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Comédie dramatique: Hollywood, premiers temps : Le bureau des merveilles

-Monts et merveilles + une note de dégueulasserie.
9/10

Piece fort bien jouée au Montmartre Galabru sur les débuts d'Hollywood avec nombre de détails historiques. L'excellent jeu des acteurs nous sauve du docu pointu et offre une tranche de vie sur les acteurs et les réalisateurs d'époque, dont un Éric von Stroheim ici assez ambigu, et des investisseurs qui veulent assurer une rentabilité, non sans un amour fou du cinéma (cartonner pour produire encore et encore) _ ce sera tout le personnage de Thalberg. Un très bon moment de théâtre en coup de chapeau aux aventuriers du septième art, non sans amertume quand le coup, il faut malheureusement le tirer en se retenant de vomir pour s'assurer un avenir d'actrice.
# écrit le 07/10/24


Théâtre contemporain: La nuit où Laurier Gaudreault s'est réveillé

-Je viens te dire que je m'en vais
10/10

Pièce d' apocalypse au théâtre Tristan Bernard en forme de règlement de compte et de lavage de linge sale en famille, fort bien jouée et allant de surprise en surprise. Sans trop éventer le sujet, la stigmatisation de la différence en rase campagne provinciale peut sembler rebattue et décrite mille fois, elle reste tristement d'actualité. Dialogues cash, humour grinçant au-dessus d'un machabée, portraits de M et Mme Tout le Monde, et des déchirements moraux évidents font que la tension extrême ne lâche pas une seconde. Une pièce giflante pour la rentrée théâtrale avec un dénouement que je n'ai pas vu venir et qui met le feu.
# écrit le 08/10/24


Théâtre contemporain: Belvédère

-Entre gouffre et comique
9/10

Dans un adorable théâtre de poche de cinq travées, le Guichet Montparnasse, Sébastien Bourbon, Catherine Mathieu et Aymeric Naudé font merveille dans cette pièce un peu nouveau roman où rien ne distingue vraiment la pièce de l'écriture de la pièce, la folie de la description de la folie. De cette ambiguïté qui jette le trouble, et où le personnage principal est ou patient aliéné ou dramaturge ou les deux, le poids des souvenirs ou des fantasmes, le poids de qui est enfoui en tout cas prend une présence incroyable, au bénéfice du doute même dans l'irréalité. Les acteurs sont convaincants, car si graves, sérieux, flottants, fantomatiques, et si plausiblement réalistes dans le sfumato des apparitions. Une pièce agréable pour le plaisir de la fondamentale (des)illusion théâtrale où revient en boucle un clin d'oeil à la Mouette de Tchekov, ce genre de théâtre où on parle de tout en parlant de rien, sur le fil ténu entre gouffre et comique.
# écrit le 08/10/24


Théâtre contemporain: 19.5 : Le dix-neuvième en cinq actes

-Vous en reprendrez bien un pour la fine bouche ?
9/10

Un Christophe Delessart inspiré nous paye la tournée direction l'ivresse de textes littéraires déclamés . Le sujet de sa flamme, le XIXe, est si large que les candidats retenus et encensés relèvent forcément du choix amoureux et ne peuvent tout couvrir. Des classiques qu'on a toujours plaisir à retrouver bien dits, parfois trop entendus (Baudelaire, Rimbaud), et d'autres, rares, qui sont des pépites, parmi lesquelles un savoureux Louise Michel et un visionnaire Thoreau ( relativement peu lu chez nous, trivial du côté US). À ce compte, il manque évidemment beaucoup d'auteurs, et la notion de siècle est bien arbitraire, d'où ce titre de 19.5 bienvenu, mais qu'importe le flacon pourvu que... Merci à l'artiste et à l'Essaïon, toujours aussi bon fournisseur d'excellentes fantasmagories.
# écrit le 12/10/24


Théâtre contemporain: Madame

- Le rire jaune
10/10

Bouffonnerie géniale au Théâtre Clavel qui prend complètement à contre-pied cette histoire qui a pu être décrite de façon glamour (le Madame Claude de Just Jaeckin et ses sempiternelles baby-dolls) ou bien plus sinistrement à l'image du proxenetisme aggravé qu'elle représente. Ici, le traitement est sans fard, mais avec le fard de l'ubuesque, acide, exagéré, sans concessions et renvoie à son néant les prétentions précieuses de la maquerelle des Champs-Elysées de faire du cul de haut de gamme, avec des manières versaillaises. On ne coupera pas à son avidité, son despotisme, sa radinerie, son sens de l'exploitation, ses arrangements avec les puissants. Le jeu subrepticement rebelle des potiches priées de s'envoyer en l'air est un régal d'oeil critique et de misère humaine. Tout se dégonfle, ministres et politicards véreux, affairistes, France-Afrique, retour à une minable tenancière de bordel. Un spectacle vénéneux sous des abords clownesque, un ovni. Bravo aux acteurs, tous impayables, dans un jeu souvent de carpettes pas si bêtes.
# écrit le 18/10/24


Comédie: Un monde possible

-Le pouvoir des mots
10/10

Pièce magnifique de Charif Ghattas où deux hommes s'affrontent à brûle-pourpoint sur une orientation sexuelle qui change la donne (je n'en dis pas plus). De ces coups de fleurets non mouchetés naît petit à petit un dialogue difficile, souvent interrompu, qui est une réflexion magistrale sur la différence et son refus lequel est le plus souvent un coût à supporter, une norme à tenir. Dans cette debauche de violence d'agressivité avec crues et décrues Niels Dubost et Xavier Bazin sont, au si bon Théâtre Lepic, littéralement habités et m'ont tenu en haleine dans une longue heure incandescente. Le sujet n'a rien de bien neuf pourtant, mais est abordé ici sous un angle très original et porté littéralement sur un fil de funambule par un jeu consommé dzs acteurs pas le moins du monde gênés par une mise en scène minimaliste de l'auteur. Une arène sauvage. Bravo !
# écrit le 22/10/24


Seul(e) en Scène: Yvonne ou ma génération Y

-Moi, je serai qui je suis
10/10

Très belle surprise au Théâtre La Flèche dans le 12e pour ce seule-en-scène de Clothilde Aubert qui n'a pas à rougir avec celles, par exemple, d'Eva Ramy (les deux se trouvant être du Conservatoire d'Art Dramatique ). Pêche, tempo endiablé, inventivité, histoires perso...mais qui ne suffiraient pas à monter un spectacle condensé tant il faut de la hargne et du talent. J'ai vu ce spectacle deux fois, pour le plaisir d'y ramener un ami. J'en retiens surtout pour ma part, dans un art du jeu tout en miscellanées et confess impromptues, l'affirmation de la femme, la prise en main de sa vie professionnelle, la critique fine et caustique du machisme ambiant, particulièrement dans le milieu du spectacle, et un hommage ému et universel à tout ce qui traverse la vie d'un humain ordinaire, enfance folâtre, grands délires adolescents, confrontation au monde dit "adulte" et fort problématique . Dans un maelstrom de fantaisie, Clothilde Aubert alias Yvonne implose, impose et expose l'urgence de l'Art dans un monde fou. Marché conclu, et ça n'a rien du tout d'une pièce bisounours, plutôt un solide bras d'honneur. Bravo à l'actrice à qui je souhaite le plus rapidement d'autres spectacles. S'il reste encore des places, j'envoie fissa ma fille.
# écrit le 23/10/24


Théâtre classique: Les fourberies de Scapin

-Du Scapin à 100 000 volts qui ne sent pas le s(c)apin
10/10

Ouille, encore un Scapin ! Eh bien, celui-là était un très bon. Difficile de faire sortir du lot cette pièce archi jouée, pouvant parfois sentir l'ennui des sorties scolaires. La troupe jeune et pleine d'inventions de L'Éternel Été, multipliant les trouvailles dans les interstices du texte, s'est déjouée de la poussière des ans et a relevé le gant avec fantaisie au Théâtre Lepic. Les divagations et pantalonnades sont littéralement jouissives, sans temps mort et d'un comique virulent. Les acteurs s'y donnent à fond dans un évident plaisir de jouer et de maintenir une pression folle. Du délicieux Molière, à voir en famille car les caprices et soubresauts de l'intrigue voient se faire pâmer les petits zé les grands. Beaucoup de rires dans la salle.
# écrit le 27/10/24


Théâtre contemporain: Le destin se moque des choix

-Courez, c'est superbe
10/10

Comme très souvent au Lepic une pièce ébouriffante de beauté. Carine Ribert et Lily Rubens sont de la fragilité la plus émouvante pour ce portrait d'instants suffocants, en suspension, et à la chute desquels va se décider le tournant complet d'une vie. Comment ne pas s'y identifier ? C' est vous, c'est moi, dans de micro-tragédies plus limitées quotidiennement vécues par tous , ou dans un plus rare cataclysme existentiel qu'on ne souhaite à personne. Les deux comparses sont parfaites dans le multi-rôle de plusieurs personnages où elles se donnent la réplique, et dans cet ode à l'amitié à travers l'enfer de la trahison ressentie.
# écrit le 04/12/24


Comédie: Témoin de Mariage

-Un grand cru de la comédie de mœurs
10/10

Un regal au petit Studio des Variétés que ce 100% boulevard croustillant, toujours en verve, multipliant les bons mots, les allusions vachardes et les situations cocasses. La tension n'arrête jamais et les acteurs, que j'ai tous vus dans Mon Meilleur Copain (pour ma part au Café de la Gare, mais le spectacle a bien tourné sur Paris ) , se connaissent parfaitement, se lancent la réplique au millimètre près, font merveille. Une des pièces joyeuses du moment pour se mettre de bonne humeur à Noël. Et bravo à l'auteur, Jean-Luc Lemoine.
# écrit le 06/12/24



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