Dessorties deslivresetmoi
Ses critiques
| 12 pages de résultats triés par | | -Psychocondriaque 9/10 C'est grave, docteur ? Il est assez connu que tout psychiatre se fait couramment suivre par l'un de ses confrères, ce qui s'appelle la supervision mais revient, en somme, à l'équivalent de la simple révision dans le milieu mécanique. En l'occurrence, lorsqu'un psy se retrouve interné, ce n'est plus un innocent stage de terrain mais la preuve qu'il a défailli dans le passage du contrôle technique. C'est précisément dans cette position étrange et inconfortable que l'on retrouve François Cluzet, livré à lui-même dans un seul-en-scène qui donne l'occasion au comédien de livrer toute sa palette de jeu. Bien loin d'être monotone ou ne serait-ce que linéaire, sa santé mentale le confronte à des sautes d'humeur qui le contraignent à jouer les voltigeurs. Tel un corps médical, le public se retrouve en observation, scrutant ses actes et ses paroles, le plaisir des yeux en plus. Un exercice de style pour incarner l'arroseur arrosé, sans prendre l'eau pour autant, mais en nous éclaboussant de tout son talent ! Et, à moins d'être vraiment intouchables, préparez vos petits mouchoirs, ou bien prévoyez une séance pour vous confier à quelqu'un. # écrit le 28/04/25
| -L'enquête à suivre à la loupe 10/10 Elémentaire ? Pas tant que ça ! Outre un scénario qui tend à résoudre une "sale affaire" policière comme il peut en exister des tas, impliquant un "fils de" presque intouchable défendu par une avocate aux moeurs douteuses, face à deux flics que tout oppose mais qui restent guidés par une même morale, c'est surtout l'écriture du texte, qu'il faut souligner. Après No limit, qui avait légitimement été nommée en tant que meilleure comédie aux Molières 2023, Robin Goupil dégoupille de nouveau avec The Loop et une mise en scène tout aussi hilarante. Tout repose sur les épaules de quatre comédiens hors du commun (Aurélie Boquien, Juliette Damy, Tristan Cottin, Stanislas Perrin), qui ont dû apprendre des tirades par coeur pendant des heures, car le texte est non seulement rapide mais surtout semé d'embûches. Pourtant, pas de bafouilles ni d'éclats de rire (sur scène), ce sont de vrais professionnels, pour ne pas dire des voltigeurs de haut vol. Du côté du public, en revanche, après les quelques minutes nécessaires pour se mettre dans l'ambiance avant que tout dérape, il n'y a plus rien à faire, rien ne va plus, tout se dégrade à la perfection, de façon millimétrée. Vivement les prochaines nominations, pour que les représentants du milieu théâtral confirment qu'il s'agissait vraiment d'un spectacle à ne pas... looper ! # écrit le 06/04/25
| Spectacle Musical: Trash! -Ca percute ! 9/10 Si vous n'aimez pas le bruit, ce spectacle pourrait bien vous taper sur le système. Et justement, tous les systèmes passent entre les mains de ces musiciens qui en dégagent des sons uniques, qu'ils rendent encore plus insolites en les associant à d'autres originalités, comme on pourrait les imaginer dans un cabinet de curiosités musicales. Le concept n'est pas nouveau, et avait été si non initié, en tout cas médiatisé par le fameux groupe Stomp, rendu célèbre il y a déjà quelques décennies, grâce à une publicité mondiale pour Coca-Cola. Ici, Trash (nom percutant, lui aussi) reprend certes l'idée, mais rebondit sur d'autres objets. Bouteilles en verre ou en plastique, sacs-poubelle, enjoliveurs, parapluies ou caisses à outils, la créativité semble sans limites et laisse toujours imaginer un possible renouvellement par la suite. Sans dire un mot ou presque, avec une pseudo-langue à eux faite d'espèces d'onomatopées, la joyeuse troupe rivalise d'humour et d'espièglerie, tout en nous faisant vibrer, au son de leurs envies. Et permet aussi de donner un éclairage sur le recyclage : que l'on croie ou non à la réincarnation, tout consommable a droit à une seconde vie. # écrit le 05/04/25
| Théâtre contemporain: ADN -Quelle vie ! 8/10 C'est dans ses gênes, Sébastien Azzopardi a toujours aimé mettre sa patte, avec originalité, dans toutes ses mises en scène. Celle-ci ne manque pas à l'appel et, même si le public n'intervient pas dans la pièce, il a toujours droit à des interactions avec les comédiens, qui s'en donnent à coeur joie, endossant tous types de costumes. Outre la vie dans la salle, le scénario, signé Caroline Ami et Flavie Pean, n'est pas en reste. Inspiré de faits réels, autant dire qu'il est abracadabrantesque. Un homme se retrouve père d'un enfant qui s'avère être celui de son frère... sauf qu'il n'en a pas. La science est pourtant totalement formelle. Il va falloir fouiller dans les liens du sang mais lorsqu'il va pour obtenir une explication de sa mère, celle-ci vient d'être assassinée. Si l'on sait que les histoires de famille sont souvent compliquées, franchement, espérons qu'elles ne soient pas toutes héréditaires ! # écrit le 26/03/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -Ma che bella ! 9/10 Sur l'immense plateau du Théâtre de la Porte Saint-Martin, se dresse un décor permettant de reconstituer rue pavée et habitations ; on se doute, dès lors, qu'il va y avoir du mouvement. Et en effet, il y a quelque chose de la commedia dell'arte, à la fois dans le texte et la mise en scène de la talentueuse Catherine Hiegel. Le rythme, l'humour, la gestuelle, les exagérations de forme et de fond, tout s'y rapporte. C'est un délice pour les mirettes, d'autant plus que l'intrigue s'articule autour de l'exceptionnelle Isabelle Carré, décidément trop rare mais qui se distingue toujours dans des rôles très variés. En tant que servante espiègle, calculatrice et, disons-le, manipulatrice, La serva amorosa nous offre un extrait on ne peut plus divertissant du théâtre classique, faisant barrage à la seconde femme de son maître qui souhaite faire déshériter le fils de ce dernier au profit du sien. De ces expériences qui pourraient affirmer qu'il demeure une certaine modernité dans les propos, et en tout cas une intemporalité à ce que la pièce soit jouée. # écrit le 06/03/25
| -Olé ! 9/10 Il faut du rythme, lorsqu'on a le courage d'être seule en scène. Cela tombe bien, Bérénice Bejo en a, peut-être même à revendre. Animée par la mise en scène de Johanna Boyé et aidée d'un texte dynamique qui fait littéralement voyager, elle nous invite à alterner entre Espagne et France. Mais ce ne sont pas des vacances. Dans la peau de la narratrice, elle incarne aussi bien son père que sa mère et, entre bon nombre de rôles, nous emmène avec elle dans le passage d'une époque à une autre. De l'Histoire, pendant la période franquiste, aux fragments de vie d'une famille chahutée, la talentueuse comédienne accepte de partager avec le public toute sa palette de couleurs et d'émotions, passant par tous les styles, tous les tons, comme le ferait un peintre impressionniste, vivant l'instant présent. Là est son art, à elle. Les mots sortant de sa bouche sonnent si juste que les spectateurs ne peuvent que boire ses paroles. Alors pas besoin d'encombrer les planches d'autres de ses pairs : elle est captivante, Bérénice Bejo, et fait l'unanimité, même en solo. # écrit le 11/02/25
| -Shakespeare, en mieux = Shakesmeilleur ? 10/10 Il faut le savoir, le Théâtre Hébertot est l'un des seuls de la capitale auquel on peut se rendre les yeux fermés. Il le prouve une fois de plus, grâce à la stupéfiante mise en scène de Léna Bréban qui reprend le maître de la littérature anglaise avec l'une de ses comédies les plus savoureuses. Cette adaptation de Comme il vous plaira, signée Pierre-Alain Leleu, ce n'est même plus du plaisir, c'est de la jouissance à l'état brut. On baigne dans un univers travaillé, avec des décors et des costumes soignés. Autour de la remarquable Barbara Schulz, s'agite toute une troupe d'acteurs qui ne déméritent pas moins et nous régalent tous autant les uns que les autres. Pour ce qui est du texte, ce n'est pas pour rien si Shakespeare a un petit peu de notoriété. Ses comédies, il les rend vivantes, mais surtout comiques, avec des personnages bien marqués, aux contours caricaturaux. C'est à la fois drôle et moderne. Délicieux. Et lorsqu'on y associe de la finesse et de l'excellence, on obtient facilement un chef d'oeuvre et on comprend encore plus aisément pourquoi le spectacle avait été couronné de quatre Molières sur cinq nominations en 2022, avant d'être repris fin 2024. L'Angleterre a peut-être voulu prononcer le Brexit, mais qu'elle nous laisse accès à sa littérature, so... exquisite. # écrit le 26/01/25
| -In vino veritas (ah, mais c'était un jeu de mots ?! ... excellent !) 7/10 Peut-on rire de tout ? Tout humoriste disant le contraire ne pourrait être pris au sérieux... Caroline Vigneaux débarque sur scène dans une espèce de survêtement blanc très décontracté, faussement désinvolte. Elle est bien loin, l'époque de la robe de justice, du temps où elle était avocate au barreau de Versailles... Il en reste malgré tout un phrasé, une diction et une intelligence incontestable, qu'elle donne presque l'impression de vouloir camoufler derrière cet air aussi cool (qui n'est peut-être finalement rien d'autre qu'un prérequis du stand-up ?). Tout se passe bien, ce qui, pour un spectacle comique, veut dire dans le rire, jusqu'au moment où... dérapage. Contrôlé pour l'artiste, mais inattendu et violent pour le public. Car, le "peut-on rire de tout ?", c'est maintenant que les spectateurs vont l'éprouver. Retour, non sur un, mais sur plusieurs moments de sa vie, où elle dévoile les agressions sexuelles dont elle a été victime. Dans la salle, c'est ce qu'on appelle les montagnes russes. De la gêne, des sourires, de l'émotion, parfois des larmes. C'est puissant. Poignant. Elle a pu être une femme de loi, une femme du show business mais elle est avant tout une femme. Tout court. Comme d'autres. Qui n'auront pas de scène pour s'exprimer, mais auront pu profiter de la sienne pour se faire entendre. # écrit le 27/12/24
| -Monet, Monet, Monet 9/10 Pas de quoi crier "A bas !", même si le moment de vie de Monet qui nous est dépeint n'est pas le meilleur qu'il ait connu. Deux ans après le décès de son épouse, dans un manque d'inspiration profond et donc une remise en question totale, l'artiste est toujours soutenu par le célèbre marchand d'art, Durand-Ruel, à qui il doit beaucoup. Mais depuis la perte de sa petite femme, il lui manque cette petite flamme, qui ne demande pourtant qu'à être ravivée. Et si les meilleurs coups de pinceaux provenaient des plus beaux coups de foudre ? Dans la pièce de Cyril Gely mise en scène par Tristan Petitgirard à qui l'on doit notamment La machine de Turing ou encore La chambre des merveilles, trois comédiens se donnent la réplique et passent par tous les tons, dans une palette colorée d'humeurs, d'humour et d'amour. Grimpez à bord du Chevalet de Trois et laissez-les vous conter cette espèce de Monet, sans un sou et pourtant très cash, à travers un tableau de son existence où il mit toute sa foi dans la Cathédrale de Rouen. Un saut en Normandie qui vous fera voyager en co-voiturage avec Clovis Cornillac, Maud Baecker et Eric Prat : des impressionnistes du jeu qui font vivre le théâtre dans son instantanéité, tout en rendant grâce à un pointillisme pointilleux en toile de fond. # écrit le 25/12/24 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| Théâtre contemporain: Oublie-moi -Memo 7/10 Il y a des pièces qui ne s'oublient pas. Avec ses quatre Molières, Oublie-moi aura marqué les esprits. Malgré quelques passages superflus qui font durer le(s) début(s), il nous est donné d'assister à l'histoire de vie d'un couple dont les émotions sont d'une intensité folle, d'un bout à l'autre de la fiction. Elles évolueront, pourtant. Thierry Lopez, frappé par l'amnésie, passera pas toutes sortes d'étapes, parfois conscientes, souvent incontrôlables. Marie-Julie Baup sera d'un soutien inconditionnel, attirant l'empathie du public, dévasté et conquis à la fois. Dans un décor relativement sobre et une mise en scène d'une certaine originalité, ces deux acteurs se sont emparé du texte de Matthew Seager, In other words, qu'ils ont retranscrit sans trous de mémoire, afin de témoigner des ravages qu'une maladie peut procurer, arrivant comme un tsunami, à l'instar de la vague de compassion s'abattant sur les spectateurs, qui ont intérêt à savoir rester en apnée car, leur souffle, ils ne vont pas pouvoir le reprendre tout de suite. Pour rappel : une représentation dont on se souviendra. # écrit le 21/08/24
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