Bio et parcours
Harold Pinter a réussi quelque chose d'assez rare pour qu'un adjectif porte son nom : « pinteresque ». Une pièce devient pinteresque lorsque des conversations apparemment banales se chargent de silences, de sous-entendus, de rapports de force et d'une menace qu'on ne parvient pas toujours à identifier. Chez lui, commander une tasse de thé peut devenir franchement inconfortable.
Né en 1930 dans le quartier londonien de Hackney, Harold Pinter grandit dans une famille juive et connaît enfant les bombardements de la Seconde Guerre mondiale ainsi que l'antisémitisme. Évacué de Londres à neuf ans, il revient trois ans plus tard. Ces expériences de la peur, de la violence et de l'intrusion laisseront une trace profonde dans son théâtre.
Il commence pourtant comme comédien. Après des passages à la Royal Academy of Dramatic Art et à la Central School of Speech and Drama, il rejoint une compagnie de répertoire et joue plusieurs années sous le pseudonyme David Baron. Shakespeare est alors beaucoup plus présent dans sa vie que les silences qui feront plus tard sa réputation.
En 1957, il écrit sa première pièce, The Room (La Chambre), rapidement suivie de The Birthday Party (L'Anniversaire) et The Dumb Waiter (Le Monte-plats). L'Anniversaire est d'abord un échec spectaculaire avant d'être redécouverte et de devenir l'une de ses pièces les plus jouées. Le véritable succès arrive avec The Caretaker (Le Gardien) en 1960.
Son théâtre impose alors une signature immédiatement reconnaissable. Dans Le Retour, C'était hier, No Man's Land ou Trahisons, les personnages parlent beaucoup sans forcément dire ce qu'ils pensent. Les souvenirs se contredisent, les identités deviennent incertaines et le langage sert autant à communiquer qu'à dominer, séduire, esquiver ou menacer. Le silence lui-même devient presque une réplique. Le Nobel qualifiera cette mécanique de « comedy of menace », une comédie de la menace où domination et soumission se cachent derrière les conversations les plus ordinaires.
Trahisons (Betrayal), créée en 1978, pousse encore plus loin son travail sur la mémoire et le temps : l'histoire d'une liaison extraconjugale est racontée essentiellement à rebours, de sa fin jusqu'à ses débuts. La pièce est devenue l'une de ses œuvres les plus régulièrement reprises, notamment à Broadway.
Pinter mène parallèlement une importante carrière de scénariste. Il travaille notamment avec Joseph Losey sur The Servant, Accident et The Go-Between, et adapte pour le cinéma La Maîtresse du lieutenant français de John Fowles. Il écrit également un ambitieux scénario d'adaptation d'À la recherche du temps perdu de Marcel Proust, qui ne sera finalement jamais tourné.
À partir des années 1980, son théâtre devient plus explicitement politique avec Un pour la route, Langue de la montagne ou Le Nouvel Ordre mondial. Les mécanismes de domination déjà présents dans ses premières pièces prennent désormais la forme de la torture, de la répression et de la violence d'État.
En 2005, cette œuvre est couronnée par le prix Nobel de littérature. L'Académie suédoise distingue un auteur qui a profondément renouvelé le théâtre britannique du XXe siècle. Sa conférence Nobel, Art, vérité & politique, prolonge d'ailleurs parfaitement son œuvre : chez Pinter, les mots ne sont jamais innocents.
Harold Pinter, le palmarès
Pourquoi on aime Harold Pinter ?
Ses silences éloquents
Ses dialogues sous tension
Ses huis clos inquiétants
Ses mémoires incertaines