Ses critiques
| 37 pages de résultats triés par | | -FORMIDABLE ! 10/10 Une véritable claque, cette pièce est transcendantalement bien jouée par quatre acteurs en folie et a un contenu de satire sociale au vitriol que je me serais plus attendu de voir à Nanterre Amandiers, à Bobigny MC 93 ou à la Cartoucherie qu'aux Batignolles (comme quoi, préjugés, et preuve que le pouvoir dévastateur du théâtre peut être partout). Description insolente des mornes existences, alienation au travail, aliénation aussi du mirage de l'argent et du monde des happy few, désillusion totale. Les charges contre la Macronie gomminée et décontractée sont à peine voilées. Et pourtant, vous riez, car le spectacle n'a rien d'un pensum lourdingue et est une fantaisie débridée. On s'amuse en grinçant en suivant les déboires d'un pauvre mec devenu richou et qui ne sait plus du tout qui il est devenu (rappelez-vous L'année des 13 lunes, mais en mode désopilant) . Cette divine traversée des apparences est emballée par un jeu d'acteurs formidable, des saynètes choc, un esprit ballet alternant le bien et le mal, et une montée en puissance du drame. C'est très fort, du très bon théâtre . Courez donc, puisque c'est jusqu'au 1er novembre. Bravo encore aux acteurs pour cette plongée dans le noir avec Dupont T lambda, poignant, et malmené par un choeur tragi-comique. # écrit le 25/10/23 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| Seul(e) en Scène: Marcus -Se débattre dans le noir 9/10 Très beau seul en scène sur les errements d'un homme " lambda " qui cumule bourdes et bonnes idées dans une vie qui n'a jamais connu la passion, l'inspiration ou un bon départ. Jean-Baptiste Marcenac est superbe dans ces confessions noires et nous fait comprendre comment on peut aller jusqu'assumer l'imposture pour l'amour des proches ou pour rendre hommage à un être cher. Noir, mais magnifique, et nous renvoyant à nos contradictions. # écrit le 23/10/23 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -Matinée charmante de lecture au chevet et de plaisir musical 9/10 Deux très bons acteurs-chanteurs pour cette mise en musique de Fables de La Fontaine. Hélas ou tant mieux, les textes sont difficiles, le langage châtié et vieilli, pas sûr que les chérubins dans l'assistance soient en mesure de tout comprendre. La musique d'Isabelle Aboulker, élégamment néo-classique et avec quelques accents rappelant par moments Poulenc ou Michel Legrand, est très adaptée aux textes. Mais, question, l'est-elle pédagogiquement pour des enfants d'aujourd'hui qui seraient peut-être plus sensibles ou sensibilisés par une orchestration rap , pop ou de type musique de film ou dessin animé pour absorber la sagesse difficile et les métaphores savoureuses de ces textes fameux et " fabuleux " ? Pour l'adulte comme moi, le plaisir a été certain, et bravo aux interprètes Marie Blanc et Philippe Scagni incarnant nos redoutables bestioles aux traits si humains. Mais en y repensant, à vrai dire, une mise en musique carrément pour adultes, opératique, serait aussi un challenge bienvenu, car La Fontaine est un régal qui se mange lentement. Une longue tradition française nous tend la main depuis les Contes d'Hoffman, le Carnaval des animaux, Ma mère l'Oye, ou l'Histoire de Babar. Isabelle Aboulker saura surement le faire. # écrit le 23/10/23 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -Une excellente agit-prop sur l'urgence de faire 9/10 Passionnant seul en scène de Franck Gazal sur les crises migratoire et climatique, mettant sur les planches les analyses de François Gemenne (qui a contribué au 6eme rapport du GIEC) . Pièce très pédagogique, dont une autre version existe d'ailleurs pour les plus jeunes, et, ici, à destination d'adultes pour la plupart déjà sensibilisés. Le travail d'acteur de Franck Gaza est remarquable et donne chair à ce qu'on lit finalement plus ou moins abstraitement dans les livres et journaux (naufrages en Méditerranée, business des passeurs, mauvais traitements et sévices ). L'idée est de nous rappeler que le méchant migrant économique est avant tout une victime de désastres écologiques, et dont le crime est de chercher une vie meilleure, ce qu'il paye douloureusement très cher, sinon souvent de sa vie. Le plaidoyer sur l'inanité de la fermeture des frontières et la perte de la richesse qu'apporte l'Autre est vibrant. Un petit de temps de discussion avec François Gemenne et Franck Gazal , hélas trop court, permet de prolonger la rencontre et de poursuivre les réflexions ensemble. # écrit le 23/10/23 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -Jubilatoire ! 10/10 Vu deux fois. Réunion comique familiale à grands renforts d'engueulades et de retournements de situation( et, franchement, Bacri et Jaoui auraient bien voulu en écrire une, une pièce de cet acabit) . Au texte ciselé, cette météorite pleine de bonne humeur est, par dessus tout, portée par un quatuor d'acteurs survoltés, dont l'auteur. Allez-y gaiement, vous aurez le booster vitaminique pour l'automne. Tout le monde peut s'y retrouver, et c'est aussi un hommage aux morts comme aux vivants, au-delà des griefs. # écrit le 23/10/23 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -Le poids des événements 10/10 Excellente pièce sur un scénario inattendu, la transformation, sous le pression des événements, dans une France pétainiste et soumise, d'un catalogué handicapé mental, d'un artiste attentiste et d'une femme battue et amorphe. Un texte fort sur la solidarité , et très bien joué, dont l'auteur. Même si le scénario est imaginaire, on replonge aisément dans les affres de l'Occupation dont les souvenirs sont encore bien sensibles chez nous. Bravo. # écrit le 17/10/23
| -Le prix du sang 9/10 Excellente pièce avec une troupe de jeunes acteurs. Le carnage familial façon Shakespeare a beau être littéraire, il n'en est, hélas, que tristement crédible, et Will avait le don pour analyser la violence et la machination. Tempête et tragédie apocalyptiques sont ici implacablement rendues, avec mention spéciale aux trois actrices et au roi fou pour nous emmener dans les confins de la révulsion et de l'horreur. Deux femmes expriment la vérité, leur peine avec l'ardeur de leur innocence, voix de la raison, tandis que le roi fou et sa felônne sont le reflet du mal qui peut nous guetter tous , nous dévoyer, nous rendre bestial # écrit le 16/10/23 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -Sublime rigolade en miroir 9/10 Invité par des amis, je dois dire que le spectacle était une surprise excellente. Un heureux hasard ou plus vraisemblablement l'air du temps font que deux pièces qui interrogent en abyme le théâtre lui-même, son procédé et sa possibilité de représentation, ont lieu en même temps, Un léger doute à la Renaissance et Panique en coulisses aux Variétés. Panique en coulisses est plus ambitieux par le nombre de protagonistes et le dispositif. L'idée tout à fait géniale est de donner à voir une représentation calamiteuse, puis de tourner le plateau de façon à ce que depuis les coulisses nous reconnaissions le spectacle depuis ses bribes entendues pendant que les acteurs nous font comprendre le comment du pourquoi d'une telle capilotade, sans compter le fait d'en rajouter des couches et donc des lectures différentes. On jouit sur place d'un tel burlesque effréné qui est évidemment un hommage au théâtre, à la régie, aux acteurs. Ce monde merveilleux a aussi ses rouages, mais on ne peut nous le conter à nous autres spectateurs que comme l'histoire d'une histoire, affabulation et vérité se tenant encore une fois par la main. Rebondissements sans fin, coqs à l'âne, amants au placard, histoires de fesses et, last but not the least, belles académies de ces dames rajouteront en plus du piment au sel de cette fantaisie complètement débridée . Bravo ! J'ai trouvé Un léger doute plus mordant, plus spirituel dans une épure très simple tenue à bout de bras par quatre excellents acteurs (deux couples). Le scénario peut rappeler le théâtre de l'absurde ou un savant sabotage à la Marx Brothers, mais est surtout une superbe jouissance et un hymne à la puissance du théâtre de nous captiver à partir de riens comme des enfants. Constamment sur le fil de la vraisemblance, de l'invraisemblance, du quiproquo et du " ça ne passera jamais cette fois sur scène ", l'heure et demie de valses-hésitation et de désordre est une savante deconstruction - reconstruction de l'illusion théâtrale qui fera votre bonheur. On marche de débâcles annoncées , d'illusions en ravissements. # écrit le 11/10/23
| -Encore une pépite au Funambule 9/10 Courez! Magnifique pièce entre la vie et la mort, entre l'urgence de vivre et la volonté de vouloir en sortir dignement, de vivre du temps plein fécondé. Les acteurs sont parfaits et convaincants . Du "happy end" difficile qui dévaste les tripes au seuil de la mort, mais qui fait du bien, car l'amour, le vrai traverse tous les obstacles. Plus que quelques représentations vous dis-je. # écrit le 03/10/23 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -Parfait 10/10 Version stratosphérique hier, à l'Épée de Bois, du Marchand de Venise. Sachant qu'on part déjà, par rapport à nos voisins Anglais, avec l'handicap de la traduction qui perd rimes et fluidité, la troupe a fait très fort. Pas de mise en scène explosive, mais, au contraire, très concentrée, avec des contrastes de lumières et des noirs obscurs fuligineux à la Rembrandt d'où émergent la riche vie de Venise revue et corrigée par un Londonien. Diction parfaite des acteurs, tableaux de gentilhommes spirituels, ambiance festive malgré les trouble-fête et où Shakespeare est vraiment mis à l'honneur, langue comme complexité théâtrale avec pièces dans la pièce comme à l'accoutumée (épisode des coffrets, mascarade, travestissements) . On est loin du souk et du comptoir meditarannéen, ici les marchands philosophent et "devisent" (pépètes et traits d'esprit ) sur le Rialto comme s'ils s'invitaient chez Platon . Il faut quelquefois tendre l'oreille pour bien suivre le fil des métaphores ou le cours audacieux d'une peroraison. Les acteurs font merveille, de l'or fin et non du blabla ampoulé. Cette pièce éclate aujourd'hui avec tout son "antisémitisme", en tout cas la haine du Juif comme le mépris du Maure. Shylock est vraisemblablement visé par Shakespeare plus comme Pique-sous/Picsou pittoresque et universel, le rapiat, que comme spécimen d'une confession d'usurier, quoique la plaquette distribuée à l'entrée cite Hugo qui y voit le type du Juif. Les logiques du prêt d'honneur, du prêt usuraire, du don, du gaspillage moqueur (Jessica flambe le fric) et du coup pour coup se mélangent, et même les pinceaux, dans cette tragi-comédie pouvant porter des lectures différentes . Les préjugés (comme les interdictions d'emploi) avaient cours à l'époque et l'Angleterre avait déjà contraint les Juifs à des exils. La pièce reste cependant fortement ambivalente, d'un côté des injures interconfessionelles, une morgue certaine des Vénitiens, de l'autre de surprenants plaidoyers, parfois très poignants, de Shylock révolté, démontrant et denonçant sa condition servile tout comme l'esclavage legal en cours dans la Cité des Doges (et paf) . Il serait curieux qu'un esprit si subtil comme Shakespeare n'ait pas vu les arguments des uns et des autres, surtout quand il en écrit la partition ! Ou alors grand était son embarras, ce qui est bien possible . La troupe de Diaz-Florian , elle, n'a pas caché le moins du monde la dissonance et Antonio (Hamidreza Djavdan) comme Shylock (Diaz-Florian) se taillent des performances de lion pour leurs tirades d'anthologie :"la vie est un théâtre..." # écrit le 02/10/23 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| |