux doux ? ... Entraînement physique, pression mentale, tout y passe dans cette pièce d'une grande originalité, tant dans le texte que dans la mise en scène, tous deux de pattes féminines. Une vraie bombe dans le milieu théâtral mais plutôt que de laisser les rumeurs la désamorcer, allez la dégoupiller vous-mêmes ; paradoxalement, cela vous procurera un moment (d)étonnant et explosif ! # écrit le 06/10/25
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