Par la grâce d'une réduction de dernière minute, j'ai pu me faufiler à la Cartoucherie. J'avais déjà vu, il y trois ans, l'excellente mise en scène des Bacchantes d'Euripide par Strobel, mais là, j'avais un peu de crainte. Bien sûr Holderlin est magnifique et ses poèmes sur Diotima sont connus et délicieux, mais du théâtre d'idées par un bouillant membre de l'idéalisme allemand, version allumée Fichte et Schelling, est-ce que cela avait une chance de passer sur les planches ? La surprise fut au rendez-vous et le succès total. Je ne peux que remercier mille fois Strobel et sa compagnie d'acteurs, plus excellents les unes que les autres, d'avoir donné vie au marbre antique revisité et d'avoir fait passer comme une lettre à la poste des conflits métaphysiques qui n'ont rien à envier aux étaux de Sophocle, dans une Grèce où la Nature est dieux et où éléments naturels et spirituels (le feu, l'air, l'éther, théorie d'ailleurs de l'Empédocle historique) ne sont pas forcement dissociés. La lecture holderlinienne de la Grèce est d'ailleurs magnifiquement rendue par ce sentiment de nature bruissonnante et intelligente, porteuse d'affects, d'idéalités ou de présages, etc. Devant ce texte, inachevé, et, à mon avis, tout sauf facile à porter, les comédiens ont développé des merveilles de trouvailles et d'implications. Des dictions ad hoc, créées sur mesure, mais chevronnées là où d'autres se seraient vautrés, ont su emporter, animer et rendre justice à ces vers marmoréens et nous concentrer sur le conflit éthique que porte Empédocle et qui l'amène à une libération dans l'Etna. Les silences, les immobilités passagères des acteurs, les attroupements statiques et haineux qui auraient pu plomber ailleurs une mise en scène deviennent ici judicieux et électriques. Tout est éruption annoncée en fait, psychique et physique, et désastres des cendres à venir. Merci encore !
La vie et l'oeuvre d'un poète ne se laissent limiter ni par l'espace ni par le temps, parce que leurs racines sont ailleurs.
Elles ont bien pourtant, une genèse commune : elles se déroulent et se composent sur la terre et dans l'histoire, c'est-à-dire dans leur "actualité" et poursuivent leur existence dans les rapports qu'elles entretiennent avec leur "avenir"- avec le temps de ceux qu'elles interpellent au-delà de la mort.
Parce qu'il sait voir la réalité sous tous ses aspects – la réalité de son temps comme celle au-delà du temps- Hölderlin est allé jusqu'au bout de ses forces pour la saisir dans sa totalité, dans sa plénitude.
Confondue avec la vie même, son expérience en a fait éclater les limites et, transmuée en oeuvre, elle peut devenir vôtre si vous savez entendre enfin le dialogue de l'Homme et de l'oeuvre.
Hölderlin André Alter – Édition Champ Vallon
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Pour tout public
Langue : français
Parce qu'il sait voir la réalité sous tous ses aspects – la réalité de son temps comme celle au-delà du temps- Hölderlin est allé jusqu'au bout de ses forces pour la saisir dans sa totalité, dans sa plénitude.
Confondue avec la vie même, son expérience en a fait éclater les limites et, transmuée en oeuvre, elle peut devenir vôtre si vous savez entendre enfin le dialogue de l'Homme et de l'oeuvre.
Hölderlin André Alter – Édition Champ Vallon
La distribution du spectacle ✨
Auteur(s) :
Friedrich Hölderlin
Artiste(s) :
Julie Brochen, Valentine Catzeflis, Claude Guyonnet, Réné Loyon, Matthieu Marie, Sylvain Martin
Mise en scène :
Bernard Sobel
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