Eugène Ionesco est l’une des figures majeures du théâtre du XXe siècle et, avec Samuel Beckett, l’un des principaux représentants de ce que l’on appellera le théâtre de l’absurde. Son truc à lui : prendre une situation banale, dérégler progressivement le langage et regarder les personnages essayer désespérément de continuer à faire comme si tout allait bien.
Né en Roumanie d’un père roumain et d’une mère française, Ionesco passe une partie de son enfance en France avant de retourner en Roumanie en 1925. Il y étudie les lettres françaises à l’université de Bucarest et collabore à plusieurs revues avant-gardistes. En 1938, il revient en France pour préparer une thèse, puis s’installe définitivement dans le pays en 1942.
En 1950, sa première pièce, La Cantatrice chauve, est créée au Théâtre des Noctambules. Ionesco la sous-titre lui-même « anti-pièce ». Le succès n’est absolument pas immédiat : la création est un échec et les premières représentations se jouent devant des salles clairsemées. Pourtant, le texte va progressivement devenir l’un des monuments du théâtre contemporain.
Suivent La Leçon, Les Chaises, Amédée ou Comment s’en débarrasser, L’Impromptu de l’Alma et Rhinocéros. Dans ces pièces, Ionesco déconstruit les dialogues classiques : les mots se répètent, les phrases tournent en rond, les objets prennent une place démesurée et le réel glisse doucement vers le grotesque. Derrière le non-sens se cachent pourtant des sujets très sérieux : solitude, conformisme, peur, aliénation, disparition et absurdité de l’existence.
Avec Rhinocéros, créé en 1959 dans une mise en scène de Jean-Louis Barrault à l’Odéon-Théâtre de France, Ionesco connaît enfin une reconnaissance beaucoup plus large. Dans une petite ville, les habitants se transforment progressivement en rhinocéros, jusqu’à ce qu’un homme refuse de suivre le mouvement. Le fantastique est évident ; la satire du conformisme et des phénomènes de masse l’est tout autant.
En 1962, il crée Le Roi se meurt, autre pièce majeure où un roi découvre qu’il va mourir et tente, avec une détermination de moins en moins crédible, de négocier avec l’inévitable. Ionesco poursuit ensuite son exploration de l’absurde avec La Soif et la Faim, Macbett, Jeux de massacre ou encore Ce formidable bordel !.
Ionesco est également un théoricien de son propre théâtre. Dans Notes et contre-notes, il revient sur sa conception de la scène, du langage et du rôle du dramaturge. Son œuvre est progressivement traduite dans le monde entier et entre de son vivant dans la Bibliothèque de la Pléiade en 1990, consécration assez spectaculaire pour un auteur dont la première pièce avait pourtant laissé les spectateurs perplexes.
En 1970, Eugène Ionesco est élu à l’Académie française, au fauteuil de Jean Paulhan. Il reçoit également plusieurs grands prix internationaux pour l’ensemble de son œuvre. À sa mort en 1994, son théâtre appartient déjà au répertoire mondial et continue depuis d’être régulièrement repris, traduit et réinventé.