Ses critiques -Tchékhov, ça rit, ça pique, ça claque 8/10 Cinq acteurs merveilleux, subtils et féroces, tour à tour hilarants ou graves, font jaillir 7 ou 8 nouvelles de Tchekhov — et nous propulsent, un vendredi soir, à mille lieues de notre époque. Un Tchekhov vivant, drôle, cruel, bouleversant : cinq comédiens en feu, et nous voilà partis très, très loin… sans même avoir quitté nos fauteuils ! # écrit Il y a 4 semaines , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -Du bon rire 8/10 Hier soir, j’ai ri. Mais ri comme on rit rarement. Ri au point d’en oublier que je suis censée garder un regard analytique, structuré, presque chirurgical — déformation professionnelle oblige quand on fait ce métier de critique de théâtre et de cinéma. À la Comédie-Française, j’ai découvert (ou redécouvert) Les hommes sont cons et les femmes sont casse-couilles, une pièce qui a déjà conquis plus de 400 000 spectateurs — et l’on comprend pourquoi dès les cinq premières minutes. Deux acteurs. Deux. Pas de décor pharaonique, pas d’effets spéciaux, pas de fumée dramatique pour masquer une faiblesse d’écriture. Juste eux. Et une salle. Et une énergie qui ferait redémarrer une centrale nucléaire. Ils sont jeunes, ils sont beaux (oui, il faut le dire, le théâtre aussi est un art plastique), mais surtout : ils sont d’une précision redoutable. Précision dans le rythme. Précision dans le regard. Précision dans l’art délicat — et dangereux — de l’humour un peu vache. Car on rit. Oh que oui, on rit. Mais on rit jaune parfois… parce que, malheureusement, on se reconnaît. Dans ces petites lâchetés masculines. Dans ces exaspérations féminines. Dans ces dialogues absurdes qui ressemblent beaucoup trop à ceux que l’on a eus la veille. Leur rapport à la salle est une masterclass. Un vrai. Ils cassent le quatrième mur avec l’élégance d’un funambule et la malice d’un enfant pris la main dans le pot de confiture. Interaction directe, improvisation millimétrée, timing chirurgical. On sent le travail. On sent l’intelligence. On sent surtout un amour profond du public. Et parlons-en, du public. De 18 à 99 ans (et même plus, soyons fous), tout le monde rit. Les étudiants rient. Les couples rient… parfois nerveusement. Les seniors rient avec cette petite lueur dans l’œil qui dit : « Ah, ça, on l’a vécu. » Mais au-delà du rire, il y a quelque chose de profondément admirable dans leur démarche. Ces deux comédiens, avec leur ingénieur du son — troisième mousquetaire discret mais essentiel — reversent leurs recettes au théâtre pour qu’il survive. Un théâtre underground, fragile, au bord de la fermeture. Un lieu qui respire encore grâce à des artistes qui préfèrent soutenir la scène plutôt que gonfler leur compte en banque. Et là, permettez à la critique de sortir de sa neutralité académique : C’est courageux. C’est noble. Et c’est tristement nécessaire. Parce qu’en France, on aime proclamer notre amour de la culture. Mais les théâtres indépendants, eux, se battent chaque jour pour exister. Alors voir des artistes s’engager ainsi, avec autant de panache et de générosité, mérite plus qu’un applaudissement : cela mérite notre présence. En tant que professionnelle, je pourrais vous parler de structure dramaturgique, de mécanique comique, d’archétypes genrés habilement détournés. Je pourrais analyser la tension narrative et la progression des tableaux. Je pourrais. Mais je vais plutôt vous dire ceci : Allez-y. Allez passer une soirée très, très charmante. Très, très marrante. Une soirée où l’on rit de l’autre, mais surtout de soi. Une soirée où l’on ressort léger, un peu piqué, mais infiniment heureux d’avoir partagé ce moment vivant. Parce que le théâtre, le vrai, c’est ça. Deux acteurs. Une salle. Et 400 000 raisons de continuer. # écrit le 04 Mars , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
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