Dessorties deslivresetmoi
Ses critiques
| 12 pages de résultats triés par | | -Expérimental 8/10 Deux compères, Bouvard et Pécuchet, sont collègues. Ils partagent une certaine conception de la vie puis, rapidement, des centres d'intérêt qui deviennent bientôt de véritables obsessions. Se cultivant à l'envi et sans limite de domaines, ils veulent découvrir toutes les sciences et autres disciplines imaginables afin d'en devenir des experts. Pour cela, ils ont une méthode clairement définie : pas de théorie sans pratique. Les voilà donc partis, comme des apprentis chimistes, prêts à se livrer à tous types d'essais expérimentaux. Pas nécessairement concluants. Bref, ne leur permettant pas vraiment de décoller du niveau amateur. C'est évidemment cet aspect que Flaubert dessine, malicieusement et avec une délectation évidente, pour faire évoluer les personnages tout en leur attribuant une connotation ambiguë : plutôt attachants mais franchement ridicules. Au Théâtre de Poche Montparnasse, Marc Chouppart et Jean-Paul Farré semblent eux-mêmes faire preuve d'une belle complicité, qui sert le récit à travers des morceaux choisis, dans une mise en scène très sobre qui, comme souvent dans ce genre de cas, projette la lumière (tamisée) avant tout sur le texte. Et en l'occurrence, ce n'est pas n'importe lequel car cette œuvre, la dernière de l'auteur, n'a pas pu être achevée avant sa mort. Elle est ainsi souvent considérée comme son testament littéraire, partageant sa vision satirique de la société et de la bêtise humaine. Près de cent cinquante ans plus tard, les choses ont-elles fondamentalement changé ? Chacun en jugera à sa convenance mais force est de constater que les encyclopédies ont, elles, bel et bien été mises de côté. # écrit le 15 Janvier
| -Ca tourne rond ! 10/10 Surtout connu pour son parcours de journaliste, Christophe Barbier est aussi un passionné de théâtre, depuis toujours. Auteur de plusieurs pièces, il s'est également livré à la rédaction de l'incroyable ouvrage intitulé Dictionnaire amoureux du théâtre. De là à s'y essayer, pour de vrai, il n'y avait peut-être qu'un pas, mais de géant ! Eh bien il l'a franchi, et de façon gigantesque. Toute l'intelligence de l'écriture à laquelle on pouvait s'attendre est effectivement présente, qu'elle émane d'extraits de grands classiques ou de sa propre créativité. Le récit est structuré, exprimant d'abord ce qui pourrait s'apparenter aux coulisses, braquant les projecteurs sur le théâtre joliment mis à l'honneur. Quel bel éloge, rendu notamment aux comédiens, en témoignant de ce qu'est leur préparation, du niveau de trac ressenti ou encore de l'effet produit par le tant redouté trou de mémoire. Une pièce qui parle du théâtre, l'idée n'est certes pas nouvelle, mais le rendu est ici réussi. Le second volet est encore plus érudit, puisqu'il s'attarde essentiellement sur l'histoire du théâtre, remontant à quelques siècles en arrière pour ensuite suivre sa chronologie, retraçant ses déboires et ses succès, ses différentes phases allant de la tragédie à la comédie tout en abordant bien d'autres styles, ou évoquant sa renommée souvent ambiguë auprès des monarques tout comme du peuple. Le puits de science narre à l'instar d'un musée, dont le défi principal est systématiquement d'arriver à retenir les connaissances acquises. D'autant plus que si elles sont aussi nombreuses, ce n'est pas pour rien. Les 80 minutes revendiquées, de prime abord, ne donnent peut-être pas l'impression d'un long spectacle, cependant l'acteur joue avec rythme et énergie, rassurant le public sur le fait de ne pas avoir été volé (aucun risque de crier au vol, donc, comme Beaumarchais put le faire, participant ainsi à la genèse des droits d'auteur, anecdote citée dans l'une des répliques) et confirmant surtout que le fait de monter sur les planches n'était pas qu'une lubie mais un droit légitime, permettant à celui qui a tenu la plume d'endosser également le costume, et bouclant ainsi la boucle de ce tour du théâtre. # écrit le 07 Janvier
| -Belle mentalité ! 10/10 Léo Brière est l'un des mentalistes s'étant emparé de la scène française ces dernières années. Alors que la discipline s'est particulièrement démocratisée depuis quelque temps, l'enjeu a consisté à chercher une façon de se différencier. Le virtuose a trouvé la sienne, à travers sa mise en scène, soignée. On pourrait s'attendre à de gros accessoires qui en mettent plein la vue mais ce n'est pas spécialement le cas. Lui préfère jouer sur le registre de l'émotion, à travers une histoire remarquablement construite et qu'il déplie tout au long de son spectacle, en fil rouge. Le mentaliste offre un programme agréable, familial, divertissant, éblouissant. Il cherche à organiser un voyage mémorable, son petit train à l'appui, et fait monter sur le quai toute une série de spectateurs qui se retrouvent à obtenir le premier rôle, le temps éphémère d'un numéro qui les bluffe de près et émerveille le public de loin. Une très belle connexion, pour ne pas dire une alchimie, aidée par le tempérament sincère et généreux de l'artiste. Son ouverture est d'ailleurs peut-être une condition sine qua non pour obtenir celle des autres, s'il veut pouvoir lire dans leurs pensées, en parcourant leurs Existences ? Faisons donc un deal pour son prochain spectacle : il nous laisse y revenir, et nous le laissons revenir dans nos esprits. Alors, Léo, on craque ? pas de mental ? # écrit le 28/12/25
| -Allô Maman, kézako ? 8/10 Un jeune enfant rongé par d'innombrables questions mais ne s'exprimant pas encore à la perfection, vivant seul avec sa mère, dans une modeste demeure où le train de vie est plus qu'austère et où s'ennuyer est un principe s'inscrivant dans le quotidien, tel est le cadre de Moman, pièce tellement originale qu'elle en devient pratiquement inclassable. Elle dispose en effet d'un univers bien particulier et singulier, qui lui est totalement propre. A commencer par un langage sur-mesure, qu'il est aisé de comprendre même si de nombreux mots diffèrent légèrement des originaux : de fait, on ne peut pas dire que l'on se situe strictement dans la langue de Molière mais surtout, une chose est sûre, c'est qu'il faut un talent d'apprentissage d'abord, d'interprétation ensuite pour ne pas s'emmêler les pinceaux et restituer chaque syllabe sans commettre l'erreur qui guette et attend pourtant à chaque virage, à chaque ligne ou presque du texte. Pour ce faire, on peut compter sur le talent de Hervé Pierre, qui a malheureusement récemment quitté la Comédie-Française, et de Clotilde Mollet qui complète le duo et le fait vivre en échangeant les rôles entre la maman et son fils, à deux périodes de leur vie. On ne sait pas très bien où ils vont, où l'on va, mais on reste avec eux, un doux sourire aux lèvres, assistant à cette transformation qui procure quelques émotions. Chers parents qui éduquez vos enfants, plutôt que de vous faire des films, entrez dans le théâtre de leur vie, sans faire de cinéma. # écrit le 25/12/25
| -Prenez-en de la graine ! 10/10 Avec le talent de comédien de Christian Hecq et celui notamment de plasticienne - marionnettiste de Valérie Lesort, mettre ce couple à la mise en scène d'une comédie musicale, c'était du pain béni. Surtout lorsque tout gravite autour d'un joli décor de fleuriste, dont la star est tout sauf une belle plante, en tout cas pas de l'intérieur. Car ce qui l'anime, c'est bien son ventre. La plante carnivore a faim, très faim, et elle ne se contente pas d'insectes. Elle est plutôt du genre "humains" alors mieux vaut ne pas trop chercher à l'approcher ni même la caresser dans le sens de l'épine : qui s'y frotte s'y pique. Devant le pétale, on détale ! L'adaptation du succès Little shop of horrors est une belle réussite pour notre duo qui a prouvé, une fois de plus, qu'il a bien la main verte. Leur collaboration artistique fait rêver. Et rire, aussi. Beaucoup. Tout cela en musique : c'est magique ! A la Porte Saint-Martin, quel plaisir de constater comme leur idée a bien germé. Alors dans un élan écologico-théâtral, nous avons ou-vertement hâte de découvrir quelles prochaines petites graines ils vont planter, et nous y mettrons tout notre amour pour les aider à pousser. # écrit le 25/12/25
| -Œillets, œillets, braves gens 10/10 Chaque pays a connu ses heures sombres, mais certaines sont moins passées à la postérité que d'autres. Alors que le Portugal inspire plutôt des clichés d'ambiance chaude et chaleureuse, il a aussi été secoué par une tempête politique. Face à une dictature extrême qui opprimait le peuple, celui-ci n'a eu d'autre choix que de se soulever, menant ainsi sa propre révolution : celle des Œillets. Aux commandes de la manœuvre, sur une mise en scène de Jean-Philippe Daguerre, Lionel Cecilio fait oublier qu'il est seul. Incarnant à la fois le petit-fils et la grand-mère livrant une partie de sa vie à celui-ci, il passe en fait par toute une palette de rôles, remontant ainsi le temps pour le figer dans le présent. Avec une interprétation exceptionnelle, il propose une pièce en alternance, entre hier et aujourd'hui, le français et le portugais, mais aussi la poésie et l'humour ou encore l'émotion et la commémoration. Dans le petit Théâtre de la Huchette, la salle est envahie de bonnes ondes, captivée par le jeu d'un comédien remarquable. Si vous y arrivez la fleur au fusil, vous en ressortirez avec une claque carabinée. # écrit le 20/12/25
| -Faites votre sac 10/10 Avec Jules Verne, ça a toujours été : on voyage ! Quoi de mieux, pour l'incarner, que de ne justement pas rester cloué dans un siège mais de faire quelques pas, presque en apesanteur, d'une ambiance à l'autre. C'est ce que propose le Grand Hôtel des Rêves, magnifique bâtisse en plein cœur de Paris, avec un parcours immersif à travers bon nombre de ses salles, pour découvrir, sous un autre angle, l'œuvre de Jules Verne. Des comédiens nous accompagnent tout au long de l'épopée, nous évoluons parmi et avec eux, dans des décors somptueux et détaillés, ne laissant rien au hasard. Les saynètes prennent leur inspiration dans des morceaux choisis et les retranscrivent avec panache et poésie. Impossible de ne pas céder à l'envie de replonger dans l'un des quarante romans de cet auteur inclassable, à la fois classique et futuriste, et qui a si souvent vu juste. Tout comme sa littérature, l'expérience est magnifique. Les enfants se laisseront embarquer par la féérie des lieux, les adultes porteront un regard plus sensible aux textes. Dans tous les cas, la magie opèrera. # écrit le 20/12/25 , a vu cet évènement avec BilletReduc.com
| -The end ? 10/10 Fin, fin et fin, titre intrigant s'il en est, peut déjà montrer une pointe d'originalité ; cependant, vous n'avez encore rien vu ! On pense qu'on peut raconter l'histoire mais il faut la vivre pour le croire... Et la vie risque de ne pas durer longtemps car, alors que la fin du monde est annoncée (pour le lendemain ; oui, c'est un peu court quand on n'a pas un grand sens de l'organisation), trois amis décident d'aller faire leur dernier pique-nique ensemble, dans un climat anxiogène où certains individus essaient de continuer à travailler comme à l'accoutumée, et d'autres n'ont déjà plus grand-chose d'humain. Seule une amitié sans égal permet de surmonter les épreuves les plus redoutables. Dans un scénario un peu fou, qu'on aurait plus imaginé du ressort du cinéma que du théâtre, nos jeunes comédiens se livrent à un exercice de style assez inédit où leur road-trip devient synonyme de rencontres déboussolantes, désopilantes. Entre stupeur et tremblements mais surtout rythme et rires, le public est servi. Et pour nos brillants acteurs comme pour Lancelot Cherer qui a aussi fait partie de la distribution, après cette expérience épique au Théâtre Lepic, ce pourrait bien être le début d'une nouvelle aventure sans fin, pour encore de nombreux jours, et autant de lendemains... # écrit le 20/12/25
| -Je vais bien, tout va bien, je suis gai, tout me plaît... 10/10 L'amour, c'est le sujet universel par excellence, celui qui fera éternellement couler de l'encre mais aussi de la salive, ne serait-ce qu'à travers de langoureux baisers... Et souvent, derrière l'amour, il y a un couple. Des couples. Toutes sortes de couples. En retraçant des histoires parallèles et des destins croisés, l'ambition de Rudy Milstein (au texte, à la mise en scène et au jeu) est de dresser une fresque de configurations présumées existantes : grinçantes, grisantes, savoureuses et drôles. Ces frasques sont servies sur un plateau d'argent par des comédiens caméléons, Nicolas Lumbreras en tête, qui se voient jouer au yoyo avec leurs émotions. Parfois tendres, à d'autres moments cruels, ils se font balader dans leur propre vie et ont souvent déjà perdu le nord lorsqu'ils se rendent enfin compte que leur boussole est déréglée. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? L'avancée parfois à reculons des personnages est tordante sauf... quand on se reconnaît dans l'un des passages, ce qui est statistiquement fort probable. Reste alors la satisfaction, à long terme, de savoir qu'on n'est pas seul dans ce cas ; à court terme, d'avoir passé une formidable soirée. Et cette soirée sans fin dure depuis 2024, année où deux Molières leur ont été décernés, pour la meilleure comédie et le meilleur auteur. C'est pas facile d'être heureux quand on va mal mais c'est tellement simple de trouver le bonheur quand on est là où il faut : devant eux. # écrit le 17/12/25
| Théâtre contemporain: Frantz -Façon de parler... 10/10 Le théâtre ne cesse d'évoluer, et les concepts avec : quelle réjouissance ! Pour sûr, Frantz n'est pas une pièce comme les autres. Tableau à la fois visuel et sonore, mais sans véritables paroles, tout est pourtant raconté ou presque, dans l'histoire de cet homme dont un drame difficile à supporter vient s'intégrer dans le quotidien routinier et ennuyeux de son travail. La subtilité réside dans le fait que la narration repose sur deux jambes : un comédien mime dans un certain élan et un talent certain les saynètes qui s'enchaînent comme si l'on parcourait les vignettes d'une bande-dessinée, tandis que ses compères bruitent le moindre de ses faits et gestes, avec une ribambelle infinie d'accessoires en tous genres, rarement sophistiqués mais auxquels on n'aurait pas prédit un avenir autre que leur rôle initial. L'originalité est totale, pour un programme inclassable mais tout en délicatesse, où les sens sont mis à l'épreuve avec finesse. Et du sens, il en a, ce spectacle, qui cherche à renouveler l'art du non-dit pour démontrer que le muet n'est pas mort, et qu'il a encore beaucoup à dire. # écrit le 26/10/25
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