Dessorties deslivresetmoi

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One man show: Marc Tourneboeuf dans L'Impatient

-C'est celui qui dit qui y est !
10/10

Marc Tourneboeuf, impatient ? Mais qu'est-ce qu'on devrait dire, alors ! Fort de ses presque 300 000 followers sur Instagram, beaucoup l'ont précisément connu grâce à ce réseau, et à ses fameuses vidéos courtes, saturées de jeux de mots, tel un Raymond Devos 2.0 : plein d'énergie, de vigueur et de modernité. On aurait pu se demander ce que cela donnerait sur une scène. Mais c'était oublier, qu'en plus d'être spirituel, l'artiste est avant tout intelligent. Il le prouve dans son spectacle, joué quelques fois auparavant mais véritablement lancé à Avignon, dans la salle Le Paris qu'on espère prémonitoire pour pouvoir vite rejoindre la capitale, qui aura toutes les raisons de l'acclamer. Sa patte, il la conserve, mais il la diversifie, aussi. Il sait qu'un texte tout en rimes ne rimerait à rien, et il s'inscrit donc dans la pure tradition du stand-up en alternant avec des histoires drôlissimes, tout en fil rouge, tellement bien écrites, et si bien interprétées. Car il ne faut pas s'y tromper, l'homme aux multiples casquettes est bien comédien de formation, et il n'avait aucunement l'intention de nous priver du plaisir de le voir à l'œuvre. Pour ne pas dire chef d'œuvre, car dans un rythme surhumain qui, statistiquement devrait garantir la présence de quelques loupés, et bien non, quand c'est propre et sain, c'est St Marc ! Si vous ne le connaissez pas encore, on vous pardonne pour l'instant. Mais faites vite tout de même ou l'on pourrait bien devenir impatient...
# écrit le 11/10/25


Comédies pop’: Stars d'un soir

-Applause !
8/10

N'est pas comédien qui veut. Si ? Metteur en scène plus prétentieux que talentueux, ses comédiens en ont ras-le-bol et décident de se passer de lui. Oui mais lui a sa première dans une semaine et ne peut pas se passer d'eux. Enfin de qui que ce soit, mais il lui faut quelqu'un. En fait, quelques-uns. Qui a-t-il, sous la main ? Personne qui soit dans le bain, mais ça suffira bien. Demandant, ou plutôt exigeant -comme il sait si bien le faire- que son entourage s'y colle, il n'y a plus qu'à former les recrues ; en version express. Plus facile à dire qu'à faire, évidemment. Mais si tout était destiné à se passer sans accroc, Alil Vardar se considèrerait lui-même comme un escroc. Des jeux de mots, des quiproquos, il ne manque plus que des saltos. Tout y passe et tout est prétexte à passer des sourires aux rires, dans le public bien sûr, mais aussi sur scène, où les comédiens eux-mêmes se laissent parfois aller tantôt à une impro, tantôt à un fou rire, plus ou moins fou, et plus ou moins ri. Pas de doutes, on est certainement dans ce que l'on peut considérer comme le théâtre populaire par excellence, sans la moindre connotation péjorative, mais au contraire conçu et orchestré de main de maître par un Alil Vardar qui s'en est fait l'expert. Et il ne risque pas d'avoir tort, puisque le public a toujours raison !
# écrit le 14/10/25


Théâtre classique: Marius

-Oh, fada...
10/10

Qu'elle est jolie, la Provence de Marcel Pagnol. Et dans Marius, qu'elle est charmante, la petite Fanny, modeste et innocente, interprétée par la tout aussi touchante et somptueuse Juliette Béhar, lauréate du Molière de la Révélation féminine 2025 grâce à son rôle dans Du charbon dans les veines, les deux pièces étant d'ailleurs mises en scène par Jean-Philippe Daguerre. Mais ici c'est l'accent marseillais qui résonne, quand chantent les cigales, sur la terrasse d'un café donnant sur le port. Marius est bien embêté, et même confronté à un dilemme. Car s'il n'osait espérer recevoir l'amour de son amie d'enfance, il faut qu'il se rende à l'évidence. Mais aussi qu'il construise sa vie, en laissant derrière lui son adolescence. Dans un joli décor, simple mais au pouvoir magique de faire descendre dans le sud de la France et reculer de quelques décennies, de formidables comédiens ont de la poésie dans les mots et des notes musicales dans la voix. C'est un moment dépaysant et doux, une parenthèse un brin nostalgique qu'il est bon d'ouvrir dans un théâtre de qualité, mais qui ne donne pas du tout envie de la refermer...
# écrit le 24/10/25


Théâtre contemporain: Frantz

-Façon de parler...
10/10

Le théâtre ne cesse d'évoluer, et les concepts avec : quelle réjouissance ! Pour sûr, Frantz n'est pas une pièce comme les autres. Tableau à la fois visuel et sonore, mais sans véritables paroles, tout est pourtant raconté ou presque, dans l'histoire de cet homme dont un drame difficile à supporter vient s'intégrer dans le quotidien routinier et ennuyeux de son travail. La subtilité réside dans le fait que la narration repose sur deux jambes : un comédien mime dans un certain élan et un talent certain les saynètes qui s'enchaînent comme si l'on parcourait les vignettes d'une bande-dessinée, tandis que ses compères bruitent le moindre de ses faits et gestes, avec une ribambelle infinie d'accessoires en tous genres, rarement sophistiqués mais auxquels on n'aurait pas prédit un avenir autre que leur rôle initial. L'originalité est totale, pour un programme inclassable mais tout en délicatesse, où les sens sont mis à l'épreuve avec finesse. Et du sens, il en a, ce spectacle, qui cherche à renouveler l'art du non-dit pour démontrer que le muet n'est pas mort, et qu'il a encore beaucoup à dire.
# écrit le 26/10/25


Théâtre contemporain: C'est pas facile d'être heureux quand on va mal

-Je vais bien, tout va bien, je suis gai, tout me plaît...
10/10

L'amour, c'est le sujet universel par excellence, celui qui fera éternellement couler de l'encre mais aussi de la salive, ne serait-ce qu'à travers de langoureux baisers... Et souvent, derrière l'amour, il y a un couple. Des couples. Toutes sortes de couples. En retraçant des histoires parallèles et des destins croisés, l'ambition de Rudy Milstein (au texte, à la mise en scène et au jeu) est de dresser une fresque de configurations présumées existantes : grinçantes, grisantes, savoureuses et drôles. Ces frasques sont servies sur un plateau d'argent par des comédiens caméléons, Nicolas Lumbreras en tête, qui se voient jouer au yoyo avec leurs émotions. Parfois tendres, à d'autres moments cruels, ils se font balader dans leur propre vie et ont souvent déjà perdu le nord lorsqu'ils se rendent enfin compte que leur boussole est déréglée. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? L'avancée parfois à reculons des personnages est tordante sauf... quand on se reconnaît dans l'un des passages, ce qui est statistiquement fort probable. Reste alors la satisfaction, à long terme, de savoir qu'on n'est pas seul dans ce cas ; à court terme, d'avoir passé une formidable soirée. Et cette soirée sans fin dure depuis 2024, année où deux Molières leur ont été décernés, pour la meilleure comédie et le meilleur auteur. C'est pas facile d'être heureux quand on va mal mais c'est tellement simple de trouver le bonheur quand on est là où il faut : devant eux.
# écrit le 17/12/25


Théâtre contemporain: Fin, fin et fin

-The end ?
10/10

Fin, fin et fin, titre intrigant s'il en est, peut déjà montrer une pointe d'originalité ; cependant, vous n'avez encore rien vu ! On pense qu'on peut raconter l'histoire mais il faut la vivre pour le croire... Et la vie risque de ne pas durer longtemps car, alors que la fin du monde est annoncée (pour le lendemain ; oui, c'est un peu court quand on n'a pas un grand sens de l'organisation), trois amis décident d'aller faire leur dernier pique-nique ensemble, dans un climat anxiogène où certains individus essaient de continuer à travailler comme à l'accoutumée, et d'autres n'ont déjà plus grand-chose d'humain. Seule une amitié sans égal permet de surmonter les épreuves les plus redoutables. Dans un scénario un peu fou, qu'on aurait plus imaginé du ressort du cinéma que du théâtre, nos jeunes comédiens se livrent à un exercice de style assez inédit où leur road-trip devient synonyme de rencontres déboussolantes, désopilantes. Entre stupeur et tremblements mais surtout rythme et rires, le public est servi. Et pour nos brillants acteurs comme pour Lancelot Cherer qui a aussi fait partie de la distribution, après cette expérience épique au Théâtre Lepic, ce pourrait bien être le début d'une nouvelle aventure sans fin, pour encore de nombreux jours, et autant de lendemains...
# écrit le 20/12/25


Théâtre: La fleur au fusil

-Œillets, œillets, braves gens
10/10

Chaque pays a connu ses heures sombres, mais certaines sont moins passées à la postérité que d'autres. Alors que le Portugal inspire plutôt des clichés d'ambiance chaude et chaleureuse, il a aussi été secoué par une tempête politique. Face à une dictature extrême qui opprimait le peuple, celui-ci n'a eu d'autre choix que de se soulever, menant ainsi sa propre révolution : celle des Œillets. Aux commandes de la manœuvre, sur une mise en scène de Jean-Philippe Daguerre, Lionel Cecilio fait oublier qu'il est seul. Incarnant à la fois le petit-fils et la grand-mère livrant une partie de sa vie à celui-ci, il passe en fait par toute une palette de rôles, remontant ainsi le temps pour le figer dans le présent. Avec une interprétation exceptionnelle, il propose une pièce en alternance, entre hier et aujourd'hui, le français et le portugais, mais aussi la poésie et l'humour ou encore l'émotion et la commémoration. Dans le petit Théâtre de la Huchette, la salle est envahie de bonnes ondes, captivée par le jeu d'un comédien remarquable. Si vous y arrivez la fleur au fusil, vous en ressortirez avec une claque carabinée.
# écrit le 20/12/25


Comédie musicale: La Petite Boutique des Horreurs

-Prenez-en de la graine !
10/10

Avec le talent de comédien de Christian Hecq et celui notamment de plasticienne - marionnettiste de Valérie Lesort, mettre ce couple à la mise en scène d'une comédie musicale, c'était du pain béni. Surtout lorsque tout gravite autour d'un joli décor de fleuriste, dont la star est tout sauf une belle plante, en tout cas pas de l'intérieur. Car ce qui l'anime, c'est bien son ventre. La plante carnivore a faim, très faim, et elle ne se contente pas d'insectes. Elle est plutôt du genre "humains" alors mieux vaut ne pas trop chercher à l'approcher ni même la caresser dans le sens de l'épine : qui s'y frotte s'y pique. Devant le pétale, on détale ! L'adaptation du succès Little shop of horrors est une belle réussite pour notre duo qui a prouvé, une fois de plus, qu'il a bien la main verte. Leur collaboration artistique fait rêver. Et rire, aussi. Beaucoup. Tout cela en musique : c'est magique ! A la Porte Saint-Martin, quel plaisir de constater comme leur idée a bien germé. Alors dans un élan écologico-théâtral, nous avons ou-vertement hâte de découvrir quelles prochaines petites graines ils vont planter, et nous y mettrons tout notre amour pour les aider à pousser.
# écrit le 25/12/25


Théâtre contemporain: Moman : Pourquoi les méchants sont méchants ?

-Allô Maman, kézako ?
8/10

Un jeune enfant rongé par d'innombrables questions mais ne s'exprimant pas encore à la perfection, vivant seul avec sa mère, dans une modeste demeure où le train de vie est plus qu'austère et où s'ennuyer est un principe s'inscrivant dans le quotidien, tel est le cadre de Moman, pièce tellement originale qu'elle en devient pratiquement inclassable. Elle dispose en effet d'un univers bien particulier et singulier, qui lui est totalement propre. A commencer par un langage sur-mesure, qu'il est aisé de comprendre même si de nombreux mots diffèrent légèrement des originaux : de fait, on ne peut pas dire que l'on se situe strictement dans la langue de Molière mais surtout, une chose est sûre, c'est qu'il faut un talent d'apprentissage d'abord, d'interprétation ensuite pour ne pas s'emmêler les pinceaux et restituer chaque syllabe sans commettre l'erreur qui guette et attend pourtant à chaque virage, à chaque ligne ou presque du texte. Pour ce faire, on peut compter sur le talent de Hervé Pierre, qui a malheureusement récemment quitté la Comédie-Française, et de Clotilde Mollet qui complète le duo et le fait vivre en échangeant les rôles entre la maman et son fils, à deux périodes de leur vie. On ne sait pas très bien où ils vont, où l'on va, mais on reste avec eux, un doux sourire aux lèvres, assistant à cette transformation qui procure quelques émotions. Chers parents qui éduquez vos enfants, plutôt que de vous faire des films, entrez dans le théâtre de leur vie, sans faire de cinéma.
# écrit le 25/12/25


Magie / Mentalisme: Leo Briere dans Existences

-Belle mentalité !
10/10

Léo Brière est l'un des mentalistes s'étant emparé de la scène française ces dernières années. Alors que la discipline s'est particulièrement démocratisée depuis quelque temps, l'enjeu a consisté à chercher une façon de se différencier. Le virtuose a trouvé la sienne, à travers sa mise en scène, soignée. On pourrait s'attendre à de gros accessoires qui en mettent plein la vue mais ce n'est pas spécialement le cas. Lui préfère jouer sur le registre de l'émotion, à travers une histoire remarquablement construite et qu'il déplie tout au long de son spectacle, en fil rouge. Le mentaliste offre un programme agréable, familial, divertissant, éblouissant. Il cherche à organiser un voyage mémorable, son petit train à l'appui, et fait monter sur le quai toute une série de spectateurs qui se retrouvent à obtenir le premier rôle, le temps éphémère d'un numéro qui les bluffe de près et émerveille le public de loin. Une très belle connexion, pour ne pas dire une alchimie, aidée par le tempérament sincère et généreux de l'artiste. Son ouverture est d'ailleurs peut-être une condition sine qua non pour obtenir celle des autres, s'il veut pouvoir lire dans leurs pensées, en parcourant leurs Existences ? Faisons donc un deal pour son prochain spectacle : il nous laisse y revenir, et nous le laissons revenir dans nos esprits. Alors, Léo, on craque ? pas de mental ?
# écrit le 28/12/25



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