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Théâtre contemporain: Biographie : un jeu

-Choix ou destinée ?
10/10

Un chef d'oeuvre théâtral, je n'en attendais pas tant. Et mille fois hélas , c'était la dernière au Marigny. Isabelle Carré et José Garcia ont été stratosphériques, me surprenant totalement, servant un scénario de choix, de luxe, somptueux de paliers d'émotions allant crescendo, et où il est donné à un homme de pouvoir rejouer, voire modifier, mais à ses risques et périls, les moments cruciaux de sa vie. Implacable, la musique accompagne ces tournants virtuels completement vertigineux. Une pièce bouleversante sur être un homme, et affronter le temps passé révolu qui semble se dresser en destin marmoréen prétendant dessiner l'avenir, en juge du moment dernier. Or, la pièce le montre, nous en avons des biographie(s) possibles! Et (à) nous-mêmes pouvons rester un mystère. Merci à l'auteur et à toute la troupe si brillante, car incarnant tous les personnages des vies éventuelles. Quelle pièce humaine et si philosophique !
# écrit le 27/03/24


Cabaret / revue: 8 hommes : Mais qui a tué le patriarcat ?

-Déluge de feu pour la chute du roi pénis.
10/10

Tout à fait du même bois que le Cabaret du Fruit Défendu, le Burlesk Club cartonne encore, à la Divine Comédie, dans cette revue qui moque gentiment, mais à l'acide, les masculinistes. ATTENTION , revue cabaret hors-pair, numéros éblouissants, du nul, du cul, du cru, du cocasse, du canaille, du salace, tout ce vous voulez , du tutti frutti qui ravit les yeux et l'âme , mais surtout de l'Art dans des séquences acrobatiques de performeuses-performeuses au top. Quelle joie de vivre dyonisiaque, quelle poésie ! Et quel hymne à la différence ! Mille merci à cette jeune troupe qui allie poison des sens, raillerie politique, revendications libertaires et libérées et grande finesse des danseurs. On rit, on savoure, on s'éclate devant les trouvailles et coming-out de ceux dont les noms météores sont les fulgurants Vesper Queen, Mata More, San Sebastian, Edel Weiss, Vicomte Arebourg, Lucie Phylis. Spectacle électrique !
# écrit le 30/03/24


Comédie: Bijoux de famille

-Poussif
6/10

Le scénario est très astucieux, mais le jeu manque de finesse. Les travers du masculinisme, ou du machisme ridicule, ont été dix fois mieux traités, surtout à la Divine Comédie (cf. "Qui a tué le patriarcat ?") . L'intention reste louable, et le spectacle nous monte à Paris depuis le Sud-Ouest bordelais, mais ne fait pas le poids. Salle étrange avec beaucoup de têtes chenues. L'actrice se déchaîne très agréablement en fin de partie, après un démarrage très lent, et porte définitivement la culotte. Du théâtre arrive enfin, et on peut parler des joyeuses et de compère zigouigoui en toute beauté de final.
# écrit le 02/04/24


Comédie: James Brown mettait des bigoudis

-Dis-moi quel fou je suis et je dirai qui tu es
9/10

Pièce en tout point prenante, au Marigny, avec des acteurs excellents et un argument bien vu, la confrontation de cinq personnages dont l'un désigné comme fou renvoie à la folie des autres. Dans ce flou, qui inclut le psychiatre traitant, la folie psychique ordinaire du monde éclate au grand jour. Des situations drôlatiques et des échanges savoureux entre gens qui-se-prennent-pour ( responsable, sachant, idole mondialement connue, fils de, bref portant beau et frénétiquement leur auto-effigie identitaire ) à l'étage de cet hôpital où l'inconscient, ou l'impalpable, ou l'imparable, l'imprévisible font donc revenir par la fenêtre ce qui échappe aux humains si sérieux dans leurs rôles. Le fil qui relie les personnages fait évidemment tout le sel de la pièce, les postures des uns étant en réponses à celles des autres, et nul point zéro de tranquillité n'étant donné dans cette interaction constante . Tous bouffons en sorte, et incertitude générale, traitée comiquement, poignante parfois. Cette très belle ambiance propice à une théâtralité maximale mériterait d'en voir une seconde représentation si le calendrier le permet. J 'ai éprouvé cependant un je ne sais quoi d'impeccable dans le spectacle, un peu " bien sous toutes les coutures" , mélange des meilleurs ingrédients du bon théâtre contemporain et, malgré la sublime danse finale, médecin "traitant" compris, je n' ai pas eu le sentiment de descendre au plus profond et de rester dans l'allégorie divertissante de très bonne facture. À ce propos, saluons que, outre l'écriture, Reza maîtrise également très bien la mise en scène.
# écrit le 07/04/24


Cabaret / revue: Le Cabaret de la Méduse

-L'art de la feuille façon Westworld
10/10

Spectacle magnifique malgré une troupe du Burlesk Klub en état de fatigue avancée (fin de saison) ! Revue qui pourra dérouter certains cependant. De beaux numéros oniriques d'effeuillage subtil aux ambiances tranchées, orientale, Barbie, sci-fi, Far-West. Mais, surtout, des artistes aux corps très différenciés, jeunes ou mûrs, fitness ou capiteux, sveltes ou pulpeux, nerveux ou languides, un hymne à la montée en température ! De l'imagination débordante et le second degré en tube et en prime. Bravo!
# écrit le 07/04/24


Théâtre contemporain: Moman : Pourquoi les méchants sont méchants ?

-Éclairs de bonheur dans un taudis
10/10

Du grand théâtre contemporain, en avant-première à la Scala, avec deux superbes acteurs qui servent un texte de Grumberg, âpre, poignant, humain, entre bonhommie désolée et deshérence à la Beckett, ce qui n'empêche en rien des éclats d'humour. Bravo! On sort ému. Hervé Pierre et Clotilde Mollet sont éblouissants, entre jeu quasi en masque blanc de pantomime burlesque et déchaînement de violence foutraque dans les échanges. On sent atrocement la pauvreté, le besoin, le manque d'horizon...et l'amour inconditionnel. Bravo à Grumberg !
# écrit le 16/04/24


Théâtre contemporain: La peur

-Le gouffre
10/10

Bouleversant Sweig à la Scala dans une mise en scène d'Elodie Menant. La pièce est transposée avec succès de Vienne à quelque part, probablement aux States au son du rockabilly qui sort du transistor. Les acteurs sont parfaits pour cette histoire qui combine déchirement éthique, frôlement de la folie et, chut, vous verrez. Suite époustouflante qui renverse les attendus et qui est rien moins que la dague sûre de Sweig sur les valeurs respectables, ouvrant d'un coup sec d'entaille la vue sur le gouffre et le mal sournois. La pièce est d'une grande violence psychologique. Dans la distribution vue, Elodie Menant, Arnaud Denissel et Ophélie Marsaud sont remarquables dans leurs rôles respectifs. Je n'avais pas reconnu Elodie Menant qui joua, il y a quelques années, Arletty au Petit Montparnasse, une grosse machine très et même trop bien huilée qu'elle avait écrite , mais qui, Wiki me confirme , lui valu deux Molière. De fait, c'est en réalité son second Sweig. Je suis très heureux de découvrir son excellent jeu dramatique et son sens de la mise en scène est, ici, souverain. Le décor mobile et épuré est extrêmement séduisant et correspond à merveille à ce sujet en huis-clos avec quelques apartés glacés en extérieur. Bravo !
# écrit le 20/04/24


Théâtre classique: Cyrano

-Ni oui ni nez, courez, courez-y, chef d'œuvre !
10/10

Un Cyrano d'exception et de pure folie ce soir au théâtre Lepic. Foncez dare-dare, il ne reste que quelques représentations. Trois comédiennes, Iana-Serena De Freitas, Louisa Decq, Mathilde Guêtré-Rguieg, ont eu la gageure de monter la pièce à elles seules et le résultat est tout bonnement bluffant. On a tous en tête des fragments de Weber et Depardieu, mais, ici, l'art du théâtre dévaste tout et rend d'ailleurs bien plus justice à la pièce de Rostand, malgré la nécessaire condensation dans le temps. On s'y croit, on y est, on vibre, en amateurs de théâtre à Paris au Xviie ! Puisque l'histoire est avant tout celle d'une galante dissimulation désintéressé, la mise en scène géniale, le plus souvent masquée, décuple l'argument de Rostand. Acteurs grimés, contrefaits, ventriloques, multi-rôles épousent à merveille le dessein de l'auteur. Il règne une atmosphère de plateau, de pantalonnades et de saltimbanques qui dansent et virevoltent, et à l'Hôtel de Bourgogne, nous y sommes, badauds et émerveillés ! Dans la pâtisserie de Ragueneau avec les goinfres également. Le fait que Cyrano soit jouée par une femme qui travestit sa voix porte la pièce littéralement au carré et fait savourer encore plus pleinement l'amoureux qui se contrefait et cette contrainte d'être enflammé et dans l'ombre. Le texte explose. On se rappelle l'inversion des rôles en Chine et Japon où les hommes au théâtre peuvent représenter avec succès les femmes. Ici, le contraire est tout aussi euphorique. La mise en scène, parfaite, peut par moments et par beaucoup d'éléments, kimonos, masques grotesques frôlant l'art des marionnettes, mouvements épurés évoquer l'observation de l'art de la scène d'Extreme-Orient. Inutile de dire que les alexandrins d'une longueur gargantuesque passent comme une lettre à la poste, des comediennes à l'art consommé. Bravo ! Quel délice !
# écrit le 21/04/24


Seul(e) en Scène: Royan la professeure de Français

-Le couac
3/10

Déception ce dimanche en matinée au Théâtre de Paris. Je suis pourtant un inconditionnel des films de Nicole Garcia et c'était la première fois que j'avais la possibilité de la voir de visu et en tant qu'actrice. Je n'étais pourtant pas trop mal placé, au rang N. Hélas, la diction monocorde de Garcia, son jeu statique, l'absence de sonorisation pour une aussi grande salle ont eu raison de ma concentration, et l'ennui a été prépondérant. Je ne doute pas que le sujet fut poignant. Les premiers rangs applaudirent, et la rumeur couru que la personne du premier rang qui se leva pour une standing ovation était Anne Hidalgo. Il n'empêche que personne en régie n'ait eu l'idée de glisser un micro pour une telle arène d' un seul-en-scène où tout repose et se concentre sur l'acteur est une totale aberration. Mise en scène totalement inexistante. Quelque chose cloche, car j'ai été très mal placé, par exemple, pour voir Lapin avec Arditti et Robin au grand Édouard VII, ou Un Sentiment de vie avec Valérie Dréville aux non moins grandes Bouffes du Nord dont l'acoustique est déplorable, mes esgourdes émoustillées ont su contourner cet obstacle, survoltées par des acteurs qui cassaient la baraque.
# écrit le 21/04/24


Cabaret / revue: Sucre d'Orge vous montre son Luth

-Sonne ton Luth, divine Sucre !
10/10

Sucre d'Orge fut divine à la Divine Comédie, entre complaintes Renaissance au Luth et propos plus que licencieux à faire rougir un pape (un travail pourtant difficile au vu des moeurs à Rome) . Elle a tenu l'auditoire en haleine pendant une bonne heure et demie avec ses vers salaces alambiqués et sans vulgarité aucune et nous faisant rire aux éclats . Ces tenues et apparitions furent superbes. Je reste stupéfait d'apprendre qu'une société savante française de luth, instrument que j'adore, l'a blacklistée pour propos dévergondés. On les plaint, les pauvres, incapables de réunir poésie torride et harmonies recherchées, ce que se seraient au contraire empressés de faire leurs collègues du XIVe au XVIIIe. C'est un honneur d'avoir pu être admis dans le collegium musicum et/ou salon lettré de Dame Sucre. On y parle le courge couramment, le vit aussi qui se vitupère, et le con qui rend heureux, se prêtant à nombres contrepèteries comme postures diverses et euphorisantes. C'est comme si mettant quelques cordes devant la noble cavité féminine et les pinçant, Sucre d'O nous ravissait l'âme. Quelle soirée tudieu ! J'en redemande, avec du De Visée, du Denys Gautier, du Jacques Gallot, du Weiss et j'en passe et j'en demande pas mieux ! Merci Madame pour ces heures sauvages et politiquement incorrectes.
# écrit le 22/04/24



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