Cette pièce agréable à suivre m'a donné des problèmes de compréhension, d'où mon laïus un peu étoffé. Les hommes, pourquoi les hommes ? Question qui vient, les femmes seraient-elles plus éveillées dans la pièce ? Or celle-ci m'a donné une impression de flou cotonneux avec des contenus latents qui avaient du mal à s'exprimer et/ou qui ne sont pas assez exploités . La note d'intention du metteur en scène brouille la lecture en proposant une interprétation - les jeunes choisiraient la résistance, au contraire de leurs aînés - qui n'est pas la seule qu'on puisse avoir du texte. Il y a un peu de tout dans cette heure trente à l'Athénée, des couples dont on ne sait pas grand chose , s'ils s'aiment furieusement, ou maladivement, ou silencieusement, ou s'ils se détestent. Les jeunes ont l'air plus vifs, peut-être plus naïfs, en tout cas deux générations s'observent sans avoir les mêmes paradigmes, mais avoir l'avis les uns des autres semble cependant important , peut-être même le sujet de la pièce, et fait tout ce face-à-face nocturne étrange où l'on se toise au propre comme au figuré (qui fait mieux que ?), mais jusqu'à un certain point. Est-ce un désir de filiation et de continuité chez les plus vieux, un refus d'identification et de ressemblance chez les plus jeunes ? Un test pour se frapper à l'aune de l'authenticité ? À un moment stratégique, la jeune femme frappe l'homme aîné, qui s'auto-declare indestructible, à sa demande. Le spectateur pressent qu'il doit y avoir une énorme symbolique, le sang coule, mais , de même, la signification de cette scène reste flottante , devant la nonchalance du blessé. Alors ? Masochisme, jemenfoutisme, test de puissance, déni de vieillesse , envie d'un enfant rebelle ? L'homme blessé ne laisse pas de réponse évidente au geste provocant mais provoqué de la jeune fille, sinon une mollesse qui l'a renverrait, elle, par contraste à une hyper violence incontinente et incontrôlée. On pourrait y lire aussi une opposition démission versus gniaque, mais tout aussi bien vieux renard versus jeune chien. Il reste surtout sur scène une éruption de violence , et son évacuation, ce qui laisse perplexe. Les couples s'équilibrent sans qu'il y ait de bons ou de mauvais, le sens en pâtit, mais, après tout, le théâtre de Crimp est peut-être plus dans l'atmosphère, l'émanation que dans la désignation directe. À un autre moment charnière , la femme mûre s'étend sur la surcharge mentale des femmes en ce qui concerne l'éducation des enfants , qu'elles prennent à bras le corps alors que leur charge professionnelle de travail égale à celle de hommes. Ce discours est reçu dans un vide où l'on croit deviner surtout l'épuisement professionnel de tous les personnages. Cette remarque était-elle alors à caractère féministe chez Crimp ? L'aînée veut en prévenir sa cadette, sa fille symbolique, puisque présentée comme hyper brillante , laquelle ne lui répond pas ou esquive. S'ensuivra un ballet étrange où la mécanique du face-à-face et des certitudes part en morceaux. L'aînée a tout sacrifié à sa carrière et se justifie de ne pas avoir eu d'enfants, et sa cadette enceinte, qui lui donne du respect hiérarchique et est sa dauphine putative dans le même emploi exténuant, l'observe craquer devant les coups bas du patron. La critique me semble plus sociale , avec un tableau général dépressif. De manière plutôt inattendue, le mari de l'aînée sera bien plus réconfortant avec elle que la description qu'elle en donnait laissait augurer, celle du carcan inanimé d'un couple usé mais qui a "réussi" . En face, le couple des deux jeunes n'a pas l'air si battant,, si "opposable" , entre drogue , alcool et hyper violence. On sent bien que le moteur de la pièce réside dans l'invitation à se voir entre couples, une sorte d'appel qui est aussi un appel à l'aide, entre démonstration cynique auto-suffisante et perdition qui se cache à peine, mais en tant que spectateur intrigué, j'ai souvent perdu le fil. Dans ce climat nébuleux où les personnages se trainent comme sous un temps de mousson, j'ai trouvé les acteurs bons, particulièrement la jeune Hortense Girard. À vous de voir.
C'est la nuit chez Julia et Paul, la cinquantaine, deux brillants universitaires totalement voués à leurs carrières.
Alors que Julia parle à Paul du vide qui a envahi leurs vies et de son absence de désir, sa nouvelle collaboratrice Joséfine et son compagnon Tilman sonnent à la porte...
Créé en 2018 pour la troupe du Deutsche Schauspielhaus à Hambourg, Des hommes endormis est une oeuvre de Martin Crimp, auteur qui aime explorer la violence du monde contemporain avec une cruauté tranchante et un humour dévastateur. À la mise en scène, Ludovic Lagarde propose une étrange nuit, entre rêve et réalité. Un texte puissant dans une traduction en français d'Alice Zeniter.
Création à l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet
La distribution du spectacle ✨
Auteur(s) :
Martin Crimp
Mise en scène :
Ludovic Lagarde
Des hommes endormis, les avis spectateurs
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