Ses critiques -Chérie, je sors pour une course 9/10 Malgré du net surjeu par moments, vous n'echapperez pas à la mecanique implacable de Feydeau dont l'engrenage des adultères est impayable. Spectacle frais et roboratif dont on sort d'excellente humeur. Paris, capitale de la tromperie. Qui sera le dindon de la farce ? À vous d'aller le découvrir au Clavel. # écrit le 27/02/25
| -Trifouilly Side Story 8/10 C'est une comédie musicale qui a son charme au Théâtre Darius Milhaud. Si la première partie peut surprendre en rappelant les soaps façon High School Musical et les émois des jeunes ados, la mise est scène est très bien faite et les actrices se donnent à fond. Surprise totale pour une seconde partie noirissime, des années plus tard, avec les ravages du temps. Chapeau alors pour la transformation des midinettes que je vous laisse découvrir. L'alliance musique-théâtre vaut toujours le détour. # écrit le 01/03/25
| -Toucher le fond, non, le fondamental 9/10 Remarquable seul-en-scène à la Divine Comédie où, dans une absence totale de décor, Bernard Jeanjean réussit à captiver avec un jeu très particulier faisant appel à notre imaginaire. Les gestes sont esquissés, mais suffisamment pour être compris à demi-mot, et les sous-entendus entendus. Dans cette esthétique du lacunaire, ou plutôt dans cette précise imprécision qu'est la suggestion, Bernard Jeanjean nous narre une longue histoire universelle, celle d'un homme perdu dans ses verrouillages et qui aspire à respirer tant la crise est ultime. Il passe alors par des stases initiatiques qui sont bouleversantes qui lui permettent de parler à ses morts pour mieux embrasser les vivants. L'émotion, dans le dédale des souvenirs et des événements où justement le héros s'est perdu, est au rendez-vous d'autant que la formule de jeu choisie est véritablement casse-gueule. Bravo ! # écrit le 01/03/25
| -Clashs avec étincelles, étoiles Michelin et ronds de serviette 10/10 Le théâtre Darius Milhaud crève littéralement le plafond en délivrant cette pièce de Yoan Pousin tout en folie, superieurement jouée et aux répliques ciselées comme il faut . Bien dans la tradition du théâtre français d'engueulades entre amis ou en famille, façon Bacri-Jaoui, le scénario navigue de surprise en surprise, mais dans un cadre qui fera saliver pendant tout le spectacle, car il s'agit pas moins que d'un restaurant gastronomique. Assis sur votre banquette de théâtre , vous prendrez le risque de vous extasier devant les mets dégustés, et savamment décrits , tout en suivant des duels d' artillerie tirant sans ménagement avec des échanges de plus en plus coupants. L'atmosphère générale reste du plus grand comique avec une grande humanité des personnages, réalistes, typés, convaincants dans cette confrontation-déflagration générale, avec son lot de bonnes et mauvaises nouvelles entre dessert fameux et divers épisodes culinaire et para-culinaire . Cette pièce à péripéties est une perle de bonne humeur dont vous sortirez complètement rechargé après une grosse heure qui ne compte pas son mousseux d'altercations ni son pétillant de tirades le plus souvent assassines. Les acteurs Fiona Ackermann, Alexandre Geoffroy, Gabrielle Guinotte, Vincent Lagahe, Angélique Meyns, Lionel Thérond sont à applaudir pour cette loufoquerie qui peut être grave par moment et qui nous instruit de savourer le carpe diem. # écrit le 08/03/25
| -La délicatesse de parler à côté de la plaque 10/10 Cette pièce d'Adèle Royné et Vincent Bardet au Théâtre Lepic est remarquable et offre un lavage de linge sale en famille, un genre qui comporte nombre de réussites théâtrales, que je trouve particulièrement intéressant . Les dialogues sont incisifs, font mouche, font rire, mais sont loin de porter l'estocade et n'ebranlent que des certitudes finalement douteuses. Il règne dans cette pièce une atmosphère de suspension, d'irrealité par ces arriérés des non-dits qui découpe une nouvelle relation entre les personnages, pris entre torrida obscure avec taureaux fonçant têtes baissés et éclaircissement. Les coups pleuvent, portent, mais à côté, car ce qui est cru des protagonistes s'avère souvent faux, et alors s'ouvre à un second degré dans un match souvent nul où tel est pris qui croyait prendre. Cette pièce sur le mal-à-dire ce qu'il faut dire prend un virage vertigineux quand les idiots de service s'avèrent plus profonds et les finauds carapaçonnés. Le second degré devient un autre langage qui se comprend non plus dans la répartie, mais dans le silence de sa plus lente comprehension. Quand un des personnage dévoile sa poitrine à nu, la pièce atteint une acmé de renversement, les identités, les revendications des personnages chancellent, la vérité peut sortir de la bouche d'un jeu de mot ou d'une attitude débiles. Les acteurs sont brillants d'engagement et je remercie les auteurs pour cette finesse d'analyse. Le Lepic, comme d'habitude, continue sa programmation superlative. # écrit le 09/03/25
| -Époustouflante Saada, femme brisée et retrouvée 10/10 J'ai été soufflé par la présence d'Aurelie Saada qui n'en est pas à ses premières expériences théâtrales, loin de là, mais qui est plus connue comme chanteuse. Le texte de Botho Strauss était d'une difficulté dantesque, riche, dans l'argument intellectuel et pouvait présenter un risque énorme pour un.e seul.e-en-scène par une éventuelle monotonie. Peu d'actions, du discours. Eh bien non, Didon ou Medée trahie, Saada au Studio Marigny anime le texte de tout le registre des passions avec un regard moderne qui n'est pas celui de l'animosité, mais de la reconstruction. Fait assez rare, nous sommes du côté de la femme trompée, cocufiée, demonetisée par rapport à une plus jeune, qui, dans ce texte que la comédienne porte fabuleusement comme un air de bravoure, fait le bilan et travaille à sa reconstruction. Elle a tout donné et donc rien perdu, elle s'est donnée et s'est trouvée, ce chemin étonnant Aurélie Saada nous le fait comprendre avec une facilité et une maîtrise confondante d'actrice chevronnée dont on croirait qu'elle sort de décennies de pratiques et de plateaux théâtraux. Strauss via elle nous signe un classique de tragique moderne passant par tout l'éventail de la douleur, de l'auto-destruction, de la déraison, de la volonté de vivre et de renaître pour atteindre en acmé une sagesse confiante en la vie. On lui ecrirait presque un opéra à Saada ! Et cette similitude ici texte /musique n'est presque pas un hasard. La comédienne transpose. # écrit le 22/03/25
| -Très décevant 5/10 Spectacle, vu sur Paris, aux contenus très datés avec une accumulation de clichés sur les genres sexués. Le monde a changé depuis, mais cet instantané Polaroïd suranné est finalement sociologiquement intéressant. Ce pourrait être un monde d'avant, mais bien des femmes de ce monde d'avant l'ont radicalement changé, sans même parler des fiertés LGBT+++, en maîtrisant leurs vies et accédant aux plus grandes responsabilités. Alors qui est le public visé, car il existe visiblement ? Il ne devait pas y avoir grand monde de moins de 45/50 ans dans la salle, les djeunes ne s'y retrouveraient pas. Bonne présence et énergie de l'acteur-chanteur, Fred Tanto, avec de la bonne humeur qu'il sait transmettre et une belle voix enjouée. Thématique très étonnante pour un théâtre de la trempe du Darius Milhaud. # écrit le 30/03/25
| -Les femmes enfilent le pantalon, les joies et les souffrances 9/10 Très émouvante re-création par Marie-Noëlle Billard, dans un espace des faubourgs qui rappelle "L'Atelier" de Grimberg, de l'ambiance de la Grande Guerre dont la mémoire est encore là pour qui a écouté les souvenirs d'anciens ou de leurs enfants, ou contemplé la saignée hémorragique inouie qui traverse et balafre tous les cimetières de France . Les hommes sont au front pour la grande boucherie et reviendront traumatisés et/ou gueules cassées d'un conflit dont la cause s'est perdue avec les années et les camarades morts. Dans Paris vidé, les femmes, pour cause d'effort national, les remplacent, triment, reçoivent un maigre salaire mais gagnent en indépendance, c'est le début de temps modernes. Dans ce lieu clos de l'atelier de couture , les femmes parlent et les (r)-évolutions s'accélèrent. Droit de grève, droit de manifester, droit de vote, veuves de guerre au statut misérable, charge mentale, vie chère et machisme ambiant (syndicats compris) , on est bouleversé de retrouver ce contexte de misère sociale et de balbutiements énergiques des femmes à réclamer plus d'égalité, de considération et de droits. Elles ont déménagé nos arrière-grand-mères ! C'est l'époque aussi des premières championnes sportives sous l'oeil éberlué des passants . Maintenant que la lutte contre l'algorithme mental caché du patriarcat est une thematique courante, il est roboratif sous la plume de Billard et de ses excellent. e. s acteurs/trices, de relire encore une fois cette page d'histoire cataclysmique sous cet oeil nouveau et de voir que si des acquis sont là, le combat continue, ne date pas d'hier et est parti de si loin. Quant à la Grande Guerre, elle est, ici, toujours aussi infecte avec son cortège d'estropiés et d'orphelins, et de séquelles à n'en plus finir dont Martin du Gard fit, par exemple, le tissu des "Thibault" , tous décimés. Pour cette troupe de comédiens sans moyens, dont la dernière était hier soir à là Comédie Saint-Michel, le résultat fut grand avec du (petit) peu. Bravo ! # écrit le 05/04/25
| Théâtre contemporain: Œdipe Roi -Brasier du Tragique 9/10 Magnifique restitution d'un Tragique grec. L'ubris ne vous lâchera d'un poil à la Scala St-Martin et la démesure des dieux est à la mesure de celle des événements. Le plomb règne sur scène avec une mise à mort connue de tous, comme à une corrida rituelle au tempo ralenti. Tous les acteurs sont bons, particulièrement les "seconds" rôles. Jocaste ne m'a pas eue l'air dans le coup et savoir qu'on est drapé ici dans le marbre antique. Le bien plus convainquant Oedipe, qui donne beaucoup de sa personne , m'a semblé manquer aussi d'un peu de hauteur sous le fléau des calamités, mais le rôle est très difficile. Car curieuse pièce tout de même où le personnage principal n'est qu'un jouet sous les caprices du destin. On a l'impression que les Grecs y ont voulu se faire peur en mettant sur scène l' hyper hyper tabou de l'epoque, l'inceste, le parricide, la lignée créée endogène (demandez le programme, j'ai baisé ma mère, enfanté mes soeurs et tué mon père ).Donc pas grand chose à faire que s'en crèver les yeux. Un héros moderne pourrait sans doute dire qu'il n'y etait pour rien et être moins perméable à la souillure et à la culpabilité (position de Jocaste qui ne serait pas fâchée de continuer tel quel)? J'ai éprouvé plus de stupeur et tremblements dans les mises en scene impitoyables des Tragiques de Bernard Sobel. On y vient en consentant d'être tétanisés et voir les héros et les villes aplaties comme des merdes dans un cataclysme décrété par les dieux, moins pour y écouter de plus modernes fêlures de l' intime. # écrit le 15/04/25
| -Le feu coule dans les veines 10/10 Ma foi, Jean-Philippe Daguerre, présent d'ailleurs sur la scène du théâtre Saint-Georges , ne démériterait pas d'un Molière supplementaire pour cette pièce qui allie grande humanité et partage de la musique. On y retrouve un peu l'atmosphère populaire d'un petit commerce façon Le Petit Coiffeur (Les Gémeaux de Paris), mais, ici, la restitution des gueules noires des mines du nord est bluffante. Au salon du coiffeur succède maintenant le café où viennent se prendre les nouvelles dans un monde où la mortalité au travail est affolante. L'ambiance bistrot est sublime et alcoolisée, ambiance La Belle Équipe. Un concours d'accordéon permet aux non-dits, les doigts pianotants et les yeux dans les yeux, de s'exprimer dans ce désert d'horizons , que ce soit romance, colère, pauvreté, émulation du sport, amour des amis ou des enfants. Le plateau d'acteurs est remarquable d'homogénéité, tous bons, jeunes premiers comme routiers, avec une mention particulière à Jean-Jacques Vannier. Les décors roulants sont très inventifs et le propos, en général, cash. Bravo ! À ne pas rater et à aller "déguster" . # écrit le 19/04/25
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