Ses critiques
| 2 pages de résultats triés par | | -et si vous décidiez de la vie d’un autre ? 10/10 Choisir paraît toujours plus facile lorsqu’il s’agit de la vie des autres. Avec L’Embarras du choix, Sébastien Azzopardi et Sacha Danino prennent cette idée au pied de la lettre : au Théâtre de la Gaîté Montparnasse, le public décide des directions que prendra l’existence du héros. Un principe ludique qui transforme les hésitations ordinaires en matière à comédie. Le jour de ses trente-cinq ans, Max réalise que sa vie ne ressemble pas tout à fait à celle dont il rêvait. Amour, travail, amitié, famille : les questions s’accumulent, mais les réponses se font attendre. À chaque décision importante, cet indécis se tourne donc vers la salle. Aux spectateurs de trancher, puis de découvrir les conséquences de leurs choix. Ce point de départ possède un ressort comique particulièrement fertile : nous voilà responsables d’un personnage auquel nous pouvons conseiller toutes les audaces, sans avoir à en subir personnellement les conséquences. La prudence que l’on applique à sa propre existence résiste-t-elle lorsqu’un autre prend les risques à notre place ? Le dispositif invite ainsi à une lecture amusante de nos contradictions. On veut que Max soit heureux, mais une décision raisonnable promet-elle forcément l’histoire la plus drôle ? Entre le conseil bienveillant et la tentation de provoquer une catastrophe, le spectateur découvre une position délicieusement inconfortable. Cette participation change également la manière d’aborder le récit. Une décision engage la suite, tout en laissant planer une question : qu’aurait-il pu se passer autrement ? La présentation annonce 128 parcours possibles, donnant au spectacle une structure à embranchements plutôt qu’un déroulement unique. Derrière le jeu apparaît alors un sujet plus intime : la peur de renoncer. Choisir une direction, c’est abandonner les autres, accepter de ne pas tout vivre et avancer sans garantie. Max incarne cette hésitation familière, poussée jusqu’à l’absurde puisqu’il confie ses décisions à des inconnus. L’idée séduisante de L’Embarras du choix tient à cette rencontre entre une interrogation universelle et un plaisir collectif : que faire de sa vie, lorsque tant de possibilités nous empêchent justement de vivre ? La pièce propose d’en faire un terrain de jeu. Et rappelle, avec malice, que les meilleurs conseillers ne sont pas ceux qui devront assumer la suite. # écrit Il y a 3 semaines
| -un huis clos où chaque minute compte 10/10 Au Théâtre Fontaine, 2:22 A Ghost Story transforme un dîner entre amis en une nuit de doute et de tension. Jeanne entend chaque nuit, à 2h22, des bruits inquiétants dans sa maison. Face à Sam, son compagnon résolument cartésien, elle décide d’attendre l’heure fatidique avec leurs invités. Quatre personnages, des certitudes qui vacillent et une question qui nous tient en haleine : sont-ils vraiment seuls ? Louane Emera touche par la vulnérabilité et la détermination qu’elle apporte à Jeanne. Guillaume Labbé lui oppose une assurance rationnelle parfois exaspérante, tandis que Constance Dollé et Valentin de Carbonnières enrichissent ce face-à-face d’humour et de convictions contradictoires. Sous la direction de Ladislas Chollat, les silences, les lumières et les bruits font progressivement basculer un intérieur familier dans l’inquiétant. Malgré quelques échanges qui pourraient gagner en concision, ce thriller surnaturel réussit à nous faire rire, sursauter et scruter le moindre détail. Son dénouement invite à reconsidérer toute la soirée : une excellente raison de préserver le mystère jusqu’au bout. # écrit Il y a 3 semaines
| -Un face-à-face tendu et élégant 10/10 Avec Hitchcock et Mary Rose, le Théâtre de l’Œuvre nous entraîne dans les coulisses de l’univers d’Alfred Hitchcock, mais surtout dans les zones beaucoup plus troubles de la personnalité du cinéaste. La pièce de Michael Sadler imagine une rencontre entre Hitchcock, la scénariste Jay Presson Allen et Tippi Hedren, peu avant le tournage de Pas de printemps pour Marnie. Le réalisateur leur présente alors un projet qui l’obsède : adapter Mary Rose, l’étrange histoire fantastique de J. M. Barrie, l’auteur de Peter Pan. Ce qui commence comme une simple séance de travail se transforme progressivement en huis clos psychologique. À mesure que le texte de Mary Rose se dévoile, c’est Hitchcock lui-même qui semble être disséqué. Ses obsessions, ses blessures, son rapport aux femmes et surtout l’emprise qu’il exerce sur Tippi Hedren viennent contaminer la lecture. La grande réussite du spectacle tient à cette frontière constamment brouillée entre cinéma, théâtre, fiction et réalité. Christophe Lidon, qui signe la mise en scène et la scénographie, retrouve quelque chose de profondément hitchcockien : l’inquiétude naît moins de ce que l’on voit que de ce que l’on devine. Les lumières de Cyril Manetta, la musique de Cyril Giroux et l'utilisation de la vidéo participent pleinement à cette atmosphère presque cinématographique. Éric Prat compose un Alfred Hitchcock particulièrement convaincant. Il en retrouve l’ironie, l’autorité et cette présence immédiatement reconnaissable, tout en laissant progressivement apparaître un personnage beaucoup plus dérangeant. Face à lui, Mélanie Page apporte à Tippi Hedren une véritable force. L'actrice n'est pas seulement présentée comme une muse ou une victime : elle devient peu à peu l'adversaire du cinéaste dans un duel où désir, pouvoir et manipulation se confondent. Marjorie Frantz, dans le rôle de la scénariste, complète avec justesse ce trio. Et c'est probablement là que Hitchcock et Mary Rose est le plus intéressant : la pièce ne cherche pas simplement à reproduire l'univers du maître du suspense. Elle utilise ses propres codes pour retourner la caméra vers lui. Pendant 1h20, le spectacle fait ainsi surgir derrière l'immense cinéaste un homme traversé par ses fantasmes et ses contradictions. Un face-à-face tendu et élégant, qui donne envie de replonger aussi bien dans Marnie que dans cette mystérieuse Mary Rose qui n'a jamais cessé de hanter Hitchcock. # écrit Il y a 3 semaines
| -Une comédie drôle, déjantée et généreuse 10/10 Il y a des invitations que l’on regrette presque immédiatement. Avec Fallait pas les inviter, actuellement au Théâtre Tristan Bernard, un simple dîner entre voisins devient le point de départ d’une soirée où les bonnes manières ne vont pas résister très longtemps. Patrick et Michel ont décidé de recevoir leurs voisins du dessus. Tout est préparé pour passer une soirée agréable et donner la meilleure image possible. Mais derrière les sourires de circonstance et les conversations polies, les personnalités commencent rapidement à se révéler. Les non-dits remontent à la surface, les maladresses s’accumulent et le dîner bascule progressivement dans un joyeux chaos. La pièce de Fanny Gurunlian repose sur une mécanique comique particulièrement efficace : partir d’une situation quotidienne pour la pousser toujours plus loin vers l’absurde. Les apparences sociales, le besoin de plaire, le regard des autres et nos petites névroses deviennent autant de terrains de jeu. Nicolas Briançon signe une mise en scène très rythmée qui laisse peu de temps au spectateur pour reprendre son souffle. Les répliques fusent, les situations s’enchaînent et la tension monte jusqu’à faire complètement exploser les conventions du début. François Vincentelli, Olivier Claverie, Andy Cocq et Aude Thirion forment surtout un excellent quatuor. Leur complicité donne beaucoup d’énergie au spectacle et chacun possède son propre registre comique. François Vincentelli confirme notamment qu’il peut passer avec une belle aisance de rôles beaucoup plus sombres à la comédie. Mais derrière les éclats de rire, Fallait pas les inviter observe aussi avec une certaine férocité nos comportements en société et tout ce que l’on tente de dissimuler pour préserver les apparences. Une comédie drôle, déjantée et généreuse, portée par quatre comédiens qui semblent prendre autant de plaisir sur scène que le public dans la salle. Et après cette soirée, une conclusion s’impose : parfois, avec ses voisins… fallait vraiment pas les inviter ! # écrit Il y a 3 semaines
| -Laponie : François-Xavier Demaison et Patrick Mille au cœur d’un Noël qui tourne au règlement de comptes 10/10 Noël possède ce pouvoir étrange : réunir les familles tout en leur demandant de ressembler, pendant quelques heures, à l'image idéale qu'elles se font d'elles-mêmes. Il faudrait oublier les distances, suspendre les désaccords et retrouver une complicité intacte entre deux cadeaux. Mais les retrouvailles ne suffisent pas toujours à effacer les années. Parfois, il manque seulement une étincelle pour que les tensions prennent toute la place. Dans Laponie, cette étincelle vient des enfants. Deux soeurs, incarnées par Ophélia Kolb et Elisa Erka, retrouvent leurs maris respectifs, joués par François-Xavier Demaison et Patrick Mille, pour un réveillon au pays du Père Noël. Lorsque la fille de l'une révèle au fils de l'autre que celui-ci n'existe pas, la soirée bascule. La pièce de Cristina Clemente et Marc Angelet transforme ainsi une révélation enfantine en point de départ d'un règlement de comptes entre adultes. Le choix du Père Noël comme détonateur est particulièrement intéressant. En apparence, le sujet semble presque dérisoire. Pourtant, il touche immédiatement à l'éducation, à la confiance et à l'autorité parentale. Dire la vérité devient une question de principe ; préserver la magie, une manière de défendre l'enfance. Chacun peut alors trouver de solides raisons de s'offusquer, et de moins bonnes raisons de vouloir triompher. C'est là que ce point de départ prend une dimension plus mordante. Une discussion sur les enfants peut très vite devenir un jugement sur leurs parents. On ne parle plus seulement d'une croyance, mais de la manière dont l'autre aime, protège ou transmet. La moindre objection paraît remettre en cause un choix de vie. Et lorsque la famille s'en mêle, les arguments du présent risquent de se charger de blessures beaucoup plus anciennes. François-Xavier Demaison et Patrick Mille, au centre de la confrontation La présence de François-Xavier Demaison et de Patrick Mille donne au spectacle deux figures immédiatement identifiables, placées au coeur de cette réunion familiale. Leur association suscite une attente particulière autour de la confrontation des caractères : comment défendre sa place, ses convictions et son couple lorsque le repas commun devient un espace de désaccord ? L'intérêt de cette configuration tient aussi à ce qu'elle permet d'interroger la position des conjoints. Dans une histoire familiale déjà constituée, ils sont à la fois participants et nouveaux venus. Ils peuvent soutenir, contredire, tenter d'apaiser ou contribuer à envenimer les échanges. À travers eux se pose une question familière : jusqu'où faut-il prendre parti lorsque les tensions de la belle-famille viennent s'installer dans son propre couple ? Ophélia Kolb et Elisa Erka occupent, de leur côté, une place essentielle dans l'argument de la pièce. Les retrouvailles des deux soeurs portent une histoire commune que leurs maris ne partagent pas entièrement. Entre soeurs, une phrase possède parfois plusieurs sens : celui que tout le monde entend et celui que l'autre reconnaît immédiatement. Cette intimité peut être un refuge ; elle peut également rendre les reproches plus précis. Léon Foisy et Hugo Gasparini complètent la distribution. La présence des enfants dans ce conflit invite surtout à déplacer le regard. Les adultes prétendent décider de ce qui est bon pour eux, mais quel exemple donnent-ils lorsqu'ils deviennent incapables de s'écouter ? La question de la vérité rejoint alors celle, plus embarrassante, de la cohérence. Ce que les fêtes révèlent de nous Le cadre de Noël renforce ce paradoxe. Tout encourage la tendresse, tandis que chacun peut se sentir sommé de tenir son rôle. Il faut être un parent attentif, un conjoint solidaire, une soeur heureuse des retrouvailles. Cette obligation de bonheur peut rendre le moindre incident disproportionné. La fête devient fragile précisément parce qu'on lui demande trop. À partir de son argument, Laponie ouvre ainsi une réflexion sur les récits qui permettent à une famille de fonctionner. Il y a ceux que l'on raconte aux enfants et ceux que les adultes entretiennent entre eux : nous nous connaissons parfaitement, nous voulons tous la même chose, nos désaccords sont sans importance. Une parole imprévue suffit parfois à montrer combien ces certitudes sont précaires. Le sujet possède aussi une force universelle. Qui n'a jamais assisté à une conversation où une remarque anodine finit par engager toute une vision du monde ? Qui n'a jamais senti, autour d'une table, que l'on discutait officiellement d'un détail alors que le véritable conflit se trouvait ailleurs ? Cette proximité avec les petites fractures du quotidien donne au projet une matière propice à une comédie qui peut faire réfléchir autant qu'elle promet de divertir. La question la plus stimulante de Laponie dépasse donc l'existence du Père Noël : faut-il toujours gagner une discussion, même lorsque l'on risque d'abîmer ceux avec qui l'on espérait partager la fête ? Sous la neige et les traditions, le réveillon devient le lieu où chacun pourrait découvrir les limites de ses bonnes intentions. # écrit Il y a 3 semaines
| Comédies contemporaines: Mur mure -Une parenthèse tendre 10/10 De retour au Théâtre de la Michodière, Mur Mure confirme son succès avec une comédie romantique délicate et inventive. Portée par Hugo Becker et Judith El Zein, la pièce de Lilou Fogli, mise en scène par Jérémie Lippmann, joue avec l’absence et le silence pour raconter une rencontre sans regard. Adaptée du film Un peu, beaucoup, aveuglément, cette reprise séduit par son élégance, son humour discret et la justesse de son duo. Une parenthèse tendre, où l’imaginaire remplace le visible, et où l’amour se construit à distance. # écrit le 16 Avril
| - Une pièce imparfaite, certes, mais habitée 8/10 Avec Deuxième partie, Patrick Bruel signe un retour très attendu sur les planches, sous la direction de Samuel Benchetrit. Une pièce qui, malgré le bruit médiatique entourant son interprète, mérite qu'on s'y attarde pour ce qu'elle est avant tout : une proposition théâtrale sincère, fragile et profondément humaine. Le point de départ est simple, presque classique. Mais là où la pièce surprend, c'est dans son équilibre délicat entre humour et malaise. Le rire n'est jamais gratuit, il surgit d'une gêne, d'un décalage, d'une vérité parfois inconfortable. La mise en scène de Ladislas Chollat maintient cette tension constante, oscillant entre légèreté apparente et profondeur émotionnelle. Au coeur du dispositif, le trio d'acteurs fonctionne avec une réelle complicité. Patrick Bruel, loin de toute démonstration, compose un personnage à la fois naïf, obstiné et touchant. Son interprétation, toute en retenue, donne au récit une dimension presque mélancolique. Une présence qui, sans révolutionner le rôle, parvient à capter l'attention et à installer une émotion durable. Face à lui, Marine Delterme et Stéphane Freiss apportent justesse et relief, incarnant un couple en équilibre précaire, entre confort et frustration. Bien sûr, tout n'est pas parfait. Le texte de Benchetrit reste parfois attendu, flirtant avec des thématiques déjà explorées, et certains spectateurs pourront regretter un manque de véritable audace. Mais l'essentiel est ailleurs : dans cette capacité à faire émerger, derrière une intrigue simple, une réflexion sensible sur le temps qui passe, les occasions manquées et la possibilité — toujours — de recommencer. Une pièce imparfaite, certes, mais habitée — et qui, sans faire de bruit, touche là où ça compte. # écrit le 01 Avril
| - Une expérience rare, entre concert intimiste et théâtre engagé 10/10 Avec The Last Ship, présenté à La Seine Musicale, Sting ne livre pas simplement une comédie musicale : il propose une oeuvre profondément intime, presque autobiographique, où la mémoire collective rencontre la puissance du rock et du théâtre musical. Dès les premières minutes, le spectacle impose une atmosphère singulière. Exit le musical spectaculaire à l'américaine : ici, tout repose sur une émotion brute. Inspirée de l'enfance du musicien dans les chantiers navals du nord-est de l'Angleterre. Entre colère sociale, nostalgie et solidarité, The Last Ship parle avant tout de dignité et d'appartenance. Contrairement aux grandes machines musicales actuelles, Sting privilégie la sincérité. Les thèmes — transmission, amour perdu, fierté ouvrière — résonnent avec une actualité sociale étonnante. Le spectacle devient alors une ode aux oubliés de la mondialisation, portée par une écriture musicale mêlant folk britannique, rock et chants choraux puissants. 🎤 Sting, présence magnétique L'un des grands événements reste évidemment la présence de Sting lui-même sur scène, incarnant Jackie White, contremaître du chantier naval. À 70 ans passés, l'artiste impressionne par sa sobriété et son engagement. Il ne cherche jamais à voler la vedette : il s'intègre au collectif, comme un membre parmi les autres. Sa voix, intacte, donne aux chansons une gravité nouvelle. Chaque intervention semble chargée d'histoire personnelle, renforçant la sensation d'assister à quelque chose de profondément authentique plutôt qu'à une simple performance musicale. 🎭 Une mise en scène immersive et élégante La scénographie joue intelligemment avec l'espace de La Seine Musicale : structures métalliques, projections vidéo et lumières industrielles recréent l'univers des docks sans tomber dans le réalisme lourd. La mise en scène privilégie le mouvement de groupe, soulignant l'idée centrale du spectacle : une communauté avant tout. Les choeurs constituent d'ailleurs l'un des moments les plus marquants. Puissants, presque liturgiques, ils transforment certains passages en véritables hymnes collectifs. Un musical à contre-courant Là où beaucoup de comédies musicales misent sur la démesure, The Last Ship choisit la mélancolie et la retenue. Ce parti pris peut surprendre — le spectacle est plus contemplatif qu'explosif — mais c'est précisément ce qui fait sa singularité. On en ressort avec l'impression d'avoir assisté à une histoire racontée de l'intérieur, comme une lettre d'amour de Sting à ses racines et à une classe ouvrière trop rarement célébrée sur scène. 🎬 Verdict Puissant, sincère et profondément émouvant, The Last Ship n'est pas seulement un spectacle musical : c'est une fresque sociale portée par un artiste qui transforme son histoire personnelle en récit universel. 👉 Une expérience rare, entre concert intimiste et théâtre engagé, qui confirme que Sting n'est pas seulement une légende du rock... mais aussi un véritable conteu # écrit le 25 Février
| -un humour qui pique 10/10 Un humour qui pique juste… et profondément Inutile de chercher bien loin pour comprendre le ton de Cactus. En donnant ce nom à son nouveau spectacle, Élie Semoun annonce d’emblée la couleur : ça va piquer. Après plus de trente ans de carrière, l’humoriste demeure l’une des figures les plus incisives, audacieuses et singulières de la scène française. Son humour grinçant, jamais confortable mais toujours finement observé, a marqué plusieurs générations et continue d’influencer la nouvelle scène comique. Pour ce huitième spectacle, Élie Semoun opère un virage subtil mais assumé : le stand-up y occupe une place plus importante, une évolution notable dans son écriture. Pourtant, les amateurs de ses célèbres personnages peuvent se rassurer : Cactus reste profondément fidèle à son ADN. La galerie de portraits qu’il déploie est aussi dérangeante que savoureuse. On y croise Jean Abdul, chargé d’assurer la première partie, un fils emmenant son père visiter un EHPAD, Xavier, handicapé moteur, présentant sa femme à sa mère, un père déstabilisé par la transition de son fils, un professeur de karaté raciste, ou encore des tableaux féroces autour du harcèlement sexuel, de la religion et des non-dits sociaux. Comme souvent chez Semoun, le rire surgit là où on ne l’attend pas. Derrière la provocation se cache une véritable observation humaine, parfois cruelle, souvent bouleversante. L’humoriste ne juge pas : il expose, il met en lumière, il confronte le public à ses propres contradictions. Avec Cactus, Élie Semoun livre un spectacle à la fois drôle, inconfortable et profondément humain. Une plongée dans une société traversée par la peur de l’autre, l’intolérance et les tabous, traitée sans filtre mais toujours avec intelligence. Un humour qui pique, oui — mais un humour qui réveille, interroge et fait réfléchir, longtemps après les applaudissements. # écrit le 03 Février
| - Un véritable coup de cœur 10/10 Donnio et Sacha Judaszko, auteurs déjà salués pour La Moustache. Et une chose est sûre : on rit beaucoup… parfois de bon cœur, parfois un peu nerveusement. 😂 Une histoire d’héritage (très) mal intentionnée Un frère et une sœur sont persuadés que leur père, fan absolu de Johnny Hallyday, pourrait décider de les déshériter pour imiter son idole. Plutôt que d’attendre le couperet, ils décident donc de prendre les devants : récupérer la fortune paternelle de son vivant. À partir de ce point de départ savoureux, la pièce déroule une mécanique comique implacable où mensonges, manipulations et calculs familiaux s’enchaînent à un rythme effréné. 🔥 Une écriture mordante et terriblement efficace Fabrice Donnio et Sacha Judaszko signent un texte d’une précision redoutable. Les répliques claquent, les situations dérapent, et l’humour — parfois noir, souvent grinçant — ne laisse aucun répit au public. La pièce observe la famille avec une loupe grossissante : l’amour y côtoie l’intérêt, la tendresse se mélange à la cupidité, et les liens du sang valent parfois… très cher. 🎬 Une mise en scène rythmée La mise en scène est assurée par Anne Bouvier, qui insuffle à la pièce une énergie constante. Le rythme ne faiblit jamais, porté par une direction d’acteurs millimétrée et une scénographie élégante signée Citronelle Dufay. Les lumières de Denis Koransky accompagnent parfaitement les changements de ton, tandis que les costumes de Noémie Balayre soulignent avec finesse la personnalité de chaque protagoniste. 🌟 Un casting de haut vo Le spectacle repose aussi sur une distribution remarquable : Michel Boujenah, impérial, à la fois touchant et irrésistiblement drôle Guillaume Bouchède, explosif de précision comique Anne-Sophie Germanaz, subtile et percutante Raphaëline Goupilleau, pleine d’énergie et de finesse L’alchimie entre les comédiens est immédiate et transforme chaque scène en véritable moment de jubilation. 🎵 Une ambiance soignée La musique originale composée par Mehdi Bourayou et Laurent Guillet vient subtilement souligner les émotions et renforcer l’efficacité comique de l’ensemble. ?? Une comédie drôle… et étonnamment juste Sous ses airs de farce déjantée, Toute la famille que j’aime parle de sujets universels : l’argent, la transmission, la peur de perdre ses parents, et cette vérité parfois dérangeante : la famille est ce qu’il y a de plus cher… surtout quand il s’agit d’héritage. On rit énormément, mais on se reconnaît aussi un peu — parfois trop. ? Verdict Une comédie brillante, rythmée et savoureusement cruelle. Un texte ciselé, une mise en scène efficace et un casting exceptionnel font de Toute la famille que j’aime l’un des grands succès théâtraux de la saison. 👉 Un véritable coup de cœur, à voir absolument… avant le prochain repas de famille. # écrit le 03 Février
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