Le jeu de l’Amitié et du hasard
Evidemment, mon titre n'est pas anodin, c'est en souvenir d'une des premières pièces -si ce n'est la première- jouée par Gaëtan Peau à Paris! Cela dit, je reste persuadée qu’il n’y a pas de hasard !...
Que dire de cette pièce?
1- Quel bonheur pour nous, parents, de passer une soirée en namoureux, après 4 mois de rythme infernal!
2- Quand le metteur en scène vous envoie l'affiche de son spectacle, vous ne pouvez que dire oui! C'est l'amitié, ça aussi! Alors vous vous direz que je vais être sympa parce que je connais le metteur en scène?! Détrompez-vous, j'ai pris des cours de critique de spectacle à la fac, et je m'appuie dessus!
Alors, je me lance:
On est bien installés, ce qui est un plus! Ce n'est qu'un détail, mais on a l'impression d'être avec les trois comédiens sur scène: on est à table avec eux...
C’est une histoire d’amitié qui règle ses comptes un mardi soir… Les trois personnages sont attachants, vrais (mention spéciale à « Pascal », époustouflant !)… On aurait envie de les connaître. D’ailleurs, on les connaît : ce sont des gens avec qui on vit, qu’on croise ou avec qui on a de grandes conversations passionnées !
Pascal, c’est l’enfant qui sommeille en nous, qui croit à ses rêves même si parfois il manque de réalisme.
Stanislas, c’est un peu le cancre de la classe qui a fini par choisir l’Education Nationale, ne sachant quoi faire d’autre ! Comme il a un peu d’argent et ne sait qu’en faire, il se paye le luxe d’une salle de théâtre.
Emmanuel, c’est l’homme posé, marié et bientôt père, l’image de celui qui a réussi sans faire de vague, en ayant bossé juste ce qu’il faut.
En fait, c’est un peu chacun de nous à différentes étapes de nos vies. Le truc, c’est qu’Emmanuel a décidé de bousculer un peu son train-train pépère et d’avancer dans la vie, alors que les deux autres stagnent : il y’en a un qui se prend pour Coluche II et le deuxième qui fait ses spectacles pour lui tout seul.
Du coup, ce sera leur dernier mardi soir !
La lumière va se faire sur qui ils sont et surtout comment leur amitié a évolué au fil des ans. Ils sont tous les trois et pourtant ils sont seuls : Pascal est seul avec ses rêve et ses chansons, sans femme ni enfant, Stanislas est seul face à la scène le soir et Emmanuel est le seul à s’en aller.
On pourrait se dire : super une histoire de mecs qui font le point sur leurs vies et leur amitié…pas très original ! Faux : c’est plein d’humour et de tendresse…et surtout, cela apporte un regard sur la difficulté à « percer » dans le monde du spectacle : certains sans talent y réussissent alors que d’autres triment…Il y a du vécu, là-dessous, ça ne fait aucun doute !
Cela me rappelle un certain auteur : Jean-Paul Alègre : un Monsieur que je respecte beaucoup et dans les pièces duquel il y a aussi plusieurs degrés de lecture…
On sent aussi l’humour -parfois grinçant mais toujours juste- du metteur en scène ; un passé de littéraire et sans aucun doute un passage par la fac de philo ! C’est vraiment juste, les comédiens sont là, concrets, ce qui en fait leur force et donne tout son sens à la pièce. Tout cela nous fait réfléchir sur nos amitiés, nos doutes quand aux chemins que nous avons empruntés : ai-je fait le bon choix ? Pourquoi ai-je arrêté le théâtre ?.... C’est si difficile de laisser des choses et des gens derrière soi, même s’il faut parfois tourner la page !
A la fin du spectacle, j’ai réalisé que ce metteur en scène avait été le mien, il y a déjà quelques années, quelle émotion ! La fin de la pièce, les tous derniers mots, ont été pour moi entre le rire et les larmes…des frissons dans le dos. Je suis fière d’avoir connu Gaëtan Peau à ses débuts, et de le connaître encore : ce n’est pas ça, la définition de l’Amitié ? En tous cas, une chose est sûre : j’ai réalisé ce que j’avais oublié : le théâtre est un vecteur d’amitié et d’émotion et si je ne remonte jamais sur scène, peut-être oserai-je, un jour, prendre la place de celui qui tire les ficelles… ?
Un regret ? Ah oui : moi aussi, je veux y goûter à cette fameuse « Fiat Lux » !
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