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Théâtre contemporain: Des hommes endormis

-Un théâtre implacable qui diffuse trop lentement
8/10

Cette pièce agréable à suivre m'a donné des problèmes de compréhension, d'où mon laïus un peu étoffé. Les hommes, pourquoi les hommes ? Question qui vient, les femmes seraient-elles plus éveillées dans la pièce ? Or celle-ci m'a donné une impression de flou cotonneux avec des contenus latents qui avaient du mal à s'exprimer et/ou qui ne sont pas assez exploités . La note d'intention du metteur en scène brouille la lecture en proposant une interprétation - les jeunes choisiraient la résistance, au contraire de leurs aînés - qui n'est pas la seule qu'on puisse avoir du texte. Il y a un peu de tout dans cette heure trente à l'Athénée, des couples dont on ne sait pas grand chose , s'ils s'aiment furieusement, ou maladivement, ou silencieusement, ou s'ils se détestent. Les jeunes ont l'air plus vifs, peut-être plus naïfs, en tout cas deux générations s'observent sans avoir les mêmes paradigmes, mais avoir l'avis les uns des autres semble cependant important , peut-être même le sujet de la pièce, et fait tout ce face-à-face nocturne étrange où l'on se toise au propre comme au figuré (qui fait mieux que ?), mais jusqu'à un certain point. Est-ce un désir de filiation et de continuité chez les plus vieux, un refus d'identification et de ressemblance chez les plus jeunes ? Un test pour se frapper à l'aune de l'authenticité ? À un moment stratégique, la jeune femme frappe l'homme aîné, qui s'auto-declare indestructible, à sa demande. Le spectateur pressent qu'il doit y avoir une énorme symbolique, le sang coule, mais , de même, la signification de cette scène reste flottante , devant la nonchalance du blessé. Alors ? Masochisme, jemenfoutisme, test de puissance, déni de vieillesse , envie d'un enfant rebelle ? L'homme blessé ne laisse pas de réponse évidente au geste provocant mais provoqué de la jeune fille, sinon une mollesse qui l'a renverrait, elle, par contraste à une hyper violence incontinente et incontrôlée. On pourrait y lire aussi une opposition démission versus gniaque, mais tout aussi bien vieux renard versus jeune chien. Il reste surtout sur scène une éruption de violence , et son évacuation, ce qui laisse perplexe. Les couples s'équilibrent sans qu'il y ait de bons ou de mauvais, le sens en pâtit, mais, après tout, le théâtre de Crimp est peut-être plus dans l'atmosphère, l'émanation que dans la désignation directe. À un autre moment charnière , la femme mûre s'étend sur la surcharge mentale des femmes en ce qui concerne l'éducation des enfants , qu'elles prennent à bras le corps alors que leur charge professionnelle de travail égale à celle de hommes. Ce discours est reçu dans un vide où l'on croit deviner surtout l'épuisement professionnel de tous les personnages. Cette remarque était-elle alors à caractère féministe chez Crimp ? L'aînée veut en prévenir sa cadette, sa fille symbolique, puisque présentée comme hyper brillante , laquelle ne lui répond pas ou esquive. S'ensuivra un ballet étrange où la mécanique du face-à-face et des certitudes part en morceaux. L'aînée a tout sacrifié à sa carrière et se justifie de ne pas avoir eu d'enfants, et sa cadette enceinte, qui lui donne du respect hiérarchique et est sa dauphine putative dans le même emploi exténuant, l'observe craquer devant les coups bas du patron. La critique me semble plus sociale , avec un tableau général dépressif. De manière plutôt inattendue, le mari de l'aînée sera bien plus réconfortant avec elle que la description qu'elle en donnait laissait augurer, celle du carcan inanimé d'un couple usé mais qui a "réussi" . En face, le couple des deux jeunes n'a pas l'air si battant,, si "opposable" , entre drogue , alcool et hyper violence. On sent bien que le moteur de la pièce réside dans l'invitation à se voir entre couples, une sorte d'appel qui est aussi un appel à l'aide, entre démonstration cynique auto-suffisante et perdition qui se cache à peine, mais en tant que spectateur intrigué, j'ai souvent perdu le fil. Dans ce climat nébuleux où les personnages se trainent comme sous un temps de mousson, j'ai trouvé les acteurs bons, particulièrement la jeune Hortense Girard. À vous de voir.
# écrit le 28 Mai


Comédies contemporaines: Le Château d'Orgon

-Du rififi chez les de et fils de
8/10

Une bonne comédie sur les aspirations hypocrites des grandes fortunes à être dans le vent question écologie et @metoo. Les acteurs sont bons. Il manque un grain de folie, qui viendra, on y est presque, pour atteindre une explosion scénique type Bacri-Jaoui. Encore du bon Studio Hebertot.
# écrit le 16 Mai


Comédies pop’: On est mâles barrés (Tout va Mâle)

-Des punchlines en veux-tu en voilà
10/10

J'ai eu peur quelques instants avec un jeu un peu utrancier, mais, conquis par la bonne humeur et la mécanique implacable digne d'une revue, j'assure et assume sous serment qu'il ne faut pas rater à l'Apollo cette comédie (musicale) salace et désopilante sur les nouveaux codes entre les sexes, entre madame wonder woman et monsieur déconstruit. Les quatre acteurs-chanteurs portent cette pièce à un niveau de délire exceptionnel. Bravo !
# écrit le 16 Mai


Historique: Dîner avec Alexandre le Grand

-Un Banquet décevant
4/10

Pièce qui se laisse voir, avec des acteurs engagés dans le jeu, mais qui ne présente pas un livret avec beaucoup de ressorts, ce qui plutôt étonnant au Théâtre de Nesle. La problématique m'a échappé, ou est-ce de montrer que la fin justifierait cyniquement les moyens ? Dans ce décor à l'antique, nous voilà bien plus proche du péplum que de Sophocle, et il manque un Charlton Heston pour magnifier le genre en cinémascope. Reste l'évocation des cartographies anciennes et des peuples mythiques, les Scythes, les Mèdes, les Perses, la Bactriane, la Lydie, qui fait voyager et mesurer l'ampleur du périple fou d'Alexandre, d'Alexandrie d'Egypte aux bords de l'Indus.
# écrit le 09 Mai


Théâtre classique: 93

-Tu ne tueras point ?
8/10

Une troupe de jeunes acteurs, à la Folie Théâtre, s'empare vaillamment du sujet de l'épuration révolutionnaire et de la spirale fatale de la pureté idéologique jamais atteinte, sujet abordé cette saison par la première époque de "Ici sont les dragons" de Mnouchkine. Ici, pas de lourdeurs et de pesant didactisme, texte vif de Hugo, saynètes qui s'enchaînent avec fluidité pour porter le drame de la pensée unique à son comble. Les acteurs sont bons, enthousiastes , quelques phrases pas entendues quand ils bougent trop ou sont de dos, qu'importe, ça cavale, et on est en plein dedans, la Terreur, érigée en raison d'État, alors qu'en aval quelques décennies plus loin Hugo est encore sous le choc de l'affrontement Communards et Versaillais. Dans la guerre civile des logiques s'affrontent, mais quel beau raisonnement peut tenir quand la Nation se saigne elle-même ? La parabole vaut évidemment pour maintenant, merci à la jeunesse de nous le rappeler, non sans clins d'œil orwelliens de notre modernité , et de désigner dans l'ampleur du désastre les incroyables sursauts d'humanité. Chapeau Hugo aussi.
# écrit le 04 Mai , a vu cet évènement avec BilletReduc.com


Théâtre musical: Les Amours de Pablo

-Dans l'œil du cyclone
8/10

Je n'avais aucun enthousiasme à aller voir la litanie des maîtresses du grand maître, mais toujours curieux de la programmation du Studio Hebertot, j' en suis sorti ému. Même si Anne Marquot-Picasso (filiation très lointaine avec le peintre par le conjoint de l'actrice) ne chante pas, il y a une dimension opératique dans cette pièce, et la présence de la musique est incontournable, omniprésente, même s'il y a souvent une alternance voulue entre texte et musique. Le rapport entre les deux n'est pas évident à déterminer, mais il marche , est magistral et fait de la bio de Picasso et de ses égéries successives un roman musical bouleversant. Anne Marquot-Picasso ne semble pas juger, faire de la morale, mais constate. Picasso brûle de toutes celles qui l'approchent les ailes de papillons fascinés et passe de l'une à l'autre, quand ce n'est pas plusieurs en même temps, en régime de croisière. On comprend rapidement que cela le galvanise pour peindre, et ces dames ont dans un premier temps volontairement donné leurs accords, en renonçant à beaucoup d'elles-mêmes dans un second, avec des difficultés à se relever, ce qu'on ignorait (dépressions, suicides, auto-effacements). Pas de procès donc, mais un relevé du siècle, mettant en scène un géant de la peinture, le petit monde de l'avant-garde, le fourmillement des ombres derrière, avec un créateur-démiurge qui avance , génial, dans l'oeil de femmes médusées, admiratives, muses inspiratrices, amantes sucées jusqu'à l'os, déçues, délaissées. Chacune à leur façon, avec leurs signatures, et Anne Marquot-Picasso est excellente dans "l'évocation", c'est-à-dire le rappel succinct de leurs vies, mais aussi le laisser-parler du non-dit, du non-officiel, le laisser-parler de leurs parts de personnel, de personnes sans lesquelles Picasso aurait été autre. Si l'actrice met en évidence la forte personnalité des amantes artistes de métier, le portrait fugitif de la fugitive Eva Gouel, contrainte, alors que mère d'un enfant de Picasso, de supporter une vie clandestine à l'ombre d'une autre maîtresse, prend aux tripes. La musique de Romain Vaille est tout en délicatesse et finesse, d'inspiration d'abord début de siècle dans des accents à la Debussy ou à la Satie, puis évoluant rapidement vers des tons Rachmaninov vénéneux, pour finir enfin sur des harmonies plus claquantes et récentes, rappelant Jolivet ou Messiaen. En tout cas, c'est du Romain Vaille de très bonne facture!. Bravo aux deux artistes !
# écrit le 01 Mai , a vu cet évènement avec BilletReduc.com


Comédie: Un coach et l'addition

-Un peu de boxe pour secouer les apparences
8/10

Bonne pièce, à l'Essaïon, qui se savoure progressivement dans l'évolution étonnante des deux personnages en face-à-face, un senior , d'apparence mollasson, qui s'ennuie et son alerte coach improvisé. Le second est directif, le premier ne se laisse pas faire et la pièce ne manquera pas de coups de pieds de l'âne. Au fur et à mesure, les attitudes se dégèlent, se déreglent les masques tombent, le courant passe jusqu'à un final complètement inattendu. Du bon théâtre, plus profond qu'il n'y paraîtrait.  Jean-Jacques Nervest et Dominique Ratonnat, l'auteur par ailleurs, jouent très bien les faux naturels et les vrais empressements. L'addition sera généreuse.
# écrit le 29 Avril


Humour: Délivrez-nous du mâle

-À consommer pour l'absolution des péchés
10/10

Divertissement rocambolesque à la Scène Parisienne entre un improbable moinillon tradi de carte postale et une jeune trader urbaine ultra wonder woman tout aussi stéréotypique. Si l'affrontement semble facile, il ne sera pas du tout là où l'attendra. Les propos fusent,, crus , humoristiques, ravageurs dans un huis-clos délirant où les volte-face sont innombrables. Une réussite qui doit beaucoup aux deux acteurs, l'impayable et hypocrite Frère Fabien Cecchini et l'électrique Claire Hoffmann qui signent un chef-d'œuvre de boulevard.
# écrit le 29 Avril


Théâtre: La vieille

-À remettre sur l'établi
2/10

C'est toujours une joie de voir des comédiens jeunes et enthousiastes, mais je n'ai pas pu adhérer à ce spectacle à la Scène Parisienne. Le scénario m'a paru peu compréhensible - et je n'ai rien contre des mises en scène et des temporalités éclatées - et le jeu manquait vraiment de compositions, très brouillon. À vous de vous faire une idée.
# écrit le 23 Avril


Comédie: Notre cher auteur

-Frustrant
6/10

Un très bon début prometteur entre un presque Gérard Jugnot, poussif et constipé, et un presque Thierry Lhermitte roublard qui l'enfume , hélas, la suite de la pièce est complètement torpillée par des personnages peu raccords et des péripéties sans intérêt qui font dégringoler l'intrigue dans du médiocre boulevard. Le tout fait flop dans une fin sans fin. C'est dommage, car c'est à reprendre, le potentiel est bon, il suffit de penser à la réussite ubuesque de "Mon royaume pour un poney", au synopsis assez proche.
# écrit le 22 Avril



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