Dessorties deslivresetmoi
Ses critiques
| 12 pages de résultats triés par | | Théâtre classique: Marius -Oh, fada... 10/10 Qu'elle est jolie, la Provence de Marcel Pagnol. Et dans Marius, qu'elle est charmante, la petite Fanny, modeste et innocente, interprétée par la tout aussi touchante et somptueuse Juliette Béhar, lauréate du Molière de la Révélation féminine 2025 grâce à son rôle dans Du charbon dans les veines, les deux pièces étant d'ailleurs mises en scène par Jean-Philippe Daguerre. Mais ici c'est l'accent marseillais qui résonne, quand chantent les cigales, sur la terrasse d'un café donnant sur le port. Marius est bien embêté, et même confronté à un dilemme. Car s'il n'osait espérer recevoir l'amour de son amie d'enfance, il faut qu'il se rende à l'évidence. Mais aussi qu'il construise sa vie, en laissant derrière lui son adolescence. Dans un joli décor, simple mais au pouvoir magique de faire descendre dans le sud de la France et reculer de quelques décennies, de formidables comédiens ont de la poésie dans les mots et des notes musicales dans la voix. C'est un moment dépaysant et doux, une parenthèse un brin nostalgique qu'il est bon d'ouvrir dans un théâtre de qualité, mais qui ne donne pas du tout envie de la refermer... # écrit le 24/10/25
| -Applause ! 8/10 N'est pas comédien qui veut. Si ? Metteur en scène plus prétentieux que talentueux, ses comédiens en ont ras-le-bol et décident de se passer de lui. Oui mais lui a sa première dans une semaine et ne peut pas se passer d'eux. Enfin de qui que ce soit, mais il lui faut quelqu'un. En fait, quelques-uns. Qui a-t-il, sous la main ? Personne qui soit dans le bain, mais ça suffira bien. Demandant, ou plutôt exigeant -comme il sait si bien le faire- que son entourage s'y colle, il n'y a plus qu'à former les recrues ; en version express. Plus facile à dire qu'à faire, évidemment. Mais si tout était destiné à se passer sans accroc, Alil Vardar se considèrerait lui-même comme un escroc. Des jeux de mots, des quiproquos, il ne manque plus que des saltos. Tout y passe et tout est prétexte à passer des sourires aux rires, dans le public bien sûr, mais aussi sur scène, où les comédiens eux-mêmes se laissent parfois aller tantôt à une impro, tantôt à un fou rire, plus ou moins fou, et plus ou moins ri. Pas de doutes, on est certainement dans ce que l'on peut considérer comme le théâtre populaire par excellence, sans la moindre connotation péjorative, mais au contraire conçu et orchestré de main de maître par un Alil Vardar qui s'en est fait l'expert. Et il ne risque pas d'avoir tort, puisque le public a toujours raison ! # écrit le 14/10/25
| -C'est celui qui dit qui y est ! 10/10 Marc Tourneboeuf, impatient ? Mais qu'est-ce qu'on devrait dire, alors ! Fort de ses presque 300 000 followers sur Instagram, beaucoup l'ont précisément connu grâce à ce réseau, et à ses fameuses vidéos courtes, saturées de jeux de mots, tel un Raymond Devos 2.0 : plein d'énergie, de vigueur et de modernité. On aurait pu se demander ce que cela donnerait sur une scène. Mais c'était oublier, qu'en plus d'être spirituel, l'artiste est avant tout intelligent. Il le prouve dans son spectacle, joué quelques fois auparavant mais véritablement lancé à Avignon, dans la salle Le Paris qu'on espère prémonitoire pour pouvoir vite rejoindre la capitale, qui aura toutes les raisons de l'acclamer. Sa patte, il la conserve, mais il la diversifie, aussi. Il sait qu'un texte tout en rimes ne rimerait à rien, et il s'inscrit donc dans la pure tradition du stand-up en alternant avec des histoires drôlissimes, tout en fil rouge, tellement bien écrites, et si bien interprétées. Car il ne faut pas s'y tromper, l'homme aux multiples casquettes est bien comédien de formation, et il n'avait aucunement l'intention de nous priver du plaisir de le voir à l'œuvre. Pour ne pas dire chef d'œuvre, car dans un rythme surhumain qui, statistiquement devrait garantir la présence de quelques loupés, et bien non, quand c'est propre et sain, c'est St Marc ! Si vous ne le connaissez pas encore, on vous pardonne pour l'instant. Mais faites vite tout de même ou l'on pourrait bien devenir impatient... # écrit le 11/10/25
| -A la guerre comme à la guerre ? 10/10 La guerre, c'est un truc de bonhommes ! Aujourd'hui, plus personne n'oserait proférer de tels propos, mais tout le monde penserait secrètement que c'est pourtant vrai. Faux ! Les Rochambelles, c'est une histoire incroyable restée jusqu'à présent méconnue, de femmes exceptionnelles, idéalistes et courageuses, qui ne voulaient pas demeurer sur le bas-côté pendant la Seconde guerre mondiale, quand les hommes étaient régulièrement appelés sur le front. Leur idée : constituer une unité d'ambulancières, en première ligne pour porter secours à leurs frères d'armes. Encore fallait-il à la fois se former au métier et surtout se faire accepter par une hiérarchie qui ne les voyait pas forcément d'un bon œil. Sauf éventuellement ceux qui attendaient qu'elles leur fassent les yeux doux ? ... Entraînement physique, pression mentale, tout y passe dans cette pièce d'une grande originalité, tant dans le texte que dans la mise en scène, tous deux de pattes féminines. Une vraie bombe dans le milieu théâtral mais plutôt que de laisser les rumeurs la désamorcer, allez la dégoupiller vous-mêmes ; paradoxalement, cela vous procurera un moment (d)étonnant et explosif ! # écrit le 06/10/25
| -Déjà vu, mais pas vraiment 8/10 L'histoire et les combats de Gisèle Halimi, qui a œuvré pour la cause des femmes pendant des décennies, à différentes fonctions jusqu'aux plus hautes, on les connaît déjà presque tous, même si cela fait toujours du bien de les réentendre. Alors pour se lancer une nouvelle fois dans cette narration, il fallait quelque chose de plus. De novateur. C'est ce qu'a essayé de faire Léna Paugram, dans sa mise en scène très épurée, avec un unique mur de fond et sans accessoires, misant néanmoins sur le récit et le jeu. C'est là que l'idée est bien pensée : pour cela, il fallait miser non pas sur une Gisèle Halimi, mais sur deux ! Avec Marie-Christine Barrault à la barre, qui contraste avec la jeune Hinda Abdelaoui que l'on pourrait croire, à tort, inexpérimentée, c'est le choc des générations assuré. En réalité, cela permet surtout, outre un texte plus dynamique, de mettre une femme en opposition (ou à vrai dire, plutôt en complément) avec elle-même, afin d'entendre ses témoignages à différentes périodes de sa vie. Il est donc permis d'assister à une sorte de plaidoyer, ce qui n'a finalement rien d'étonnant pour une avocate... Afin que cette version des faits lui rende, de facto... justice. # écrit le 06/10/25
| -Simple comme bonjour 10/10 Félicité est une servante exemplaire, fiable et dévouée à la famille qu'elle sert. Flaubert, dans une démarche révolutionnaire, s'est intéressé à ce qu'aucun n'osait faire. Quelle histoire formidable est ainsi racontée, sans tambours ni acrobaties. Non, seulement des tranches de vie d'une femme bien polie, et corvéable à merci. Elle n'a rien mais elle donne tout. On se demande quelle folie elle a à vouloir aimer des fous. La mise en scène particulièrement sobre de Xavier Lemaire laisse la part belle à l'impressionnant jeu d'Isabelle Andréani, sensible et poignante, irrésistible et puissante. C'est pourtant difficile de faire simple. Sauf quand c'est avec le cœur. Le seul en scène n'est pas du goût de tous, mais il faut goûter celui-ci, au risque d'y prendre goût. # écrit le 03/10/25
| -C'est un cygne ? 10/10 Roi de l'humour, des jeux de mots et des calembours, Christophe Delort, qui ne peut plus cacher son petit faible pour Sherlock Holmes, s'attaque pour la troisième fois à l'un des textes d'Arthur Conan Doyle, qu'il adapte et assaisonne à sa sauce. Dans Le signe des quatre, voilà quatre signes d'une réussite certaine : 1. Les enquêtes, même d'un autre siècle, plaisent toujours autant. 2. Sherlock Holmes est l'un des plus grands héros de tous les temps, non clivant, pour petits et grands. 3. Le brillant auteur / metteur en scène / comédien sait s'entourer : il le prouve avec Bénédicte Bourel et Florian Maubert. 4. Ils jouent sans se jouer de nous, avec rythme, panache, modernité et anachronismes divers. Finalement, ces trois-là plus le public, ça fait quatre. Si ça, ce n'est pas un signe ?! Allez, affaire résolue, chère loque, comme dirait Watson à son acolyte, pas spécialement alcoolique mais souvent (sous*) stupéfiant, et dont on boit les paroles. * d'après la légende, qui ne l'a pas empêché d'en devenir une. # écrit le 02/10/25
| -Magique ? 8/10 S'il y a bien un moment où la magie a été à son comble dans la vie de Mathieu Stepson, c'est certainement ce soir de finale 2024 de La France a un incroyable talent, qu'il a remportée, au comble du bonheur. Depuis, il excelle dans sa discipline, avec un seul but en tête : offrir du rêve à son public. Heureusement que celui-ci (le rêve, pas le public ; quoique...) peut se téléporter, même jusqu'au Festival d'Avignon, qui n'est pas réservé qu'au théâtre, mais à l'art vivant en général. Au Petit Paris, le mentalisme opère. Vous pouvez penser ou dire ce que vous voulez, il le trouvera et vous le restituera, d'une façon ou d'une autre. De quoi rendre petits et grands pantois. Un truc ? Imaginez-vous réellement le contraire ? Quel truc ? Ah, ça, personne ne vous le dira. Conséquence : soit vous cherchez, quitte à sentir de la fumée sortir de vos orifices ; soit vous vous laissez porter par le cours du spectacle. L'un est plus agréable que l'autre, à vous de deviner lequel... Ou bien de demander l'avis de Mathieu Stepson, qui y verra peut-être plus clair que vous ? Mais en arriver là serait vraiment abracadabrantesque... # écrit le 23/09/25
| -Libérer les maux, ça fait du bien ! 8/10 On ne sait jamais à quoi s'attendre. Rassurez-vous, eux non plus... Pour autant, ils ne sont pas débutants : Esteban Perroy est le directeur de l'Ecole Française d'Impro Théâtrale, David Garel enseigne l'improvisation au Cours Florent. Rien que ça ! Il n'y a plus qu'à les laisser enfiler leur costume imaginaire pour incarner des rôles bien concrets, ceux soumis par le public, sur des saynètes qui durent un bon quart d'heure à chaque fois. Au-delà de l'imagination, qui semble évidemment plutôt incontournable pour se lancer dans ce type d'aventure, c'est surtout le rythme, qui est effarant. Pour mélanger de nombreux personnages et parfois se les échanger entre eux, sans même s'en avertir, il faut une connivence à toute épreuve, établie depuis bien des années. Le résultat de leur spectacle, Pandore, est sidérant, au point même qu'on se demande parfois si tout est bien réel, mais pas de doutes, quand on se refait le film, on se rend compte qu'il n'y a pas de subterfuge possible. Allez, coupez, c'est dans la boîte ! # écrit le 18/09/25
| -Ça swingue ! 10/10 Loin de la danse des canards, La valse des pingouins est comme une flottille de rebondissements qui, pour certains, prennent leur envol, pour d'autres, prennent la marée. C'est bon cygne ! À l'écriture comme à la mise en scène, et également dans le jeu, on retrouve le grand Patrick Haudecœur, qui s'en est donné à cœur joie, une nouvelle fois. À l'œuvre depuis des décennies, il sait exactement quand et comment agir sur les manettes du rire, en intégrant tous les ingrédients qui garantissent le succès : de très bons comédiens, un rythme haletant, de la musique (avec un orchestre live ce coup-ci), de l'absurdité... Une recette qu'il a essayée à toutes les sauces et qui parvient cependant à ne pas se laisser dépasser et à toujours afficher une touche de modernité. En tout cas, et là, il n'y a pas de doute permis, le public est absolument hilare. La preuve que sa nomination aux Molières pour la meilleure comédie était tout à fait légitime. Certains se noient dans un verre d'eau, Patrick Haudecœur marche dessus. On est content qu'il ne reste pas dans son coin coin et qu'il n'en ait pas mare car, il le prouve encore, il demeure le roi du boulevard, registre qu'il maîtrise et qui lui va tellement bien ! # écrit le 28/08/25
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