Ses critiques -Passionnant 9/10 Très bon spectacle sur la vie tumultueuse et tourmentée d'Eiffel. Inventions, déceptions, acharnement, grâce à Alexandre Delimoges nous apprenons beaucoup de choses d'Eiffel et d'une époque où le monde français change à toute vitesse. À voir sans hésitation. # écrit le 07/11/23
| Théâtre musical: Ruy Blas -Fresque superbe ! 10/10 J'ai eu la chance d'hériter à la volée de la réservation Billetreduc d'un ami pris par un contretemps et j'ai bu du petit lait avec ce Ruy Blas d' Hugo dont j'avais complètement oublié l'existence du théâtre. Cette réalisation fut absolument superbe . Des intermèdes musicaux non prévus dans le texte n'ont aucunement fait tache et ont au contraire augmenté l'ambiance de demi-rêve du tragi-comique. Les comédiens ont fait honneur à leurs rôles aux registres difficiles. Ruy Blas, malgré les tourments de sa condition, est droit comme un Cid et, laquais et âme forte, est porté avec panache et éclat par Emmanuel Bordier. Don Salluste sera fourbe et satanique sous les éclats de rires infernaux de Stephen Szekelely. Remi Pous est l'ami de coeur, saltimbanque et poche percée solaire, tout en droiture et bonhomie aussi. Un ballet d'autres personnages rend féerique ce remue-ménage d'intrigues sordides et d'amour-passion : une Reine intéressante , crédible, mais dont j'ai préféré la mordante camériste , une Duègne bigotte à tomber par terre, et un adorable vieux Vicomte branleur de sabre. Tout cela n'empêche en rien une fustigeante critique sociale contre la corruption ordinaire des nantis et l'appel à un vent de révolution (foi de député Hugo) . La vraie noblesse, elle, bat déjà les pavés des faubourgs sous l'habit des gueux. Mise en scène admirable de tout point de vue et bien supérieure en passant au Ruy Blas simultané au Théâtre Marigny, production honnête mais sans souffle, sauf pour le rôle de la Reine tenu par une Stéphane Caillard qui dépote et m'a convaincu de son sens tragique. # écrit le 28/11/23
| -Incroyable exercice de funambulisme 10/10 Scénario magnifique, à propos de Brassens, pour une histoire sur le fil, et pour raconter en parabole nos vies dont les destinées ne tiennent souvent qu'à quelques uns d'entre eux. Comme dit le poète, " Si par hasard /Sur le ponts des Arts..." Hervé Masquelier est superbe. La musique m'a, hélas, moins plu et est etrangement absente de l'univers de Brassens. Par contre, elle aurait accompagné à merveille Masquelier s'il avait osé pousser la chansonnette plus loin. La pudeur, sans doute, l'a retenu. # écrit le 17/12/23
| Lecture / Poésie / Contes: Bunker -Évocation de la bête en nous 10/10 Très belle prestation de Julie Depardieu pour cette Médée moderne dévorant ses enfants dans la folie du fanatisme national-socialiste. Son partenaire Stefan Druet Toukaïeff n'est pas en reste. Etait-ce les vrais personnages historiques qui nous sont devenus plus connus depuis la Chute de Oliver Hirschbiegel avec Bruno Ganz ? Qu'importe, le théâtre et ce spectacle font réfléchir à ce parcours, à valeur universelle, d'allumés qui les font accomplir des actions proprement monstrueuses en " voulant le bien ". Où finit le bien faire pour autrui et où commence le terrifiant déni anesthésié, vaste sujet. La scène de la fin de l'ainée des enfants Goebbels refusant le trépas est un haut-le-coeur. Il y a de la passion dans le manque de compassion, mais aussi un net décrochage. Les acteurs sont au diapason de ce délire collectif qui peut resurgir n'importe où n'importe quand. # écrit le 29/12/23
| -Une merveille d’équilibrisme et de tendresse 10/10 Pierre Arditi et Muriel Robin ont été absolument remarquables dans cette pièce en valse-hésitation entre réalité et fiction, entre scénario réellement existant et pure hallucination d' acteurs égarés, comparable à " Un léger doute " à l'affiche à la Renaissance. Ici, dans le superbe théâtre Edouard VII, les deux compères jouent à merveille deux parties, l'une dans laquelle le public est assumé être là (la scène se passe dans l'appartement de Pierre Arditi qui joue son propre rôle) et en compagnie duquel il va falloir " faire avec " dans une cascade de gags et d'évitements ratés, l'autre où la santé mentale des protagonistes est mise à partie. Cette bascule de comique à tragique nous vaudra de magnifiques confessions de foi d'acteurs et sur le métier, à double-sens puisque nos comparses s'auto-décrivent (dans la première partie, Arditi, fera sans détour allusion à ses problèmes de santé et à ses deux sorties de scène pour malaise, et dira, sur un ton badin et plaisantin, qu'il " pense aller jusqu'à la fin " du spectacle), et qu'il faut bien espérer non testamentaires puisqu' Arditi a donné l'impression de délivrer là comme un chant du cygne alors qu'à côté de lui, jouant à merveille, mais chancelante, Muriel Robin contenait à grand peine sa visible émotion. Une standing ovation, bienvenue et très motivée pour cette fois, a salué ces deux comédiens qui ont vieilli, mais fort bien et qui sont toujours alertes. Robin a été excellente dans un registre sérieux que je ne lui connaissais pas. Le personnage du spectateur pris au hasard, par contre, n'est pas crédible et fait bien trop professionnel, c'est un peu dommage et perfectible aisément. # écrit le 31/12/23
| -Un sommet 10/10 Du grand théâtre. Sur la scène nue et épurée des Bouffes, Valérie Deville s'avance, menue, et déroule. Le pari n'est pas gagné, sa posture est statique, le corps n'est pas athlétique, presque avachi, l'acteur n'apparaît pas tout de suite. Et pourtant..., comme une Pythie se contorsionnant au milieu de fumées ou de mystères entourant l'oracle, sa voix prend, captive, monte en puissance, fascine, mord le public. Car tout le monde s'entend soi-même ou résonne. Elle, c'est voix ventriloque de plusieurs histoires, de plusieurs personnages, pas lointains loin de là , la voix du père, de la mère, de la fille, et, au-delà, de pays respectifs. Le coup de force de ce texte, de cette oraison polyphonique fondamentalement pacificatrice (un flot de mémoire à la Duras , mais avec un solide appétit de vivre) est de faire joindre les histoires à l'Histoire, et de relever nos histoires, très banales dit-on, au même degré de dignité que la grande Histoire. Tous nos gestes deviennent la Geste sous une telle diction, et Valérie Dréville magnifie ce qu'écrit Claudine Galéa, quintessence de ce portrait de soi à la française, de Sarraute à Ernaux, sur le mode propulsant et provocateur de la représentation théâtrale. Petit à petit, le puzzle prend corps, bribes après anecdotes, bout d'airs de Sinatra après flashs à l'hosto, et c'est notre monde qui apparaît, ce " je" fait de nous traversé, et en constant dialogue avec des générations d'histoires. Le "je" est provisoirement et jovialement dépassé dans une rencontre de la fourmilière généalogique, des faits et gestes à double ou triple sens, aux destins en tiroirs, ici ouverts dans une émancipation réparatrice. Mais sans psychanalyste, juste dans la virtuosité d'un texte à l'image de notre complexité et faisant remonter les scories, les césures, les syntaxes, tordues dans tous les sens, et par l'empoignade d'une actrice extraordinaire. Bluffant, bravo à ce brio viscéral. # écrit le 13/01/24
| -Joli chassé-croisé qui mène au nulle part 10/10 Très jolie pièce que j'ai vue deux fois. L'argument pouvait sembler people et j'ai eu quelques craintes, mais les relations croisées et compliquées du quatuor Montand, Signoret, Marilyn et Arthur Miller sont traitées ici de façon intéressante, avec des échanges souvent piquants et gratinés, c'est-à-dire qu'on s'y égratigne copieusement . On échappe au papier glacé, au sucre candi et au souffre. Marilyn est présentée en nymphomane au cas désespéré, mais remplie d'audérision dans sa chronique de son suicide annoncé. Montand est un latin nerveux, frimeur (l'acteur est excellent dans le rôle) , au bon fond et complètement dépassé par le poulpe Marilyn qui baise tout ce qui bouge, cause inevitable de la totale lassitude et défection de Miller qui file à l'anglaise (enfin, à l'irlandaise, vous verrez ). Le cas de Signoret est finalement la face sombre du spectacle. Pourquoi coule-t-elle, "pourquoi picoles-tu ? " lui demande même à la fin de la pièce Marilyn, les mettant toutes les deux sur un pied d'égalité dans l'autodestruction alors qu'a priori Simone semblait la plus solaire. À cette question, la pièce semble répondre par 4 personnages qui font ce qui peuvent sans trouver de réelle solution, dans une couleur de solitude quasi existentialiste : on ne s'est pas trouvés. On reste alors très sensible à ces drames qui n'affectent pas que des vedettes défrayant les manchettes, mais qui sont comme le miroir de vies contractées par des maux insidieux. À la réflexion, les deux mâles sont assez absents, même si tout tourne de savoir comment les retenir vraiment . Il y a là comme une critique de la femme condamnée à être séductrice ou ne pas être, mais le spectacle n'insiste pas trop sur cette corde potentielle. Il reste deux femmes ruinées et un festival de traits d'esprit, et Bungalow 21 nous offre un bel instantané sur l'orage. # écrit le 13/01/24
| -La chevauchée des 4 fantastiques 10/10 Apollo est un théâtre où dénicher des stand-uppeurs prometteurs, mais je ne m'attendais pas à une telle pièce qui casse autant la baraque. Foncez, c'est parfait. Quatre divines salopes vous mettront en vrac par leur art de séduire les richous et de soustraire leurs pépettes, mais, attention, comme vendre son cul est aussi douloureux, la trame sociale se révèle complètement poignante. On bosse et remue des fesses aussi pour que papa aille mieux ou réaliser les rêves de maman. C'est toute l'iniquité sociale, les boulots sous-payés et l'asymétrie entre les genres femme/homme qui sautent à la gueule. Les numéros de danse, de chant et de tchatche impayables (bravo les réparties) alternent sans relâche. Vous rirez, sifflerez les sirènes et pleurerez quand l'une d'entre elles chante avec émotion pour sa mère. C'est fort, fort de café, tout en restant drôle. Bravo les filles ! # écrit le 12/02/24
| -Bis repetita brillant 10/10 J'avais déjà admiré Eva au Petit Montparnasse il y a un an et demi , à tel point que j'avais ramené ma fille pour un second tour. C'était incroyablement frais, espiègle et Eva y montrait déjà ses talents de ventriloquie dans ce one woman's show trépidant où elle campait pas moins d' une bonne petite dizaine de personnages. Ce second spectacle, violemment intime, je n'en dirais pas plus, est tout aussi inventif et prend la suite du précédent dans une espèce de flash-back introspectif sous couleur d'une sortie pour enfants. Précisément, Eva nous entraîne loin, loin dans la fantaisie de l'Arlequin qu'elle est, et loin dans la généalogie des dysfonctionnements familiaux. Dans ce tableau, qui n'est pas sans une touche d'effroi, couches et vernis comique et tragique se succèdent, à tour de rôle, c'est le cas de le dire . Bravo. # écrit le 14/02/24
| -Carton plein pour Saine et Sainte-Libido 10/10 Le Fruit Défendu est un cabaret comme on en rêve pour un Paris by night coquin, une sorte de synthèse entre Crazy, Moulin Rouge, ou, rive gauche, Paradis Latin et chansons à textes façon St-Germain des Prés. La surprise fut d'abord le lieu, la Divine Comédie, petite salle plus habituée aux stand-uppers et qui, là, devint, jouxtant les Folies Bergères, chapiteau d'un spectacle à haute température , puis la qualité, souveraine et onirique des numéros. Tout n'est pas rodé au millimètre comme dans les grandes Revues, mais tout respire la fraîcheur, l'invention et la réinvention avec peu de moyens. La soirée fut au top de l'esprit cabaret, des propos polissons et jamais vulgaires, cash mais spirituels, des lazzi politiques à tout va mais sans lourdeur. Les numéros et les chorés furent parfaits, érotiques en restant sobres, déchaînés mais esthètes. Les corps sont beaux, femmes comme hommes, mais ce qui ressort le plus est l'élaboration artistique, alliant provoc, allumage des sens et plaisir de l'art pour l'art, de la performance de performers habités quoi ! J'ai été transporté par beaucoup de tableaux finalement très poétiques et, vous le verrez, qui sont très variés. La troupe est jeune avec des personnalités bien trempées qu'il faut absolument aller soutenir. Le dialogue n'est pas en reste et vous rirez des nombreuses incartades et persiflages coquins d'un M et Mme Loyal meneurs qui s'adressent et bousculent un public adulte qui en redemande, du direct comme au second degré . Une pièce qui, pour moi, relève noblement de l' art du théâtre et de l'estrade spectaculaire. # écrit le 18/02/24
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