Dessorties deslivresetmoi
Ses critiques
| 12 pages de résultats triés par | | -Grand cru 10/10 Le monde paysan émeut et emporte l'adhésion de tous. Ceci étant dit, lorsqu'on parle d'eux, c'est à la télévision, dans quelques reportages élogieux, ou bien aux actualités, lorsque les routes sont bloquées. Ce monde est tout sauf artistique. Il est cru et cruel, indispensable mais ne fait pas rêver. Alors le transposer au théâtre, là où les histoires doivent permettre de s'évader, c'était un sacré pari, un défi osé. S'inspirant du livre Tu m'as laissée en vie, Marie Benati et Rémi Couturier proposent une mise en scène tout à fait originale, drôle et émouvante, faite de champs au plancher, où les blés sont foulés par des comédiens qui ont pris de la graine et viennent la semer, avec force et fertilité. Qu'ils sont doués, à commencer par Charlotte Bigeard, exceptionnelle, et son mari qui lui a donné le goût de la terre, joué par Thibaud Pommier. Quel plaisir, également, de retrouver une partie de la distribution des Rochambelles. Le texte est intelligent et les comédiens apportent une vision forcément caricaturale (quoique bien réaliste, malheureusement), cependant tout est composé avec une grâce qui n'est pas dans le voyeurisme, pas non plus dans la culpabilisation, mais plutôt dans la connaissance, la prévention, la prise de conscience. Non pas pour dire "vous saviez" mais peut-être pour se poser les bonnes questions, celles de consommateurs responsables : ils font une grosse part (et remplissent bien mon assiette) ; comment pourrais-je en faire ne serait-ce qu'une petite ? Evidemment, chacun voit midi à sa porte mais pour eux, quand sonne midi, ils ne savent pas tous s'ils finiront la journée. Vous l'avez compris, autant par engagement que par divertissement, et à moins d'être fauchés comme des blés, prenez n'importe quel moyen de traction et foncez, quitte à couper à travers champ, tant que les carottes ne sont pas cuites. La culture, c'est aussi l'agriculture, et cette pièce, vous la savourerez ! # écrit le 24 Juin
| -Un beau dessein 10/10 Lorsqu'une pièce évoque un symbole d'engagement, sans doute devient-elle elle-même engagée. Parler de Charlie Hebdo, est-ce se mettre en danger ? Dessiner encore, c'est devenu le leitmotiv de Coco, dessinatrice pour le journal satirique, témoin et rescapée de l'attentat du 7 janvier 2015. Souligné par quelques-unes de ses œuvres, le texte reprend des bribes de l'événement en lui-même mais aussi et surtout l'impact que cela a pu créer par la suite. Pour les personnes ciblées, l'entourage, l'opinion publique, jusque dans la politique, évidemment... La mise en scène assurée par Georges Vauraz n'est ni chronologique ni linéaire : elle effectue des va-et-vient dans l'espace temps, comme pour exprimer un retour incessant à des souvenirs qu'on essaie de camoufler mais qu'on ne peut oublier. Il n'y a pas de pathos, seulement des faits. Subis ou bien ressentis. Des sentiments, donc, tout comme du rejet, de la remise en question, du refoulement. Car après avoir vécu cela, il est facile de se laisser prendre dans un tourbillon des sens et de faire le yoyo ; en fait, il ne peut en être autrement. Mais le raconter, c'est une autre histoire. Pour cela, il faut un peu de finesse et beaucoup de foi. L'énergie cumulée des trois comédiennes, Hélène Degy, Anna Mihalcea et Jessica Berthe-Godart ou bien Salomé Villiers en alternance, apporte une densité au récit. Une bonne dizaine d'années plus tard, on peut rêver d'un autre monde, tenter de le façonner différemment, de le redessiner. Tout le monde peut y apporter sa touche. Mais autant le savoir, pour y parvenir, il faudra un sacré bon coup de crayon. # écrit le 24 Juin
| -Lucky you ! 10/10 Ce n'est pas un jour de chance, qu'ont Patrick Haudecœur et Gérald Sibleyras, ni même une année ; c'est une carrière entière. Sauf que ce n'est pas non plus de la chance, qu'il ont ; c'est du talent ! Celui d'avoir compris, au fil du temps, et malgré des thèmes fluctuants, ce qui fonctionne auprès du public. Il faut dire qu'ils n'en sont pas à leur coup d'essai, ces deux-là. Le duo se pratique de longue date et José Paul n'avait plus qu'à apposer sa mise en scène sur le texte, comme un assaisonnement permettant de relever le plat principal. Quelle saveur de voir évoluer, dans un joli décor, cinq comédiens goûtus formant une brochette de premier choix. Chacun a son style, l'incarne à la perfection, et met sa pièce dans la machine pour faire rire le public, en réinventant des journées qui se construisent sur le même modèle mais ne se ressemblent jamais complètement. Le récit est malin, évite brillamment tous les pièges du déjà-vu et peut éventuellement laisser imaginer un dénouement, mais c'est sans compter sur les nombreux rebondissements qui font passer d'un scénario à l'autre sans pouvoir définir celui qui bouclera la boucle. C'est indéniable, les acteurs prennent du plaisir, et ils le transmettent avec efficacité à des spectateurs joyeux. Heureux. Chanceux. À croire qu'ils étaient dans un bon jour. Ou que, les dés ayant été jetés, c'est le destin qui l'avait décidé ! # écrit le 24 Juin
| Comédies contemporaines: Al Capone -Haut les mains ! 10/10 Une fois de plus, Christophe Delort commet un hold-up. Lui qui a écrit et mis en scène tous types de pièces, mais notamment plusieurs aventures de Sherlock Holmes, s'essaie cette fois à un genre nouveau, inadapté aux plus petits puisqu'il revient sur la vie d'Al Capone. Attendez-vous à de l'action, du grand banditisme, de la corruption et des tirs... mais aussi des rires, car même lorsqu'on parle d'un méchant, on peut divertir de gentils spectateurs. La scène du Théâtre Lés 3 Clés n'est pas grande mais elle donne l'impression d'une immensité, tant il s'y passe de choses variées. Les excellents comédiens qui y œuvrent en alternance n'y sont pas étrangers. Difficile de tous les citer mais on peut avoir la chance de retrouver Florian Maubert et Bénédicte Bourel qui avaient déjà participé aux enquêtes du célèbre détective. Pour parfaire l'ambiance unique et chaudement recommandée, deux musiciens complètent le tableau de la débauche. Avec un faux air (quoiqu'ils jouent juste !) des Blues Brothers, ils nous emmènent dans les bas-fonds de l'ère de la prohibition. Ah, les années vingt ont peut-être fait trembler de peur. Mais celles du siècle suivant en font aussi ressurgir de quoi frémir de plaisir... Et dans ces conditions, tant mieux si sur quatre planches, Al Capone, encore, résonne. # écrit le 17 Juin , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -L'équité des équidés 10/10 La patte, ou plutôt les pattes, de la Compagnie Alexis Gruss, c'est d'être spécialisé dans les chevaux. Ils sont une cinquantaine à faire intégralement partie de la troupe et toutes les races sont mises à l'honneur de façon égale. On se demande d'ailleurs parfois si ce ne sont pas les écuyers qui gravitent autour d'eux, tant le dressage et l'amour de ces grosses bêbêtes est au centre de l'attention et de la piste. Le public doit donc s'attendre à trouver principalement un très joli spectacle équestre. Mais ce n'est pas tout ! Sur fond de musique live, les clowns se réinventent dans un registre plus moderne qui donne lieu à des cavalcades endiablées et les voltigeurs sont immanquablement de la partie, qu'ils soient à cheval ou dans les airs. L'art est complet ; le chapiteau aussi. Tout cela, c'est la raison pour laquelle vous vous déplacez. Mais il y a l'autre jambe de cette expérience, à laquelle on s'attend un peu moins. Les protagonistes qui nous émerveillent sont pratiquement tous des membres de la famille Gruss. On pourrait s'attendre à ce que ce soit le cirque mais non : quelle histoire ! Rendant hommage au grand-père disparu en 2024, ils sont plus unis que jamais, nous racontent des étapes de leur vie et, il faut bien le reconnaître, ne nous procurent pas seulement du divertissement mais également beaucoup d'émotion. La meilleure façon de compléter ce moment de magie, c'est de participer au repas. Là encore, un orchestre et des numéros nous mettent en joie. En quelques mots : beau show, beaux chevaux. Et tous ces fers, ça ne peut que porter chance ! # écrit le 15 Juin
| Théâtre contemporain: Amadeus -Virtuose ! 10/10 Dans l'enceinte du Théâtre Marigny, la beauté appelle l'excellence. Amadeus, ce simple nom évoque bien des choses : en tout état de cause, une renommée grandiose. Le spectacle qui lui rend hommage mérite une partition de bonnes notes. Au milieu d'un décor immense, évoluent de nombreux comédiens ainsi que des chanteurs d'opéra et des musiciens, vêtus de superbes costumes. Parmi eux, deux héros. L'un brille aussi naturellement que le soleil : il sera connu sous le nom de Mozart et est interprété par Thomas Solivérès, magistral. L'autre est le compositeur au service de l'Italie, son rival éternel : Salieri, dont le rôle est endossé par Jérôme Kircher, parfait lui aussi. Alors que le premier est un enfant prodige, capricieux et immature, il a pourtant un don, que son faux ami italien a vite décelé et lui envie plus que tout. Celui-ci, au contraire du jeune homme, choisit dans la mythologie des thèmes extraordinaires, mais n'écrit dessus que des compositions ordinaires. Pour des raisons différentes, ils ont néanmoins un dénominateur commun : une vie bien tourmentée. Qui ne finira pas en apothéose pour Mozart : même les plus grands sont égaux face à la mort. Quelle magnifique mise en scène, signée Olivier Solivérès, pour retranscrire une vie si prolifique et un destin si tragique. De superbes tableaux servis par des choix musicaux adéquats, dont certains en live. Un moment enchanté, où l'on ne vous joue pas de la flûte mais qui vous clouera le bec. # écrit le 09 Mai
| -Garde du cœur 10/10 Qu'est-ce qui est plus beau que l'amour d'une maman porté à son enfant ? Quel plaisir de contempler Josiane Balasko et Marilou Berry, sur la même scène réunies. Une jolie complicité et, en ces fêtes de Noël, des dialogues mère - fille d'une franchise authentique, tantôt désopilante, tantôt désarmante. La pièce débute comme une véritable comédie, donnant lieu à des répliques extrêmement drôles où l'on retrouve une Marilou tout en douceur, les pieds ancrés dans le sol. L'irrésistible Josiane Balasko, quant à elle, sévit plutôt sous le signe du feu. Même avec un jeu en sobriété, elle a l'humour, les tirades, les intonations et les petits gestes qui font mouche, et parfois sa fille mouchent. L'écriture de Jean-Robert Charrier ne vise pourtant pas que le rire. Elle aborde aussi un thème grave, que l'on ne décèle pas tout de suite, mais qui va interférer jusqu'au bout avec les héroïnes qui, dans la mise en scène de Julie-Anne Roth, passeront par bien des émotions. Mesdames, merci d'avoir parlé d'amour, merci de l'avoir montré ; vous avez pu remarquer comme le public vous a également manifesté le sien. Merci, surtout, d'avoir choisi de porter des messages difficiles à dire, tout autant à entendre, certes noirs mais porteurs d'espoir. # écrit le 09 Mai
| -Coup de bluff 8/10 Patrick Bruel est un joueur de poker renommé. Il faut croire qu'il a réussi à y convertir jusqu'à son personnage car ce dernier fait tapis en débarquant à l'improviste chez un couple qu'il semble très bien connaître, quand aucun des deux hôtes-malgré-eux, interprétés par Marine Delterme et Stéphane Freiss ne parvient vraiment à le remettre... Pendant la première partie de la pièce, on se demande si tout cela est bien réel. S'agit-il d'un mensonge, d'une illusion, d'un rêve ? La seconde moitié du récit vient expliciter l'intrigue, tout en la faisant basculer dans des répliques et des actions proches de l'absurde, qui pourraient appeler à tous types de dénouements. La logique est souvent contre nature, répondant à ses propres règles qui défient les lois de la gravité morale. Les trois comédiens rivalisent de malice pour jouer le texte de Samuel Benchétrit mis en scène par Ladislas Chollat. On rit, on s'interroge, on compatit puis on s'indigne à tour de rôle. Cependant on passe une excellente soirée, pas seulement en partie mais bien entière, avec ce trio hors pair qui épate, casse trois pattes à un canard et, débordant d'amour, nous en bouche un coin-coin. # écrit le 09 Mai
| -L'envers du décor ? 10/10 C'est grâce à la télévision que Paul de Saint Sernin s'est fait connaître du grand public, dans son rôle de sniper sur l'émission "Quelle époque !". Après avoir quitté ce programme, il poursuit sa route en solo, quittant sa place dans le public pour le retrouver face à lui. Et là, surprise, on a affaire à un autre homme. On l'imaginait un brin arrogant, prêt à dézinguer tout ce qui bouge et on se disait qu'il valait mieux ne pas être dans les tout premiers rangs. On rencontre quelqu'un qui, évidemment, sait user de son ton incisif, porter un regard critique sur la société, l'environnement actuel et ses contradictions, se moquer de quelques spectateurs avec lesquels il interagit bien volontiers, lui qui dispose d'un sens de l'improvisation à toute épreuve, toujours prêt à l'emploi et ne demandant qu'à être dégainé. Mais derrière ce jongleur de mots, ce tireur de punchlines, on découvre quelqu'un de bien plus sensible qu'il n'y paraît, juste dans son approche, tout à fait humble et même capable d'autodérision. Dans la tradition du stand-up, Paul de Saint Sernin nous offre un beau spectacle, dans lequel on rit beaucoup, souvent, de tout et pas trop de n'importe quoi. Et puis, à sa manière, il est la preuve vivante qu'il ne faut jamais céder à des aprioris mais les bousculer, quitte à entrer dans un théâtre au risque de se faire -un tout petit peu- bousculer... # écrit le 04 Mai
| -Bim ! 10/10 Qu'on se le dise, l'objectif de La claque n'est absolument pas de laisser la moindre trace sur le visage de quiconque, mais bien de revenir sur une coutume presque oubliée. Pour autant, la pièce a une vocation plus forte que de donner un cours d'histoire : celle d'en raconter une. Le chef de claque est, grosso modo, l'ancêtre du chauffeur de salle, dans le milieu du spectacle. Aidé de complices (les claqueurs) disséminés aux quatre coins du théâtre, il confie un rôle précis et clairement établi à chacun d'entre eux, que ce soit de démarrer des pleurs, des applaudissements ou encore des cris enthousiastes. Leur but : procéder à l'allumage, puis laisser les vrais spectateurs faire le reste. Mais en ce soir de 1895, ayant été lâché par sa claque, Auguste Levasseur doit former des remplaçants (nous) en un éclair, au moyen de répétitions et de conseils avisés. Il faut donc raconter, en quelques minutes seulement, les cinq actes d'une tragédie grecque narrant l'Odyssée de Balbuzard, épopée faite de voyages en mer, rencontre de sirènes, excursions à la lanterne. Il faut savoir où placer les moments artificiels de satisfaction. Évidement, le succès de ce concept, c'est que la joie du public n'est pas feinte du tout. Les interactions sont présentes du début à la fin, en soutien et non en entrave au récit qui, partant sur des platebandes à la fois antiques et théâtrales, excelle surtout dans le comique. Il faut saluer l'humour des comédiens (en alternance) parmi lesquels, notamment, Fred Radix (l'auteur, metteur en scène et compositeur des chansons) ou Christophe Gendreau, Guillaume Darnault ou encore Alice Noureux qui performe également à l'accordéon. Leur engagement est total, leur dérision aussi, et leur art fait mouche auprès de tous publics. Quelle baffe ! # écrit le 30 Mars
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