Dessorties deslivresetmoi

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Théâtre contemporain: Un soupçon d'amitié

-Aie confianccccce
10/10

Des histoires se rapportant à la Seconde Guerre mondiale, on en a tellement entendu qu'on ne les compte plus. Un soupçon d'amitié n'est pas comme les autres, elle s'en distingue car elle ne raconte pas la guerre mais braque le projecteur sur les années qui ont suivi. Ces années où il fallait rendre des comptes, puisque les coupables avaient été désignés. Toutefois pas forcément retrouvés. Pour cause, puisqu'ils se cachaient. Un peu partout et en particulier sur la vaste étendue du continent sudaméricain. Dans cette longue période de traque, tous les soupçons étaient permis, quand certains comptaient sur l'oubli. Connaissait-on vraiment son voisin ? Pire, son ami ? Pour le coup, c'est en famille, qu'a été fouillé le sujet : Chloé Froget s'est emparée du texte de son père Philippe Froget, pour en assurer une brillante mise en scène, avec un très joli décor, mais surtout une ambiance, qui évolue au fil du temps, passant de l'insouciance et la béatitude, à la vigilance et l'inquiétude. Avec une rigueur allemande, quatre incroyables comédien.nes façonnent leurs personnages à la perfection : la merveilleuse Ariane Brousse ondule sur les chorégraphies de Julia Bruel, oscille entre la chaleur de son foyer et les sueurs froides qui lui sont occasionnées, ne pouvant éviter certains conflits avec ses partenaires de jeu Simon Larvaron, Cyril Romoli et Philipp Weissert. Heureusement, le traité de paix n'est pas loin, celui établi avec le public qui ne peut être que réconcilié avec une si belle pièce. Une nouvelle fois, le Théâtre Actuel, même en allant chercher dans le passé, nous offre aujourd'hui ce qu'il y a de meilleur. Alors pourquoi attendre demain ? Oubliez vos soupçons, convoquez vos amis, et allez-y !
# écrit Il y a 2 semaines


Théâtre: Rosy et moi - 274 jours

-Un spectacle de malade !
10/10

Élodie Menant sait à peu près tout accomplir : elle écrit, joue, chante, met en scène et a été nominée plusieurs fois aux Molières, se voyant attribuer deux de ces prestigieuses récompenses. Sa polyvalence lui est bien utile dans Rosy et moi - 274 jours. Seule en scène, elle l'occupe, c'est le moindre qu'on puisse dire, au point de se passer de tout accessoire pendant la première moitié de la pièce. Ce n'est pas gênant pour Éric Bu, le metteur en scène, qui sait que son intensité est bien suffisante pour permettre de faire vivre non pas un, mais dix-huit personnages ! Racontant l'histoire inspirée du périple de Marine Barnérias, malade faisant fi de son prétendu handicap et préférant partir pour un voyage de 274 jours à l'autre bout du monde, la comédienne tournoie, virevolte sur les planches, avec des interludes musicaux très réussis et de très belles parenthèses dansées. La magie s'allie à l'humour pour donner lieu à un récit enchanté, sans que ce soit de la flûte. Cette sincérité et cette générosité s'accordent sur un point essentiel qui s'illustre en fil rouge : même en souffrance, il faut se redresser et chercher à tenir debout. Le public l'a très bien compris : standing ovation.
# écrit Il y a 4 semaines


Comédies contemporaines: Madeleine Béjart, une femme libre

-Molière, quelle récompense !
10/10

Jean-Baptiste Poquelin a fasciné des générations entières d'enfants, d'étudiants et de parents, et une chose est sûre, c'est que ce n'est pas prêt de s'arrêter. Cependant, des hommages, il en a eu suffisamment. Il était temps de s'intéresser à celle qui l'a tant influencé, son amie, sa compagne, sa muse : Madeleine Béjart. Elle a décroché un rôle déterminant auprès du grand auteur, en faisant bien sûr partie de la troupe, mais en l'aidant également à écrire. Pas vraiment une femme de l'ombre pour autant, et comédienne avant tout, l'artiste saltimbanque aimait côtoyer les salons mondains et s'y montrer comme une précieuse, toutefois pas ridicule. Trente années de théâtre derrière elle, mais des soucis, aussi. Comment conserver Molière, jouisseur de la vie qu'elle avait tant peur de perdre ? Comment supporter la bassesse de sa fille Armande (officiellement déclarée comme sa sœur), qui décida d'intégrer la troupe pour être au plus près de celui qu'elle voulait épouser, à savoir... Molière lui-même... Trahie, celle qui fut la première actrice, écrivaine et metteuse en scène devient l'esclave de sa vie. Elle disparaît et, beauté du véritable amour ou bien ironie du sort, Molière la rejoint un an jour pour jour après sa mort. A travers des répliques savoureuses et drôles, dignes du légendaire homme de lettres, Isabelle Andréani, dans sa virtuosité, nous emporte, et sur scène virevolte. Pouvant compter sur la mise en scène soignée de Xavier Lemaire, elle joue, rit, crie et retranscrit l'excentricité de cette femme étonnante, un peu déconcertante mais passionnante. Et si Madeleine Béjart a bien mérité Molière, Isabelle Andréani mérite bien un Molière !
# écrit Il y a 4 semaines


Comédies contemporaines: Le Manuel de la jeune mariée 1957

-Le pouvoir de dire OUI !
10/10

Qu'il est divertissant d'imaginer ce qu'aurait pu être une société bien machiste il y a de cela soixante-dix ans ; certains auteurs ont tellement d'imagination ! Mais... quoi ? comment ? Il ne s'agit pas d'une fiction ? Non non ! Le manuel de la jeune mariée, c'est tout ce qu'il y a de plus authentique, aussi incroyable que cela puisse paraître. Parce que les femmes de 1957 ne pouvaient compter que sur leurs maris, il fallait donc au préalable... qu'elles se marient, bien entendu. Et en préalable préalable, qu'elles sachent bien comment faire, une fois qu'elles seraient mariées. Tout un programme... au point d'en confectionner un manuel. Passant de conseil en recommandation, toutes les consignes pourraient sembler bien anecdotiques si elles n'avaient pas été réelles. Heureusement, des femmes ont décidé d'en rire. Pas n'importe qui et pas n'importe comment. Au texte et à la mise en scène, on retrouve avec joie Virginie Lemoine, qui s'essaie à différents styles mais n'en rate aucun. Son récit est d'une intelligence remarquable et, dans un élan féministe, il met impeccablement en valeur les cinq comédiennes exceptionnelles d'humour et de justesse. Habillées de costumes sur-mesure, elles sont immensément drôles, et si chacune a droit à une partie en solo pour être considérée dans son individualité, toutes ensemble, elles sont d'une complémentarité folle, unissant d'ailleurs souvent leurs voix pour n'en faire qu'une, lorsqu'elles transmettent un message ou bien poussent la chansonnette. A défaut d'un bon mariage, que cette alliance est réussie et qu'il est bon de s'unir à elles le temps d'une représentation, véritable pépite, qui prouve qu'il peut être utile de se marier à vie, mais vital de se marrer à l'envi.
# écrit le 29 Septembre


Théâtre: Pierre et Jean

-Une nouvelle lecture, pas si classique
10/10

Arnaud Gagnoud avait réalisé une mise en scène formidable avec l'adaptation de Bel-Ami. Il faut croire qu'il est totalement adepte à Guy de Maupassant puisqu'il s'attaque, cette fois, à Pierre et Jean. Mais pas n'importe comment. Ce qui prime, c'est un regard tourné vers la modernité, qui ne trahit en rien les propos du roman, mais lui donnent un nouvel élan. Le capitaine nous embarque dans une aventure dont le bateau est la monture : la métaphore est filée et s'ancre dès le début, avec les pêcheurs et leurs filets. Un héritage émanant d'une connaissance parentale désigne Jean comme le bénéficiaire privilégié. La surprise est de mise pour tout le monde, mais du côté de son frère Pierre, cela éveille même des soupçons. Au point d'enquêter, à sa façon... et de parvenir à ses conclusions, qui laisseront la famille sous tension. Le récit de l'auteur est puissant, tout en s'inscrivant dans un cadre de vie résolument banal, de ces histoires qui sont aussi quelconques qu'elles peuvent bouleverser, voire anéantir des membres pourtant soudés ou unis par le sang. L'ancre est levée mais les comédiens ne redoutent pas de prendre la mer, avec en ligne de mire la volonté de nous mener à bon port. La traversée s'effectue sans houle, rythmée au son des vagues, et même de quelques chansons. Naviguer en se dépassant, chavirer en repassant : de quoi se laisser réenchanter par Maupassant.
# écrit le 29 Septembre


Seul(e) en Scène: Une vie sur mesure

-Boum boum, clap clap
10/10

Il y a des enfants pour qui l'école n'inspire rien, ne fait aucun sens. Alors que leurs sens ne demandent qu'à être éveillés. Au-delà de cette fameuse inspiration, il y a la vocation. Cependant, quand les parents ne la comprennent pas, ou plus exactement font la sourde oreille, il leur reste la "carotte" : si tu veux faire de la batterie, aie de bonnes notes... Mais depuis tout petit, il ne demande que ça, Cédric Chapuis, de bonnes notes ; il est même prêt à les composer ! Qu'est-ce qu'ils n'entendent pas, dans son souhait ? Lui, il vit pour la leur faire entendre, sa batterie ! Quoi, pas besoin d'en faire des caisses ? Ah si, des grosses, même, et avec les cymbales en sus ! Dans un spectacle mi-théâtre mi-concert, aidé par une belle mise en scène signée Stéphane Batlle et soulignée par les lumières de Cilia Trocmée, le musicien nous emmène dans son monde, passé du rêve à la réalité, de l'imaginaire à son métier. Il fut un temps où il n'en croyait pas ses yeux. Aujourd'hui, il voit double, ou plutôt il joue double : en tant que comédien et batteur. Et que l'on arrête de faire la comédie en disant qu'il ne faut pas battre. Taper, non, battre, oui ; du moment qu'en résonne un son pouvant accompagner tous types de chansons. A ce titre, ceux (les titres) qui sont sélectionnés sont autant de morceaux choisis : la playlist est excellente et chacun sait que quand la musique est bonne... ça peut créer un gros succès. L'écriture de l'artiste est belle, intelligente, très drôle et pourtant poétique, poignante, évidemment vibrante. De ces percussions vives qui envahissent le corps, font battre le cœur et applaudir à l'unisson.
# écrit le 12 Septembre


Théâtre contemporain: L'Appel de la forêt

-Waouuuuuuuuh
10/10

Si certains sont freinés par le risque d'un seul-en-scène mou, monotone ou, pire, mounotone, qu'ils donnent à Jimmy Daumas une chance de les convaincre. Ils le seront à tout jamais. Dans L'appel de la forêt, le comédien interprète différents rôles : il ne les joue pas, il les incarne. Plus fort encore, il se met dans la peau du véritable héros de l'histoire, Buck, un chien qui n'a rien demandé mais se trouve pris dans un attelage de traineau, et en qui l'on décèle un immense potentiel de meneur de troupe. On a toujours tendance à vouloir mettre un livre de Jack London entre les mains d'un enfant. Que l'on ne s'y trompe pas, le texte est souvent dur, et construit sur des tonnes d'émotions. Autant d'occasions, pour l'artiste, de glisser dessus tel un musher, et d'utiliser sa voix d'or pour se livrer à une magnifique partition musicale, sachant qu'une bande-son discrète mais efficace nous permet déjà de rester dans l'ambiance froide et mystérieuse du Grand Nord. Une prouesse théâtrale à découvrir bien au chaud, avec cet acteur-né, probablement tombé dans la marmite quand il était petit. D'ailleurs, la preuve : que fait un husky quand on lui donne de la potion magique ? Il la boit.
# écrit le 12 Septembre


One Woman Show: Elisabeth Buffet dans Mes histoires de coeur

-Une relation de proximité
10/10

Pour ceux qui la suivent depuis ses débuts, Elisabeth fait presque partie de la famille. Peut-être pas la mère qu'on imagine, mais disons la tante, celle qu'on aime bien écouter pendant un repas car on sait qu'elle est largement en capacité de l'animer, à elle toute seule. Vingt ans de relation avec son public. Ça compte. Alors oui, des choses ont changé, à commencer par son âge (pléonasme) et son physique, dont elle s'amuse à outrance, l'autodérision étant toujours sa règle d'or ; ça, ça n'a pas changé ! Toutefois, méfions-nous des apparences, justement. Son humour peut sembler simple voire improvisé à certains moments ; mais son spectacle est très bien écrit, avec précision et surtout des répliques inimitables, tellement inattendues... Car ce qui la caractérise, ce sont des métaphores, en veux-tu en voilà, qui donnent lieu à des expressions drôlissimes. "Je suis comme l'oignon, plus je retire de couches, plus ça pique les yeux". Mais son piquant, on en veut bien. Il touche mais ne fait pas mal, il fait plutôt du bien. Alors ne vous laissez pas intimider par cette grande gueule qui cache beaucoup de sensibilité. Avec elle, pas de blancs, elle trouve toujours de quoi meubler : en fin de compte, elle est tout à fait commode, Buffet.
# écrit le 12 Septembre


Réflexion: Carnets d'Ukraine

-Engagement
6/10

Si Carnets d'Ukraine, spectacle - témoignage inspiré des récits et dessins de Michel Hazanavicius, débute par une approche cinématographique, clin d'œil probable au cinéaste, il fait immédiatement un revirement vers un théâtre très sombre. Il est sûr que le sujet ne prête pas à rire. Tout juste à sourire lorsque, malgré tout, Hugo Becker livre quelques anecdotes amusantes, qui permettent de tenir le coup et viennent en général des soldats eux-mêmes. Son interprétation est juste, sensible. Grave la plupart du temps. Elle retranscrit les fragments de vie des personnes croisées, dans une approche un peu journalistique mais surtout humaine, tournée vers l'autre et vers la compréhension. De choses incompréhensibles. Ceux qui s'engagent improvisent la guerre comme si les convictions pouvaient remplacer la formation. Et finalement, quand on sait que pour eux, patriotisme est synonyme de sacrifice, tout est dit. Tout, sauf l'indicible : pourquoi ? Les années passent et il n'est peut-être plus temps de trouver la réponse. Mais il est encore temps de mener un ultime combat : celui d'arrêter la guerre.
# écrit le 12 Septembre


Seul(e) en Scène: Une heure de philosophie (avec un mec qui ne sait pas grand-chose)

-Ca cogite...
10/10

Une heure durant (plus, en fait, mais il faut prendre cela avec philosophie), un cours est donné, en vitesse accélérée. Dès le début, le comédien se revendique comme n'étant absolument pas un expert ; il nous accompagne. Si vous venez pour peaufiner votre licence de philo, retournez donc dans Le monde de Sophie, vous gagnerez du temps. En revanche, si vous voulez revenir sur quelques bases, probablement en apprendre d'autres, mais aussi et surtout profiter d'un moment diablement drôle et incroyablement interactif, alors ne réfléchissez pas plus et profitez de l'instant présent, vous êtes là où il le faut ! L'Epicure de rappel, ça ne peut pas faire de mal. Reprenant le texte de Christophe Delort qui assure également la mise en scène de ce spectacle parfait pour les planches serrées du théâtre des 3 clés, Clément Naslin est à l'aise face à son public qui l'est parfois encore plus à partager ses connaissances (plus ou moins avérées...). S'instruire et rire, tel est le programme qu'aucune école n'a jamais réussi à afficher ; là, l'affiche le revendique noir et rouge sur jaune, au point d'en devenir un cas d'école. Kant à vous, descendez de la planète Platon et revenez sur Terre, prenez un petit coup de Merleau (Ponty) si vous estimez en avoir besoin : vous avez bien Descartes en main pour passer de savoureux instants de sagesse, de philosophie et sans doute d'anthologie.
# écrit le 06 Septembre



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