icon

Vous suivez cet utilisateur Inscrit Il y a 21 ans 451 critiques Ajouté par 7 internautes Ajouter cet utilisateur
Ses critiques Ses évènements vus



Vous êtes du même avis que "icon" et souhaitez être tenu informé
de ses prochains commentaires, Ajoutez cet utilisateur et Suivez-le.

Ses critiques



37 pages de résultats
24 / 25 / 26 / 27 / 28 / 29

Comédie satirique: Mondial Placard

-Le comique au sommet
10/10

Mondial placard au Théâtre Tristan Bernard est un chef-d'oeuvre de comique que je conseille de ne pas rater. C'est à juste raison que la pièce est nominée pour concourir aux Molières 2024. L'équipe des acteurs est parfaite et homogène avec des jeux très différents. Le sujet est truculent et piquant en ces temps quelquefois d'ayatolismes, même si c'est pour une bonne cause, c'est-à-dire les travers post metoo. Pour avoir, par pur opportunisme, fait semblant de s'intéresser aux quotas de femmes dans son entreprise, un patron parachute une donzelle à un poste de direction et déclenche une fronde inoubliable et irrésistiblement loufoque. Je n'irai pas plus loin pour éventer l'argument, mais dans cette guerre des sexes tous les coups sont permis, particulièrement en-dessous de la ceinture. Les coups de théâtre sont littéralement fabuleux et, finalement, Côme de Bellescize aborde frontalement des problèmes d'actualité. L'esprit boîte est évidemment mis en boîte entre ambition et perte de sens , le patriarcat et la déconstruction du genre sont subtilement convoqués sans lourdeur, et même la révolution et le péril IA s'invitent sur la scène. Tout est là pour faire exploser les acteurs dans des numéros hallucinants, et le torride sera aussi au rendez-vous. Merci pour cette heure de délire et cette nouvelle pièce de répertoire qui fait honneur au théâtre contemporain et au comique. Allez vite applaudir et bisser Eléonore Joncquez, Benjamin Wangermée, Jean Alibert, Clara Guipont, Coralie Russier, Gwenaëlle Couzigou, Ludovic Le Lez, David Talbot.
# écrit le 23/04/24


Théâtre contemporain: Tom à la ferme

-Comme un mauvais rêve éveillé
10/10

Si vous appréciez le Faulkner du Bruit et la Fureur, les campagnes reculées, les maltraitances, le sexe omniprésent, ce spectacle vous plaira. Il règne une lourdeur sudiste et dérangée dans ce huis-clos, mais qui magnifie les personnages qui circulent entre déni et aveu et en deviennent humains et si intéressants : la mère qui ne voit rien mais entrevoit tout, le frère violent mais refoulé du sentiment, l'amant apparemment normal mais qui endosse un destin mi-prédestiné mi-mauvais choix. Et une once de réalité sous un personnage qui vient probablement de Paris ou du monde urbain et qui est le dernier signal des antipodes et traité comme tel. Je vous laisse voir. Un engrenage implacable n'empêche pas, à cause des apartés, d'impayables remarques comiques. Je ne suis pas sorti le coeur léger, mais bravo à Léonard Barbier, Thomas Bernier, Vincent Marbeau, Agnès Vialleton, Milena Hernandez, Axelle Delisle.
# écrit le 28/04/24


Comédie musicale: Amour, désillusions et moi

-De belles reprises et une actrice-chanteuse à soutenir
9/10

Spectacle très sympathique et punchy au Théâtre Clavel de Paris pour une seule et unique représentation. C'est un mélange de stand-up et de tours de chant. La comédienne a une très belle voix qui lui permet de reprendre nombre de standards récents avec succès (et même un indémodable ABBA). Le public se situe nettement entre 20 et 30 ans et tout est dans le titre. Il n'empêche, le jeune âge sait tout autant formuler des piques pertinentes sur les affres de l'amour dans un mélange de blagues salaces et de tendres émois. Mise en scène bien vue qui a galvanisé une salle complètement acquise dans une ambiance I will survive. De nombreux clins d'oeil générationels ont dû m'échapper, mais, au théâtre, il toujours jouissif de fouiner partout et de voir que des spectacles sont marquants pour un certain nombre de personnes et forment un jaon identitaire. Dommage que ma fille de 18 ans n'ait pas été là.
# écrit le 09/05/24


Théâtre contemporain: Madame M.

-Scènes d'une vie dédiée à la scène
10/10

Excellent ! J'y étais allé un peu dubitatif, Maillan n'étant ma tasse de thé, mais toujours curieux de la programmation de la Scala et ne sachant pas grand chose à vrai dire sur cette reine du boulevard. Allons donc pour ne pas mourir idiot ! Divine surprise, la vie de Maillan est passionnante, le personnage truculent, et l'hommage qu'en fait Mathilde Charbonneaux dans un très astucieux jeu de miroir et son double (elle qui joue Maillan qui se réincarne pour ainsi dire en elle jeune comédienne et les deux qui dialoguent) est une savoureuse performance théâtrale. Allez voir ce spectacle sans hésitation. D'ailleurs, on y parle réunification, non des Corées comme chez Pommerat, mais de tous les courants théâtraux dans une incroyable rencontre Maillan-Chereau-Koltès . Mathilde/Maillan sont impayables !
# écrit le 11/05/24


Seul(e) en Scène: Le Journal d'une femme de chambre

-Échos des vies cassées et du viol des âmes
9/10

Mirbeau est souvent noir et n'a pas dérogé dans ce classique au vitriol qu'Eliane Kherris a condensé en un seule-en-scène, au théâtre Darius Milhaud, où elle est brillante dans la mélancolie et le regard désabusé sur les inégalités sociales d'une gouvernante qui traverse la France pour des prises de poste intermittentes. Assez pour voir l'imbecilité des riches et la servitude volontaire des pauvres et des domestiques. Dans ce texte explosif où perce comme une révolte révolutionnaire ou pré-révolutionnaire, l'atmosphère oscille entre affrontement de classes et échappée solitaire, écoeurement et remarques espiègles, envie de rouler dans la farine les richous et sursauts d'intégrité et d'honneur devant ce monde horrible, avec une croyance fragile en une possibilité de bonheur comme une flamme de bougie dans une chambre de soubrette . Eliane Kherris a été parfaite dans ce compte-rendu d'une boniche qui compile méticuleusement et avec sagacité l'aliénation, la perversion et les rares moments de paradis possibles.
# écrit le 26/05/24


Théâtre contemporain: Rembrandt sous l'escalier

-Autoportrait de l'artiste Rembrandt façon comedien sur les planches
10/10

Très beau scénario sur une vie de Rembrandt. Sans avoir idée vraiment si le tissu est véridique, on se laisse emmener, dans une salle de poche du Théâtre L'Essaïon, dans l'intimité du peintre et des enjeux financiers et artistiques entre la Leyde, ville natale, et l'Amsterdam, incontournable pour les commandes. Rembrandt est fils de juif qui cache son judaisme tout en prêchant ses principes éthiques au fils si évidemment doué dont la carrière prend son envol. Père et fils sont différents, mais dialoguent dans la tête de Rembrandt jusqu'au soir de sa vie dans un aller retour entre les frasques de Rembrandt le Magnifique et ses questions posées au père, plus réservé et confit d'usages, le plus souvent le Pater Magnanime. Car la vie réservera bien des sorts à cette forte tête de Rembrandt et que nous suivons dans la douleur. La mort, les deuils, les épidémies, impitoyables à l'époque, la solitude du génie incompris, les incertitudes économiques, tout ce qui est le reflet négatif du Rembrandt force de vie, flambeur, jouisseur, aimant les femmes, n'aimant pas la routine dans l'Art. Rembrandt n'aime pas non plus le Bourgeois qui le fait vivre et revient très lentement à la communauté juive qui se planque comme elle peut. La pièce dessine, dans un noir d'encre rappelant la prose et les temps de l'Oeuvre au noir de Yourcenar, un artiste qui vit pour son art et sacrifie tout, non sans l'atrocité de la perte des êtres chers. Cette âpreté d'une vie en bolide est fort bien rendue par des dialogues, sur le ton de la confidence par la douceur de la statue de Commandeur qu'est le père, par les éclats de voix emportés du fils obnubilé par le sublime et par une violoniste qui endosse quelques rôles et enchante par sa basse continue qui fait sourdre l'immensité des peines et épreuves que fils et père à l'intérieur du fils ont dû affronter pour devenir et rester Rembrandt. Eric Belkheir, Christophe Delessart, Consuelo Lepauw sont très convainquants.
# écrit le 01/06/24


Spectacle Musical: Emma Krief dans Les Accords de Vénus

-En avant toute
8/10

De belles chansons dans le cadre ultra intimiste de l'Appart, à deux pas du Conservatoire de Paris . Emma a raison, qu'importe les tergiversations des producteurs, l'important, c'est la musique et en faire en toute condition météo, et contre vents et marées s'il le faut. Le récit de ses tribulations est hyper spont et rafraîchissant, et son énergie contagieuse. La soirée fut très agréable et ce concept de " passons un moment ensemble" original. J'ai eu une réserve pour le clavier utilisé qui m'a semblé borner les mélodies, par manque de richesse de son probablement. Je vois relativement souvent des spectacles musicaux ou de cabaret, et c'est la première fois que cette remarque me vient à l'esprit. Emma, on ne lâche rien, la musique, c'est déjà maintenant, et les succès, les vicissitudes sont importants, mais pas l'essentiel. Vous avez satisfait votre public.
# écrit le 02/06/24


Théâtre contemporain: Lady Agatha

-Une vie pour un roman
10/10

Spectacle tout public, et je n'ai pas dit grand public, à la Michodière pour ce spectacle très enlevé où tous les artifices théâtraux sont à l'oeuvre. C'est très bien joué, ça pousse même la chansonnette, ça danse, les décors représentant des continents divers et un fatras de situations insolites se succèdent facilement avec aisance et astuce. Ce moment de théâtre par plateaux, régulièrement formule et machine à cash pouvant être pesantes , est ici bienvenue car la vie d'Agatha et celles de Poirot sont trépidantes. Elle en aura vu la pauvre, que de revers, d'aventures, et quelle trempe ! Derrière les présentations facétieuses et les plaisanteries se déroulent aussi sous nos yeux les affres des deux conflits mondiaux, la perte des êtres chers, les rationnement, la vache enragée, le Blitz. Inébranlable sous les coups , en écrivaine qui s'ignore totalement, mais sent une vocation qu'elle a du mal à déterminer , Agatha trace sa route en jonglant avec les imprévus et un flegme tout ou trop british. Un vrai roman qu'on espère pas trop trafiqué par Cristos Mitropoulos et Ali Bougheraba, fervents de biopics, pour nous caresser dans le sens du poil. Les acteurs rendent merveilleusement justice à une tête de mule et à ces trois quarts de siecle éprouvants où surnage l' envie d'écrire coûte que coûte.
# écrit le 09/06/24


Théâtre contemporain: L'éveil de la Vie

-Être à nu devant l'amant.e nu.e
10/10

Pari très risqué fort bien tenu. Constance Noujaim et Frédéric Thérisod ont été parfaits dans cet exercice difficile de manier du Duras, c'est-à-dire le parler sans emphase, et le jouer sans raideur. Tout en même temps le peintre et le modèle, le client et la courtisane, l'amant furieux et l'idole mystérieuse, les deux acteurs au Théâtre L'Essaïon ont laissé passé le désespoir existentiel, l'érotisme torride, le continent inconnu qu'est l'Autre, la délectation du regard, l'échange tissé qui bat de l'aile mais se construit entre apparente domination, apparente soumission et percées de la jouissance. Un texte magnifiquement dit et enregistré accompagne le jeu pudique et effronté des acteurs, le vertige des plaisirs de la chair et des failles ontologiques au creux du désir. Quand l'amant.e s'évapore, il reste le hurlement vibrant. La différence d'âge des acteurs, si agréablement non politiquement correcte, entre la fine et espiègle catin aux formes parfaites et l'homme mûr ivre d'expérience et d'autorité n'est pas pour rien non plus dans le succès de cette mise en scène qui renvoie corps contre corps un homme et son Sphinx.
# écrit le 21/06/24


Théâtre contemporain: Emma Picard, d'après le roman de Mathieu Belezi

-Sous l'éclair qui foudroie, un monde des hommes déshumanisé
10/10

Marie Moriette est magnifique dans ce seule-en-scène au Théâtre L'Essaïon où elle porte une trente de pure apocalypse sans nous lasser le moins du monde d'un défilé d'avanies, récitées implacablement d'une voix de pierre comme du Eschyle, car tout y respire le vrai et le vécu, plongée en enfer sans fin dans un monde agricole digne d'une page noire de Zola. On remerciera l'auteur et la comédienne de nous ouvrir à un monde de sans-grades et surtout de développer d'une certaine manière une parabole, valable pour d'autres cieux et temps, autour du sujet peu abordé des gens floués jusqu'à la lie et la folie par l'arnaque, le bidonnage cynique, la manipulation, le miroir aux alouettes, et, dans ce cas de figure, du mensonge d'État, les calamités de tout genre ne créant des désastres que sur le lit torrentiel d'une iniquité sociale infâme et de brebis envoyées boire le bouillon . Emma Picard, qu'on imagine volontiers pauvre hère du Nord, n'aura même pas pu manger sous le soleil du Sud ses Raisins de la Colère. C'est avec Marie Mariette qu'on l'accompagne et savoure presque ses rares instants de bonheur, ses incartades, ses sursauts de vivant que, aliénation suprême, elle assume plus ou moins bien. Texte bouleversant, et nécessaire sur la vérité historique, qui peut vous en laisser sur l'estomac. Bravo !
# écrit le 28/09/24



24 / 25 / 26 / 27 / 28 / 29