Dessorties deslivresetmoi
Ses critiques
| 12 pages de résultats triés par | | -"Non mais c'est les rôles inversés !" 8/10 Ah, le couple. Pas toujours facile de l'entretenir, dans la durée. Marilyne Fontaine et Assane Timbo nous en donnent un aperçu plus que réaliste à travers des saynètes pleines de vie, avec toutes les difficultés qu'elle comporte. Et qu'il faut surmonter quoiqu'il arrive. En comptant sur l'autre, enfin a priori, lorsqu'on est en couple. Ce n'est pas toujours un cadeau ou bien disons qu'on ne sait pas forcément ce qui se trouve à l'intérieur d'un des innombrables paquets qui foulent le parquet, dans la mise en scène originale de Robin Ormond, qui est en train de devenir un véritable spécialiste du couple*. Le parti-pris, ici, n'est pas vraiment de braquer le projecteur sur les moments de joie mais plutôt sur les conflits, d'abord intérieurs avant d'être exprimés, par la force des choses et parfois avec brutalité. Oui, une vie à deux implique nécessairement des concessions ; mais qu'en est-il, lorsque certaines sont en réalité vécues comme des sacrifices ? ET SI LES RÔLES S'INVERSAIENT ? Cette pièce, signée Marius Von Mayenburg, appelle inévitablement à effectuer un auto-diagnostic, à se mettre à la place de l'autre et, qui sait, à rouvrir le dialogue ou à creuser certains acquis qui, si ça se trouve, ne le sont pas des deux côtés... Et, in fine, à peut-être modifier son comportement. Tout comme cette pièce aura un peu changé la façon d'aborder le théâtre et contribué à le faire évoluer. Cf. son autre mise en scène de Séismes, pièce choc de la Comédie-Française. # écrit Aujourd'hui à 16h41
| -Oh My God ! 10/10 1981 est une annus horribilis : un attentat terroriste vise le Pape Jean-Paul II. Il est touché par balle mais s'en sort finalement indemne. Intervention divine ? Son agresseur est intercepté et incarcéré. Deux ans plus tard, il reçoit la visite de celui qu'il avait visé. Leur entretien, conservé secret, dure 22 minutes. Benoît Solès s'est intéressé de très près à cet acte qui a évidemment défrayé la chronique, en ne se consacrant heureusement pas qu'à l'échange en lui-même, mais aussi à la personnalité du criminel prêt à tout. Très délicate manœuvre que de le conserver au centre du récit sans en faire un héros pour autant. Mais notre comédien hors du commun endosse sa cape magique et franchit l'obstacle sans même sourciller. Étant à l'origine du texte et de sa mise en scène, il en assure également le jeu et produit un résultat tout à fait remarquable, proche de la perfection. Le travail de recherches a porté ses fruits : tout y est analysé avec finesse et restitué avec force. Charismatique, il nous happe littéralement mais, Dieu merci, pour nous offrir un seul-en-scène miraculeux, d'une intensité permanente, soutenue par la bande-son efficace de Mars Demais et les lumières éblouissantes (de talent) de Denis Koransky. Le séquençage est précis et quelques traits d'humour viennent compléter le tableau d'honneurs bien mérités. Quarante-cinq ans plus tard, Benoît Solès a fait de 2026 une annus mirabilis* ! * année merveilleuse / miraculeuse # écrit Aujourd'hui à 16h29
| -Tout simplement... 10/10 Il y a des textes qui n'ont pas besoin d'être compliqués ou sophistiqués pour sortir du lot. Parfois, la simplicité peut, au contraire, être un efficace maître mot. Laurence Gray est une comédienne un peu spéciale, qui ne ressemble à nulle autre. Ses paroles, on les boit, comme du petit lait. D'humeur joviale, lumineuse et pétillante, elle nous embarque littéralement avec elle et nous fait plonger dans son histoire. Ses histoires. Car elle en a toute une liste. Et ça tombe bien, puisque la pièce est hautement participative, lui donnant d'ailleurs du fil à retordre pour jongler avec les spectateurs et parfois devoir répondre à leurs propres improvisations... Il faut dire que certains se voient pousser des ailes, devant autant de bienveillance, qui les encourage, au lieu de les réfréner. La mise en scène, qu'elle a conçue avec Bénédicte Bailby, vise juste. L'artiste, devant des piles de boîtes, énumère des fragments de vie qui parlent à tous et, surtout, donnent le sourire aux lèvres. Avec sa douceur contagieuse, dans sa robe fleurie et colorée, Laurence Gray est un véritable bonbon sur scène. Mais de ceux qui, sans danger, sont très fortement recommandés. # écrit Aujourd'hui à 15h42
| -Imagination... 8/10 Se mesurer à Jean Rochefort, c'est se lancer dans un parcours de saut d'obstacles. Sauf quand on est un enfant, auquel cas ça n'a rien de cavalier... Et, après tout, le sexe n'a que peu d'importance. Pourquoi une petite fille ne pourrait-elle pas porter la moustache, si habiller la partie inférieure de son nez lui donne des ailes ? En se prenant pour Jean Rochefort, Rosalie, huit ans, trouve en effet le courage de prendre son envol. De se conformer un peu plus aux codes de la société, de sociabiliser, et même de construire une véritable amitié. L'histoire est certes saugrenue, elle fait s'interroger tout du long sur le pourquoi et sur le comment finira ce récit. Mais, plongé dans sa chambre richement décorée et soutenu par la mise en scène très colorée de Morgan Perez avec la jolie vidéo d'Édouard Granero, Thomas Drelon dispose de toutes les ficelles pour livrer un texte et une interprétation très poétiques de ces désirs d'enfant pour le moins atypiques. Mais après tout, qu'importe, l'essentiel est de vivre ses rêves, quels qu'ils soient, et ceux d'un bambin sont toujours purs et sains. Et puis, évidemment, ce sujet donne l'opportunité au comédien d'interpréter quelques savoureuses envolées lyriques du grand Jean Rochefort et cela, c'est vraiment trop fort ! # écrit Jeudi
| -Quelle trouvaille ! 10/10 Si vous aimez Proust, venez sans exigence. Si vous n'aimez pas Proust, venez le cœur léger. Si cela vous est complètement égal, venez... tout court. Avec le faux prétexte de nous faire une explication de texte de La recherche du temps perdu, Jean-Jacques Vanier s'offre à un autre emploi que celui de professeur : il effectue un véritable travail d'orfèvre. Son one-man show est un diamant brut, qu'il prend le soin de ciseler devant son public, hilare du début qui démarre en retard, jusqu'à la fin qui termine en avance. Que l'écriture est intelligente, que la restitution est brillante. On ne sait pas forcément à quoi s'attendre et il nous donne la parfaite illusion que lui non plus mais attention, il ne faut jamais oublier que l'on a affaire à la fois à un humoriste et à un excellent comédien. Et deux en un, ça fait du bien ! Même le comique de répétition est malin. Il a le génie de tirer le fil sur un sujet absurde sans jamais ne rien produire de décousu, et lorsqu'il a fini, on s'aperçoit qu'il s'agissait en fait d'une énorme pelote. Si le spectateur qui venait ne savait pas ce qu'il venait chercher, ce qu'il a trouvé était très recherché mais s'il n'a pas eu la vérité sur la Recherche, c'est peut-être qu'il l'a bien cherché. # écrit Jeudi
| -Téléchargement... Ne quittez pas la page... 8/10 Si l'on veut faire dans la modernité, si l'on cherche à se représenter les tendances actuelles, Post! est un spectacle qui porte un regard critique mais juste sur ce que pratiquement tout le monde disposant d'un smartphone est devenu : un porteur attitré de téléphone, ce petit objet vénéré synonyme de prolongement du bras et d'aimant pour les yeux. Dès lors, les quatre comédiens entreprennent de retranscrire nos habitudes et nos travers, en proposant un très chouette spectacle de jeunes avec des références de jeunes et une compréhension sans doute proportionnellement inverse à l'âge du spectateur. Mais au moins, ils ont l'avantage de paraître plus crédibles que moralisateurs. Leurs observations, ils les effectuent essentiellement en chansons, forcément caricaturales (c'est un peu le but recherché) et surtout drôles à souhait. Les parties chantées sont d'ailleurs très bonnes, offrant une partition musicale live excellente et variée. Avec leurs jugements, il y a parfois comme un air de Vice Versa de l'application. À en juger par leurs airs, c'est qu'ils ont bien dû s'appliquer à inverser le vice, enfin à visser l'inverse. Mince, un bug... Il ne vous reste plus qu'à redémarrer. # écrit Lundi
| -Foule sentimentale 6/10 Dans un microcosme composé de cinq personnages aux liens étroits, Parce que c'est toi ouvre le catalogue des émotions possibles. Alysson Paradis interprète deux rôles féminins dont l'un est central puisqu'il est le point de départ, mais aussi d'arrivée, de toutes les interactions. Dans cette pièce, il est donc question de relations et de sentiments : amitié, amour, rapports familiaux... Et bien sûr, ce qui va de pair, les thèmes si complexes de la confiance et de la trahison. Il y a des chances pour que cela fasse écho auprès de certains spectateurs ; si ce n'est pas le cas, le sujet aura tout le mérite de susciter la réflexion. Car c'est aussi le rôle du théâtre et cela explique pourquoi la mise en scène, qui de prime abord s'engage dans la comédie, prend ensuite un petit virage vers le drame, dans une ambiance plus lourde, même si quelques traits d'humour persistent tout du long, afin d'apporter un brin de légèreté. Pour sûr, ces comédiens vont parler à tout un chacun. Parce que c'est eux. Parce que c'est nous. # écrit Lundi
| -Un bordel organisé et très bien géré ! 10/10 Il est un royaume où tout n'est que luxe, calme et volupté. Ce paradis de la frivolité se trouve chez Léonie : les clients l'ont bien noté. Amener le sujet de la maison close au théâtre est un pari audacieux qui donne l'occasion aux comédiennes de se frotter à un registre inhabituel, ouvrant le champ des possibles. Qu'elles sont douées, et que les les rôles sont bien distribués ! Il faut dire que le marketing de la prostitution, pour aboutir à la transaction, a toujours consisté à donner un caractère défini aux travailleuses de la nuit. Et chez Léonie, en effet, il faut que chaque fille joue un personnage précis, en accord avec son nom. De la plus candide à la plus autoritaire, elles ont malgré tout un point commun : elles sont attachantes. En l'occurrence, avec cinq actrices aux côtés d'un homme, la part belle est faite aux femmes qui, loin d'être rabaissées, sont au contraire sublimées. Les différents protagonistes sont non seulement bien dessinés, mais surtout parfaitement incarnés. Un hommage mérite d'être adressé à Agnès Chamak, à l'écriture, à la mise en scène et au jeu en tant que tenancière, et à ses perles qui (s'en)filent droit : Ariane Carmin, Maroussia Henrich, Laure Marion et la soi-disant innocente Montaigne Fregeai. Fabien Floris n'est pas non plus en reste : il est l'homme de la situation, et même de plusieurs. Ensemble, ils donnent le la pour construire une ambiance tout à fait originale et incomparable. En parallèle, des interludes musicaux génialement chorégraphiés soulignent superbement leur caractère et leur singularité. Contrairement à ces maisons closes, on ne peut qu'espérer que ce genre de théâtre s'ouvre à un maximum de spectateurs, qui pourraient bien devenir des clients fidèles. # écrit Lundi
| -La chair de la chair 10/10 Anatomie d'une actrice offre la garantie d'assister à une dissection sans douleur. Mais avec beaucoup d'émotion. Parler de la comédienne, c'est tout un programme. L'attribution du rôle, la préparation, l'apprentissage du texte, le trac, la recherche de la célébrité ou juste de la satisfaction du public et, bien sûr, bien sûr... la peur de l'oubli. Dans tous les sens. La peur d'oublier ses répliques. La peur d'être oubliée. Et puis il y a l'oubli, tout court, chronique ou absolu. Évoquer le théâtre, c'est saisir l'opportunité de passer en revue quelques techniques, tout comme des décors et accessoires d'une grande utilité. Comment transformer le son ? Comment jouer avec les lumières, les faire se réfléchir ? De la réflexion, il y en a. Hélène Zidi et Lola Zidi ont tout fait : écriture, mise en scène, jeu. Avec une dextérité hors pair. Paire renforcée par le fait qu'elles sont mère et fille. Que c'est beau, que c'est talentueux, que c'est émouvant. Il est même troublant, pour ne pas dire contre nature, de finir en pleurs face à des comédiennes elles-mêmes au bord des larmes. Alors est-ce que ces muses du spectacle vivant ont tout d'une grande ? Non. Elles SONT grandes. Et leur amour de la scène, leur amour filial et maternel, c'est avec grâce, qu'elles le transmettent. La pièce Anatomie d'une actrice ne tombera pas dans l'oubli car elle a du corps. En témoignent les frissons ressentis jusqu'au plus profond de la chair. # écrit Il y a 2 semaines
| -Humour, Gloire et Beauté 10/10 Cocorico, voici le récit d'une divine petite Française devenue presque divinité indienne... Pauline Caupenne a de quoi être fière : son aventure ne ressemble à nulle autre et s'il est un brin excessif de dire qu'elle s'est retrouvée ambassadrice du drapeau tricolore en Inde, elle a tout au moins incarné ce fameux charme à la française. Elle nous partage l'histoire rocambolesque de ses vingt ans, à un âge où l'on se cherche et où l'on a de l'énergie et du courage à revendre. Ne voulant pas d'une vie conventionnelle, elle se lance dans un voyage initiatique, loin de ses racines, s'en remettant au destin. Et elle fait bien ! Immédiatement repérée, elle fait ses premiers pas de danse (pas classique) et ses armes dans les tournages. Entre publicité et comédie, la culture n'a rien de comparable à ce qu'elle connaissait. Les repères n'existent pas. Les codes sont à reconstruire de zéro. Mais elle plaît et elle perce, notre figure de proue occidentale. Dans un joli spectacle, la comédienne nous conte ses 1001 vies dans une gestuelle drôle à souhait, avec autodérision mais aussi spiritualité, celle qu'elle est allé chercher et qu'elle nous transmet, débordante de générosité. Indécise, Indépendante, Indescriptible mais Indestructible : pas de doutes, l'Inde a toujours été en elle. # écrit Il y a 2 semaines
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