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37 pages de résultats triés par
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Théâtre contemporain: Molly ou l'Odyssée d'une femme

-Le flot impétueux impudique
9/10

Hélène Arié nous délecte à l'Essaïon d'une interprétation du célèbre dernier chapitre d'Ulysse, monologue en flux continu, véritable geyser non sans lubricité dionysiaque. La version est, ici, très chaud-bouillante et la comédienne piquante, espiègle, cash dans cet enfilé d'apartés qui donnent envie de relire ce morceau de bravoure sans ponctuation et sans bride qui clôture le roman, seul espace, voulu comme sans plus aucun filtre, où parle une femme (... mais rédigée par un homme). C'est, en tout cas, jouissif d'impertinence et de vie intérieure comme si briser les codes de syntaxe aidait à révéler une personnalité.
# écrit le 19/05/25


Théâtre contemporain: Prière aux vivants

-La survivante vous parle
8/10

Un texte magnifique de Charlotte Delbo à la Scala St-Martin , mais une comédienne, bonne diseuse, en retrait des horreurs racontées, peut-être par pudeur ou effroi. Une occasion de redécouvrir ces textes bouleversants où la mort rôde à chaque instant dans un enfer annihilant toute humanité et où chaque geste d'entraide est un viatique inespéré.
# écrit le 17/05/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com


Spectacle Musical: Hepta, Le grand voyage du Petit Homme

-Que vive l'imagination !
9/10

Hepta, qui n'est malheureusement pas resté longtemps à l'affiche à l'Essaïon et a été annulé une fois, est un joli conte initiatique, un peu dans l'esprit de L'Histoire sans fin où les événements et péripéties sont à double-sens, à la fois extérieurs et intérieurs (arrivée du Néant dans le royaume de Phantasia). Adrien Biry-Vicente excelle en narrateur proteïforme puisqu'il assume tous les rôles. L'épopée, comprenants de nombreux avatars, est complexe et fait appel à l'imagination. Elle ravira alors les grands pour une ode à l'espérance, même et surtout en temps de perte de sens, et accrochera les plus jeunes ou les plus distraits par de chansons inattendues très bien exprimées.
# écrit le 17/05/25


Théâtre contemporain: La disparition de Josef Mengele

-Bien joué, mais argument bien court
8/10

Performance très intéressante et convaincue de Mikaël Chirinian sur la disparition et la cavale d'un célèbre tortionnaire nazi, mais la pièce m'a paru plutôt à courte vue et manquer d'horizon par bien étrange myopie. Les méchants prolifèrent de tout temps, d'autres génocides ont eu et ont lieu, les salauds dormiront le plus souvent heureux et tranquilles. Comble du comble de l'incroyable, la destruction actuelle de Gaza a eu pour effet pervers, non moins destructeur, de désanctuariser, désanctifier la Shoah et il va être malheureusement de plus en plus douloureux et inaudible (et le spectacle n'a pas l'air de ressentir ces secousses du monde actuel ) d'honnir du vilain nazi alors que l'armée "la plus éthique du monde" bombarde des convois humanitaires et réduit à néant une bande de terre surpeuplée, même si les deux ordres de causalité n'ont rien à voir . Alors, qu'apprend-on vraiment de cette representation à la Pépinière ? Que Mengele était un pauvre type, une ordure, un salaud ordinaire ? Ce ne sera pas le dernier du genre, bourreau se croyant doté de super pouvoirs grâce à un flingue ou un permis social de tuer. Qu'il y ait été protégé dans sa fuite par l'amicale des nazis en fuite ou par la bienveillance des USA trop heureux d'avoir des cadres du Troisième Reich pour contrer l'URSS ? Monnaie courante de cyniques arrangements politiciens. Que Mengele était un raciste convaincu du bienfait d'éradiquer les races inférieures? Les Hutus l'ont fait avec les Tutsis, les Hans avec les Tibétains ou les Ouïgours, les "Pionniers" avec les Amérindiens, etc... Cette longue focalisation d'une heure trente sur la vie double d'une crapule dans le courant agité des remous politiques croit stigmatiser et montrer du doigt définitivement un méchant individu, un "monstre" sanguinaire, et faire un rappel salutaire des horreurs du national-socialisme, mais oublie, non sans lourdeur à mesure que le temps passe, que le Mal est susceptible de revenir partout _ si loin ? Non, il est si près _ que les drames de masse, hélas, se reïtèrent à l'abri d'Etats ayant perdu la mesure et s'affranchissant des droits élémentaires , que personne n'est à l'abri de l'innommable, ou, pire du pire, de commettre l'innommable, de l'absoudre en ne protestant que mentalement. Le salaud ordinaire dort déjà dans la collectivité qui se tait. En se concentrant sur un homme, fort cruel mais pas vraiment le plus important du système d'extermination, la pièce rate toute le problème de la banalité du mal, suivant la célèbre formule d'Arendt, témoin abasourdie du procès d'Eichmann. Ce qui importe le plus n'est pas tant la vie de menteur de Megele et ses anecdotes que de comprendre pourquoi on en arrive à chaque fois là, devant l'insoutenable , et sans grande ressource pour combattre. Pourquoi le monde a sombré en 1933, pourquoi continue-t-il de faillir dans des conflits atroces dont certains sont à proximité comme le sont les crimes de guerre des guerres des Balkans, ou de l'Etat Islamique dont un recent procès à Paris renvoit aux mêmes personnages effrayants, sans remords. Ces derniers mois, Néanderthal (conflits des Balkans et israelo-palestinien) au Théâtre du Rond-Point ou Majola (camp de la mort de la liste de Schindler) à l'Essaïon ont été beaucoup plus suffocants sur les répercussions inouies de l'abolition du sens d'appartenir à une humanité commune. Non, les monstres ne sont pas des cas, mais des hommes devenus monstres dont il est primordial de comprendre la fabrication de nuisance criminelle et de sadisme.
# écrit le 16/05/25


Théâtre contemporain: Changer l'eau des fleurs

-Une bouffée de poésie lancinante
10/10

Changer l'eau des fleurs, dont le succès moliérisé ne cesse pas entre Renaissance et Lepic, est une exquise histoire de mensonges pour survivre. Le spectateur haletant va de surprise en surprise entre six personnages en quête de paix, trois vivants et trois défunts. De cette pièce drôle se dégage une douleur indicible que n'assourdit pas une fin plus heureuse. L'orage du deni, ou du mensonge, ou des mots couverts, ou du désert d'une vie étriquée et stérile est passé par là, mettant à jour le "j'ai fait comme j'ai pu, même si c'était insensé". Il est difficile d'en vouloir à ces comportements les plus étranges qui sont des manoeuvres de détournement et de survie. Une histoire d'amour improbable sort de ce champ de ronces et d'orties, mais rien n'est vraiment improbable dans les" choses de la vie". Les acteurs sont formidables dans cette tragédie du quotidien, servie par une poétique mise en scène
# écrit le 13/05/25


Seul(e) en Scène: On va tous être d'accord... ou pas

-Beau, mais limité dans le propos
8/10

Performance émouvante de Marie Bô dans un style stand-up, pas encore vu au Théâtre Lepic . C'est très cash, original, fait fort bien ressentir la douleur de trouver sa voie, mais m'a laissé perplexe, sinon pantois, sur son souhait étrange de normaliser et faire rentrer dans le rang une homosexualité qui n'aurait plus à être visible oub pittoresque (circulez, il n'y a plus rien à voir). L'argument est plutôt rapide, et se moquer, même gentiment, des bars gay du Marais pour lieux de reclusion ou taxer d'exhibitionnisme les Gay Pride est faire fi de la longue, compliquée et constamment évolutive histoire des homosexualités. Le concept libertaire de queer s'en veut, me semble-t-il un nouveau paradigme et travaille plus l'interrogation des normes que la sage classification adaptative. L'homosexualité y est pensée comme une rebellion sociale . Il ne faut tout de même pas oublier que les espaces parisiens de sociabilité gay ont été et sont des soupapes de sécurité uniques et des lieux de vie, voire de (re)-construction identitaire. La cohabitation d'attitudes et de présentation de soi aussi différentes et variées que les folles, les gay macho (clones), les tendres bears portant nounours, l'androgyne bi, etc, etc, est une multiplicité à respecter pour l'appréciation des questions de nos genres et de nos sexualités, couche après couche, dont le côté festif des Pride est une incroyable incarnation et communion collective. On sera d'accord ou pas, c'est tant mieux, mais célébrons le pluriel.
# écrit le 12/05/25


Théâtre contemporain: Anna Karènina

-L'idée est bonne, mais à vraiment remettre sur le chevalet
8/10

Une pièce décevante aux Amandiers de Nanterre malgré sa belle mise en scène. Anna Karenina est un livre explosif, l'avoir adapté au théâtre est une très bonne idée, un livret d'opéra serait genial tellement les personnages crient de douleur. Malheureusement, la densité du roman se perd progressivement dans le bavardage stérile car les redites sont, ici dans cette réalisation catalane, trop nombreuses. Tout aurait pu être raccourci dramatiquement sur deux heures, ou alors trois avec un réel effort d'invention et de digression théâtrale. Les acteurs sont bons et le problème vient bien plus des choix dans la direction d'acteurs. La tension apocalytique de ce moderne Tristan et Yseult est gommée par de futiles bavardages et de temps subalternes , si bien qu'Anna ressort hystérique alors qu'elle pourrait être l' héroïne héroïque, ivre d'authenticité et victime épuisée de la pression sociale. De ce combat à mort, il ne reste que des fragments éparpillés sur trois heures, malgré d'indubitables grands moments théâtraux (Anna désespérée de la chute de cheval de son amant, enfin un moment où la fièvre qui parcourt le roman explose). Le personnage en forme de conscience qui s'exprime en anglais m'a semblé complètement hors-sol et du russe aurait été diablement plus efficace et la moindre politesse rendue au génie de Tolstoï, dont on n'est pas vraiment certain qu'il ait voulu cette interprétation, lui qui condamne l'adultere et brosse le portrait d'un autre couple simple , Kitty et Konstantin . Comme bien des chefs d'oeuvre, les autres sens possibles de ce roman polyphonique lui ont peut-être échappé, et l'avoir dénommé Anna Karenina était déjà une focale étrange pour une dénonciation en bonne et due forme. Beaucoup de lecteurs y ont vu au contraire l'ultimatum de la passion d'être soi-même et du besoin brûlant de se fondre avec l'être aimé. Anna et Vronski n'ont aucune marge de manoeuvre.
# écrit le 11/05/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com


Théâtre contemporain: Le journal

-Machiavel au théâtre
10/10

Vue pour les dernières, la pièce d'Antoine Beauquier au Théâtre de Paris, rue Blanche, m'a semblé dépasser en âpreté Le Prix de l'ascension, pourtant d'un cynisme politique achevé. Ces deux spectacles démontrent et l'acuité du regard du librettiste, qu'il fait nôtre en nous liberant de toute illusion, et le dégoût qu'inspire une certaine façon de faire de la politique, à la papa dit-on souvent, mais si persistante, si presque indispensable. Ici, les allusions sont limpides, tout évoque les pressions sur les lanceurs d'alerte que sont les journalistes d'investigation de type Mediapart ou Canard. On pense quasi inévitablement à l'éviction de Polony de Marianne, ou à l'implication des services de renseignements français dans l'affaire qui opposa Ruffin à un Bernard Arnaud terrorisé et prêt à employer tous les moyens illicites , etc. Le scénario est éminemment crédible (sauf le fait de n'avoir pas senti l'embrouille venir), Valls semble dans le collimateur, les acteurs sont excellents, l'intrigue étincelante qui, cerise sur le gâteau, ne verse pas dans un moralisme angélique en laissant comme un théorème d'incertitude sur l'épaisseur humaine, les arrangements quelquefois inevitables, les relations douteuses, les amis d'hier devenus les ennemis d'aujourd'hui, ou encore le petage de plomb émotionnel, comme celui d'un père qui craque pour sa fille. Sans aucune innocence non plus, le double discours d'un ministre, infâme en off mais aux grandes envolées de présidentiable quand il est à l' antenne, étant une géniale démonstration sans appel de l'arrivisme sans vergogne. Bravo aux acteurs !
# écrit le 10/05/25


Théâtre contemporain: La marée

-La poésie contre le réel
9/10

Très sympathique pièce au Funambule. La tension monte lentement, mais sûrement dans un monde devenu un décor d'apocalypse. L'argument a le mérite de nous mettre en plein de ce que pensent les jeunes générations actuelles, ce qu'elles éprouvent, anticipent et portent comme un fardeau, c'est-à-dire la fin irréversible du monde et le désert d'espérances. Une jeunesse éprise d'avenir se fracasse le dents sur un univers détruit, méconnaissable, irradié. Tout en finesse, le jeu laisse passer la sève juvénile qui veut encore croire jusqu'à la camisole du fait réitéré de ne pouvoir pas envisager un quelconque avenir, une construction, des enfants. Le scénario est , hélas, très crédible. J'ai aimé la mise en scène dénudée dans laquelle l'imaginaire est constamment sollicité pour contrer un quotidien à la sauce Fukushima, climatique ou technologique. Dans ce jeu, Claire Choquet est particulièrement lumineuse, rêveuse, tendre, même conduite malgré tout au bord du gouffre par une asphyxie d'inaction tandis que son partenaire masculin se risque à perdre le sens des choses à force d'être raisonnable, rigoureux, " réaliste ". Une pièce émouvante qui laisse entendre que perdre le nord est parfois refuser une situation sordide et que la poésie est une boussole dans la mer démontée, dans la marée.
# écrit le 04/05/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com


Théâtre classique: Les fausses confidences

-Presque parfait, avec un goût de frustration
9/10

Un Marivaux très enlevé au Théâtre de la Porte St-Martin, la diction est parfaite et c'est une merveille de beau français. Les deux jeunes premiers tourtereaux sont un regal, soutenus par un plateau d'acteurs sans faille et capable de toutes les palettes. Las, la mise en scène est inexistante, statique, quasiment sans direction. On ne demande pas des virevoltes du décor ou de la grande machinerie, mais quelquefois un décor , même réduit à l'épure, et un jeu de lumière font une énorme différence et créent une dramaturgie. Le Minimalisme a fait surgir des chefs d'oeuvre. Ici, on n'est pas très loin du premier prix d'élocution ...dans une salle de classe. Très belle soirée, mais, ô dommage, le délicieux et flamboyant ramage n'alla pas avec le sec plumage. Il y a une contradiction théâtrale là-dessous et une incohérence qui frise l'absurdité . Marivaux peut et doit être foudroyant pour tous les sens.
# écrit le 26/04/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com



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